Luc 10 : apaiser l'âme tiraillée aux pieds de Jésus

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Introduction

« Le message que je vous apporte ce matin est un message qui va changer vos vies. C'est un message qui va changer ma propre vie si je le mets en pratique. » Olivier Favre, au Centre de Vie, ouvre ainsi une prédication sur un texte bien connu : Marthe et Marie qui reçoivent Jésus, en Luc 10:38-42.

Le texte est simple, prévient-il, mais il contient trois niveaux de compréhension, et l'un d'eux va toucher chacun de nous. On y voit souvent l'opposition entre l'active et la spirituelle, ou une mise en garde contre l'excès d'activité. Olivier Favre veut aller plus loin. À partir de trois mots grecs, il montre ce que Jésus discerne derrière l'agitation de Marthe : une âme inquiète, tiraillée dans tous les sens.

C'est un message pour l'été, au moment où beaucoup partent en vacances. Mais c'est surtout une invitation à t'arrêter, à t'asseoir aux pieds de Jésus et à recevoir la part qu'il veut te donner.

Plan du message

1. Une famille aimée de Jésus, trois niveaux de lecture

  • Dans cette maison, probablement à Béthanie, vivent trois frère et sœurs. Le prédicateur suppose que les parents sont probablement décédés, que Marthe est la propriétaire et l'aînée, et que tous trois sont encore jeunes et sans enfants.
  • Ce qui est certain, selon l'Évangile de Jean, c'est que Jésus aime Marthe, Marie et Lazare (Jean 11:5). Il aime tout le monde, bien sûr, mais pleinement homme sur cette terre, il avait aussi des amitiés particulières. « Il avait des amis. »
  • Jésus a même pleuré quand Lazare est mort (Jean 11:35). « C'est vraiment touchant. » Il se passe quelque chose dans cette famille.
  • Premier niveau : Marthe, occupée aux tâches de la maison, serait matérialiste, et Marie, la cadette, serait spirituelle. Ce n'est pas entièrement faux, mais la suite montre que les deux sont profondément spirituelles. Quand il s'agit d'aller chercher Jésus pour Lazare, c'est Marthe qui est la première.
  • Deuxième niveau, souvent entendu et meilleur : Marthe est très occupée, cela devient un piège pour elle, il faut être moins occupé. « Ça tombe bien, parce qu'on est tous très travailleurs, très occupés. »
  • Troisième niveau : Jésus détecte autre chose derrière. Marthe est analytique, opérationnelle, proactive. Elle a ce sens inné des responsabilités qu'on voit souvent chez l'aîné d'une fratrie. C'est une femme d'initiative.
  • Jésus lui dit : « Marthe, Marthe ». Dans la Bible, quand Dieu nomme quelqu'un deux fois (Abraham, Jacob, Samuel), c'est qu'il y a un accent particulier. Il se passe quelque chose de puissant.

2. Une âme tiraillée dans tous les sens

  • Le texte dit littéralement que Marthe était « distraite » par les nombreux soins du service. Le verbe grec perispaô signifie être distrait, préoccupé, surchargé de soucis, et littéralement tiré dans tous les sens.
  • Le terme est négatif : il signale une surcharge mentale et une anxiété. Le problème de Marthe n'est pas de trop travailler, ni d'accueillir Jésus, ni de servir. Le verbe servir, diakoneô, a donné le mot ministère : Marthe exerce un ministère.
  • « Le problème est dans ses pensées. » Elle a peut-être perdu ses parents et pris en charge son frère et sa sœur. Toi aussi, tu portes peut-être une responsabilité dans ton entreprise, ta famille, ton foyer. C'est juste, mais une anxiété profonde vient se superposer à ce sens des responsabilités.
  • Le prédicateur rapproche cet état de l'âme partagée dont parle l'épître de Jacques (Jacques 1:8) : une âme divisée, avec au moins deux discours.
  • Aujourd'hui, on valorise le multitâche. Olivier Favre avoue qu'il était fier de suivre une réunion tout en lisant des articles et en écrivant. « Mais la qualité, où est la qualité ? » Que reflète cette agitation ?

3. Le problème de Marthe, ce n'est pas Marie

  • Deuxième verbe : Jésus lui dit « tu t'inquiètes et tu t'agites ». Le verbe merimnaô veut dire s'inquiéter, être anxieux, avoir l'esprit partagé. C'est un niveau encore plus profond.
  • Marthe éprouve un sentiment d'injustice : « Seigneur, tu ne vois pas que ma sœur ne fait rien ? » On entend cela dans les couples. Le prédicateur évoque le cliché de sa génération : la maman épuisée à 18 heures après les devoirs, l'école et les repas, et le papa qui rentre en pleine forme. Lui-même se souvient de n'avoir eu l'énergie, quand ses enfants étaient petits, que d'empiler des Lego avant de s'endormir par terre au milieu du bruit.
  • Même chose dans le ministère : « Ce sont toujours les mêmes qui servent. » Il l'entend depuis quarante ou cinquante ans. En sociologue, il conteste : l'être humain veut servir, et en même temps il est paresseux. C'est à nous de convaincre et de stimuler.
  • On a tous connu ce sentiment d'injustice parce qu'un autre n'a pas fait sa part. Mais Jésus le dit à Marthe : « Le problème de Marthe, ce n'est pas Marie. Son problème, c'est elle-même. »

4. Une société épuisée et sous pression

  • Olivier Favre cite une étude suisse récente : près de 40 % des employés se sentent régulièrement épuisés émotionnellement en fin de journée, plus d'un quart restent joignables hors des heures de travail, environ un tiers manquent de temps pour se reposer, et 42 % souffrent souvent ou très souvent de stress.
  • Un employé sur cinq juge presque impossible de concilier vie professionnelle et vie privée. 17 % de la population active dit avoir déjà fait un burn-out, une personne sur quatre se considère à risque, et jusqu'à 40 % des personnes vivant en Suisse connaîtront au moins une fois un état dépressif. « Qu'est-ce qui nous arrive ? »
  • Il y voit une bonne nouvelle : si tu traverses un état dépressif, tu es normal. Il est normal que Marthe soit agitée. C'est pour cela qu'on a créé les vacances : « On a besoin de s'arrêter. »
  • Il partage un mot rare : « ultracrépidarien », celui qui donne son avis sur ce qu'il ne maîtrise pas. Pline rapporte qu'un cordonnier corrigea les sandales d'un tableau, puis voulut critiquer le reste, jusqu'à ce que le peintre lui dise qu'un cordonnier ne doit pas juger au-delà de la chaussure. Nous sommes entourés d'avis, de pression sociale et d'attentes qui génèrent du stress.
  • Nous vivons une fuite en avant : avec un enfant, on en voudrait trois ; avec un métier, on regrette d'autres études. Un coiffeur bien connu de Châtel, âgé d'environ 80 ans, lui a raconté qu'en Sicile, il y a 65 ans, il n'avait que quatre options professionnelles. « Le monde est devenu tellement libre, tellement extraordinaire, et tellement stressant en même temps. »

5. Laisser le Seigneur reprogrammer nos pensées

  • Le Seigneur veut reprogrammer nos pensées. Ce n'est pas un esclavage : c'est ce que Paul décrit en Philippiens 4:4-7.
  • « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » : la joie du Seigneur est le point de départ, elle commence à apaiser nos pensées. Puis la douceur, associée à la proximité du Seigneur : « Le Seigneur est proche. »
  • « Ne vous inquiétez de rien », mais exposez vos besoins à Dieu par la prière et la supplication, avec des actions de grâces, et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.
  • Quand il écrit cela, Paul est en prison, dans une situation bien pire que celle des Philippiens. Il a appris le secret de la prière et de la décharge de ses fardeaux sur Jésus.

6. La bonne part : le meilleur morceau

  • Marie s'assied aux pieds de Jésus et écoute sa parole. Marthe, elle, vit deux réalités : elle s'assied, se relève, part, revient. Elle écoute sans doute, mais avec une âme divisée. Marie n'en a qu'une.
  • « Une seule chose est nécessaire. » Le troisième mot désigne la part : un morceau, le filet, le meilleur morceau d'un banquet ou d'une fête. Les deux sœurs mangent, mais Marthe mange beaucoup de choses et fait beaucoup de choses sans avoir fait le tri.
  • Marie reçoit la bonne nouvelle. Olivier Favre confie qu'il s'est tourné vers Jésus à 17 ans, après une éducation chrétienne, et qu'il n'a pas encore pleinement compris la grâce divine : « Si je l'avais comprise, mes nuits seraient meilleures, mes journées seraient meilleures. » Il a besoin chaque jour de mieux comprendre la grâce qui libère et qui permet d'entrer dans les œuvres préparées d'avance.
  • L'activité n'est pas malsaine en soi : il faut bien que quelqu'un prépare le repas. C'est encore Marie qui oindra les pieds de Jésus d'un parfum de 300 deniers, une année de salaire (Jean 12:3-5), une adoration extravagante que Jésus honore.
  • Marthe, elle, apprendra à choisir la bonne part : on la retrouve plus tard, et les choses vont dans le bon sens. En Jean 11, elle confesse avec force que Jésus est le Messie.

7. Le vrai problème est dans le cœur : viens aux pieds du Maître

  • Lazare devient « la star » après sa résurrection : on vient le voir, lui poser des questions. Les chefs religieux, furieux, décident de le faire mourir lui aussi (Jean 12:10). « Un mort ressuscité, on le tue à nouveau ? »
  • Dans toute famille, il y a des disputes. Marthe espère peut-être que le Messie va mettre de l'ordre entre ses frère et sœur. Mais Jésus ne s'intéresse pas à cela : il attaque le vrai problème, celui qui est dans ton cœur.
  • Le prédicateur cite une estimation sur le burn-out : une grande part vient de ce qu'il y a dans le cœur, l'autre des circonstances (harcèlement, chef autoritaire). Beaucoup de choses qui nous arrivent relèvent d'une prédisposition de l'âme.
  • « À un moment donné, tu ne pourras pas échapper à t'arrêter devant Dieu, seul avec lui. »
  • La position de Marie aux pieds de Jésus est celle du disciple assis aux pieds du Rabbi, du Maître. Olivier Favre dit au Seigneur qu'il veut s'asseoir à ses pieds cet été : il entend sa voix bien plus qu'avant, mais il est encore en chemin.
  • Partir en vacances, aller en forêt, dans les Alpes ou au bord de la mer, c'est bien. Mais il est essentiel de t'arrêter : « Arrête ta course folle. » Tu ne trouves pas les réponses alors qu'elles sont déjà là, parce que ton âme est divisée, assaillie par mille et une pensées.
  • Ce ne sera pas instantané. « Le pasteur Olivier a dit ce matin… » et dix minutes plus tard, cela ne marche pas. C'est un choix intime et personnel : petit à petit, tu laisses le Saint-Esprit venir travailler et changer quelque chose en profondeur.
  • Psaume 16:5 : « L'Éternel est mon partage. » Dans la traduction grecque, c'est le même mot que la bonne part de Marie. Le prédicateur souhaite que chacun profite de cette part que le Seigneur veut donner.
  • Il appelle ceux qui n'ont pas encore rencontré Jésus à venir aux pieds du Maître, sans remettre à demain, et prie pour les foyers et les couples sous tension : « Ce n'est pas ton patron, ce n'est pas ton pasteur, ce n'est pas ton conjoint ou ton enfant qui est le vrai problème. » Jésus ne t'accuse pas, mais tant que tu n'es pas dans la vérité sur toi-même, les choses n'iront pas bien.

Points à retenir

  • Le service de Marthe est un ministère. Son problème n'est ni le travail ni Marie, mais une anxiété qui tiraille son âme.
  • Le sentiment d'injustice détourne le regard vers les autres, alors que Jésus pointe ce qui se passe dans ton propre cœur.
  • Dans une société épuisée et saturée d'avis, le Seigneur veut reprogrammer tes pensées par la joie, la prière et l'action de grâces.
  • La bonne part, c'est le meilleur morceau : être assis aux pieds de Jésus et recevoir sa parole. Elle ne te sera pas ôtée.
  • S'arrêter devant Dieu est un choix personnel et un processus où le Saint-Esprit change quelque chose en profondeur.

Application personnelle

  1. Dans quel domaine te sens-tu « tiré dans tous les sens » en ce moment : ton travail, ta famille, ton service à l'Église ?
  2. Y a-t-il une personne que tu tiens pour responsable de ta fatigue, comme Marthe avec Marie ? Que dirait Jésus de ton propre cœur ?
  3. Quelles voix, quels avis ou quelles attentes nourrissent ton stress, et lesquels peux-tu déposer devant Dieu par la prière ?
  4. Quand vas-tu, concrètement, t'arrêter cette semaine pour t'asseoir aux pieds de Jésus, seul avec lui ?
  5. Qu'est-ce que tu dois trier parmi tout ce que tu fais, pour choisir la bonne part ?

Versets cités

Questions fréquentes

Quel est le vrai problème de Marthe dans Luc 10 ?

Pour Olivier Favre, ce n'est ni le travail, ni l'accueil de Jésus, ni le service, qui est un ministère à part entière. Ce n'est pas non plus Marie. Le problème de Marthe est dans ses pensées : une inquiétude profonde s'est superposée à son sens des responsabilités. Son problème, c'est elle-même.

Que signifie « la bonne part » choisie par Marie ?

Le mot grec désigne une part, un morceau, le meilleur morceau d'un repas de fête. Marie mange la meilleure nourriture : elle est assise aux pieds de Jésus et reçoit sa parole. C'est le même mot qu'au Psaume 16:5 dans la traduction grecque : l'Éternel est mon partage.

Faut-il tout arrêter pour choisir la bonne part ?

Non. Le prédicateur rappelle qu'il faut bien que quelqu'un prépare le repas : l'activité n'est pas malsaine en elle-même. Il s'agit de s'arrêter devant Dieu, seul avec lui, et de laisser le Saint-Esprit travailler en profondeur. Ce n'est pas instantané : pour Marthe, pense-t-il, cela a demandé un processus.

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