Introduction
À l'Église Évangélique Baptiste de Paris-Centre, rue de Sèvres, la lecture suivie de la deuxième lettre aux Corinthiens arrive au chapitre 2, versets 5 à 17. À première vue, le passage parle de deux choses sans rapport : un homme à qui l'Église doit pardonner, puis un voyage de Paul à Troas.
Pour le prédicateur, ces deux parties nous apprennent pourtant quelque chose de très important sur la manière dont l'Évangile agit. Il agit dans une Église qui doit apprendre à restaurer. Il agit aussi par des serviteurs qui doivent apprendre qu'ils ne maîtrisent pas tout.
Au centre du texte, une image : Dieu répand par ses serviteurs le parfum de Christ. La question n'est pas de savoir si tu es assez fort, mais si, dans ta manière de pardonner, de vivre ta faiblesse et d'annoncer la Parole, ce parfum se répand.
Plan du message
1. Une relation douloureuse entre Paul et Corinthe
- Paul connaît bien cette Église : c'est lui qui l'a fondée, après y avoir passé environ dix-huit mois à prêcher l'Évangile.
- Après son départ, les difficultés se sont multipliées : divisions, désordres moraux, conflits entre chrétiens, rivalités autour des dons spirituels. La première lettre aux Corinthiens en parle déjà.
- Entre les deux lettres, les choses se sont encore compliquées. Paul semble avoir fait à Corinthe une visite qui s'est très mal passée. Il en est reparti profondément blessé, puis il a écrit une lettre très sévère.
- Le verset 4 donne la clé : il a écrit « avec beaucoup de larmes », non pour attrister les Corinthiens, mais pour qu'ils connaissent l'amour qu'il a pour eux. Paul les a repris parce qu'il les aimait.
- Les Corinthiens semblent avoir entendu cette correction et pris des mesures envers celui qui avait causé la situation. La question n'est donc plus de prendre le péché au sérieux, mais de savoir quoi faire quand la discipline a porté du fruit.
2. Restaurer celui qui est tombé
- Au verset 5, ce qui frappe d'abord, c'est la retenue de l'apôtre. Il aurait pu dire : « Cet homme m'a profondément blessé, il a contesté mon ministère. » Il refuse de se mettre au centre : cet homme a attristé toute la communauté, et Paul le dit avec prudence, sans exagérer.
- Quand on a été blessé, il est très facile de vouloir que tout le monde mesure exactement combien on l'a été. Paul ne minimise pas, et il n'en rajoute pas non plus.
- Verset 6 : le châtiment infligé par la majorité suffit. La discipline était nécessaire, mais elle avait un but, et ce but est atteint.
- Verset 7 : Paul demande maintenant l'inverse de ce qui était nécessaire avant. Il faut pardonner et consoler, parce que cet homme s'est repenti et qu'il risque d'être accablé par une tristesse excessive.
- La discipline chrétienne vise toujours la restauration. Elle ne cherche jamais à faire payer quelqu'un. L'Église n'est pas un tribunal chargé d'ajouter une peine à celle que Dieu impose : si quelqu'un appartient à Jésus-Christ, la peine de son péché a déjà été portée à la croix.
- Verset 8 : Paul ne dit pas seulement « arrêtez d'en vouloir à cet homme ». Il demande de lui confirmer leur amour. Il ne suffit pas de décider de passer à autre chose, il faut qu'il comprenne qu'il est pleinement accueilli. C'est bien plus exigeant que de lever une sanction.
3. Ni complaisance ni dureté
- Une question simple se pose : sommes-nous aussi rapides pour restaurer que pour pointer la faute ? On peut dire « bien sûr, je pardonne » et continuer à définir la personne par son péché, en veillant à ce que les autres n'oublient pas non plus : « Oui, il va mieux maintenant, mais si tu savais… »
- Le prédicateur nuance : les conséquences d'un péché demeurent parfois longtemps, et le pardon ne signifie pas que toutes les relations sont rétablies tout de suite. Mais quand il y a repentance, les relations fraternelles doivent tendre vers la restauration.
- C'est exactement ce que l'Évangile fait pour nous. Dieu ne nous pardonne pas en nous gardant à distance : il nous reçoit, nous réconcilie avec lui et nous appelle ses enfants. Une Église qui annonce l'Évangile doit apprendre à lui ressembler.
- Verset 11 : il faut agir ainsi pour ne pas laisser à Satan l'avantage. Une Église qui ne reprend jamais personne lui offre beaucoup de place. Mais Satan peut aussi profiter d'une Église qui sait reprendre le péché sans savoir restaurer le pécheur repentant.
- Une Église peut devenir infidèle parce qu'elle ne prend pas le péché au sérieux, ou parce qu'elle ne prend pas la grâce au sérieux. Il faut les deux : dire « oui, le péché est grave », puis « la grâce de Dieu est plus grande ».
4. Servir dans la faiblesse
- Après avoir parlé de la faiblesse d'un frère qui a péché, Paul montre la sienne. Il arrive à Troas pour annoncer l'Évangile, et le Seigneur lui ouvre une porte. C'est exactement ce qu'espère un missionnaire.
- On s'attendrait à lire : « J'ai donc prêché et beaucoup se sont convertis. » Paul écrit au contraire qu'il n'a pas eu l'esprit en repos parce qu'il n'a pas trouvé Tite. Il quitte Troas pour la Macédoine.
- Tite devait lui apporter des nouvelles de Corinthe. Comment les Corinthiens avaient-ils reçu la lettre douloureuse ? Avaient-ils accepté la correction ou rejeté l'apôtre et l'Évangile ? Paul ne sait pas, et cela le trouble au point de partir.
- Ce détail fait partie de la défense de son ministère. Certains opposants lui reprochaient ses changements de plans. Paul montre ce qui motive ses décisions : il est si attaché aux Corinthiens qu'il ne pouvait pas continuer sans nouvelles d'eux.
- Paul n'est pas une machine, ni le « super-apôtre » que l'on imagine parfois. L'un des grands thèmes de la lettre est là : Dieu manifeste sa puissance dans la faiblesse de ses serviteurs.
- Il existe une fausse vision de la maturité chrétienne, selon laquelle être spirituel signifierait être toujours parfaitement serein, jamais inquiet, jamais le cœur lourd. Paul écrit avec des larmes et attend avec impatience, non par manque de foi, mais parce qu'il aime.
- Le prédicateur confie que, ces derniers jours, des situations dans la vie de l'Église ont pesé lourd sur plusieurs membres du conseil, lui compris. En préparant ce texte, cela lui a fait du bien de se dire que même l'apôtre Paul a pu écrire : « Je n'eus point de repos d'esprit. »
5. Le triomphe appartient à Dieu en Christ
- Entre le verset 13 et le verset 14, quelque chose change. Pas forcément les circonstances, mais le regard de l'apôtre. Il passait de ce qu'il ne maîtrisait pas (l'Église de Corinthe, Tite, ses propres émotions) à ce que Dieu maîtrise.
- Verset 13 : pas de repos intérieur. Verset 14 : « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ. »
- Dans le monde romain, le triomphe était une immense cérémonie publique en l'honneur d'un général vainqueur. Tout le cortège proclamait sa victoire, et l'encens et les parfums en faisaient partie : la victoire avait une odeur.
- Le vainqueur n'est pas Paul, c'est Dieu en Christ. Voilà comment Paul peut à la fois ne pas avoir de repos et rendre grâces : le triomphe de Christ ne dépend pas de la maîtrise de l'apôtre. Il peut être faible, inquiet, ne pas savoir comment tout finira à Corinthe, même ne pas profiter d'une porte ouverte à Troas. Dieu continue d'agir.
- Nous identifions facilement l'œuvre de Dieu à ce qui ressemble à un succès : des portes qui s'ouvrent, des projets qui réussissent, des gens qui répondent. C'est vrai, mais Paul nous oblige à regarder plus profondément. La faiblesse du serviteur n'annule pas la puissance de Dieu.
- Par Paul, Dieu répand l'odeur de la connaissance de Christ. C'est une magnifique définition du ministère : Paul n'est pas appelé à répandre le parfum de Paul, ni à faire connaître sa personnalité, son intelligence, son éloquence ou sa réputation, mais Jésus-Christ.
- La grande question pour toute l'Église : quand les gens ont passé du temps avec nous, repartent-ils seulement en disant « ces gens sont gentils, l'Église est bien organisée, il y avait une bonne ambiance » ? Ou ont-ils senti le parfum de Christ, mieux compris sa grâce, sa sainteté, sa vérité, son pardon et sa seigneurie ?
- Une Église répand ce parfum notamment quand elle traite le péché comme Jésus-Christ le traite : sans le minimiser, en sachant pardonner, restaurer et manifester son amour. Le parfum de Christ se voit aussi dans la manière dont l'Évangile transforme les relations.
6. Une odeur de vie, une odeur de mort
- Versets 15 et 16 : ce parfum n'est pas reçu de la même manière par tous. Pour les uns, c'est une odeur de vie qui donne la vie. Pour les autres, une odeur de mort qui donne la mort. Même message, même Christ, même Évangile, mais pas la même réaction.
- Il faut donc être prudent dans la manière d'évaluer un ministère. On aimerait penser que si la présentation de l'Évangile est assez claire, l'Église assez accueillante et la prédication assez pertinente, alors les gens croiront. Paul dit non.
- Bien sûr, il faut aimer les gens et retirer les obstacles inutiles. Mais l'Évangile porte un scandale qui lui est propre : il dit à chacun « tu ne peux pas te sauver toi-même, tu es coupable devant Dieu, tu as besoin d'un Sauveur », et ce Sauveur est Jésus-Christ crucifié et ressuscité.
- Les uns entendent une merveilleuse nouvelle : le Sauveur est là, disponible. Les autres y voient une offense, une insulte.
- D'où la question de la fin du verset 16 : « Et qui est suffisant pour ces choses ? » La réponse est évidente : personne. Ni Paul, ni nous. C'est pourquoi notre confiance ne peut pas reposer sur nous-mêmes. Paul y reviendra au chapitre suivant : notre capacité vient de Dieu.
7. Fidèles plutôt qu'efficaces
- Verset 17 : Paul oppose son ministère à celui de beaucoup d'autres qui falsifient la Parole de Dieu. L'image évoque quelqu'un qui commercialise un produit et l'altère pour mieux le vendre.
- Pourquoi faire cela avec la Parole de Dieu ? Pour obtenir une réaction, pour que ça marche, pour convaincre, pour plaire, pour en tirer profit.
- Si tout repose sur moi, la tentation devient très forte. Si je dois absolument obtenir un résultat, je finirai par adapter le message au résultat voulu : retirer ce qui dérange, souligner ce qui plaît, contourner ce qui choque, rendre l'Évangile plus acceptable.
- Paul, lui, parle avec sincérité, de la part de Dieu, devant Dieu, en Christ. Il y a là quelque chose de profondément libérant : les résultats ne lui appartiennent pas. Il ne peut pas produire la vie ni forcer quelqu'un à aimer Jésus-Christ. Mais il peut être fidèle.
- Notre responsabilité n'est pas de rendre l'Évangile efficace, Dieu s'en charge, mais d'annoncer fidèlement l'Évangile qu'il nous a confié.
- Cela ne justifie ni la paresse ni l'incompétence. Il faut travailler, réfléchir, apprendre à expliquer, savoir répondre aux questions, chercher les mots justes. Mais on ne change pas le message pour obtenir un résultat, parce que le triomphe appartient à Christ, pas à nous.
Points à retenir
- La discipline dans l'Église vise toujours la restauration : quand il y a repentance, il faut pardonner, consoler et confirmer son amour.
- Satan peut profiter de notre complaisance envers le péché comme de notre dureté envers le pécheur. Le péché est grave, mais la grâce de Dieu est plus grande.
- Être spirituel ne veut pas dire ne jamais avoir le cœur lourd. Dieu manifeste sa puissance dans la faiblesse de ses serviteurs.
- Le triomphe appartient à Dieu en Christ. Il continue d'agir même au milieu d'une relation brisée, d'une Église imparfaite et de nos inquiétudes.
- Les résultats ne nous appartiennent pas. Notre part est d'annoncer fidèlement l'Évangile, sans en modifier le message.
Application personnelle
- Y a-t-il quelqu'un qui s'est repenti et que tu continues pourtant à définir par sa faute ? Comment peux-tu lui confirmer ton amour ?
- Es-tu aussi rapide pour restaurer que pour pointer la faute ?
- Dans quelle situation fais-tu semblant d'être fort, alors que tu pourrais reconnaître ta faiblesse devant Dieu ?
- Quand les gens passent du temps avec toi, que retiennent-ils : ta personne, ou quelque chose de Christ ?
- Y a-t-il une partie de l'Évangile que tu évites de dire parce qu'elle dérange ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que signifie « le parfum de Christ » dans 2 Corinthiens 2 ?
Paul reprend l'image du triomphe romain, où l'encens et les parfums accompagnaient le cortège du général vainqueur. Le vainqueur n'est pas Paul, c'est Dieu en Christ. Par ses serviteurs, Dieu répand partout l'odeur de la connaissance de Christ : il ne s'agit pas de faire connaître Paul, son intelligence ou son éloquence, mais Jésus-Christ.
Pourquoi Paul demande-t-il de pardonner à celui qui a péché ?
La discipline avait un but et ce but est atteint : l'homme s'est repenti. Le prédicateur rappelle que la discipline chrétienne vise toujours la restauration. L'Église n'est pas un tribunal qui ajoute une peine, car pour celui qui appartient à Christ, la peine du péché a déjà été portée à la croix. Il faut donc pardonner, consoler et lui confirmer son amour.
Pourquoi le parfum de Christ est-il une odeur de mort pour certains ?
C'est le même message et le même Christ, mais pas la même réaction. L'Évangile contient un scandale qui lui est propre : il dit à chacun qu'il ne peut pas se sauver lui-même et qu'il a besoin d'un Sauveur, Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Les uns reçoivent cette bonne nouvelle, les autres y voient une offense.
Ne rate aucune prédication de Église Évangélique Baptiste de Paris-Centre
Un résumé clair à chaque nouveau message, directement chez toi.
pour prendre des notes et poser une question.