Qui est vraiment béni selon Jésus ?
Il y a 2000 ans, Jésus s'assoit sur une colline de Galilée face à une foule mélangée. Des pêcheurs, des élites religieuses de Jérusalem, des Grecs de la Décapole, des malades qu'il vient de guérir. Et il ouvre la bouche pour donner ce que beaucoup considèrent comme le plus grand discours de l'histoire : le sermon sur la montagne. Ses premiers mots ne parlent pas de règles, ni de morale, ni de performance. Ils parlent de bonheur. « Heureux… »
Mais Jésus déclare heureux des gens que personne dans la salle n'aurait spontanément qualifiés ainsi. Les pauvres en esprit. Ceux qui pleurent. Les persécutés. Si tu lis ce texte pour la première fois, c'est déroutant. Et si tu le connais par cœur depuis l'enfance, la question demeure : qu'est-ce que Jésus veut réellement dire quand il te regarde et qu'il te dit « tu es béni » ?
Cet article reprend le message de David Pothier prêché à La Chapelle, premier volet d'une série de 15 semaines sur le sermon sur la montagne. Il explore les Béatitudes non comme une liste de vertus à atteindre, mais comme trois choses beaucoup plus profondes : un mot de bienvenue, une bénédiction, une promesse.
Plan de l'article
- Le contexte : le plus grand discours du monde
- Ce que les Béatitudes ne sont pas
- Les Béatitudes sont d'abord un mot de bienvenue
- Les Béatitudes sont une bénédiction pour ceux qui ne se croient pas bénis
- Les Béatitudes sont une promesse : présent et futur
- Comment répondre à l'invitation
1. Le contexte : le plus grand discours du monde
Matthieu chapitre 5 à 7. Le sermon sur la montagne est le discours le plus noble, le plus profond, le plus riche, le plus influent et le plus radical de toute l'histoire. Il couvre le bonheur, la gestion de la colère, la prière, l'inquiétude, le pardon, la manière de traverser les tempêtes. Il a été prononcé il y a 2000 ans, et il est encore pertinent aujourd'hui.
Mais prêcher sur ce texte est un défi. D'abord un défi de concision : le sermon est long. Ensuite un défi d'interprétation : si tu penses que Jésus est toujours facile à comprendre, c'est que tu n'as jamais vraiment lu le sermon sur la montagne. « Arrache ton œil, coupe ta main » : qu'est-ce que ça veut dire ? Jésus vit dans un contexte tellement juif que ça demande de connaître son monde pour bien le comprendre.
Le plus grand défi n'est pourtant pas l'interprétation. C'est l'obéissance. Le sermon sur la montagne, comme le disait un auteur, est la partie des enseignements de Jésus la plus connue, probablement la moins comprise, et certainement la moins obéie. Or Jésus l'a donné pour être mis en pratique :
« Ainsi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. » (Matthieu 7.24)
Avant même le sermon, Matthieu note qu'à partir de Matthieu 4.17, « Jésus commença à prêcher et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » Le sermon est adressé à des gens qui doivent d'abord se repentir pour pouvoir suivre. Puis Jésus voit la foule : des Galiléens (les travailleurs, les gens de la lower class, ceux qui ont un accent), des habitants de la Décapole (des non-juifs de culture grecque), des Juifs de Jérusalem (l'élite religieuse), des gens venus de partout. Une foule hétéroclite : croyants, non-croyants, super-religieux.
Alors Jésus monte sur la montagne. Matthieu fait ici un clin d'œil à Moïse. Mais contrairement à Moïse qui recevait la loi et devait redescendre parce que personne n'avait le droit d'approcher, Jésus fait monter les gens avec lui. L'ancienne alliance disait « attention ». La nouvelle alliance dit « approchez-vous ». Et il ouvre la bouche.
2. Ce que les Béatitudes ne sont pas
Avant de dire ce qu'elles sont, il faut désamorcer quelques malentendus fréquents.
- Ce n'est pas une liste de vertus. Être pauvre, être affligé, être persécuté ne sont pas des vertus. Certaines qualités apparaissent (la miséricorde, la pureté du cœur), mais les Béatitudes ne sont pas d'abord un catalogue de vertus.
- Ce n'est pas une liste de commandements. Le sermon sur la montagne contient 60 commandements de Jésus, mais les Béatitudes ne sont pas parmi eux.
- Ce n'est pas une liste de vérités intemporelles. « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre. » Dans le monde tel qu'il est, ce sont souvent les dictateurs qui héritent la terre, pas les doux. Si on prend ces phrases comme des lois de fonctionnement du monde, Jésus se trompe. Ce n'est pas ce qu'il fait.
- Ce n'est pas une liste de conditions pour être béni. Ce n'est pas « deviens ceci et je te bénirai ».
- Ce n'est pas une liste de huit étapes vers le succès personnel, ni une série de conseils, ni des reproches.
Alors qu'est-ce que c'est ? Trois choses.
3. Les Béatitudes sont d'abord un mot de bienvenue
Le mot grec traduit « heureux » est makarios. En anglais on le traduit « blessed », béni. En français « heureux ». Certains proposent aussi « félicitations ». À l'époque, on disait makarios à un jeune marié, à des parents qui venaient d'avoir un enfant. C'était un mot de bienvenue, une façon d'accueillir quelqu'un dans une réalité nouvelle.
Jésus commence son sermon en disant, en substance : « Félicitations. Bienvenue. » Et il le dit d'abord aux « pauvres en esprit ». Dallas Willard en donne une paraphrase saisissante : « Heureux les nuls en esprit, les ratés, les fauchés, les déficients spirituels, les mendiants spirituels, ceux qui n'ont pas un atome de religion, lorsque le royaume de Dieu leur tombe dessus. »
Autrement dit : bienvenue à tous ceux qui n'ont pas grandi à l'église. Bienvenue à ceux qui ne connaissent pas la Bible, qui ne savent pas comment prier, qui ont vécu des années sans Dieu. Bienvenue aux pécheurs, aux prostituées, aux publicains. C'est exactement ce que Jésus a fait avec Matthieu, l'auteur même de cet évangile : un collecteur de taxes, un fraudeur, un ennemi de l'État. Jésus l'a regardé dans les yeux, l'a appelé, est allé manger chez lui, puis a dit :
« Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » (Matthieu 9.12-13)
Quand Matthieu écrit « heureux les pauvres en esprit », il sait exactement de qui Jésus parle. Il en fait partie.
Il y a une hypocrisie possible ici. On dit facilement « amen, tout le monde est bienvenu » tant qu'on parle des catégories de péché qui ne nous choquent pas. Mais dès qu'on pense à cette catégorie de péché-là, celle qui te fait crisper, on referme la porte. Les Béatitudes te retirent ce droit. Tu n'as pas l'autorité de dire à quelqu'un que Jésus a invité : « tu n'es pas le bienvenu ».
Cela ne veut pas dire que suivre Jésus ne coûte rien. Après avoir ouvert grand la porte dans les Béatitudes, Jésus va devenir extrêmement exigeant dans la suite du sermon. Mais tout commence ici, par une porte grande ouverte : tout le monde est bienvenu dans le royaume.
4. Les Béatitudes sont une bénédiction pour ceux qui ne se croient pas bénis
Jésus n'est pas le premier à prononcer des béatitudes. Un siècle avant lui, un rabbin nommé Yeshua Ben Sira en avait écrit. Elles étaient toutes basées sur les circonstances extérieures : heureux celui qui vit assez longtemps pour voir la ruine de ses ennemis ; heureux celui qui habite avec une femme sensée ; heureux celui qui a un ami fidèle ; heureux celui qui n'a pas un mauvais patron ; heureux celui qui a trouvé la sagesse et qui est écouté.
Ces béatitudes ressemblent aux nôtres. Notre version occidentale ferait à peu près ceci : heureux les riches car le royaume de ce monde est à eux ; heureux ceux qui ont un beau corps car leurs photos seront likées ; heureux ceux qui ont faim et soif de célébrité car ils se retrouveront dans une téléréalité ; heureux ceux qui suivent toutes leurs envies car ils ne connaîtront jamais la frustration ; heureux ceux qui font la guerre car ils imposeront leur paix par la force.
Puis vient Jésus. Il pose son regard sur des gens que personne ne considère bénis : les pauvres, les endettés, les exploités, les esclaves, ceux qui viennent de perdre un enfant, ceux qui ont du mal à faire leur épicerie, ceux qui pleurent, ceux qui subissent l'injustice, ceux qui sont persécutés. Et il leur dit : makarios. Vous êtes bénis.
C'est révolutionnaire. Jésus vient enseigner qu'on peut être heureux même dans des circonstances difficiles. Heureux même en deuil. Heureux même quand la maison n'a pas fonctionné. Heureux même quand le mariage est difficile.
Attention à ce que ce n'est pas. Ce n'est pas « regarde le bon côté des choses ». Ce n'est pas « ne te compare pas aux autres ». Ce n'est pas « sois reconnaissant pour ce que tu as ». Ce n'est pas non plus « c'est une question de perspective », même si Philippiens 4 parle bien de perspective. Tout cela est vrai, mais ce n'est pas ce que Jésus fait ici. Jésus dit une chose plus radicale :
Tu n'es pas béni malgré tes circonstances. Tu es béni à travers tes circonstances.
Tu n'es pas béni malgré tes larmes ; tu es béni à travers tes larmes. Tu n'es pas béni malgré la persécution ; tu es béni à travers la persécution. Et pourquoi ? Parce que tu es invité à entrer dans le royaume de Dieu. Parce que la vie de Dieu, en Jésus, t'est ouverte.
5. Les Béatitudes sont une promesse : présent et futur
Regarde attentivement le texte. Chaque béatitude comporte un « car… ». Il y a huit béatitudes, disposées en kiasme, ce schéma juif où le début et la fin se répondent. La première (verset 3) et la dernière (verset 10) disent la même chose : « le royaume des cieux est à eux ». Présent.
Mais les six béatitudes du milieu sont au futur : ils seront consolés, ils hériteront la terre, ils seront rassasiés, ils obtiendront miséricorde, ils verront Dieu, ils seront appelés fils de Dieu.
Ce n'est pas une négligence. C'est théologiquement précis. Le royaume de Dieu est déjà là : il est accessible maintenant, tu peux t'en emparer, l'habiter aujourd'hui. Mais le royaume n'est pas encore pleinement en place. La victoire est remportée, le Roi est couronné, la fin est décidée, mais le royaume est en train d'arriver.
Sans cette double perspective (présent et futur), les Béatitudes n'ont pas de sens. Il y a des gens qui subissent une injustice et n'obtiendront pas justice dans ce monde. Mais si tu entres dans le royaume de Dieu, il y aura une justice. Il y a des gens dont la consolation ici-bas restera partielle. Mais vient une consolation parfaite où Dieu essuiera toute larme de leurs yeux (Apocalypse 21.4).
Il faut apprendre à sortir d'une mentalité purement occidentale et acquérir une mentalité du royaume. Dans l'éternité, tout se règle. Un jour, celui qui ne peut plus marcher courra dans le royaume. Un jour, tu reverras ceux que tu as perdus dans le Seigneur. Un jour, Dieu séchera toutes les larmes. Le royaume, c'est maintenant et c'est demain.
6. Comment répondre à l'invitation
Un frère de La Chapelle a récemment vécu une cascade d'épreuves. Le décès de sa mère, chrétienne engagée qui l'a lui-même amené à Christ. Une hostilité familiale autour du service religieux qu'elle désirait. Puis, deux jours plus tard, l'annonce d'un cancer. Six frères se sont retrouvés autour de lui pour prier. Et il est arrivé dans le bureau déjà avec la paix, avec la force, avec la joie. À la fin, il a dit simplement : « Je me sens béni. Je suis béni. »
Comment expliques-tu cela ? Uniquement par ceci : cet homme habite le royaume de Dieu. Il a accès à la vie de Dieu. Voilà ce que Jésus offre.
Mais Jésus invite tout le monde ; ce n'est pas tout le monde qui répond. Comment on répond ? Le premier mot du ministère public de Jésus le dit : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 4.17). Le royaume est at hand, à portée de main. Tu peux le saisir. Comment ? Par la repentance et par la foi.
Te repentir de quoi ? De tout. De t'être écrit ton propre sermon sur la montagne. De t'être bricolé tes propres béatitudes. D'avoir mené ta vie à ta façon plutôt qu'à sa façon. Tu ne perds rien : tu échanges ton chemin contre le sentier de la vie.
Tu es béni parce que tu es invité. Tu l'es encore plus quand tu réponds à l'invitation.
Points à retenir
- Les Béatitudes ne sont pas des vertus, ni des commandements, ni des vérités mécaniques : elles sont un mot de bienvenue, une bénédiction et une promesse.
- Jésus ouvre son royaume à ceux que personne n'attendait : les « nuls spirituels », les gens qui n'ont jamais mis les pieds à l'église, ceux dont le passé fait peur.
- Tu n'es pas béni malgré tes circonstances, tu es béni à travers elles, parce que le royaume de Dieu t'est accessible.
- Le royaume est « déjà là » et « pas encore » : la consolation, la justice et la vie éternelle ont commencé maintenant et seront pleines dans l'éternité.
- La réponse à l'invitation, c'est la repentance et la foi : échanger ta façon contre celle de Jésus.
Application personnelle
- Dans quelle catégorie te reconnais-tu spontanément : celle qui pense être bénie ou celle qui pense ne pas l'être ? Que change la parole de Jésus à ta situation ?
- À qui, dans ton entourage, as-tu tendance à refermer la porte du royaume ? Quel « catégorie de péché » te fait crisper au point d'oublier que Jésus l'a invitée ?
- Où en es-tu de ta propre repentance ? Y a-t-il des zones de ta vie où tu vis encore avec tes propres « béatitudes » plutôt qu'avec celles de Jésus ?
- Comment la double perspective « déjà / pas encore » du royaume change-t-elle ta façon de traverser ta saison actuelle ?
- Es-tu un chrétien qui va à l'église ou un disciple qui obéit ? Quelle prochaine étape d'obéissance concrète Jésus te demande cette semaine ?
Versets cités
- Matthieu 4.17-25 · Contexte du sermon sur la montagne
- Matthieu 5.1-12 · Les Béatitudes
- Matthieu 7.24-27 · La maison sur le roc
- Matthieu 9.9-13 · L'appel de Matthieu
- Matthieu 28.19-20 · Le mandat de faire des disciples
- Philippiens 4 · La perspective du contentement
- Apocalypse 21.4 · Dieu essuiera toute larme
FAQ
Est-ce que les Béatitudes sont des conditions pour être béni par Dieu ?
Non. Ce ne sont pas des étapes à cocher pour mériter la bénédiction. Elles sont d'abord un mot d'accueil de Jésus à toute une foule mélangée, une déclaration de bénédiction sur des gens qui ne se croient pas bénis, et une promesse sur ce que le royaume produit dans leur vie, aujourd'hui et pour l'éternité.
Pourquoi Jésus dit-il « heureux les persécutés » ? Ce n'est pas masochiste ?
Jésus ne fait pas l'apologie de la souffrance. Il déclare que la souffrance ne peut pas te couper de la vie du royaume, et que dans ce royaume ta consolation, ta justice et ta récompense sont réelles, partiellement maintenant, pleinement dans l'éternité. Tu es béni à travers l'épreuve, pas parce que tu la mérites.
Concrètement, comment j'entre dans ce royaume dont parle Jésus ?
Par les deux verbes qui ouvrent son ministère : te repentir et croire. Se repentir, c'est reconnaître que tu as vécu à ta façon et choisir sa façon à lui. Croire, c'est mettre ta confiance en Jésus et le suivre au quotidien. Tu n'as pas à te « mettre en règle » avant : Jésus accueille des gens que personne n'attendait.
pour prendre des notes et poser une question.