La Bible — Louis Segond 1910

Psaume 90

En bref

Le Psaume 90 est le seul psaume attribué à Moïse. C'est une prière qui commence par une affirmation : Dieu a été un refuge de génération en génération, et il est Dieu d'éternité en éternité. Face à lui, la vie humaine paraît brève, comme l'herbe qui pousse le matin et sèche le soir. Moïse reconnaît aussi la gravité du péché et la colère de Dieu, puis demande : enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous obtenions un cœur sage. Le psaume se termine par une prière de compassion, de joie et d'une œuvre que Dieu affermit.

D'après son titre, le Psaume 90 est une « Prière de Moïse, homme de Dieu ». C'est le seul psaume attribué à Moïse, et il ouvre le quatrième livre des Psaumes. Le Deutéronome donne déjà ce titre d'homme de Dieu à Moïse (Deutéronome 33:1). Ce psaume mêle la lamentation collective et la méditation de sagesse : il met face à face l'éternité de Dieu et la brièveté de la vie humaine, marquée par le péché. Le titre ne précise aucune circonstance. Certains lecteurs y entendent l'écho des quarante années au désert, où toute une génération est morte, mais le texte ne le dit pas. Le verset 4 est repris dans la deuxième épître de Pierre (2 Pierre 3:8). Aujourd'hui, on lit souvent ce psaume lors des obsèques, au passage d'une nouvelle année ou à un anniversaire, quand on prend conscience du temps qui passe et qu'on veut le vivre avec Dieu.

Le chapitre en 4 parties

  1. v. 1-2Seigneur, tu as été un refuge de génération en génération
  2. v. 3-6L'homme passe comme l'herbe, Dieu demeure
  3. v. 7-12Le péché, la brièveté des jours et la sagesse
  4. v. 13-17Une prière pour la compassion et pour une œuvre durable

1Prière de Moïse, homme de Dieu. Seigneur! tu as été pour nous un refuge, De génération en génération.

2Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eusses créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu.

3Tu fais rentrer les hommes dans la poussière, Et tu dis: Fils de l'homme, retournez!

4Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d'hier, quand il n'est plus, Et comme une veille de la nuit.

5Tu les emportes, semblables à un songe, Qui, le matin, passe comme l'herbe:

6Elle fleurit le matin, et elle passe, On la coupe le soir, et elle sèche.

7Nous sommes consumés par ta colère, Et ta fureur nous épouvante.

8Tu mets devant toi nos iniquités, Et à la lumière de ta face nos fautes cachées.

9Tous nos jours disparaissent par ton courroux; Nous voyons nos années s'évanouir comme un son.

10Les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, Et, pour les plus robustes, à quatre-vingts ans; Et l'orgueil qu'ils en tirent n'est que peine et misère, Car il passe vite, et nous nous envolons.

11Qui prend garde à la force de ta colère, Et à ton courroux, selon la crainte qui t'est due?

12Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse.

13Reviens, Eternel! Jusques à quand?... Aie pitié de tes serviteurs!

14Rassasie-nous chaque matin de ta bonté, Et nous serons toute notre vie dans la joie et l'allégresse.

15Réjouis-nous autant de jours que tu nous as humiliés, Autant d'années que nous avons vu le malheur.

16Que ton oeuvre se manifeste à tes serviteurs, Et ta gloire sur leurs enfants!

17Que la grâce de l'Eternel, notre Dieu, soit sur nous! Affermis l'ouvrage de nos mains, Oui, affermis l'ouvrage de nos mains!

Comprendre Psaume 90 verset par verset

v. 1-2Avant les montagnes, Dieu était déjà notre refuge

Moïse ne commence pas par le problème mais par Dieu. Avant de parler de la mort et de la fragilité humaine, il affirme au Seigneur : « tu as été pour nous un refuge », et cela de génération en génération. Le mot hébreu traduit par refuge désigne aussi une demeure, un lieu où l'on habite en sécurité. Les générations passent, les déserts et les exils aussi, mais Dieu reste la maison de son peuple. Le verset 2 remonte plus loin que l'histoire : avant que les montagnes ne naissent, avant la création de la terre et du monde, Dieu est Dieu, d'éternité en éternité. Les montagnes, symbole de ce qui semble le plus stable, ont un commencement, pas lui. Pour toi, c'est le point d'appui de tout le psaume : ta vie est courte et fragile, mais elle peut s'abriter en celui qui ne change pas et qui portait déjà ceux qui t'ont précédé.

v. 3-6La vie humaine, brève comme l'herbe d'une journée

Face à ce Dieu éternel, l'être humain apparaît dans toute sa fragilité. Le verset 3 rappelle la parole de la Genèse : tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière (Genèse 3:19). Le verset 4 change d'échelle : mille ans sont pour Dieu comme une journée déjà passée, ou comme une veille de la nuit, ces quelques heures de garde qui filent sans qu'on s'en rende compte quand on dort. L'apôtre Pierre reprend cette idée pour expliquer la patience de Dieu (2 Pierre 3:8). Puis viennent deux images : la vie passe comme un songe, et comme l'herbe qui fleurit le matin et qu'on coupe le soir pour la laisser sécher. Ces versets ne cherchent pas à déprimer. Ils disent la vérité pour te libérer d'une illusion : tu n'es pas maître du temps. Le prophète Ésaïe le dira aussi, en ajoutant que la parole de Dieu, elle, subsiste éternellement (Ésaïe 40:8).

v. 7-11Nos fautes cachées à la lumière de Dieu

Moïse va plus loin que le simple constat que la vie est courte. Il relie notre fragilité à une réalité plus grave : le péché et la colère de Dieu contre lui. Le verset 8 est saisissant : « Tu mets devant toi nos iniquités, Et à la lumière de ta face nos fautes cachées ». Rien n'échappe à Dieu, pas même ce que nous cachons aux autres et à nous-mêmes. Le verset 10 évoque une vie de soixante-dix ans, ou quatre-vingts pour les plus robustes : ce n'est pas une promesse, mais un constat, et même les meilleures années portent leur part de peine. Le verset 11 pose une question : qui prend vraiment Dieu au sérieux ? Ce passage ne dit pas que chaque épreuve punit une faute précise. Il décrit la condition humaine depuis la première désobéissance (Genèse 3). Pour le chrétien, cette lucidité conduit à la croix : Jésus a porté nos péchés, et il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en lui (Romains 8:1).

v. 12Apprendre à compter nos jours pour devenir sages

Voici le cœur du psaume, et l'un des versets les plus cités de la Bible : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse ». Compter ses jours, ce n'est pas vivre dans l'angoisse de la mort ni calculer son espérance de vie. C'est accepter avec réalisme que le temps est limité, et laisser cette vérité réorganiser nos priorités. Remarque que Moïse ne se contente pas de dire qu'il faut compter. Il demande à Dieu de l'enseigner, car on oublie vite que la vie est courte. Le but est la sagesse, c'est-à-dire l'art de vivre selon Dieu au quotidien : aimer, pardonner, servir, se réconcilier sans attendre. Pour toi, cette prière peut devenir très concrète. Si tes jours sont comptés, qu'est-ce qui mérite vraiment ton temps aujourd'hui, et que remets-tu sans cesse à plus tard ?

v. 13-15Reviens, Seigneur : rassasie-nous de ta bonté chaque matin

Le ton change : après la méditation vient la supplication. « Reviens, Eternel! Jusques à quand? » Moïse avait déjà prié ainsi après l'épisode du veau d'or, en demandant à Dieu de revenir de l'ardeur de sa colère (Exode 32:12). Ici, il ne réclame pas un dû, il demande la pitié pour les serviteurs de Dieu. Le verset 14 est une très belle prière : être rassasié chaque matin de la bonté de Dieu, ce mot qui désigne son amour fidèle, celui qui ne lâche pas son peuple. Le livre des Lamentations dira que ses bontés se renouvellent chaque matin (Lamentations 3:22-23). Le verset 15 ose même demander autant de jours de joie qu'il y a eu de jours de malheur. C'est une prière honnête : elle ne nie pas la souffrance, mais elle croit que Dieu peut redonner la joie. Tu peux la faire tienne après une longue période difficile.

v. 16-17Que ta grâce affermisse l'ouvrage de nos mains

Le psaume se termine en regardant vers l'avenir. Moïse demande que l'œuvre de Dieu se manifeste à ses serviteurs et que sa gloire repose sur leurs enfants. Le psaume s'ouvrait sur les générations passées, il se ferme sur celles qui viennent : la foi se transmet. Puis vient la dernière demande, répétée deux fois comme un cri du cœur : « Affermis l'ouvrage de nos mains ». Notre vie est courte, mais elle n'est pas vaine quand Dieu donne de la solidité à ce que nous faisons. Le travail, l'éducation des enfants, le service dans l'Église, les gestes cachés de fidélité peuvent porter du fruit au-delà de nous. L'apôtre Paul dit la même chose : ton travail n'est pas vain dans le Seigneur (1 Corinthiens 15:58). Tout commence par la grâce de l'Éternel sur nous : c'est sa faveur, et non notre agitation, qui rend une vie féconde.

Comment prier Psaume 90

Quand prier ce psaume

  • Le soir d'un enterrement, quand la mort d'un proche te rappelle que la vie est courte.
  • Au début d'une nouvelle année ou le jour de ton anniversaire, pour faire le point sur tes priorités.
  • Quand tu as l'impression de courir sans cesse et de perdre ton temps sans savoir pourquoi.
  • Quand le poids d'une faute cachée t'empêche d'être en paix devant Dieu.
  • Après une longue période d'épreuve, quand tu as besoin que Dieu te redonne la joie.
  • Avant de commencer un projet, un nouveau travail ou un service, pour le confier à Dieu.

Une prière inspirée de Psaume 90

Seigneur, tu as été un refuge de génération en génération. Avant que les montagnes soient nées, tu étais déjà Dieu, et tu le seras toujours. Moi, je suis fragile : ma vie passe comme un songe, comme l'herbe qui fleurit le matin et sèche le soir. Je l'oublie souvent. Je cours, je m'inquiète, je remets à plus tard ce qui compte vraiment. Tu connais aussi mes fautes cachées, celles que je n'ose dire à personne. Je te les apporte, et je te remercie pour Jésus, qui les a portées à la croix. Enseigne-moi à bien compter mes jours, pour que mon cœur devienne sage. Montre-moi ce qui mérite mon temps aujourd'hui. Reviens vers moi quand je me sens loin de toi. Rassasie-moi chaque matin de ta bonté, et rends-moi la joie après les jours difficiles. Que ton œuvre soit visible dans ma vie, dans celle de mes enfants ou des plus jeunes que tu places sur ma route. Que ta grâce repose sur moi, et affermis l'ouvrage de mes mains. Amen.

Versets clés

Verset 1-2
Prière de Moïse, homme de Dieu. Seigneur! tu as été pour nous un refuge, De génération en génération. Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eusses créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu.

Moïse commence par Dieu et non par son malheur : un refuge stable dans un monde qui passe, éternel avant les montagnes et avant la terre.

Verset 4
Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d'hier, quand il n'est plus, Et comme une veille de la nuit.

Mille ans sont comme un jour pour Dieu. Cette image invite à relativiser nos urgences et à reconnaître que son temps n'est pas le nôtre.

Verset 12
Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse.

Une prière de sagesse : prendre conscience que nos jours sont comptés pour les vivre sagement, sans angoisse mais avec responsabilité.

Verset 17
Que la grâce de l'Eternel, notre Dieu, soit sur nous! Affermis l'ouvrage de nos mains, Oui, affermis l'ouvrage de nos mains!

La demande finale est que la faveur de Dieu repose sur nous et affermisse l'œuvre de nos mains : ce qui compte vient de lui.

Versets bibliques à méditer

Prier pour cette situation

Ce qu'en disent les prédications

Questions fréquentes sur Psaume 90

Que signifie le Psaume 90 ?

C'est une prière de Moïse qui oppose l'éternité de Dieu à la brièveté de la vie humaine. Face à la mort et à la fragilité, Dieu est un refuge de génération en génération. Moïse demande la sagesse de compter ses jours, puis la compassion de Dieu et sa faveur sur le travail des hommes.

Que veut dire « enseigne-nous à bien compter nos jours » ?

Le verset 12 demande à Dieu de nous faire prendre conscience que la vie est limitée, pour que nous vivions avec sagesse. Il ne s'agit pas de vivre dans la peur de la mort, mais de bien utiliser le temps, de privilégier ce qui dure et de nous tourner vers Dieu.

Comment prier le Psaume 90 ?

Commence par les versets 1 et 2 : remercie Dieu d'être ton refuge. Puis prie le verset 12 en lui demandant de t'apprendre à bien utiliser tes jours. Confie-lui une priorité à revoir. Termine par le verset 17 en demandant à Dieu d'affermir ce que tu fais avec lui.

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Traduction Louis Segond 1910 — domaine public.