La femme et le ministère : un cœur qui porte la gloire de Dieu
Table ronde du Women's Camp 2026, émission « Matin'elles » (J4) sur ICC TV Montréal. Trois femmes engagées à des étapes différentes du ministère, Bénédicta, jeune responsable au sein de l'Église des Jeunes Prodiges à Montréal ; Jenneviève, bergère envoyée depuis presque cinq ans à ICC Sherbrook ; et l'épouse du pasteur Yao, envoyée depuis un peu plus d'un an à La Vallée, se sont assises autour de la même table pour partager, cœur à cœur, ce que le Seigneur leur apprend sur le terrain.
Introduction
Tu penses peut-être que le ministère est réservé à celles qui ont un titre, une chaire, une église implantée. Cette émission te ramène à quelque chose de plus simple et de plus vrai : le mandat d'aller faire des disciples a été donné à tout le monde, à tout moment. Nous sommes toutes appelées à être bergères d'une manière ou d'une autre, à porter la charge, à prendre soin des âmes. Pour être bergère, tu n'as pas besoin d'être établie sur une église. Même comme grande sœur dans ton assemblée, tu portes déjà une charge.
Cet échange te propose donc de regarder honnêtement ce que ça coûte, ce que ça transforme, et surtout ce que Dieu opère à travers une femme qui accepte simplement de dire : « Seigneur, je suis là, disponible. »
Plan de l'émission
1. L'appel commence souvent par la fidélité, pas par une vision spectaculaire
Bénédicta le raconte simplement. En 2023, elle ressent le désir de servir. Elle demande au Seigneur un lieu précis, une parole claire. Il reste silencieux. Puis il passe par « une tata » qui lui dit : « Sers déjà quelque part, et progressivement il te positionnera là où tu dois être. » Elle intègre le comité d'organisation des cultes des jeunes. Elle commence à décharger ses responsables. Et chaque fois qu'elle décharge, on lui confie une nouvelle mission : responsable de l'événementiel, pilote de famille d'impact, bergère, puis membre du bureau de EJP, puis responsable quand celui qui la précédait s'en va.
Ce qu'elle décrit, c'est un principe : la fidélité et la bonne motivation ouvrent des portes que la stratégie n'ouvre pas. Ceux qui cherchent la responsabilité par ambition finissent par la recevoir, mais elle ne les bénit pas. Celles qui veulent simplement soulager, aimer, servir sont progressivement positionnées par Dieu lui-même.
2. L'obéissance emmène là où toi tu n'irais pas
Jenneviève, elle, se retrouve envoyée à Sherbrook comme responsable. Envoyée en tant que jeune femme, sans son mari installé sur place au départ. Elle n'a pas prévu ça. Ce qui la porte, c'est un principe qu'elle a vu vivre chez ses parents spirituels : « Les parents inspirent, les fils transpirent. » Elle a vu le pasteur Célestin annoncer, en retraite pastorale, que d'ici dix ans il y aurait des églises ouvertes ; elle s'est dit : « Alors j'irai en mission. »
L'épouse du pasteur Yao raconte une histoire proche. Elle est en congé maternité, son bébé a un mois, elle vient à la nuit de la traversée du 31 décembre. Quelques semaines plus tard, son mari revient de l'église : « Les parents ont dit que c'est nous qui allons partir à La Vallée. » Elle est prise de vertige. Il n'y a même pas de temps de réflexion. Ce qui la rassure, c'est d'avoir vu, pendant des années, ses pères spirituels obéir eux-mêmes, faire les sacrifices, partir. Elle raconte : « C'est comme si ça me préparait indirectement à accepter cette obéissance-là. » Les modèles rendent l'obéissance possible.
Et toutes deux le disent : elles ont, au début, appelé pour dire « laissez-moi partir ». Elles ont voulu prendre un break. Mais quelque chose de plus profond que l'émotion leur disait qu'elles ne pouvaient pas fuir. Comme dans la vie de Samuel, Dieu appelle mais tu n'entends pas d'abord sa voix directement ; tu entends celle de ton père spirituel, et c'est en obéissant à celui-là que Dieu ouvre la bouche pour te parler.
3. Assume ta légitimité en la reconnaissant fragile
Le premier piège du ministère, disent-elles, c'est le sentiment d'illégitimité. « J'ai atterri là par accident. Moi, qui je suis ? Qu'est-ce que j'ai ? » Bénédicta le formule ainsi : « Justement, c'est parce que tu n'as rien que Dieu t'a choisie pour pouvoir t'équiper. »
L'image qu'elles reprennent est belle : tu es comme une mère qui vient d'avoir son premier bébé. Tu ne sais pas encore reconnaître les pleurs, tu ne sais pas endormir. C'est normal. Sauf que là, on te confie des « bébés » qui parlent, qui observent, qui ont un avis, qui savent ce qu'ils veulent. La tentation est immense d'entrer dans la performance pour prouver que tu es à la hauteur. C'est un piège. « Il ne faut surtout pas rentrer dans la performance pour plaire aux gens. »
Le vrai standard, c'est de venir devant Dieu comme un vase : un vase qui veut juste être rempli, un vase qui reconnaît ses limites. Assis-toi, apprends auprès de celles qui t'ont devancée, accepte que tu peux faire des erreurs. Ce n'est pas toi qui bâtis l'œuvre, c'est le Seigneur qui te bâtit et qui bâtit son œuvre à travers toi.
4. La prière, la capacité spécifique de la femme
Quand l'épouse du pasteur Yao arrive à Sherbrook, elle veut faire comme à Montréal. Un an et demi passe sans fruit. Les gens viennent et repartent : « Il n'y a pas de pasteur ici ? Il n'y a pas d'homme ? Nous, nous voulons un pasteur. » C'est là qu'elle réalise que c'est une œuvre spirituelle. « Il faut lâcher prise. Il faut dépendre de Dieu entièrement. » Le brisement commence, et c'est le bon côté de la chose, parce que sans lui, aucun fruit ne pouvait sortir.
Le remède qu'ils mettent en place à Sherbrook, c'est la prière quotidienne, matin, midi, soir. « Je n'ai jamais autant prié de ma vie que depuis que je suis à Sherbrook. » Une école, une transformation.
Et Marie renforce : nous, les femmes, nous avons une capacité, une endurance dans la prière qu'il faut vraiment exploiter. Ça ne demande pas de compétence spéciale, ça demande d'être prête à investir son temps. C'est probablement le conseil le plus concret de l'émission pour celle qui commence : bâtis d'abord une vie de prière, avant même de penser stratégie.
5. Ezer : tu es le secours que Dieu a envoyé
Longtemps, la lecture de Genèse a réduit la femme à « l'aide de son mari ». La révélation qui a bouleversé Jenneviève, c'est de découvrir qu'elle est Ezer, aide semblable à Dieu, secours envoyé pour la société tout entière. Elle raconte : « J'ai dit : waouh, Seigneur, en fait je suis le secours que tu as envoyé dans cette ville pour répondre aux besoins des personnes que tu envoies dans cette église. Il n'y a pas d'autre solution aujourd'hui, c'est moi. »
Une femme qui grandit dans son église lui dit un jour : « J'ai grandi sans ma mère, je veux que tu sois ma mère. » Ce jour-là, elle comprend que si elle avait agi seulement en « responsable », elle aurait manqué le rendez-vous. La femme dans le ministère porte plusieurs casquettes : responsable, bergère, mère. Et le Seigneur lui a déjà donné les grâces nécessaires pour opérer dans chacune.
Christ a brisé la malédiction de la domination pour que la femme puisse à nouveau opérer avec Dieu comme aide, comme collaboratrice, comme épouse de Christ avant tout.
6. La couverture des pères te protège de l'orgueil et de la rébellion
Un point est répété plusieurs fois : la femme ne doit pas se lever de manière indépendante. « Celles qui se lèvent de manière indépendante, c'est comme si elles étaient à découvert. Elles deviennent des proies : l'ennemi peut les attaquer à n'importe quel moment. » La couverture des pères spirituels, le fait de prendre les décisions en conseil, ce n'est pas une chaîne, c'est une protection.
La femme porte un potentiel immense. Précisément à cause de ce potentiel, l'ennemi essaiera constamment de l'amener dans la rébellion. Tu sentiras venir une intuition, une bonne idée, tu proposeras, on te dira « non, ce n'est pas le moment ». C'est là que se joue la vraie soumission : non pas parce que tu es moindre, mais parce que tu as beaucoup, et que ce que tu as ne portera du fruit que si tu apprends à te soumettre pour les petites choses. Alors Dieu te donne les plus grandes, et il te propulse.
La soumission n'est jamais une négation de ton influence. « Notre influence à nous passe par la soumission qu'on manifeste. »
7. La foi comme un enfant : voir plus grand que ta propre hauteur
La femme qui a mis le ministère « entre les mains de Dieu » raconte sa prière initiale : « Seigneur, moi je sais que je ne suis pas capable. Mais comme toi tu te dis que je peux, ben moi je n'ai pas de problème. Tu me donnes ce qu'il faut et je vais faire. » Depuis ce jour, elle ne mesure plus la montagne à sa propre hauteur : elle sait que Dieu la voit d'en haut, et pour lui, ce n'est pas une montagne.
Elle appelle ça « garder l'innocence, la foi comme un enfant », un mindset qu'elle chérit parce qu'il l'empêche de prendre la gloire pour elle. Si elle dit « nous », c'est le Saint-Esprit qui a fait. Voir grand, ne pas plafonner, ne jamais dire « c'est petit, c'est normal », parce que « ça commence petit mais ça grandit ». S'il y a des millions de gens dans la ville, c'est qu'il y a quelque chose que nous n'avons pas encore capté. Nous devons dépeupler l'enfer. Ce n'est pas possible de ne pas y arriver.
8. Le vrai standard : veiller sur ton cœur
Le mot de la fin, c'est celui-là. Avec toutes les grâces que le Seigneur a déposées dans la femme, avec la mission immense qu'il lui a confiée, une chose est non négociable : veiller sur son cœur. Le diable sait que Dieu travaille avec les cœurs. Une femme qui apprend à garder son cœur devient redoutable : le diable n'a plus d'accès, il ne peut plus tordre ce que Dieu a déposé.
Marie, la mère du Seigneur, n'a pas été choisie pour ses compétences. Elle a été choisie parce qu'elle était une servante, parce que son cœur était prêt à porter le Seigneur. C'est encore vrai aujourd'hui : la qualité de ton cœur te qualifie pour être une bergère d'une grande bergerie. Et dès que le cœur est bon, Dieu envoie automatiquement les brebis.
Points à retenir
- Le ministère commence par la fidélité dans le peu, pas par une position visible. Décharge d'abord, Dieu positionnera ensuite.
- L'obéissance à tes autorités spirituelles est le chemin par lequel Dieu confirme son propre appel, comme dans la vie de Samuel.
- Refuse la performance. Viens devant Dieu comme un vase qui reconnaît ses limites : c'est là qu'il t'équipe.
- La prière quotidienne, matin, midi, soir, est la vraie compétence spécifique de la femme dans le ministère.
- Tu es Ezer, un secours envoyé pour l'Église et la société, pas seulement une aide à côté d'un mari.
- Reste sous la couverture de tes pères spirituels : c'est ce qui te protège de la rébellion que l'ennemi cherchera à provoquer en toi.
- Veille sur ton cœur. C'est ta qualification profonde. Là où le cœur est bon, Dieu envoie les brebis.
Application personnelle
- Dans quel domaine concret de ton église le Seigneur t'invite-t-il, cette semaine, à simplement décharger quelqu'un, sans stratégie, sans arrière-pensée ?
- Y a-t-il une obéissance récente que tu essaies encore de négocier avec Dieu ? Qu'est-ce qui t'empêche de dire « on y va » ?
- Quelle image de toi-même essaies-tu de projeter pour paraître « à la hauteur » ? Que se passerait-il si tu venais devant Dieu comme un vase vide ?
- À quoi ressemble ta vie de prière aujourd'hui ? Es-tu prête à investir ton temps là avant tout le reste ?
- Est-ce que tu marches sous une couverture spirituelle claire, ou est-ce que tu opères de manière indépendante ? Quel appel faut-il passer cette semaine pour rentrer dans la juste position ?
Versets cités et références
- Matthieu 28.18-20 · Le mandat d'aller faire de toutes les nations des disciples, donné à tous.
- 1 Samuel 3 · L'appel de Samuel : entendre Dieu à travers la parole du père spirituel.
- Genèse 2.18 · La femme comme Ezer, aide semblable à Dieu.
- Proverbes 3.5-6 · « Confie-toi en l'Éternel de tout ton cœur, et ne t'appuie pas sur ta sagesse. »
- Jean 15.16 · « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis. »
- 1 Corinthiens 14.34-35 · Le passage souvent mal lu sur les femmes dans l'assemblée, remis dans son contexte.
- Luc 1.38 · Marie, la servante du Seigneur, dont le cœur est prêt à porter Christ.
- Proverbes 4.23 · « Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. »
- Ésaïe 60.22 · « Le plus petit deviendra un millier. »
FAQ
Est-ce que la Bible autorise vraiment la femme à exercer un ministère de responsable ou de bergère ?
Oui. Le mandat de faire des disciples (Matthieu 28) est donné à tous. Le passage de 1 Corinthiens 14 sur les femmes qui se taisent dans l'assemblée concernait, dans son contexte, les interruptions désordonnées de femmes qui posaient à voix haute des questions à leur mari pendant l'enseignement. Paul ne condamne pas la femme qui enseigne ou qui porte la charge d'une bergerie, il demande simplement de l'ordre. L'histoire biblique montre des femmes prophétesses, juges, apôtres et diaconesses. Ce qui reste central, c'est la couverture spirituelle sous laquelle chaque femme opère.
Comment savoir si mon sentiment d'illégitimité vient de la chair ou d'un vrai appel manqué ?
Le sentiment d'illégitimité est presque toujours présent au début du ministère, même chez celles que Dieu a clairement positionnées. La question n'est pas de le faire taire. La question est : qu'est-ce que je fais avec ? Si tu cours vers la performance pour prouver que tu mérites d'être là, c'est de la chair. Si tu viens devant Dieu comme un vase vide, disposé à apprendre auprès de celles qui t'ont devancée, c'est l'humilité qui va te propulser. Le fait que tu n'as rien n'est pas une disqualification : c'est précisément la raison pour laquelle Dieu peut t'équiper.
Concrètement, par où commencer si je sens un désir de servir mais que rien ne bouge autour de moi ?
Commence par décharger. Regarde autour de toi : quel responsable, quel département, quelle grande sœur a besoin de soulagement dans ton église ? Va servir là, simplement, sans chercher un titre. Bâtis en parallèle une vie de prière quotidienne, matin, midi, soir si tu peux. Ce sont ces deux disciplines cachées (la fidélité dans le service et la prière constante) qui, avec le temps, positionnent la femme selon le cœur de Dieu. Comme Bénédicta l'a expérimenté, plus tu déchargeras, plus le Seigneur te confiera.
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