Sagesse, plaisir, travail : la fumée que tu essaies de saisir

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Introduction

Il y a trois choses qui te font sortir du lit le matin, qui te font tenir jusqu'à la fin de la semaine, qui te donnent l'impression d'avancer : la connaissance, le plaisir et le travail. Trois grands motivateurs de la vie parisienne, trois valeurs que tout le monde poursuit. Dans ce deuxième volet de la série « La clarté du Christ pour un monde inconsistant », le prédicateur ouvre l'Ecclésiaste 1.12 à 2.26 et fait ce que Salomon lui-même a fait : il te propose de sonder ces trois poursuites jusqu'au fond, puis de poser dessus une question brutale, est-ce qu'elles tiennent, comme sens de ta vie ? Sa conclusion est nette : chacune est vraie et bonne comme don de Dieu, mais devient de la fumée si tu en fais ton but. Et à la fin, Jésus rajoute ce que l'Ecclésiaste n'avait pas encore vu : au lieu d'une perte, le Père a trouvé bon de te donner un royaume.

Plan du message

1. La sagesse et la connaissance : le chagrin qui monte avec elles

  • Le texte : Ecclésiaste 1.12-18. « Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem. J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous le ciel. » Il a tout regardé, tout sondé, et il constate : « tout n'est que fumée et revient à poursuivre le vent ».
  • La sagesse et la connaissance sont pertinentes, valorisées, quasi obligatoires dans une vie francilienne. On vit dans un temps très changeant, il faut apprendre sans arrêt pour réussir, parfois pour survivre. Notre société admire le chercheur, le scientifique, celui qui « s'y connaît ». Personne ne veut passer pour stupide devant ses amis ou son patron. C'est normal.
  • Mais poussée trop loin, la connaissance devient une obsession. Certains sont si experts dans un domaine minuscule qu'on dirait que toute leur vie est dévouée à ce petit savoir. Comme toujours, ce qui prend la place du sens de la vie devient une idole.
  • Le témoignage de la reine de Séba sur Salomon (2 Chroniques 9.5-6) est un solide témoignage : « On ne m'avait pas raconté la moitié de la grandeur de ta sagesse. » Et pourtant, la faille est là : « celui qui augmente sa connaissance augmente sa souffrance » (Ecclésiaste 1.18).
  • Illustration très concrète du prédicateur : il montre la dernière édition du Monde diplomatique. Les titres, écrits par de vrais experts : « une diplomatie d'affairistes », « l'Amérique sans phare, l'Europe sans vie », « comment nier un génocide », tout un dossier sur Gaza. Rien de joyeux. Plus tu vas au fond, plus le prédicateur a raison : la connaissance seule mène au chagrin. Ce n'est pas ce que tu avais cherché au début.

2. Le plaisir : l'éphémère qui laisse la vie continuer

  • Le texte : Ecclésiaste 2.1-3 puis 2.8. Salomon se dit à lui-même : « Allons, je te ferai essayer la joie et tu goûteras au bonheur. » Il se donne au vin en gardant la sagesse en observateur, il amasse argent, or, richesses des rois, chanteurs, chanteuses, concubines en quantité.
  • Même cette vie de débauche a ses conséquences, même pour un Salomon. 1 Rois 11.4 : « À l'époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes entraînèrent son cœur à suivre d'autres dieux, et son cœur ne fut pas tout entier à l'Éternel son Dieu comme l'avait été celui de David, son père. » Une intimité aussi profonde avec d'autres personnes ne peut pas te laisser indemne.
  • Le plaisir reste pourtant un motivateur majeur : plaisir sexuel évidemment, mais aussi plaisir d'être reconnu, plaisir d'une bonne réputation, plaisir du repos, des vacances, de la richesse, ou tout simplement de l'amour. Des entreprises entières gagnent leur pain sur nos plaisirs, que deviendraient TikTok ou Instagram sans notre quête permanente du plaisir ?
  • Aucun de ces plaisirs n'est mauvais en soi. Mais s'il devient le sens de ta vie, le problème saute aux yeux : le plaisir est éphémère, c'est comme la fumée, ça disparaît. Il y a le moment, puis il y a l'après.
  • Illustration très personnelle du prédicateur : il a perdu il y a quelques mois un ami qu'il avait depuis le collège. Une des rares intelligences qu'il ait connues, rapide, brillant, très généreux, capable d'avoir 20/20 sans préparation. Mais sa vie était vouée à sa sexualité et à ses expériences avec les différentes drogues. Un hédoniste parfait. La maladie est intervenue, son cerveau s'est détruit avec les années, et il est mort isolé. Le moment très éphémère du plaisir passe, mais la vie continue après, et les décisions imprudentes impactent l'avenir. « Cela aussi c'est de la fumée. »

3. Le travail : le solide qui finit aussi en fumée

  • Le texte : Ecclésiaste 2.4-11. « Je me suis lancé dans de grandes entreprises : je me suis bâti des maisons, je me suis planté des vignes, je me suis fait des jardins, des vergers, je me suis fait des réservoirs pour arroser des pépinières. J'ai acquis des serviteurs et des servantes… j'ai possédé plus de bœufs et de brebis que tous ceux qui étaient avant moi à Jérusalem. » Il est devenu plus grand que quiconque à Jérusalem, sans rien perdre de sa sagesse.
  • Puis il réfléchit : « J'ai réfléchi à tout ce que mes mains avaient entrepris et à la peine que j'avais eue pour le faire. J'ai constaté que tout n'est que fumée et revient à poursuivre le vent. Il n'y a aucun avantage à retirer de ce qu'on fait sous le soleil. »
  • On travaille pour vivre, mais si tu vis pour travailler, c'est autre chose. On passe plus de temps au travail que partout ailleurs. Le contraire est dramatique aussi : ceux qui n'arrivent pas à trouver un travail portent un poids, et ceux qui vivent dans l'oisiveté sans en avoir besoin créent leurs propres dysfonctions.
  • À l'époque du grand-père du prédicateur, on ne posait pas la question « est-ce que tu es passionné par ton travail ? ». On travaillait, on gagnait sa vie, et si l'État ne prenait pas trop, on était content. Aujourd'hui on cherche un travail épanouissant, qui utilise nos talents. C'est exactement ce que fait Salomon.
  • Écarts contemporains : à force de travailler ou de rester sur le portable pour répondre aux appels, les troubles du sommeil montent, le cerveau n'arrête plus, viennent les problèmes de santé graves, les attaques de panique. Le monde du burnout, une nouveauté peut-être déjà connue de l'Ecclésiaste. Le travail, quand il prend la place qui n'est pas la sienne, tombe lui aussi sous la fumée.

4. La réflexion : le sage et l'insensé ont le même sort

  • Le texte : Ecclésiaste 2.12-16. « J'ai vu que la sagesse a sur la folie le même avantage que la lumière sur l'obscurité. Le sage a ses yeux bien en place, tandis que l'homme stupide marche dans l'obscurité. » Oui, il y a un avantage réel, un peu comme le chat qui voit la nuit quand toi tu tâtonnes.
  • Mais : « J'ai aussi reconnu que le même sort est réservé à l'un et à l'autre. » On meurt tous, sages ou stupides. Et : « le souvenir qu'on garde du sage n'est pas plus durable que celui de l'homme stupide, puisque, dès les jours suivants, tout est oublié ».
  • Sous le soleil (c'est-à-dire sur le plan purement physique, sans encore parler de l'éternel), c'est vrai. Rien ne survit longtemps. Peux-tu citer les grands dictateurs de la Seconde Guerre mondiale ? Peut-être. Et les généraux ? Et l'époque de tes arrière-grands-pères ? Souvent on retient mieux le nom d'un méchant que celui d'un bon. Ce n'est pas parce que tu vis une bonne vie qu'on se souviendra de toi.

5. Le désespoir : l'héritage qui te glisse des mains

  • Le texte : Ecclésiaste 2.17-23. « Alors, j'ai détesté la vie… J'ai détesté tout le travail que j'ai accompli sous le soleil et dont je dois laisser la jouissance à un homme qui me succédera. Qui sait s'il sera sage ? »
  • Salomon désespère à cause de son héritage. Il y a des exemples partout d'entreprises que la génération suivante a coulées. Salomon lui-même : son fils Roboam a écouté le conseil de ses amis au lieu de celui des sages, et l'empire s'est déchiré en deux (1 Rois 12). Puis les Égyptiens sont venus et se sont emparés de toute la richesse (1 Rois 14.25-26).
  • Cette dépression que ressent le prédicateur est partagée par beaucoup, notamment à l'âge de la retraite. Jeune, on projette : je vais faire ces études, avoir ce travail, accomplir tant de choses. Certains réussissent, tant mieux. La majorité, à la fin, regarde une longue chaîne de choses qu'elle aurait aimé faire mais qui ne sont jamais arrivées.
  • Jésus raconte l'histoire du riche insensé en Luc 12.16-21. Un homme fait une récolte formidable, décide de placer de plus en plus. Et Dieu lui dit : « Insensé ! Cette nuit même, ton âme te sera redemandée. Ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ? Voilà quelle est la situation de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n'est pas riche pour Dieu. » La question de Jésus est simple : es-tu riche pour Dieu ?

6. La réponse de Salomon : le plaisir devient don

  • Le texte : Ecclésiaste 2.24-26. « Il n'y a rien de bon pour l'homme, sinon manger et boire, et faire jouir son âme du bien-être au milieu de son travail ; mais j'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. »
  • Première indice, que Jésus va compléter : Dieu est souverain. Le plaisir donné par Dieu devient tout ce qu'il doit être. Le travail donné par Dieu devient tout ce qu'il peut devenir. La connaissance donnée par Dieu peut même devenir un plaisir, une vie. C'est entre ses mains que tu peux enfin retrouver le comble de tes espérances dans ces trois domaines, parce que la sagesse, le travail et le plaisir sont des dons de Dieu.
  • Dieu ne veut pas que son peuple soit ignorant et stupide. Il veut que son peuple connaisse le plaisir, la joie, « la joie de l'Éternel est votre force » (Néhémie 8.10). Pas la tristesse et la dépression. Et le travail est un don de sa main : ça fait du bien d'accomplir quelque chose. Le prédicateur partage sa propre joie, il a réparé ses toilettes cette semaine et il est fier de lui.

7. La clé de Christ : au lieu d'une perte, un royaume

  • Le texte : Luc 12.31-32. « Cherchez plutôt son royaume, et cela vous sera donné par-dessus. Ne crains point, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. »
  • Ce que Jésus ajoute à l'Ecclésiaste, c'est une perspective qui dépasse la vie sous le soleil. Toutes ces préoccupations créent la peur ; le Père y répond en te donnant un royaume. Au lieu d'une perte, ça devient un royaume. Au lieu d'être dissipé après ta mort, il te promet ce qui est véritablement solide, ce qui dépasse même le temps de ce monde.
  • Et ce royaume n'est pas juste lointain, à venir un jour. Jésus l'a dit : « le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17.21). Si tu es en Christ, tu vis déjà dedans. Le dépôt de l'éternité est déjà en toi. Tu as déjà un pied hors de la vanité, parce que tu as déjà un pied dans la nouveauté.
  • Et Christ marche avec toi dans les trois domaines : il t'accompagne dans l'apprentissage de la sagesse, « l'Esprit vous conduira dans toute la vérité » (Jean 16.13). Il partage ton plaisir : celui qui a mangé avec les disciples au point que les légalistes en ont été scandalisés, celui qui a changé l'eau en vin (Jean 2.1-11), ne partagera-t-il pas aussi ton plaisir avec toi ? Il t'accompagne au travail, il te calme, il te fortifie, il marche avec toi à travers la vallée de la mort et rend même le temps de travail plein de touches d'éternité, dans les moments de partage et de prière avec ceux avec qui tu travailles.

Points à retenir

  • La sagesse, le plaisir et le travail sont les trois grands motivateurs de ta vie, chacun est bon comme don de Dieu, aucun ne tient comme sens de ta vie.
  • La connaissance poussée pour elle-même finit dans le chagrin : « celui qui augmente sa connaissance augmente sa souffrance » (Ecclésiaste 1.18).
  • Le plaisir est éphémère comme la fumée ; le moment passe, mais tes décisions imprudentes impactent longtemps l'avenir.
  • Le travail que tu ferais ta raison d'exister t'usera par les troubles du sommeil, les attaques de panique, le burnout, et l'héritage que tu laisses risque de te glisser des mains.
  • Sous le soleil, sage et insensé ont le même sort, la mort. Ce constat brutal fait exploser toutes les illusions de sens purement terrestres.
  • La question de Jésus : es-tu riche pour Dieu ?, voilà ce qui traverse le tombeau.
  • Reçois la sagesse, le plaisir et le travail comme des dons de la main de Dieu, et tu retrouves en eux le comble de tes espérances.
  • N'aie pas peur : le Père a trouvé bon de te donner le royaume. Tu y as déjà un pied si tu es en Christ.

Application personnelle

  1. Des trois motivateurs (sagesse, plaisir, travail), , lequel est en train de prendre la place du sens de ta vie en ce moment ? Comment le reconnais-tu concrètement (ton agenda, tes conversations, ce qui te réveille la nuit) ?
  2. Sur la connaissance : à quel moment ton besoin de « comprendre plus » est-il devenu un chagrin qui te dévore, au lieu d'un service à Dieu et aux autres ? Quelle veille, quel scroll, quel dossier dois-tu poser ?
  3. Sur le plaisir : quelle décision « très éphémère » es-tu tenté de prendre cette semaine qui pourrait impacter ton avenir pendant des années ? Es-tu prêt à recevoir le plaisir comme un don de Dieu (donc à sa manière), plutôt qu'à le saisir toi-même ?
  4. Sur le travail : es-tu dans la logique du grand-père du prédicateur (je travaille pour vivre) ou celle du monde parisien contemporain (je vis pour un travail épanouissant) ? Où le burnout commence-t-il déjà à te toucher, et qu'est-ce que Dieu te demande de reposer ?
  5. La question de Jésus au riche insensé : si ton âme t'était redemandée cette nuit, tout ce que tu as préparé serait-il utile à quelqu'un, et surtout, en quoi es-tu riche pour Dieu ?

Versets cités

Questions fréquentes

Si la sagesse, le plaisir et le travail sont bons, à partir de quand basculent-ils dans la fumée ?

Le prédicateur est très clair : aucun des trois n'est mauvais en soi. Ils basculent le jour où l'un d'eux devient le sens de ta vie, l'idole à laquelle tu accroches ta valeur, ton avenir, ton identité. Reçois-les de la main de Dieu, et ils sont un comble ; saisis-les toi-même comme raison d'exister, et ils te laissent avec du chagrin (sagesse), un éphémère qui passe (plaisir), un héritage qui te glisse des mains (travail). Ecclésiaste 2.24-26 pose la ligne : « cela aussi vient de la main de Dieu ».

Que veut dire concrètement « être riche pour Dieu » (Luc 12.21) ?

Jésus, dans la parabole du riche insensé, ne condamne pas la capacité de ramasser ou d'entreprendre, le prédicateur le souligne, ce n'est pas ça qui est remis en question. Ce qui est remis en question, c'est le fait de le faire en étant pauvre envers Dieu. Être riche pour Dieu, c'est mettre ta sagesse, ton plaisir, ton travail entre ses mains, chercher son royaume d'abord (Luc 12.31), placer tes trésors là où la mort n'a plus prise, dans ce qui traverse le tombeau et te suit dans le royaume.

Comment concilier « ne crains point, petit troupeau » avec la réalité du burnout, du deuil, de l'imprévu ?

Le prédicateur ne nie pas la vanité de la vie : elle est bien inconsistante, l'imprévu est parfois la règle, c'est pour ça qu'on prend des assurances, et encore, elles ne paient pas toujours. Mais l'espérance chrétienne n'est pas dans ce qui se fait sous le soleil ; elle est dans ce qui est éternel, dans le royaume que le Père a trouvé bon de te donner. Ce royaume est déjà à l'œuvre en toi si tu es en Christ. Ce n'est pas ce qui te dispense des hauts et des bas, c'est ce qui te permet de les traverser sans t'écrouler.

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