Introduction
Il y a environ huit ans, Armel, l'un des responsables de l'Église, était jeune, célibataire, sans enfants, et sans logement. Un ami l'a hébergé pendant deux mois. Un jour, la femme de cet ami part en voyage d'affaires en Espagne et laisse à la maison sa petite fille d'un an et demi. Deux jeunes hommes qui savaient à peine s'occuper d'eux-mêmes doivent changer des couches et trouver la bonne température du biberon.
Chaque fois que la sonnette retentit, la petite crie : « Maman, maman ! » Et chaque fois, il faut lui répondre : « Non, ce n'est pas encore maman. » Un mois plus tard, la mère revient, la sonnette retentit, et cette fois la réponse change : « Oui, c'est maman, tu peux courir. » La petite passe tout l'après-midi dans ses bras. Armel a même filmé la scène, tant il sentait le poids de la tristesse se dissiper dans le cœur de l'enfant.
Pourquoi raconter cela ? Parce qu'on peut attendre désespérément un changement dans sa vie, une bonne nouvelle qui tarde à venir. Luc 18.1-8 est là pour nous encourager à continuer d'attendre et de prier. Le message tient en une phrase : face à l'injustice, persévère dans la prière, car Dieu est le seul juge parfait et Jésus-Christ, Fils de Dieu, revient bientôt.
Plan du message
1. Un monde qui crie à l'injustice
- « Nous vivons dans un monde difficile », un monde où l'injustice sévit. En France, l'actualité est marquée par la grève des lycéens et des enseignants qui demandent de meilleures conditions d'étude, comme les pompiers avant eux.
- Ailleurs, des chrétiens sont persécutés jusqu'à la mort. Armel est abonné à la lettre de Portes Ouvertes, une ONG chrétienne au service des chrétiens persécutés. Il y a lu l'histoire d'un pasteur nigérian dont la femme a été tuée, et qui a été enlevé avec ses trois enfants par des extrémistes religieux, simplement parce qu'ils croient en Jésus.
- Notre monde réclame une justice qui vienne restaurer toutes choses. Ce texte, entre autres sujets, aborde la question de la justice.
2. Prière et foi : la clé de la parabole
- Jésus donne lui-même le sens de la parabole au verset 1 : il faut « toujours prier, et ne point se relâcher ». Une parabole est un enseignement imagé, une histoire fictive qui illustre un point.
- Jésus s'adresse à ses disciples (Luc 17:22), ceux qui le suivent fidèlement. Dans le récit de Luc, il est en route vers Jérusalem (Luc 9:51), où il va mourir pour sauver son peuple du péché, la rébellion de l'homme contre Dieu.
- Le royaume de Dieu est déjà parmi nous, même s'il n'est pas toujours visible et qu'il rencontre beaucoup d'opposition. Mais le verset 8 annonce le retour du Fils de l'homme : Jésus est venu, il reviendra pour établir définitivement son royaume.
- Il faut relier le verset 1 et le verset 8 : « Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Jésus établit un lien fort entre la prière et la foi.
- Quelle foi ? Pas une question de quantité. Quand les disciples demandent « Augmente-nous la foi » (Luc 17:5-10), Jésus parle d'un serviteur qui obéit à son maître. La question est de savoir si j'ai la foi ou non.
- Pas non plus une foi qui sert seulement à résoudre nos problèmes. Sur les dix lépreux guéris (Luc 17:11-19), un seul revient vers Jésus et entre en relation avec lui. La foi dont parle Jésus est la foi qui sauve, celle qui nous relie au Sauveur et qui se manifeste par des actes concrets.
3. Un juge inique et une veuve qui ne lâche rien
- Le juge devait faire respecter la loi, protéger le faible, punir le méchant. Mais il « ne craignait point Dieu et n'avait d'égard pour personne » (verset 2). Il ne fait pas son travail et n'aime personne, sauf peut-être lui-même.
- La veuve, elle, vit dans une grande précarité, comme toutes les veuves de cette époque. Elle n'a qu'un seul recours, le juge de la ville. Peu lui importe qu'il l'aime ou non : elle n'a qu'une idée, obtenir justice.
- Armel l'imagine dans la cour du tribunal, matin, midi et soir, plaidant sa cause. Chaque refus la motive à revenir. « Qu'il pleuve ou qu'il neige », elle est là.
- Sa seule force, c'est sa constance. Et c'est cette insistance qui finit par fatiguer le juge : « parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête » (verset 5).
4. Quand Dieu semble ne pas répondre
- Nous avons tous connu une forme d'injustice. La persécution des chrétiens dans certains pays dure depuis longtemps sans grande évolution, malgré les prières incessantes des frères et sœurs.
- Dans certains pays africains, des dirigeants pillent les caisses de l'État depuis les indépendances et les populations souffrent. En France, le débat sur le bon usage du budget de l'État revient sans cesse.
- Au travail, on peut rester des années sans promotion alors qu'on fait bien son travail et qu'on prie. On peut avoir le sentiment que le monde crie à la justice et que personne ne répond au bout du fil.
- « On peut avoir le sentiment que les chrétiens crient à Dieu et que Dieu n'entend pas. Il est silencieux. Qu'allons-nous faire de ce silence ? »
5. Dieu n'est pas comme ce juge
- « Soyons clairs, Dieu n'est pas comme le juge inique. » Il aime les hommes, il aime sa création. Il est un juste juge et il prend plaisir à écouter ceux qui lui appartiennent.
- Les disciples sont comme la veuve, fragiles dans un monde rebelle à Dieu, mais ils sont des « élus » (verset 7) : ils appartiennent définitivement au royaume et ne peuvent en être arrachés.
- Si un juge qui n'aime personne écoute une veuve qu'il ne connaît pas, combien plus Dieu le Père écoutera-t-il les cris de ses enfants. Jésus fait la même remarque en Matthieu 7:11 : si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux.
- Le temps ne nous appartient pas. « Mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d'hier » (Psaume 90:4). Dieu est maître du temps et des circonstances. Ce n'est pas à nous de nous décourager en disant : « Cela fait dix ans, quinze ans, vingt ans que je prie. »
- En Égypte, les Israélites ont longtemps gémi sous la servitude. Leurs cris sont montés jusqu'à Dieu, qui a entendu, s'est souvenu de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, et a regardé leur situation (Exode 2:23-25). « Peut-être pas au moment où nous l'attendions, mais il est toujours intervenu. »
6. Jésus revient : un avertissement et une invitation
- Le texte est rempli de temps : toujours prier (verset 1), longtemps (verset 4), sans cesse (verset 5), jour et nuit (verset 7), promptement (verset 8). Nous vivons entre la première et la seconde venue de Jésus, un temps où la foi est mise à l'épreuve.
- Autre tentation : se faire justice soi-même. « Je prie, Dieu ne répond pas, je vais me débrouiller seul. » Armel cite Friedrich Nietzsche : « Dieu est mort, et c'est nous qui l'avons tué. [...] Ne faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux ? » La pensée occidentale en est imprégnée : on vit comme si on n'attendait plus de Sauveur.
- Selon le prédicateur américain Paul Washer, le verset 8 est l'une des phrases les plus tristes de la Bible. Il résonne comme un avertissement : Jésus reviendra, et son Église doit être rayonnante, ni endormie ni découragée. Ce jour-là, on saura qui appartient vraiment à Dieu.
- C'est aussi une invitation : il n'est jamais trop tard pour entrer en relation avec Jésus. Si tu as été découragé par la face sombre de l'Église, Jésus t'appelle encore à revenir vers lui. Son royaume est un royaume de justice.
7. Laisser la foi façonner ta prière
- Face au silence de Dieu, identifie-toi à la veuve. Dieu ne ment pas, il est fidèle. Il a promis d'ôter le péché du monde par son Fils, et Jésus est venu, est mort et ressuscité. Il n'y a pas une promesse de Dieu qui ne se soit accomplie.
- « Ta foi détermine ta prière. » Prier n'est pas facile : il faut de la motivation, de l'énergie, de la discipline. On peut tomber dans des formules mécaniques apprises par cœur, ou dans un monologue où l'on vide son sac.
- Armel récite le Notre Père depuis ses dix ans. « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » : avons-nous vraiment soif du royaume ? Voulons-nous vraiment sa volonté et non la nôtre ? Attendons-nous vraiment de lui notre pain quotidien ?
- Une vie de prière tournée seulement vers la résolution de nos problèmes (un mari, un travail, des enfants) n'est pas tenable : soit on se décourage, soit on retrousse ses manches pour tout régler soi-même.
- Nos soucis sont réels, mais ils doivent être portés dans la perspective du retour de Jésus : « Seigneur, interviens maintenant, ou reviens mettre fin à ce monde injuste. Et si tu ne le fais pas, donne-moi la force de tenir jusqu'à ton retour. »
- Armel encourage chacun à prier seul, en famille, en Église et dans les groupes de maison, sans cesse, dans une dépendance totale envers Dieu.
Points à retenir
- Jésus a raconté cette parabole pour montrer qu'il faut toujours prier et ne pas se relâcher, même face à l'injustice.
- Dieu n'est pas comme le juge inique : il aime ses enfants, il est le seul juge parfait et il écoute ses élus qui crient à lui jour et nuit.
- Le silence de Dieu n'est pas de l'indifférence. Il est maître du temps et il est toujours intervenu, même pas au moment attendu.
- La foi dont parle Jésus est une foi qui sauve et qui nous relie à lui. C'est elle qui façonne notre prière.
- Jésus revient bientôt pour mettre fin à l'injustice : son retour est à la fois un avertissement et une invitation.
Application personnelle
- Quelle situation d'injustice portes-tu dans la prière depuis longtemps, et as-tu été tenté de baisser les bras ?
- Comment réagis-tu au silence de Dieu : en persévérant comme la veuve, ou en essayant de te faire justice toi-même ?
- Quand tu dis le Notre Père, crois-tu vraiment ce que tu demandes : son règne, sa volonté, ton pain quotidien ?
- Ta prière se limite-t-elle à la liste de tes problèmes, ou les places-tu dans la perspective du retour de Jésus ?
- Si Jésus revenait aujourd'hui, trouverait-il en toi une foi vivante et une relation réelle avec lui ?
Versets cités
- Luc 18:1-8
- Luc 17:22
- Luc 9:51
- Luc 17:5-10
- Luc 17:11-19
- Matthieu 7:11
- Psaume 90:4
- Exode 2:23-25
- Matthieu 6:9-11
Questions fréquentes
Que signifie la parabole de la veuve et du juge inique ?
Jésus en donne lui-même le sens au verset 1 : il faut toujours prier et ne pas se relâcher. Pour Armel, Dieu n'est pas comme ce juge. Si un juge qui n'aime personne finit par rendre justice à une veuve qu'il ne connaît pas, à combien plus forte raison Dieu le Père écoutera-t-il les cris de ses élus.
Pourquoi Dieu semble-t-il parfois silencieux face à l'injustice ?
Le temps ne nous appartient pas : mille ans sont à ses yeux comme le jour d'hier (Psaume 90:4). Armel rappelle l'exemple d'Israël en Égypte : Dieu a entendu les gémissements de son peuple et s'est souvenu de son alliance. Il n'est pas toujours intervenu au moment attendu, mais il est toujours intervenu.
Quel lien Jésus fait-il entre la prière et la foi dans Luc 18 ?
Le verset 1 parle de prière, le verset 8 de foi : « Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Pour Armel, il ne s'agit pas d'une quantité de foi mais d'une foi qui sauve et qui nous relie au Sauveur. C'est elle qui nous fait persévérer dans la prière, dans la perspective du retour de Jésus.