Exode 16 : recevoir la manne avec des mains ouvertes

10 min de lecture

Introduction

La semaine précédant ce culte, après le culte dans son Église d'origine, un vieil homme est venu trouver Jonas Fuchs. « Derrière nous, il y a une bonne vie. Après la Shoah, nous n'aurions jamais pensé que tout irait si bien pour nous, avec la prospérité, avec la paix. Je suis reconnaissant envers Dieu. » Puis il a ajouté : « Mais les perspectives pour votre vie, votre avenir, ce qui est devant vous, j'ai bien peur que ce soit différent. »

Jonas Fuchs est pasteur de la Mosaikkirche, une implantation d'Église à Mayence qui cherche à parler de la foi à ceux qui n'ont encore rien à voir avec elle. Invité par la FeG Mainz pour le culte de la fête des récoltes, il pose la question que soulève ce jour : comment garder la reconnaissance dans le cœur au milieu des soucis de notre époque, dans un monde où les mauvaises nouvelles se répandent dix fois plus vite que les bonnes et où l'avenir semble ne promettre que perte, déclin et menace ?

Pour y répondre, il ouvre Exode 16, « ce texte très ancien qui commence par l'ingratitude et se termine par la reconnaissance ».

Plan du message

1. Israël est ingrat

  • Le peuple a quitté l'Égypte depuis quelques semaines seulement. Il a traversé la mer ouverte et marche vers le pays promis. Et la situation lui apparaît : il n'y a rien ici, nous allons mourir de faim.
  • Israël désespère, Israël élève la voix, Israël devient ingrat. Toute l'assemblée se dresse contre Moïse, celui qui avait tout risqué face au pharaon : « Que ne sommes-nous morts en Égypte, quand nous étions assis près des pots de viande ! »
  • Moïse et Aaron savent que ce n'est pas contre eux : « Que sommes-nous ? Ce n'est pas contre nous que sont vos murmures, c'est contre l'Éternel. »
  • Et ils ont raison. C'est le Seigneur qui a appelé Moïse au buisson ardent, envoyé les plaies, semé la crainte chez les Égyptiens, rempli d'or les poches des Israélites, ouvert la mer, battu l'armée égyptienne et conduit Israël sain et sauf vers la liberté. Contre lui se dresse la colère du peuple.

2. La peur, contraire de la reconnaissance

  • « La colère et la rage sont d'excellents indicateurs. » Elles sont le symptôme d'une maladie plus profonde du cœur. Chez Israël, derrière la colère, il y a la peur de mourir de faim.
  • « Peut-être que la peur est le contraire de la reconnaissance. » Qui a peur n'est pas reconnaissant. La peur prend toute la place, brouille les sens, jusqu'à ce qu'on perde tout appui. Ceux qui ont connu une crise de panique, ou qui restent éveillés la nuit avec leurs pensées qui tournent en rond, savent de quoi il parle.
  • Le pasteur fait un petit détour par la neurobiologie. L'amygdale, la zone du cerveau qui détecte le danger, réagit par réflexe. Il raconte qu'une araignée est sortie de la boîte à gants alors que sa femme conduisait : elle a freiné, détaché sa ceinture, coupé le moteur et ouvert la portière.
  • Le cortex préfrontal, siège de la pensée consciente, évalue ensuite : l'araignée n'est peut-être pas si dangereuse, et sortir au milieu de la route l'est sans doute davantage. « Notre raison est plus lente que notre peur. »
  • La faim rend l'amygdale plus sensible et affaiblit la voix de la raison. Israël a faim, Israël a peur, il ne peut plus juger sainement. La colère éclate, et le résultat est l'ingratitude envers Moïse et envers Dieu.
  • « Honnêtement, je peux assez bien comprendre l'ingratitude d'Israël. » Ils sont en train de mourir de faim.

3. Notre ingratitude au milieu de l'abondance

  • Notre ingratitude, en revanche, le pasteur la comprend moins. Nous ne sommes pas dans le désert. Nos réfrigérateurs débordent, nos supermarchés sont pleins, on choisit entre pain blanc, pain complet, pain noir, pain aux céréales. « Nous allons bien. Nous avons assez. »
  • Pourtant les plaintes sont aussi nombreuses que le sable du désert : « Avant, tout était mieux. » Avant, l'essence était abordable, une jeune famille pouvait s'acheter une maison, les trains étaient à l'heure.
  • Même les chrétiens, constate-t-il, ne sont pas connus pour leur reconnaissance et leur regard confiant sur l'avenir, alors que le Dieu bon qui prendra soin de nous est bien là.
  • Notre situation ne ressemble pas à celle d'Israël dans le désert, mais à celle d'Israël en Égypte. Là-bas, il y avait de la viande et du pain, mais un pain durement gagné. La peur fait oublier les chefs de corvée, la violence et les cris. Elle ne montre qu'un fragment de la réalité.
  • Nous aussi, nous gagnons notre pain. « On ne reçoit rien gratuitement dans la vie », « nous valons ce que nous produisons » : c'est la logique de notre temps. Alors, à quoi bon un Dieu qui donne par grâce ? Ce que je paie m'est dû.
  • Et nos exigences grandissent : droit à un travail épanouissant, à un logement bon marché, à la santé, à une sexualité épanouie, au désir d'enfant. Le monde n'est plus vu comme un cadeau libre et généreux.
  • Le pasteur appelle cela « l'athéisme pratique » : en théorie, on croit en un Dieu de qui tout vient ; en pratique, du lundi au vendredi, on vit sans lui. La reconnaissance est enterrée sous un tas de biens de consommation, le cœur se refroidit, et l'on finit par demander : « Fête des récoltes ? Pour quoi faire ? »

4. Dieu fait grâce, car Dieu agit

  • Dieu ne prend pas les reproches d'Israël personnellement. Il n'est pas vexé, il ne répond pas à la colère par la colère. « Dieu n'est pas comme nous. »
  • « Ce n'est pas seulement la peur, mais aussi l'amour qui restreint le regard. » Dieu passe par-dessus l'injustice qui lui est criée au visage et voit la détresse d'Israël, comme il avait vu leur misère et entendu leurs cris en Égypte.
  • La première chose que Dieu fait, c'est venir à la rencontre du peuple : pendant qu'Aaron parle, tous regardent vers le désert et la gloire de l'Éternel apparaît dans la nuée (verset 10). Il n'est pas un Dieu abstrait, au-dessus de toute détresse.
  • C'est le même Dieu qui, en Jésus, est devenu proche et palpable, auprès des aveugles, des malades et des affamés. Et c'est lui qui, des millénaires plus tard, est présent dans ta détresse, ton défi, ta peur.
  • Puis Dieu fait un miracle : « un buffet tombe du ciel ». Des cailles le soir, il n'y a plus qu'à se servir et allumer le grill. Le matin, de fins grains semblables à de la graine de coriandre, au goût de gâteau au miel, « doux comme la grâce de Dieu ».

5. La manne, contrepoison de la culture de la performance

  • Les Israélites restent là, bouche ouverte, ces grains étranges dans les mains, et demandent : « Qu'est-ce que cela ? » En hébreu, « man hou ». Ils l'appellent manne.
  • Chaque fois qu'ils parlaient de la manne, ils se rappelaient leur étonnement : vous vous souvenez ? Chaque matin, ce pain est là, Dieu prend soin de nous.
  • Sa grâce se renouvelle chaque matin. Pendant quarante ans, jusqu'à la traversée du Jourdain, Dieu donne assez pour le jour. Alors seulement la manne cesse.
  • « La manne est le contrepoison de toute culture de la performance », et des mensonges de notre cœur. Elle ne se mérite pas, elle se reçoit. Elle n'est pas un droit à exiger, elle est un cadeau.

6. Recevoir les mains ouvertes

  • Le pasteur rapporte une histoire racontée par le théologien James Mackey. Lors d'une expédition de chasse en Afrique, un homme revient au camp avec quelques grues sauvages à la ceinture. Il se sent suivi : un jeune garçon nu, visiblement affamé, marche derrière lui.
  • L'homme détache sa ceinture, laisse tomber les oiseaux et recule pour signifier au garçon qu'il peut les prendre. Mais le garçon refuse de les ramasser. Finalement, il recule, se tient debout, bras tendus, mains ouvertes, et attend que l'homme vienne lui mettre les oiseaux dans les mains.
  • « Malgré la faim, la peur et une grande détresse, il avait refusé de simplement prendre les oiseaux. Il a attendu qu'on les lui donne. » Israël aurait pu agir ainsi : reconnaissant, recevant, sans exiger.
  • Le pasteur cite Ronald Rolheiser : « En tant que chrétiens, nous devons nous exercer à tout recevoir », notre vie, notre santé, les personnes autour de nous, l'amitié, la nourriture, la beauté. « Tant que nous tenons la vie pour acquise, nous ne reconnaîtrons jamais le donateur derrière le don. »
  • La fête des récoltes est une fête de la réception : elle rappelle chaque année que rien dans la vie ne va de soi.
  • Pourquoi Dieu fait-il des miracles ? « Ainsi vous saurez que je suis l'Éternel, votre Dieu. » Les miracles pointent vers Dieu, pour que nous reconnaissions le donateur derrière le don.
  • Et la grâce rend reconnaissant. Karl Barth l'a écrit : à la charis, la grâce, ne peut répondre que l'eucharistia, la reconnaissance. « La reconnaissance suit la grâce comme le tonnerre suit l'éclair. »

7. Exercer la reconnaissance chaque jour

  • Israël reçoit la manne chaque jour. Nous aussi, nous devons faire entrer la reconnaissance dans notre quotidien et guetter chaque parcelle de bénédiction, surtout quand les temps sont durs. Paul le dit : rendez grâces en toutes choses.
  • De nombreuses études montrent qu'un journal de reconnaissance change notre façon de penser. Se demander une fois par jour « pour quoi suis-je reconnaissant aujourd'hui ? » et nommer trois choses fait éprouver davantage de joie. Écrire plus longuement a plus d'effet, mais les petits exercices comptent déjà : « l'essentiel, c'est de commencer quelque part ».
  • Ces listes entraînent le cortex préfrontal « comme à la salle de sport ». La voix de la raison devient plus forte face à la peur et aux impulsions.
  • Une autre habitude par laquelle les chrétiens entraînent leur reconnaissance depuis deux mille ans, c'est la sainte cène. Jésus a pris du pain, rendu grâces, l'a rompu et a dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. »
  • À la cène, nous recevons le pardon de nos péchés, l'amour et l'accueil qui nous nourrissent chaque jour. « Cet amour, nous ne pouvons pas le mériter. » Nous le recevons les mains ouvertes.
  • Avant la cène, le pasteur invite l'assemblée à s'asseoir droit, les mains ouvertes posées sur les genoux, en geste d'offrande et de réception. « Chaque respiration est un cadeau. » Puis il pose ses questions : de quoi t'inquiètes-tu ? De quoi as-tu peur ? Quand as-tu été surpris, émerveillé, pour la dernière fois ? Tout cela, tends-le à Dieu.

Points à retenir

  • La colère est un symptôme : derrière les murmures d'Israël, il y a la peur, et la peur fait oublier la grâce de Dieu.
  • L'abondance ne protège pas de l'ingratitude. Quand tout se gagne et se paie, on vit en « athée pratique » du lundi au vendredi.
  • Dieu ne répond pas à la colère par la colère : il vient au milieu de la détresse et donne de quoi vivre, chaque matin.
  • La manne ne se mérite pas, elle se reçoit. Les miracles servent à reconnaître le donateur derrière le don.
  • La reconnaissance s'exerce : un journal quotidien, la sainte cène, des mains ouvertes devant Dieu.

Application personnelle

  1. Quelle colère ou quelle plainte revient souvent dans ta bouche, et quelle peur se cache derrière ?
  2. Dans quels domaines vis-tu comme si tu n'avais besoin de Dieu que le dimanche ?
  3. Quelles « exigences » as-tu transformées en droits, au point d'oublier que ce sont des cadeaux ?
  4. Peux-tu, ce soir, noter trois choses pour lesquelles tu es reconnaissant aujourd'hui, et recommencer demain ?
  5. De quoi t'inquiètes-tu en ce moment, et quand as-tu été émerveillé pour la dernière fois ? Tends les deux à Dieu, les mains ouvertes.

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi les Israélites murmurent-ils dans Exode 16 ?

Quelques semaines après la sortie d'Égypte, le peuple a peur de mourir de faim dans le désert. Pour Jonas Fuchs, la colère contre Moïse et Aaron est le symptôme de cette peur. Et elle vise en réalité Dieu lui-même, comme Moïse le dit : « Que sommes-nous ? » Quand la peur arrive, on oublie la grâce de Dieu.

Que signifie le mot manne ?

Devant ces fins grains, les Israélites demandent : « Qu'est-ce que cela ? », en hébreu « man hou ». Le nom est resté. Chaque fois qu'ils parlaient de la manne, ils se rappelaient leur étonnement devant la grâce de Dieu, qui les a nourris chaque matin pendant quarante ans.

Comment devenir plus reconnaissant selon ce message ?

Jonas Fuchs propose de chercher chaque jour les signes de bénédiction, par exemple en notant trois sujets de reconnaissance. Cet exercice fortifie la voix de la raison face à la peur. Il rappelle aussi la sainte cène, où les chrétiens reçoivent depuis deux mille ans, les mains ouvertes, ce qu'ils ne peuvent pas mériter.

Rejoins le canal WhatsApp

Le boost du jour, des prières et les nouveaux enseignements, directement sur WhatsApp.

Rejoindre le canal

Gratuit, sans inscription. Ton numéro reste invisible pour les autres membres du canal.

Toutes les prédications sur « Providence »

Ne rate aucune prédication de FeG Mainz (Freie evangelische Gemeinde)

Un résumé clair à chaque nouveau message, directement chez toi.

pour prendre des notes et poser une question.

Personnages de la Bible dans ce message

Ressources sur ce thème

Sur le même thème

Message publié par FeG Mainz (Freie evangelische Gemeinde). Retrouve l'intégralité de l'enseignement sur sa chaîne.

← Retour au Journal

Exode 16 : recevoir la manne avec des mains ouvertes | Efficient Church