Actes 16 : envoyé vers les autres et avec les autres

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Introduction

Tu reviens des courses avec cinq sacs et une bouteille fragile. Tu veux tout monter en un seul voyage, tout sous les bras, et devant la porte de ton appartement tu réalises que tu ne pourras pas attraper la clé dans ta poche. Raphaël G. ouvre ce message avec ce genre de situation que tout le monde connaît : on veut gagner du temps, se débrouiller seul, ne dépendre de personne. Et c'est là qu'on comprend que certaines missions demandent les autres.

Nous vivons dans une culture qui valorise la performance individuelle et les héros qui réussissent seuls. Sans s'en rendre compte, les chrétiens peuvent glisser dans cette idée : ce que Dieu m'a confié, je le ferai seul, comme un super-héros. On devient si concentré sur la mission qu'on finit par oublier l'essentiel : les personnes. « La mission se vit avec les gens et pour les gens. »

C'est le troisième message de la série Apostolos, « ambassadeur au quotidien », consacrée à la vie de l'apôtre Paul à l'Église Évangélique Apostolique de Genève. Après l'envoi et la transformation, le thème du jour est celui des relations, à partir d'Actes 16 : l'ambassadeur est envoyé vers les autres, et il est envoyé avec les autres.

Plan du message

1. Tous envoyés, tous imparfaits

  • Un apostolos est un envoyé, un ambassadeur du Christ. « Dès que Christ est écrit sur ton cœur, il est aussi sur ton t-shirt » : tu portes le maillot, tu représentes le Christ là où Dieu t'a placé.
  • Certains sont envoyés loin, d'autres dans leur famille, leur immeuble, leur quartier, leur travail. Avant d'être envoyé vers les nations, Paul a d'abord été renvoyé à Tarse, chez les siens.
  • Dieu n'envoie pas des gens parfaits. Paul était un fondamentaliste devenu disciple, « un terroriste devenu témoin ». Il est le signe vivant de la grâce : « personne ne vit trop loin de la grâce de Dieu ».
  • Paul n'est pas un héros inaccessible. On ne le regarde pas en disant « qu'il est immense », mais : « c'est incroyable ce que Dieu a fait dans la vie d'un homme ordinaire comme toi et moi ».

2. Dieu choisit vers qui il t'envoie

  • En Actes 16:6-10, les portes se ferment l'une après l'autre : le Saint-Esprit empêche Paul d'annoncer la parole en Asie, l'Esprit de Jésus ne lui permet pas d'aller en Bithynie.
  • Luc ne dit pas que Paul manquait de foi, ni qu'il était mal organisé, ni que c'était un combat spirituel. C'est l'Esprit qui ferme. « Paul avait de bonnes intentions, mais c'est Dieu qui donne la direction. »
  • Le prédicateur s'adresse à celui qui envoie des CV depuis des mois et ne reçoit que des refus, à la famille qui cherche un logement et ne voit que des portes closes. Sans en faire une vérité absolue, il suggère que l'Esprit ferme peut-être une porte pour en ouvrir une autre.
  • « Les portes fermées ne sont peut-être pas le signe de la désapprobation de Dieu, mais sa redirection. » Dieu dit peut-être non, non, non, pour te dire un grand oui, peut-être à côté d'un voisin qui a besoin d'un témoignage.
  • Une conviction de l'Église : « tu n'es jamais béni seulement pour toi-même, tu es béni pour bénir ». Dieu agit déjà dans ton bureau, ton immeuble, ta famille. La question est : comment vais-je participer à ce qu'il fait déjà là où il m'a placé ?

3. Ton contexte est ton champ de mission

  • Qu'est-ce que cela changerait le lundi matin au bureau, le mardi soir au club de foot ou d'échecs, si tu voyais ce lieu comme ton champ de mission ? Le prédicateur répond : absolument tout, jusqu'à la relation avec le voisin bruyant et le patron.
  • Avant d'être pasteur, Raphaël G. était architecte dans un bureau à Genève. Introverti et grand lecteur, il passait ses pauses de midi seul au parc avec un livre et de beaux moments avec Dieu.
  • Un jour, il comprend que Dieu l'a placé dans ce travail pour être une bénédiction pour ses collègues. Il décide de manger avec eux chaque midi, avec son petit Tupperware : écouter, participer aux conversations, « être simplement humain ».
  • Après quelques mois, un collègue qui travaillait avec lui depuis deux ans l'invite à dîner et se confie. Plus tard, ce collègue, qui n'est pas chrétien, lui demande de prier pour son fils, qui doit subir une nouvelle opération et risque de perdre la vue.
  • « Ce n'est pas par hasard que tu es placé là où tu es. » Tu n'es plus seulement architecte, étudiant en psychologie ou maman à la maison avec ses enfants : tu es un ambassadeur du royaume de Dieu dans ce bureau, cette faculté, ce foyer.

4. Une vision a toujours un visage

  • Dans sa vision, Paul ne voit ni un lieu, ni une opportunité, ni un projet : il voit un Macédonien qui le supplie : « Passe en Macédoine, secours-nous ! » (Actes 16:9).
  • Ce détail compte. Paul vient du Moyen-Orient, il a grandi à Tarse et vécu à Jérusalem. Le Macédonien représente pour lui un monde nouveau : une autre langue, une autre façon de penser, de rire, de manger, d'autres idées politiques et religieuses. Au passage, le prédicateur rappelle que le christianisme n'est pas d'abord européen : il est né autour de Jérusalem et s'est développé en Afrique et en Asie avant d'arriver en Europe.
  • Dieu semble dire à Paul : « N'oublie jamais pour qui tu es apôtre. » Ce visage doit rester imprimé dans son cœur. Il n'est pas envoyé contre des idées, mais vers une personne à aimer et à servir.
  • Ce collègue qui pense tout autrement, ce voisin au rythme de vie étrange, aux idées politiques très à droite ou très à gauche : « tu n'as pas besoin d'un autre plan que Jésus-Christ ». Aime-les à travers Jésus et sers-les.
  • Robert Mulholland : le test ultime de notre vie spirituelle tient à nos relations avec ceux qui nous entourent. John Mark Comer : l'amour est le test ultime de notre formation spirituelle.
  • Paul a été envoyé vers toutes sortes de personnes : le geôlier de Philippes et Lydie, le jeune Timothée, des riches comme Éraste et des pauvres, Priscille et Aquilas, des philosophes grecs, Élymas le magicien, le paralysé de Lystre, l'esclave Onésime et son maître Philémon. Aucune barrière, aucun contexte interdit.
  • « Quand tu regardes le visage, tu vois la personne que Christ voit », au-delà des vêtements, des bijoux et des idées. Paul s'est approché des Thessaloniciens avec douceur, « comme une nourrice prend un tendre soin de ses enfants », prêt à leur donner non seulement l'Évangile mais sa propre vie (1 Thessaloniciens 2:7-8).
  • Tu n'es pas le sauveur de l'autre. Christ est le sauveur du Macédonien, de Paul, des gens que tu trouves bizarres à Genève, et de toi aussi. La vraie mission arrive quand toi et l'autre êtes transformés par l'amour de Dieu.

5. Envoyé avec les autres : une ambassade

  • Jésus le dit au dernier repas : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13:34-35). Ce qui donne du crédit au message, c'est la relation entre chrétiens.
  • Paul est rarement seul : Barnabas, Silas, Timothée, Luc, Tite et bien d'autres. Romains 16, après une lettre magistrale de théologie, se termine par une longue liste de noms : Phœbé, Prisca et Aquilas qui ont exposé leur tête pour lui, Épaïnète, Marie, Andronicus et Junia, Ampliatus, Urbain et tant d'autres.
  • « Il est impossible d'être ambassadeur du Christ sans être relié à une ambassade. » Les ambassadeurs ensemble forment une ambassade qui représente plus clairement qui est Dieu.
  • Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit, une communion depuis toujours. Comment représenter seul une communauté ? Le prédicateur cite Frédéric Godet : l'amour de Jésus donne la mesure et la nature de l'amour mutuel des disciples, et sans cet amour il est impossible de refléter l'amour qui unit le Père, le Fils et l'Esprit.
  • Il cite aussi Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse changer le monde. »
  • Une confession : il y a un peu plus de quinze ans, sa prière était littéralement : « Seigneur, je veux te servir, sauf avec les autres chrétiens. » Quelques mois plus tard, au sortir d'un cours de théologie sur Dieu à l'institut biblique, il comprend en larmes qu'il est impossible de le représenter seul.

6. Paul, Barnabas et Marc : l'histoire d'une réconciliation

  • Après sa conversion, personne à Jérusalem ne voulait parler à Paul, l'ancien persécuteur. Sauf Barnabas, qui s'assoit avec lui, écoute son histoire, le présente aux autres chrétiens et l'emmène travailler à Antioche comme collaborateur.
  • Au départ du deuxième voyage, Barnabas veut emmener Jean, surnommé Marc. Paul refuse, parce que Marc les avait quittés en Pamphylie (Actes 15:37-39). Une autre traduction dit que ce n'est « pas raisonnable » : pour Paul, Marc n'est pas utile. Le désaccord est si vif qu'ils se séparent : Barnabas part avec Marc, Paul avec Silas. Même séparés, aucun ne part seul.
  • Des années plus tard, dans son testament spirituel, Paul écrit à Timothée : « Prends Marc, et amène-le avec toi, car il m'est utile pour le ministère » (2 Timothée 4:11). Rupture puis réconciliation : « c'est l'histoire de l'Évangile ».
  • Tu ne choisis pas ceux avec qui tu es envoyé. Tu es envoyé avec tous tes frères et sœurs, ceux qui sont assis à côté de toi le dimanche, avec leur personnalité, leur histoire, leur manière de parler et de s'habiller.
  • Henry Ford, qui n'était pas chrétien, disait : se réunir est un début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est une réussite. Il faut apprendre à regarder les autres chrétiens dans leur potentiel, pas dans leurs limites.
  • Une valeur de l'Église : « la différence nous complète ». L'œil ne peut pas dire à la main : « Je n'ai pas besoin de toi » ; les membres qui paraissent les plus faibles sont nécessaires (1 Corinthiens 12:21-22).

7. Changer de lunettes

  • En relisant ce récit, le prédicateur a remarqué que Paul avait lui-même été considéré comme un fardeau, puis qu'il a traité Marc de la même manière. Paul n'était pas parfait : il a regardé avec mépris, comme nous le faisons parfois envers un autre chrétien.
  • La bonne nouvelle n'est pas que nous sommes les meilleurs. C'est que Jésus nous a regardés autrement dès le début. Sur la croix, il regarde le visage de chacun : « C'est pour toi que je fais cela, parce que je te veux avec moi. »
  • Il ne regarde ni la religion, ni les idées politiques, ni les vêtements, ni la richesse. Il nous regarde comme Barnabas a regardé Paul et Marc : « Tu es très utile. »
  • La prière finale demande à Dieu de « changer nos lunettes » : regarder avec ses yeux ceux qui ne nous ressemblent pas, dehors comme dans l'Église, ôter « le regard du policier et les yeux du juge », et aimer comme Jésus a aimé. Elle invite aussi celui qui se sent étranger ou jugé par des chrétiens à ouvrir son cœur au regard bienveillant de Dieu.

Points à retenir

  • La mission de Dieu ne se résume pas à des tâches : elle se vit avec les gens et pour les gens.
  • Les portes fermées ne sont pas forcément un désaveu de Dieu. Elles peuvent être une redirection vers ceux qu'il veut que tu rejoignes.
  • Ton bureau, ton quartier, ta famille sont ton champ de mission. Tu es béni pour bénir.
  • Une vision a toujours un visage : aucune différence de culture, d'idées ou de mode de vie ne doit t'empêcher d'aimer.
  • On ne représente pas Dieu seul. Les ambassadeurs forment ensemble une ambassade, avec des frères et sœurs imparfaits qui sont utiles au ministère.

Application personnelle

  1. Quelles portes se ferment en ce moment devant toi, et comment pourrais-tu les regarder comme une redirection plutôt que comme un abandon de Dieu ?
  2. Qu'est-ce qui changerait lundi matin si tu considérais ton lieu de travail ou d'études comme ton champ de mission ?
  3. Quel visage, très différent du tien, Dieu met-il devant toi pour que tu l'aimes et le serves ?
  4. Y a-t-il un frère ou une sœur de ton Église que tu as jugé « pas utile », comme Paul avec Marc ?
  5. Dans quel domaine essaies-tu encore de servir Dieu seul, sans les autres chrétiens ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi les portes se fermaient-elles devant Paul en Actes 16 ?

Luc ne parle ni d'un manque de foi, ni d'une mauvaise organisation, ni d'un combat spirituel. Il écrit que c'est le Saint-Esprit, l'Esprit de Jésus, qui ne l'a pas permis. Pour Raphaël G., Paul avait de bonnes intentions, mais c'est Dieu qui donne la direction de la mission et qui choisit vers qui il t'envoie.

Que signifie « une vision a toujours un visage » ?

Dans sa vision, Paul ne voit ni un lieu, ni un projet, ni une tâche : il voit un Macédonien, un homme d'un autre continent, d'une autre langue et d'une autre culture. C'est comme si Dieu lui rappelait pour qui il est apôtre. Les différences de culture, d'idées politiques ou religieuses ne doivent pas l'empêcher d'aimer et de servir.

Peut-on être ambassadeur du Christ sans l'Église ?

Non, répond le prédicateur : on ne peut pas être ambassadeur sans être relié à une ambassade. Jésus dit que l'amour des disciples les uns pour les autres les fera reconnaître (Jean 13:34-35). Dieu étant Père, Fils et Saint-Esprit, une communion, on ne peut pas représenter seul cette communauté divine.

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