Introduction
Samuel Salmeron, pasteur de l'Église Évangélique de Réveil Genève, ouvre son message par un souvenir de route. Il y a quelques mois encore, il habitait à la campagne en Île-de-France. Le mardi soir, en rentrant de la réunion de prière, parfois seul, il avait vingt-cinq minutes de route de nuit à travers les forêts. Sa femme s'inquiétait qu'il rentre bien. Parfois, les phares d'une voiture en face l'éblouissaient au point qu'il ne voyait plus son environnement et n'était plus sûr de suivre la route.
« Je crois que dans nos circonstances, c'est un peu la même chose. » Des moments de doute, de tristesse ou d'épreuve viennent comme ces phares nous éblouir, au point qu'on ne voit plus ce qui existe autour de nous. Peut-être même qu'on n'arrive plus à voir que Dieu est encore présent.
C'est avec cette image qu'il lit Luc 24:13-33, le récit des deux disciples sur le chemin d'Emmaüs, et qu'il intitule son message « Reste avec nous ». Son propos tient en une phrase : il ne suffit pas de marcher à côté de Jésus, il faut le rencontrer réellement. Il le développe autour de trois verbes : descendre, rester, courir.
Plan du message
1. Deux hommes aveuglés par leurs circonstances
- Le contexte dépend du point de vue. Du côté de Jésus, nous sommes après la résurrection. Du côté des deux disciples, nous sommes simplement après la crucifixion : « Jésus est mort et c'est la défaite. Jésus est mort et c'est la tristesse. Jésus est mort, c'est le doute qui s'installe. »
- Luc écrit de manière très structurée, et le récit présente une symétrie. D'abord, les deux hommes sont dans la tristesse et l'abattement : Jésus a beau leur parler, ils ne le reconnaissent pas. Au centre, il y a un repas et un instant de révélation. Ensuite, tout ce qui était bloqué se débloque et la joie arrive.
- Cette structure fait ressortir l'essentiel : « c'est pas juste de marcher à côté de Jésus, c'est de le rencontrer réellement ». On ne peut pas se contenter de marcher à côté de Jésus, il faut qu'il entre dans nos vies pour que tout change.
2. Descendre, quand l'espérance s'en va
- Ces deux hommes ne font pas partie des douze. Ils quittent Jérusalem pour Emmaüs. Dans la Bible, Jérusalem représente le lieu de la présence de Dieu, le lieu du temple. « Quand on quitte Jérusalem, souvent c'est que ça va pas. »
- Il y a 60 stades entre Jérusalem et Emmaüs, environ 11 kilomètres. Quand on marche en discutant, on ne marche pas vite, sur des routes qui ne sont ni goudronnées ni droites. Ils ont marché pendant des heures, et le thème de leur discussion, c'est la tristesse et la déception.
- Jésus s'intéresse à des gens qui sont dans l'abattement. Il les rejoint et leur demande de quoi ils parlent. Quand une situation difficile nous presse, on a l'impression qu'elle résume tout, et on ne comprend pas qu'on vienne nous interrompre : « Est-ce que tu serais le seul qui aujourd'hui ne sait pas ce qui s'est passé ? »
- L'échange est paradoxal : celui qui pose la question est le mieux informé de tous. Mais Jésus laisse les deux hommes exprimer leur souffrance, leurs doutes, leurs déceptions.
- Ils avaient vu cet homme accomplir de grandes choses : nourrir une foule qui avait faim, venir avec calme auprès d'un ami mort depuis plusieurs jours (Jean 11), guérir gratuitement des personnes qui ont peut-être crié plus tard « crucifie-le ». Et trois jours plus tôt, ils l'ont vu sur une croix comme un bandit, abandonné de tous.
- « La déception les rend aveugles à la réalité de celui qui est en train de leur parler. » C'est la phrase que le pasteur laisse à l'assemblée : « Si la déception peut enterrer ton espérance, elle ne peut pas enterrer le ressuscité. » Tes émotions négatives, tes souffrances et tes tristesses n'annulent pas ce que Dieu est capable de faire.
3. Quand Jésus vient nous secouer
- Jésus continue de marcher avec eux pendant ces 11 kilomètres, puis il leur dit des choses dures à entendre : « Ô hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! » (Luc 24:25).
- Le pasteur sourit : il aurait pu intituler sa prédication ainsi, mais « Reste avec nous » est plus doux.
- « Des fois Jésus est obligé de venir nous secouer. » Sans cela, on reste dans notre aveuglement, dans notre ignorance, dans notre tunnel, enfermés.
- Puis, commençant par Moïse et par tous les prophètes, Jésus leur explique dans toutes les Écritures ce qui le concernait (Luc 24:27).
4. Rester, quand le soir approche
- Au verset 28, Jésus fait comme s'il voulait aller plus loin. Le pasteur y voit une initiative pour déclencher quelque chose chez ces hommes, creuser au fond de leur cœur leur détermination : « Qu'est-ce que vous voulez ? »
- Il y a d'abord l'hospitalité, naturelle dans cette culture : la nuit approche, et on ne laisse pas quelqu'un continuer sa route de nuit, c'est trop dangereux.
- Puis ces mots qui déclenchent tout : « Reste avec nous, car le soir approche, le jour est sur son déclin. » Jésus est sur le seuil, et l'invitation le fait entrer dans la maison. Quand Jésus entre dans une maison, en général, il se passe quelque chose.
- Dire à Jésus « Reste avec nous », c'est dire : « Nous avons besoin de ta présence. »
- Autour de la table, Jésus prend le pain, rend grâce, le rompt et le leur donne. Le texte ne dit pas exactement ce qu'ils ont vu : des marques sur ses mains, comme ce sera le cas plus tard dans d'autres circonstances (Jean 20:27), ou simplement le souvenir de ce geste. Leurs yeux s'ouvrent, ils le reconnaissent, et il disparaît. « C'est digne d'un film. »
5. En un instant, tout se remet en ordre
- La présence de Jésus change tout en un instant : il n'y a plus de tristesse, plus de doute. « L'espérance ressuscite. »
- Un seul geste aligne toutes les informations de l'histoire. Les femmes avaient dit que le tombeau était vide. Certains y étaient allés et l'avaient constaté. Peut-être l'avaient-ils rangé dans une case logique (quelqu'un aurait déplacé le corps) ou jugé ces témoignages peu fiables.
- Alors c'est plus qu'un prophète, plus qu'un libérateur du pays : quel homme a vaincu la mort ? C'est ce qu'il avait annoncé : il devait mourir et revenir le troisième jour. Cela veut dire que tout ce qu'il a enseigné est vrai.
- « Tu as besoin de la présence de Jésus dans ta vie. » Le pasteur invite chacun à le dire à la première personne : « Reste avec moi. C'est facile de dire nous. » Viens dans ma vie, ne reste pas sur le seuil, ouvre mes yeux, même si mes yeux sont appesantis par les circonstances que je traverse.
6. Courir, quand le cœur brûle
- La présence de Jésus a une conséquence. Les deux hommes ne restent pas finir tranquillement le repas : « On peut pas garder ça pour nous. »
- Ils ont peut-être marché cinq à six heures avec Jésus, et la nuit est tombée. Personne ne refait 11 kilomètres de nuit pour donner une information, on attendrait le lendemain. Mais leur cœur est trop bouleversé, et ils repartent vers Jérusalem, en quittant l'endroit qui avait été tout le jour un lieu de désespoir.
- Le pasteur invite à mesurer ce que cela représente pour un juif nourri de l'enseignement des prophètes et de l'espérance du Messie : trois ans d'espoir, puis la conviction qu'il s'était trompé, puis la réalité qu'il est bien ressuscité. Tout ce que ses parents et ses grands-parents lui ont enseigné, tous les rouleaux sur lesquels il a appris à lire l'hébreu, peut-être Ésaïe 53, prennent sens d'un coup.
- « Je peux te dire qu'ils ont pas mis six heures pour revenir. » Ils arrivent transpirants, joyeux, et se disent l'un à l'autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? »
- « Ça ne peut pas nous laisser indemnes de rencontrer Jésus. » Sa présence dans notre maison doit nous pousser à une bonne excitation : courir l'annoncer, dire que les femmes avaient raison, que Pierre a bien vu le tombeau vide, que c'est une réalité forte, puissante et définitive.
7. Deux défis pour la semaine
- Un défi individuel : trouve un temps calme, ce soir ou demain matin, pour te mettre à l'écart. Analyse ta vie et regarde ce qui te rend aveugle à la réalité de Dieu. « Est-ce que tu crois encore aujourd'hui que Dieu peut changer ? » Fais l'inventaire et dis à Jésus : « Reste avec moi. Viens dans ma difficulté, dans ma tristesse, dans mon doute. » Il répondra à ta prière.
- Un défi tourné vers les autres, cette semaine ou dans le mois : « Cours vers quelqu'un. » C'est une image, précise-t-il en riant, il ne s'agit pas de faire peur aux gens. Invite quelqu'un à ta table, prends un café avec une personne qui a besoin d'entendre ce que tu as compris, et raconte-lui avec tes mots ce que Dieu a fait dans ta vie.
- C'est le résumé de la mission de faire des nations des disciples (Matthieu 28:19) : « On transmet seulement ce qu'on a reçu. Mais d'abord expérimente la réalité de la grâce. »
- Au chrétien fatigué, qui s'est habitué à ses souffrances au point que son doute est devenu sa définition, il dit : dis à Jésus, dans le secret de ta chambre, « Reste avec moi ». Tu ne le verras pas avec tes yeux physiques, « mais je t'assure parce que j'y crois, il sera présent ».
- Le message débouche sur la sainte cène, à prendre non par habitude mais comme un moment de foi : un souvenir non de la crucifixion seulement, mais de la résurrection. « Ne contemple pas la croix comme si c'était une défaite. Réalise que le tombeau est vide. »
Points à retenir
- Marcher à côté de Jésus ne suffit pas : il faut le rencontrer réellement et le laisser entrer dans ta vie.
- La déception peut enterrer ton espérance, mais elle ne peut pas enterrer le ressuscité.
- Parfois, Jésus vient nous secouer pour nous sortir de notre aveuglement et de notre tunnel.
- « Reste avec moi » est une prière personnelle : elle fait passer Jésus du seuil à l'intérieur de la maison.
- Un cœur qui brûle ne garde pas la nouvelle pour lui : il court la partager.
Application personnelle
- Quels « phares en face » t'éblouissent en ce moment au point de te faire oublier que Dieu est encore présent ?
- Te contentes-tu de marcher à côté de Jésus, ou l'as-tu vraiment invité à entrer dans tes circonstances ?
- Quand prendras-tu ce temps calme pour faire l'inventaire de ta vie et dire à Jésus : « Reste avec moi » ?
- Qui pourrais-tu inviter à ta table ou pour un café cette semaine, pour lui raconter ce que Jésus a fait dans ta vie ?
Versets cités
Questions fréquentes
Pourquoi les disciples d'Emmaüs ne reconnaissent-ils pas Jésus ?
Pour Samuel Salmeron, ils sont aveuglés par leurs circonstances. Pour eux, Jésus est mort et c'est la défaite. La déception les rend aveugles à la réalité de celui qui marche à côté d'eux. Mais si la déception peut enterrer ton espérance, elle ne peut pas enterrer le ressuscité.
Pourquoi Jésus fait-il semblant d'aller plus loin au verset 28 ?
Le prédicateur y voit une initiative de Jésus pour creuser au fond du cœur des deux hommes et révéler leur détermination. Leur invitation, « Reste avec nous », exprime une réalité : nous avons besoin de ta présence. Jésus entre alors dans la maison, et quand Jésus entre dans une maison, il se passe quelque chose.
Que font les disciples après avoir reconnu Jésus ?
Ils repartent à Jérusalem le soir même, alors que la nuit est tombée et qu'ils viennent de marcher environ 11 kilomètres. Leur cœur est trop bouleversé pour attendre le lendemain. Samuel Salmeron en tire un défi : courir vers quelqu'un, l'inviter à sa table et lui raconter ce que Jésus a fait dans sa vie.