Luc 17 : une gratitude muette ressemble à de l'ingratitude

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Introduction

« Ce ne sont pas les gens heureux qui sont reconnaissants, ce sont les gens reconnaissants qui sont heureux. » Dominik Pöllner reprend cette phrase attribuée à Francis Bacon au cœur de son message du culte de la fête des récoltes, à l'Evangelische Gemeinde ELIM Leipzig.

La fête des récoltes rappelle que nous avons des raisons d'être reconnaissants et que nous sommes richement comblés. Le prédicateur part d'un constat simple : personne ne décide de devenir ingrat, et pourtant l'ingratitude s'installe d'elle-même. La gratitude, elle, ne vient pas toute seule.

Pour l'illustrer, il lit le récit des dix lépreux guéris par Jésus en Luc 17. Un seul revient dire merci. La question de Jésus, « Où sont les neuf autres ? », devient une question personnelle : combien de fois suis-je l'un des neuf ?

Plan du message

1. La gratitude, une clé pour la vie

  • Le prédicateur cite une étude de Martin Seligman, fondateur de la psychologie positive, sur ce qui permet aux gens de vivre le plus de bonheur. La mesure de loin la plus efficace : exprimer chaque jour sa gratitude.
  • Il ne s'agit pas seulement de la ressentir au fond du cœur, mais de l'exprimer : l'écrire dans un carnet, ou le dire à quelqu'un, « je suis tellement reconnaissant pour ce que tu as fait ».
  • Il dénonce une pensée « super toxique » : « C'est normal. » C'est normal que le frigo soit plein, que la récolte revienne chaque année, que des bénévoles se donnent du mal chaque semaine pour le culte, que ma femme ou mon mari fasse ce qu'il fait.
  • « À partir du moment où l'on prend quelque chose pour acquis, c'est le premier pas vers le déclin. » Quand je ne suis plus reconnaissant pour ma femme et que je ne regarde plus que ce qui ne va pas, c'est le premier pas vers un mauvais mariage.
  • Même à la station-service, il prend un moment pour dire : « Merci Dieu, j'ai une voiture à remplir, même si l'essence est chère. Je ne suis pas obligé d'aller partout à pied. »
  • Ce qui compte n'est pas d'avoir beaucoup de raisons d'être reconnaissant, mais d'avoir appris à tourner son regard vers les bonnes choses.

2. L'ingratitude pousse comme la mauvaise herbe

  • Personne ne prend comme résolution de l'année : « Je veux devenir vraiment ingrat, avoir un cœur cynique qui souligne le mal. » Pourtant certains le deviennent.
  • « On devient ingrat tout seul. » C'est comme la mauvaise herbe dans un jardin : si je ne lutte pas activement contre l'ingratitude, ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle prenne toute la place.
  • La gratitude ne pousse pas toute seule. On décide consciemment de la cultiver, comme on travaille son jardin : en pensant au bien, en l'exprimant, en disant à voix haute où de bonnes choses arrivent.
  • Le souhait du prédicateur : que, dans un an, chacun soit devenu encore plus reconnaissant et plus joyeux. C'est bon pour ton entourage, pour ton mariage, pour ton Église, et c'est bon pour toi.

3. Jésus accorde de l'importance à la gratitude

  • Le texte est Luc 17:11-19. En route vers Jérusalem, Jésus traverse une région entre la Samarie et la Galilée. Dix lépreux se tiennent à distance et crient : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » Il leur dit d'aller se montrer aux sacrificateurs, et pendant qu'ils y vont, ils sont purifiés. Un seul revient glorifier Dieu à haute voix et tombe à ses pieds pour le remercier. C'est un Samaritain.
  • Première observation : Jésus remarque qui revient. Il voit la différence entre un et dix. La gratitude n'est pas un détail pour lui.
  • Selon le prédicateur, le Nouveau Testament contient 197 fois l'appel à être reconnaissant.
  • « Si tu t'es déjà demandé : Dieu, est-ce que j'ai une vocation ? Oui, tu en as une. Laquelle ? La gratitude. » Une vie d'où la reconnaissance déborde, au culte, mais aussi dans les embouteillages et à la caisse du supermarché.
  • Ce n'est pas une attitude réservée aux jours où tout va bien. Les difficultés arrivent aussi, mais tu peux les affronter avec un cœur reconnaissant. C'est le plan de Dieu pour ta vie.

4. La crise qui rassemble

  • Deuxième observation : Juifs et Samaritains n'étaient pas amis. Les Juifs disaient aux Samaritains qu'ils avaient une fausse image de Dieu, les Samaritains trouvaient les Juifs hautains et orgueilleux.
  • Comme dans les conflits d'aujourd'hui, deux camps ne se parlent plus, mais parlent l'un de l'autre. Chacun se fait son « cinéma intérieur » et interprète chaque geste de l'autre comme une mauvaise intention.
  • Pourtant, parmi les lépreux, il y avait des Juifs et au moins un Samaritain. La lèpre était un diagnostic qui bouleversait une vie du jour au lendemain : exclu de sa famille, obligé de vivre hors de la ville, « une mort à petit feu », sans espoir. Cette crise les a rassemblés et ils sont venus ensemble à Jésus.
  • Certaines crises mettent en route de bonnes choses. Dans une Église, la crise fait oublier les détails : que le mur de devant soit noir ou blanc n'a plus d'importance. Les premiers disciples sont restés à Jérusalem jusqu'à ce que la persécution les disperse.
  • Pendant le Covid, beaucoup ont fait preuve de créativité : s'il fallait deux ou trois cultes, on trouvait une solution.
  • Le prédicateur pose la question : et si nous n'avions pas besoin de la pression d'une crise, parce que nous serions saisis par le battement de cœur de Dieu pour ce monde, plus fort que n'importe quelle crise ? « Coûte que coûte, nous trouverons des chemins. » Il ne s'agit ni de moi ni de toi, mais de voir son règne venir et sa volonté se faire.

5. Jésus redonne l'espérance, la foi se met en route

  • Les lépreux crient de loin parce qu'ils n'ont pas le droit de s'approcher. Jésus leur donne une espérance nouvelle et parle dans leur vie : une nouvelle réalité commence. « Celui qui vient à lui reçoit une nouvelle espérance. »
  • Pas de miracle immédiat. Jésus les envoie vers les sacrificateurs, la voie prévue par la loi pour qu'un lépreux guéri soit réintégré dans la société.
  • C'est en chemin qu'ils sont purifiés. Le prédicateur imagine leur perplexité : « Nous sommes venus ici et rien ne s'est passé, pourquoi quelque chose arriverait-il en repartant ? »
  • Ils ne pouvaient sans doute pas expliquer pourquoi ils y allaient. Mais ils ont dit : « Jésus, si tu le dis, nous le faisons. » La foi, c'est cette démarche.

6. Où sont les neuf autres ?

  • Un seul revient, glorifie Dieu, se prosterne devant Jésus. Le texte ne dit pas pourquoi les autres ne sont pas venus.
  • La première réaction du prédicateur : « Quels ingrats ! » Mais si l'on pouvait aller les interroger, ils répondraient sans doute : « Pourquoi dis-tu que je suis ingrat ? Jésus m'a guéri, je peux revoir mes enfants, les prendre dans mes bras. Je suis reconnaissant ! »
  • Alors pourquoi les juge-t-on ingrats ? « La gratitude ressentie qui n'est pas exprimée ressemble à de l'ingratitude. » Ce qui compte pour Jésus, ce n'est pas seulement qu'ils ressentent de la reconnaissance au fond du cœur, c'est qu'ils l'expriment.
  • Tu le sais toi-même : on aide volontiers quelqu'un qui dit merci. Quand on ne reçoit aucune réaction, on a l'impression que ce qu'on fait va de soi.
  • Exprimer sa gratitude demande du temps et de l'énergie. Pour les neuf, il aurait fallu faire un détour par Jésus avant de rentrer chez eux. Ils étaient repris par l'agitation de la vie, pressés de rattraper les années perdues.
  • La perspective change : « Dominik, combien de fois es-tu l'un de ces neuf ? » Combien de fois je pense : « Cette personne a vraiment bien fait », ou « Merci Jésus pour ma famille, pour mon Église », et je le garde au fond de mon cœur ?
  • Quand tu exprimes ta gratitude, tu l'entraînes, elle grandit en toi et elle contamine ton entourage.
  • Dans le mariage, ce qui disparaît en premier quand ça va mal, c'est la gratitude exprimée, et une spirale négative s'installe. « Bats-toi pour ton mariage. » Prends le temps de te demander, peut-être avec un ami : qu'est-ce qui est si beau chez ma femme ? Pourquoi l'ai-je épousée ? Puis dis-le. « C'est comme un médicament pour ton mariage. »
  • Même chose au travail : demande-toi ce que tes collègues et ton chef font de bien, et dis-le-leur. Notre vocation est de laisser des traces de gratitude autour de nous.

7. La note de fond de la gratitude

  • Le prédicateur fait souvent des promenades de prière. À l'aller, il remercie Dieu à voix haute pour ce qui s'est passé dans la journée, dans la semaine, et parfois pour des choses vieilles de plus de quatorze ans : à l'époque, la Parole de Dieu l'avait tellement marqué qu'il avait écrit des versets sur son mur.
  • Ces souvenirs redeviennent vivants quand il les prie. La joie en Dieu grandit, la confiance grandit, un sentiment de sécurité et de paix s'installe. Au retour, il prie pour ses problèmes, mais avec cette base : « Tu as été fidèle autrefois, tu seras fidèle aussi maintenant. »
  • Avec l'aide du pianiste, il compare la vie à un piano. Nous ne choisissons pas quelles touches sont enfoncées : il y a les touches aiguës qui font du bien et les touches graves qui font mal, une dispute, une surcharge, un problème.
  • La gratitude exprimée agit comme la pédale. Si on tient la pédale sur une fausse note, la plus belle mélodie sonne mal ensuite. Si on la pose sur le bien que Dieu a fait, les fausses notes passent, mais la note de fond reste : « Mon Dieu est pour moi, je suis pourvu. »
  • Il invite chacun, surtout les couples, à s'examiner de façon critique : quelle note de fond négative laisses-tu s'installer dans ton regard sur ton conjoint ? Apporte ton mariage à Dieu et demande-lui un regard neuf. Si cela ne te concerne pas, regarde ton Église, ton travail ou tes enfants.
  • Pour finir, il revient à la sainte cène célébrée pendant le culte. Dieu voit chacune de nos fautes et, par amour, il meurt sur la croix. Romains 5 dit qu'il a prouvé son amour alors que nous étions encore ses ennemis.
  • « Quand Dieu pense à toi, sa note de fond, c'est la gratitude, la joie, des pensées de bien pour ta vie. » Ce n'est pas une note de pression à la performance. Son invitation : « Rentre à la maison. »
  • À celui qui ne connaît pas encore Jésus, il propose une prière simple : « Jésus, si tu existes et si tu es tel que je viens de l'entendre, montre-toi à moi. » Ce peut être le début d'un voyage.

Points à retenir

  • L'ingratitude pousse toute seule comme la mauvaise herbe. La gratitude se cultive par un choix conscient.
  • Jésus remarque qui revient dire merci. La gratitude fait partie de ta vocation de chrétien, y compris dans les jours difficiles.
  • Une gratitude ressentie mais jamais exprimée ressemble à de l'ingratitude pour ceux qui t'entourent.
  • Dire merci demande un détour, du temps et de l'énergie, mais c'est un remède pour ton mariage, ton travail et ta relation avec Dieu.
  • Quand Dieu pense à toi, sa note de fond est l'amour. Il l'a prouvé à la croix alors que tu étais encore loin de lui.

Application personnelle

  1. Qu'est-ce que tu considères aujourd'hui comme « normal » et qui mériterait un merci : ton frigo plein, ta voiture, ton conjoint, les bénévoles de ton Église ?
  2. Dans quelle relation es-tu l'un des « neuf », reconnaissant au fond du cœur mais sans jamais le dire ?
  3. Si tu es marié, qu'est-ce qui t'a attiré chez ton conjoint, et quand le lui as-tu dit pour la dernière fois ?
  4. Quelle note de fond tient la pédale de ta vie en ce moment : une fausse note qui colore tout, ou la fidélité de Dieu ?
  5. Quel moment de fidélité de Dieu, même ancien, peux-tu lui rappeler à voix haute cette semaine ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi un seul des dix lépreux revient-il remercier Jésus dans Luc 17 ?

Le texte ne donne pas la raison. Dominik Pöllner pense que les neuf autres étaient sans doute reconnaissants dans leur cœur, mais qu'ils ne l'ont pas exprimé : remercier demandait un détour, du temps et de l'énergie, et ils étaient pris par le retour à la vie normale. Or une gratitude qui n'est pas exprimée ressemble à de l'ingratitude.

Que veut dire « une gratitude muette ressemble à de l'ingratitude » ?

Jésus ne demande pas seulement si l'on ressent de la reconnaissance au fond du cœur, il attache de l'importance à ce qu'elle soit exprimée. Quand quelqu'un t'aide et que tu ne dis rien, la personne a l'impression que ce qu'elle a fait va de soi. Exprimer sa gratitude l'entraîne, la fait grandir et touche ton entourage.

Comment cultiver la gratitude au quotidien selon Dominik Pöllner ?

L'ingratitude pousse toute seule comme la mauvaise herbe, la gratitude se cultive. Le prédicateur conseille de l'exprimer chaque jour : l'écrire dans un carnet, la dire à quelqu'un, remercier Dieu à voix haute. Lui-même fait des promenades de prière où il remercie Dieu pour ce qu'il a vécu récemment et pour sa fidélité il y a plus de quatorze ans.

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