Introduction
Joël Vögeli ouvre son message par un souvenir : le troisième rendez-vous avec celle qui allait devenir sa femme, à Winterthur. Le soir, au bar, il lui déclare son amour et lui dit qu'il aimerait commencer une relation avec elle. La réponse, il ne l'a jamais oubliée : « Il faut que j'aille aux toilettes. » Après une attente qui lui a semblé durer cinq heures, elle revient et lui dit qu'elle a besoin d'un peu plus de temps. Trois mois plus tard, ils sont ensemble. Aujourd'hui, ils sont mariés depuis dix-huit ans et ont deux enfants.
Le prédicateur d'ICF Zürich décrit une vie entourée : une famille qu'il aime, des parents et des frères et sœurs avec qui il a toujours eu de bons contacts, et une Église où il est depuis vingt-quatre ans. Pourtant, en regardant de plus près, il a été surpris de découvrir de nombreux moments où, le soir chez lui, il se sentait seul. Son cœur n'était « pas tout à fait connecté ».
Avec le recul, il pense avoir pris trop peu au sérieux un message central de la Bible. Dans ce message de la série consacrée à la bénédiction du foyer, il ouvre Philippiens 2 et pose une question simple : comment renforcer la cohésion dans nos relations ? Sa réponse tient en une phrase : prends Jésus-Christ pour modèle.
Plan du message
1. Avoir des relations ne suffit pas
- Paul se réjouit que les Philippiens vivent la communion, mais sa joie sera complète quand ils auront un même sentiment, un même amour, une même âme (Philippiens 2:2).
- La Bible ne se contente pas de nous demander d'avoir des relations ou de ne pas nous séparer : « Investissez vraiment dans une qualité absolument bonne de vos relations. » Il ne suffit pas d'être « un peu réconciliés ».
- Le prédicateur appelle à renforcer la cohésion dans les familles, dans les petits groupes et dans toute la communauté.
- Il cite une étude de Harvard menée depuis 1938 auprès de centaines de personnes, interrogées environ tous les trois ans. Le facteur qui ressort pour savoir si l'on vieillit heureux et en bonne santé n'est ni le sport, ni le métier, ni le salaire, ni le cholestérol, ni même le fait d'être marié : c'est la qualité des relations.
- « Une fois de plus, la science confirme ce que la Bible dit depuis longtemps. »
2. Le psaume du Christ : Jésus vient à notre hauteur
- Philippiens 2:6-11 est pour Joël Vögeli l'un des plus beaux textes de la Bible, un texte d'adoration qui décrit le cœur de Jésus. Il le lit comme un texte de louange, et l'assemblée termine par un grand applaudissement pour Jésus.
- Bien qu'égal à Dieu, Jésus ne s'est pas accroché à cette égalité. Il a renoncé à tout, est devenu semblable à un esclave, s'est abaissé et a obéi jusqu'à la mort de la croix. Dieu l'a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom.
- Au tableau, le prédicateur dessine Dieu d'un côté et l'homme de l'autre. Pour rétablir le lien, Jésus vient dans le monde et se met « à hauteur d'yeux » : nous pouvons le comprendre et il nous comprend.
- Il voit les besoins des hommes, il les sert jusqu'à la croix et devient leur Sauveur. Dieu l'élève et les hommes plient de nouveau le genou devant lui.
- Les versets 3 et 4 tirent la leçon : « Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. » Jésus nous a estimés plus que lui-même et nous sert là où nous en avons le plus besoin.
3. La sensibilité : voir le besoin derrière le cri
- Le prédicateur est marié à une psychologue. Avec humour, il assure que tout est « tout à fait normal, comme dans n'importe quel mariage, tant que je prends mes psychotropes et que je réponds sur le divan aux questions qu'elle me pose », avant de corriger : « Non, bien sûr que non. »
- De son métier, sa femme a rapporté une notion qui rejoint ce que Jésus vit : la sensibilité. Dans les années 1970, la psychologue du développement Mary Ainsworth a montré que la sensibilité des parents est le grand facteur qui permet à l'enfant de construire des relations stables et une confiance de base.
- Un enfant ne sait pas encore dire ce dont il a besoin, alors il crie. Être sensible, c'est aller vers lui, ne pas chercher seulement à faire cesser les cris, mais sentir le besoin précis et y répondre, chaque fois.
- Dans la famille Vögeli, c'est devenu une valeur écrite : « Nous sommes sensibles. Chez nous, les besoins de chacun comptent. »
- Il raconte une soirée ordinaire : il prépare des pâtes quand un enfant se met à pleurnicher. Son cœur, plutôt « concentré », veut finir le repas. Puis il se souvient de la valeur choisie : il retire la casserole, éteint la plaque, se lave les mains, court vers l'enfant... et trois mètres devant lui, sa femme arrive deux secondes plus tôt et le console. « Tout ça pour rien. » Mais une valeur s'entraîne, encore et encore.
- Dans les années 1990, la thérapie de couple centrée sur les émotions a montré que la sensibilité compte aussi chez les adultes. Là où elle manque naissent les disputes, voire la panique relationnelle et l'envie de fuir.
- Il reconnaît se sentir vite attaqué quand sa femme lui reproche, par exemple, d'être trop lent. Au lieu de chercher le besoin derrière ses mots, il se défend. Parfois, il entend la voix du Saint-Esprit : « Joël, ta femme a encore raison. Écoute, regarde son besoin. »
- Il en va de même dans l'amitié : un ami qui traverse un temps difficile et se montre compliqué a un besoin. « Qui le voit ? Le vois-tu ? »
4. Jésus répond chaque fois que je crie
- Jésus est son modèle de sensibilité : « Chaque fois que je crie à lui, il réagit. » Le prédicateur admet qu'on ne le ressent pas toujours sur le moment, mais qu'en regardant sa vie, il le voit.
- Adolescent, il était amer et se sentait victime, désavantagé, jamais vu. Il a crié à Dieu, qui « a anéanti tous ses ennemis », plaisante-t-il, avant de rectifier : Dieu a vu son vrai besoin. Il a vécu la sainteté de Dieu comme jamais, a compris combien son cœur avait besoin de la grâce de Jésus, et son regard est passé d'une mentalité de victime à une mentalité de grâce. « Je suis un gracié. »
- Dans sa vingtaine, il était presque écrasé par les attentes. Dieu ne lui a pas simplement donné quelques succès de plus : il l'a mis au défi d'être plus honnête sur ses faiblesses et ses erreurs. Il a bâti une culture de l'honnêteté et a surmonté ce poids grâce à Jésus.
- Dans sa trentaine, il avait souvent peur de l'avenir : une erreur, et l'Église qu'il dirige ou son couple allaient s'effondrer. Dieu l'a mis au défi de prendre des décisions avec courage malgré ses peurs.
- Dans sa quarantaine, il a été tout près de tomber dans la dépendance à l'alcool. Il a crié à Dieu, qui a été son coach, l'a accompagné en thérapie et lui a appris à se conduire lui-même.
- Il pose ensuite ses questions : quels sont les besoins profonds de ceux qui t'entourent, ta femme, tes enfants, tes amis, tes parents, tes frères et sœurs ? Comment y réagis-tu ? Où les perçois-tu mal ?
- Lui-même avoue ne pas être un grand « Gespürschmi », comme on dit en suisse allemand, quelqu'un qui sent les choses. « Mais je peux demander : de quoi as-tu besoin en ce moment ? »
5. La Trinité : une unité avec des rôles clairs
- Le psaume du Christ montre une autre dynamique : la relation du Père et du Fils. L'unité de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, est « la plus grande cohésion et la meilleure relation » que nous puissions prendre pour modèle.
- Tous trois sont saints, divins, d'accord entre eux, pleins d'autorité et dignes d'adoration. Pourtant, le Père n'est pas le Fils, et le Fils n'est pas le Saint-Esprit.
- Le Père envoie le Fils, et le Fils obéit, bien qu'égal à Dieu. Le Fils meurt, le Père l'élève, et il est adoré à la gloire du Père. Dans Jean 14, le Fils demande au Père d'envoyer le Saint-Esprit, qui achève l'œuvre commencée à la croix, nous rend semblables à Jésus et nous aide à marcher comme enfants du Père.
- « Le Père est l'auteur de l'histoire du salut. Jésus en est l'exécutant et devient lui-même le salut. Le Saint-Esprit accomplit dans nos vies ce que l'histoire du salut a commencé. »
- Il n'y a jamais de rivalité entre ces rôles. Jésus discerne ce que le Père attend de lui et s'y engage pleinement.
6. Quel est ton rôle dans ta famille ?
- Joël Vögeli pensait que c'était simple : « Je suis le père, c'est tout. » À la naissance de sa première fille, il a découvert que certaines choses qu'il croyait faire partie de son rôle ne lui étaient pas utiles, et que d'autres dont elle avait besoin ne lui semblaient pas relever de lui. Il a dû définir son rôle plus précisément.
- Premier rôle : stabilisateur. Chacun dans la famille peut vivre toutes ses émotions. Lui ramène la paix, prend l'initiative de la réconciliation et de se remettre ensemble autour de la table.
- Deuxième rôle : initiateur. Les jours de congé, il apporte les idées. Il planifie les vacances, même si organiser n'est pas sa passion, parce que ce rôle sert tout le monde.
- Troisième rôle : responsable spirituel. Il propose de prier ensemble à table, prend l'initiative quand quelqu'un est malade, prépare la sainte cène et l'apporte à table. Il veille à ce que la famille soit reliée à l'Église, financièrement et dans la communion. Il chasse le diable hors de la famille, le remet à sa place et parle prophétiquement sur les siens. Cela ne veut pas dire que sa femme apporte moins sur le plan spirituel : « Pas du tout. » C'est simplement le rôle auquel il dit oui.
- Il y a quelques mois, il a transmis à Paul Sieber la direction des tranches d'âge d'ICF, des enfants aux jeunes. Il a alors réfléchi presque chaque jour à son nouveau rôle, en a parlé avec son responsable, avec des pairs, avec sa femme, et surtout il a prié. Un jour, il s'est dit : « J'aimerais avoir la même passion pour discerner mon rôle à la maison, dans mes amitiés, comme fils de mes parents. »
- Ses questions : quel est mon rôle ? Qu'ai-je à donner ? Pour quoi Dieu m'a-t-il appelé, et est-ce que j'accepte vraiment ce rôle ? On le découvre dans la présence de Dieu, puis on s'y engage avec courage.
7. « Bénis mon foyer, et sers-toi de moi »
- Il a parlé de ces rôles avec sa femme. Elle est celle qui donne le rythme : tous les quelques mois, elle ajuste l'organisation de la famille, les horaires et la répartition des tâches. « Elle est si intelligente, brillante », et il se soumet à ce rôle.
- Parce qu'ils parlent de leurs rôles, leur mariage leur procure de la joie et leur unité grandit. « Comme pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous sommes à égalité. Nous sommes une unité, mais nous connaissons nos rôles. »
- Pendant cette série, l'Église a chanté « The Blessing », qui reprend la bénédiction d'Aaron (Nombres 6:24-26). Le prédicateur lance un défi : ne pas seulement dire « Dieu, bénis mon foyer », mais ajouter : « Partout où tu veux le faire à travers moi, je dis oui. »
- Le Saint-Esprit agit souvent sur toi par d'autres personnes, et sur ta femme, ton mari, ton ami, à travers toi.
- Il conclut en invitant l'assemblée à se lever et à prier : « Jésus, nous te prenons pour modèle aujourd'hui. Tu as dit oui au rôle qui te revenait, tu as servi là où ton Père t'a appelé. » Et il conclut : « Oui Jésus, bénis notre foyer et sers-toi de moi, Dieu, partout où tu le veux. »
Points à retenir
- Avoir beaucoup de relations ne protège pas de la solitude : Dieu nous appelle à investir dans leur qualité et à devenir vraiment unis.
- Jésus est le modèle de l'unité : il vient à notre hauteur, voit nos besoins et nous sert là où nous en avons le plus besoin.
- La sensibilité, c'est chercher le besoin derrière le cri ou le reproche. Quand on ne sait pas le sentir, on peut demander.
- La Trinité montre une unité parfaite avec des rôles clairs et sans rivalité. Dans un foyer, des rôles clairs font grandir la cohésion.
- Prier pour la bénédiction de son foyer, c'est aussi accepter que Dieu se serve de nous pour la donner.
Application personnelle
- Quels sont, en ce moment, les besoins profonds de ton conjoint, de tes enfants, de tes amis ou de tes parents ? Les connais-tu ?
- Lors de ta dernière dispute, as-tu cherché à te défendre ou à comprendre le besoin derrière les mots de l'autre ?
- À quel moment de ta vie as-tu crié à Dieu et vu qu'il répondait à ton vrai besoin, même autrement que tu l'attendais ?
- Quel est ton rôle dans ta famille, et l'acceptes-tu vraiment ? En as-tu parlé avec ton conjoint ou tes proches ?
- Es-tu prêt à prier cette semaine : « Bénis mon foyer, et sers-toi de moi pour le faire » ?
Versets cités
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le « psaume du Christ » de Philippiens 2 ?
Joël Vögeli appelle ainsi Philippiens 2:6-11, l'un de ses textes préférés. Jésus, égal à Dieu, s'est dépouillé, est devenu homme et a obéi jusqu'à la mort de la croix. Dieu l'a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom. Pour le prédicateur, c'est le modèle à suivre pour renforcer l'unité : Jésus vient à notre hauteur, voit nos besoins et nous sert là où nous en avons le plus besoin.
Que signifie la sensibilité dans une relation ?
La sensibilité consiste à ne pas seulement entendre le cri ou le reproche, mais à chercher le besoin qui se cache derrière et à y répondre. La psychologie du développement l'a montré chez les enfants, puis la thérapie de couple chez les adultes : là où elle manque, les conflits naissent. Joël Vögeli rappelle que Jésus vit cette sensibilité : chaque fois que nous crions à lui, il répond.
Pourquoi parler de rôles dans la famille si nous sommes égaux ?
Parce que la Trinité en donne l'exemple. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont tous trois Dieu, saints et unis, et pourtant ils ont des rôles clairs, sans rivalité. Joël Vögeli explique qu'avec sa femme, ils sont à égalité, mais qu'ils parlent de leurs rôles respectifs, et que leur unité grandit parce que ces rôles sont clairs.