Introduction
Dans le cadre d'une série sur l'art d'aimer ses voisins, Dan Evenhuis prêche à Citywide Baptist Church, à Hobart, sur un thème exigeant : être un artisan de paix. Pas quelqu'un qui maintient une paix de façade, mais quelqu'un qui cherche le bien réel de ceux qui vivent autour de lui.
Il part d'une conviction simple : un même geste peut être fait avec un cœur sincère ou avec un cœur absent. On peut dire à son voisin « je prie pour toi » en faisant semblant ou en faisant vraiment la paix. Le comportement est identique, mais le voisin sent la différence.
À partir de son expérience auprès de jeunes difficiles en Angleterre, puis de Galates 6, de Romains 12 et de Jérémie 29, il donne sa définition : « Un artisan de paix est quelqu'un qui cherche l'épanouissement des gens qui l'entourent. »
Plan du message
1. L'art de recevoir, sans arrière-pensée
- Une pasteure participe chaque semaine à une étude biblique suivie d'un repas. Allergique à l'oignon, à l'ail et aux produits laitiers, elle répète : « Ne vous occupez pas de moi, j'apporterai mes crackers et mon fromage. »
- Quelques semaines plus tard, l'hôtesse insiste pour cuisiner de façon qu'elle puisse participer. La pasteure prend une grande inspiration, explique qu'elle a souvent du mal à faire confiance dans ces situations, puis donne la liste de ses allergies. L'hôtesse prépare une quiche sans aucun de ces ingrédients, et à partir de là elle peut partager le repas.
- La relation se fortifie des deux côtés : l'une apprend à faire confiance, l'autre se sent encouragée et digne de confiance. Aimer son prochain, c'est aussi accepter d'être vulnérable et de se laisser servir.
- Le prédicateur met en garde contre la version manipulatrice : vider son sucrier pour aller en demander chez le voisin et jeter un œil chez lui. « L'art de recevoir n'est pas une manière de manipuler. » Les Australiens, dit-il avec humour, flairent les arrière-pensées même quand il n'y en a pas.
2. Voir la personne derrière le comportement
- Dans un village anglais d'environ 5 000 habitants, Dan Evenhuis est bénévole chrétien face à une vague de comportements antisociaux chez des jeunes de 15 à 17 ans. Certains ont été exclus de plusieurs écoles.
- Aborder un groupe de jeunes debout en cercle lui demande de surmonter sa peur. Sa règle : voir la personne derrière le comportement, la voir comme Dieu la voit, puis le lui refléter.
- Il les invite à un espace jeunes ouvert pour eux. La période est rude : drogue devant la porte, une porte de secours laissée entrouverte, sans doute pour revenir vandaliser. Il passe deux heures au téléphone, puis escalade une clôture à pointes pour aller la fermer.
- Il sait quel jeune a fait cela. Ce jeune et son jumeau vivent dans une famille très dysfonctionnelle, avec un beau-père qui ne veut pas d'eux. Connaître l'histoire donne de la compassion pour la personne derrière le comportement.
- Un responsable du conseil local disait : « J'aimerais que tu partes sur Mars et que tu reviennes quand tu seras humain. » Deux approches s'opposent : « Tu n'es pas le bienvenu » ou « Tu es le bienvenu, nous t'aimons, mais travaillons ensemble sur ce comportement. »
- Un jeune ne lui a pas adressé un mot pendant deux ans. Il fallait parfois tout ce temps pour bâtir la confiance.
3. Tout comportement est une forme de communication
- Le comportement est toujours complexe et a plusieurs sources. On ne peut pas le réduire à une seule cause, mais chaque action cherche à répondre à un besoin : sécurité, frustration, ce qui se passe à l'intérieur.
- Le prédicateur l'illustre par lui-même. En voiture, on lui fait remarquer qu'il aurait fallu aller tout droit. Il remarque en lui un réflexe : « Je dois avoir tort. » Il a grandi de telle sorte qu'il lui est difficile de s'affirmer. Bien souvent, dit-il, on ne sait pas pourquoi on réagit comme on le fait.
- Quelques repères, avec prudence : la colère peut venir d'une blessure, le repli de la peur, le contrôle d'une insécurité, l'agressivité d'un manque de sécurité, la plainte constante de la solitude.
- Cela n'excuse pas un comportement nuisible. Un voisin agressif, « ce n'est pas acceptable ». Mais en voyant la personne, tu peux choisir ta réponse au lieu de simplement réagir.
4. Maintenir la paix ou faire la paix
- Celui qui maintient la paix dit : « Gardons tout le monde content », « Au moins, entendons-nous », « Tant que la majorité est contente, ça suffit ».
- Il évite les conversations difficiles, étouffe les conflits, sauve les gens, porte ce qui ne lui revient pas et cherche avant tout le confort de chacun. Cela n'aide personne à s'épanouir.
- L'exemple des clôtures : la maison du prédicateur date du début des années 1990 et les clôtures lâchent toutes en même temps. Une conversation avec les voisins s'annonce, peut-être un peu tendue, mais c'est l'occasion de chercher une solution ensemble et de faire grandir la relation.
- « La vraie paix n'est pas l'absence de conflit. C'est la présence de relations restaurées, de justice, de vérité et d'amour. »
5. Porter les fardeaux sans sauver à la place de l'autre
- Galates 6:2 dit : « Portez les fardeaux les uns des autres. » Quand quelqu'un t'aide à porter un fardeau, cela te donne force et détermination : tu n'es pas seul.
- Quelques versets plus loin, Galates 6:5 ajoute : « Chacun portera son propre fardeau. » Partager les fardeaux, oui, mais il est juste que chacun porte sa propre charge.
- Si tu installes avec ton voisin le récit « Tu as besoin de moi, tu n'y arriveras pas seul », tu le prives de sa force. C'est encore plus vrai avec les enfants.
- Trois questions à se poser : qu'est-ce qui est à moi de porter ? Qu'est-ce qui est à eux ? Que pouvons-nous porter ensemble ?
- Tu n'es pas seul : l'Église représente un réseau de compétences. Une personne de l'église est souvent sollicitée quand des personnes âgées doivent quitter leur maison, une autre peut aider pour un jardin devenu trop lourd.
- Il faut parfois renoncer à quelques activités pour avoir de la place pour ceux qui vivent autour de toi, car le voisinage est un lieu de témoignage de premier plan.
6. Aimer jusqu'à ses ennemis : Romains 12
- Jésus monte encore d'un cran. Son auditoire a connu un millier d'années de guerres et d'oppression, entouré d'Ammonites, de Moabites et de Philistins. Et il dit : « Aimez vos ennemis [...] et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5:44).
- Dan Evenhuis a longtemps lu Romains 12 comme un texte sur la vie entre frères et sœurs. Mais à partir du verset 14, Paul se tourne vers les ennemis et la société. Il y voit « la meilleure liste de la Bible » sur la manière d'aimer son voisin.
- Bénir ceux qui persécutent, se réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent, ne pas rendre le mal pour le mal, nourrir son ennemi qui a faim, et surmonter le mal par le bien (Romains 12:14-21).
- Il aime particulièrement le verset 18 : « S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. » Certains voisins sont durs à approcher, et tout ne repose pas sur toi. La vengeance appartient à Dieu.
7. Chercher l'épanouissement de ceux qui t'entourent
- Jérémie écrit aux exilés emmenés de Jérusalem à Babylone : « Bâtissez des maisons, et habitez-les ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits [...] Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien » (Jérémie 29:4-7).
- Dieu ne leur dit pas de se cacher ou de fuir, mais de s'enraciner et d'être un peuple de paix et d'amour, là où ils sont.
- D'où la phrase à retenir : « Un artisan de paix est quelqu'un qui cherche l'épanouissement des gens qui l'entourent. » Imagine les chrétiens de Hobart regardant ainsi leurs voisins.
- Derrière les façades qui semblent normales, chacun traverse une souffrance. Beaucoup avancent avec courage.
- « Aime ton prochain. Point final. » Les Églises disent trop souvent « aime ton prochain, pour qu'il vienne à l'église ». Il ne s'agit pas d'aimer dans un but caché. Tu partageras ta vie et tu rendras compte de l'espérance qui est en toi, mais l'amour vient d'abord.
Points à retenir
- Le même geste peut être fait pour la façade ou par amour sincère, et ton voisin sent la différence.
- Tout comportement communique quelque chose. Voir la personne derrière permet de répondre au lieu de réagir, sans excuser ce qui fait du mal.
- La vraie paix n'est pas l'absence de conflit, mais la présence de relations restaurées, de justice, de vérité et d'amour.
- Porte les fardeaux avec les autres sans leur retirer leur propre charge : accompagner, pas sauver.
- Un artisan de paix cherche l'épanouissement de ceux qui l'entourent, sans arrière-pensée.
Application personnelle
- Y a-t-il un voisin à qui tu offres une paix de façade, en faisant les bons gestes sans y mettre ton cœur ?
- Quel comportement difficile autour de toi pourrait cacher une blessure, une peur ou de la solitude ?
- Quelle conversation évites-tu pour garder tout le monde content, alors qu'elle pourrait restaurer une relation ?
- Avec un proche ou un voisin en difficulté : qu'est-ce qui est à toi de porter, qu'est-ce qui est à lui, et que pouvez-vous porter ensemble ?
- Quelle activité pourrais-tu alléger pour faire de la place à ceux qui vivent autour de chez toi ?
Versets cités
Questions fréquentes
Quelle différence entre maintenir la paix et faire la paix ?
Celui qui maintient la paix cherche surtout à ce que tout le monde reste content : il évite les conversations difficiles, étouffe les conflits et porte ce qui ne lui revient pas. L'artisan de paix, selon Dan Evenhuis, sait que la vraie paix n'est pas l'absence de conflit mais la présence de relations restaurées, de justice, de vérité et d'amour.
Que veut dire voir la personne derrière le comportement ?
Tout comportement est une forme de communication. La colère peut venir d'une blessure, le repli de la peur, le contrôle d'une insécurité. Cela n'excuse pas un comportement nuisible, mais cela permet de choisir sa réponse au lieu de simplement réagir.
Comment porter les fardeaux de mon voisin sans le sauver à sa place ?
Galates 6 dit à la fois de porter les fardeaux les uns des autres et que chacun portera son propre fardeau. Dan Evenhuis propose trois questions : qu'est-ce qui est à moi de porter, qu'est-ce qui est à eux, et que pouvons-nous porter ensemble ? Le but est d'accompagner et de rendre l'autre plus fort, pas de le rendre dépendant.