La dîme, une fête devant Dieu : vivre sans Mamon (Deutéronome 14)

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Introduction

La dîme, c'est un mot qui met souvent mal à l'aise. On en parle peu, on la contourne, ou on en fait un tabou. Pourtant, la Bible en parle beaucoup, et pas seulement pour te réclamer 10 % de ce que tu gagnes. Dans Deutéronome 14.22-29, Dieu donne à son peuple un mode d'emploi étonnant : la dîme n'est pas d'abord une contrainte, elle est une fête. Une célébration devant Dieu, en famille, où l'on se réjouit de ce qu'il a donné.

Cette prédication conclut la série « Dieu ou Mammon », cette exploration de ce que la Bible dit sur l'argent et nos finances. Après des messages sur les grands principes de la générosité, il est temps du concret : à quoi ressemble une vie chrétienne délivrée de l'influence de Mammon ? Trois exemples tirés de l'Ancien Testament vont te répondre, et trois défis vont être posés pour l'été qui vient.

Plan de l'article

1. Deutéronome 14 : la dîme comme fête, pas comme fardeau

Ouvre ta Bible en Deutéronome 14. Le texte prescrit à chaque Israélite de mettre de côté chaque année la dîme (littéralement 10 %), de ses produits. Pas pour renflouer un budget. Pour deux raisons très précises.

Premier objectif : soutenir les Lévites. Les Lévites sont un peu le « staff » du temple dans l'ancien Israël. Ce sont eux qui font le culte, qui entretiennent le sanctuaire, qui organisent la louange, qui répondent aux questions des gens sur Dieu, qui offrent les sacrifices. Ils vivent 24h/24 au service du temple, et n'ont pas le temps de cultiver un champ ou d'élever du bétail. Ils n'ont aucun revenu à part la dîme que les autres apportent. La communauté prend en charge leurs besoins physiques ; en retour, ils servent ses besoins spirituels.

Deuxième objectif : se réjouir devant Dieu. Regarde le verset 26 : « Tu échangeras l'argent contre tout ce que tu désireras, gros bétail et petit bétail, vin et boisson alcoolisée, tout ce qui te fera plaisir ; tu mangeras là devant le Seigneur ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta famille. » L'idée de la dîme, c'est de profiter ensemble d'une partie de ce que Dieu a donné, de le louer en famille, avec la joie au cœur. La dîme, dans son cadre d'origine, n'est pas une taxe morose. C'est une fête planifiée devant Dieu.

Note bien ce mot : planifiée. Chaque année, les Israélites doivent se préparer, mettre de côté, prévoir. Quand on veut vivre sans Mammon, quand on veut retirer à l'argent son influence sur nos cœurs, on ne le fait pas à l'arraché. On planifie.

2. Et nous, chrétiens du 21e siècle : la dîme est-elle encore un standard ?

Voici la question tabou. Est-ce que 10 %, c'est un chiffre que Jésus reprend à son compte ? Regarde le Sermon sur la montagne. Un rabbin de l'époque, on attendait de lui qu'il donne un chiffre. Jésus a fait pire : il a donné un principe. « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, mais amassez-vous des trésors dans les cieux » (Matthieu 6.19-21). Le standard, ce n'est pas un montant. Le standard, c'est d'être généreux.

Ce que cela veut dire pour toi ? Selon ta situation, 10 % n'est peut-être pas être généreux. Dans d'autres situations, être en dessous de 10 %, c'est déjà l'être. Cela dépend de chacun. Pas de ce que tu t'imagines devoir donner, mais de ce que tu vois quand tu discernes avec l'aide du Saint-Esprit, pas avec tes émotions ni avec « ce que j'ai toujours fait ».

Pastoralement : si tu débutes dans cette réflexion, la dîme est un excellent point d'appui. Se fixer comme objectif que 10 % de ce que tu reçois parte pour l'Éternel (que ce soit vers l'église locale ou vers d'autres œuvres), c'est un très bon repère biblique pour démarrer.

3. La deuxième dîme (Deut. 14.28-29) : le Lévite, l'immigré, l'orphelin et la veuve

Sais-tu qu'il n'y a pas qu'une seule dîme dans la Bible ? Regarde le verset 28 : « Au bout de trois ans, tu sortiras toute la dîme de tes produits de cette année-là et tu la déposeras dans tes villes. Alors viendront le Lévite qui n'a aucune part à ton patrimoine, l'immigré, l'orphelin et la veuve qui sont dans tes villes. Ils mangeront et seront rassasiés, afin que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans tous les travaux que tu feras de tes mains. »

Tous les trois ans, la dîme change de destination. Elle ne monte plus vers le temple pour une fête familiale, elle descend vers les plus fragiles : le Lévite (toujours), mais aussi l'immigré, l'orphelin et la veuve. Ces trois catégories reviennent en boucle dans la Loi. Dans une société agricole, sans terre tu n'as rien : l'immigré n'a pas de champ hérité, l'orphelin n'a plus de père pour le protéger, la veuve n'a plus de mari pour la défendre. Ce sont les personnes les plus vulnérables de la société.

La générosité biblique n'est pas que spontanée. Elle se planifie aussi pour les pauvres. Comment cela se traduit-il dans le Nouveau Testament ? Relis Actes 2 à 6 : tu verras l'Église naissante mettre en commun de l'argent spécifiquement pour les pauvres, jusqu'à créer tout un ministère de diacres pour la distribution aux veuves (Actes 6). Vivre sans Mammon, ce n'est pas seulement essayer d'oublier qu'il est là. C'est planifier concrètement des dons vers ceux qui n'ont pas.

4. Les prémices (Deut. 26) : donner d'abord, par reconnaissance

Tourne quelques pages, jusqu'à Deutéronome 26. Nouvelle prescription : chaque année, généralement quand les premières récoltes commencent à arriver, l'Israélite prépare un panier avec le tout premier fruit qui a poussé, les prémices, et il l'apporte au prêtre.

L'essentiel de cette loi, c'est le discours que la personne doit dire en présentant son offrande. Elle raconte : mon père était un Araméen nomade, il est descendu en Égypte, nous y sommes devenus esclaves, nous avons crié vers Dieu, il nous a entendus, il nous a fait sortir d'Égypte, il nous a donné ce pays. « Maintenant, j'apporte les prémices du fruit de la terre que tu m'as donné, Seigneur. »

L'idée, c'est d'être reconnaissant, mais pas qu'avec des mots. Reconnaissant en étant généreux. Et d'associer d'autres à cette reconnaissance (le Lévite, l'immigré), pour que tout soit centré sur Dieu, et pas sur toi. Tu donnes d'abord, du premier, du meilleur ; pas des restes.

5. Ruth 4 : investir dans les personnes pour le long terme

La semaine passée, Yan enseignait la parabole des talents : Dieu, comme un maître, confie des talents à ses serviteurs, en fonction des capacités de chacun, et il en demandera compte. Il nous appelle à investir notre temps, nos talents et notre trésor pour l'Évangile et pour le Royaume. Investir son temps, ses talents, d'accord. Mais son trésor, au-delà de la dîme, ça veut dire quoi ?

Va voir un des plus beaux livres de la Bible : le livre de Ruth. Ruth, jeune veuve moabite, ne lâche pas Naomi sa belle-mère israélite : « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu » (Ruth 1.16). Un homme, Boaz, est bouleversé par la dévotion de Ruth et sa fidélité à Naomi. Il voit Dieu à l'œuvre dans cette femme, et il décide d'investir en elle, juridiquement, financièrement, sur toute la durée. Il la rachète, l'épouse, la protège. Ruth deviendra l'arrière-grand-mère du roi David, et se retrouvera dans la généalogie de Jésus.

Une des grandes manières de contrer l'influence de Mammon, de s'amasser des trésors dans les cieux, ce n'est pas seulement de faire des coups d'éclat de générosité. C'est aussi de savoir investir dans des personnes ou des associations clés. Sur la durée. Pas seulement sur le très court terme.

Demande-toi : qui vois-tu autour de toi qui se bat, au nom de Jésus-Christ, pour voir advenir la volonté de Dieu ? Quelle œuvre, quelle église, quel missionnaire ? En qui as-tu envie de commencer à donner, disons 10 € par mois, mais toute ta vie ? Et si tu gagnes plus un jour, tant mieux, tu leur donneras un peu plus. C'est cela, investir pour le Royaume.

Points à retenir

  • La dîme est d'abord une fête, pas un impôt. Deutéronome 14 la présente comme une célébration familiale devant Dieu, où l'on se réjouit de ce qu'il a donné.
  • Vivre sans Mammon se planifie. Comme tout combat, cela ne s'improvise pas à l'arraché. Cela se prévoit, se budgette, se pose devant Dieu.
  • Le standard chrétien, ce n'est pas 10 %, c'est la générosité. Jésus donne un principe, pas un chiffre. Selon les situations, 10 % peut être insuffisant ou déjà généreux ; c'est à discerner avec le Saint-Esprit.
  • La générosité biblique se dirige vers les fragiles. Le Lévite, l'immigré, l'orphelin, la veuve. L'Église naissante d'Actes 2-6 met en pratique cette même priorité.
  • Donner d'abord, du premier, du meilleur. C'est la logique des prémices, une manière concrète de dire merci à Dieu, avec ce qu'il nous a confié.
  • Investir dans des personnes sur la durée. Comme Boaz avec Ruth : repérer qui est fidèle et fructifie pour Dieu, et miser sur eux dans la longueur.

Application personnelle

Voici trois défis pour ton été.

  1. Planifie tes dons pour la rentrée. Est-ce que tu donnes de manière régulière à ton église locale, là où tu vas adorer Dieu ? Est-ce que tu participes financièrement à ce qui s'y passe ? Si ce n'est pas le cas, il est temps qu'en septembre cela commence. Prends le temps cet été de discuter avec Dieu : combien, à qui, et pour quoi ?
  2. Rends grâce à Dieu par la générosité, pas seulement par des mots. Prends 5 minutes pour te retourner sur ce que Dieu t'a donné cette année, santé, examens réussis, logement acquis, provisions inattendues. Comment peux-tu, comme dans le rite des prémices, exprimer ta reconnaissance en associant d'autres, pour tout centrer sur Dieu ?
  3. Engage-toi dans un plan de générosité de long terme. Dans quelle personne, quel ministère, quel missionnaire, quelle œuvre veux-tu investir à la manière de Boaz ? Pas juste un don ponctuel. Un engagement dans la durée. Utilise l'été (le cerveau plus disponible, l'agenda plus léger), pour construire ce plan devant Dieu.

Quatre questions pour ta prière personnelle :

  • Seigneur, dans ce que tu me permets d'avoir, qu'est-ce qui doit te revenir ?
  • Est-ce que je perçois mes revenus comme « à moi » ou comme confiés par toi ?
  • Qui, autour de moi, se bat pour ton Royaume et mérite mon soutien fidèle ?
  • Est-ce que la dîme est pour moi une fête ou une contrainte ? Et pourquoi ?

Versets cités

FAQ

La dîme est-elle obligatoire pour un chrétien aujourd'hui ?

Le Nouveau Testament ne reprend pas la dîme comme un pourcentage fixé. Jésus, dans le Sermon sur la montagne, donne un principe et non un chiffre : « Amassez-vous des trésors dans les cieux ». Le vrai standard, c'est la générosité. Pour beaucoup de croyants, se fixer 10 % reste un excellent point de repère pour démarrer. Selon ta situation, ce peut être plus, ce peut être moins.

Où faut-il donner : à mon église locale ou à d'autres œuvres ?

Dans Deutéronome 14, la dîme finance à la fois le fonctionnement du temple (les Lévites) et une célébration familiale devant Dieu. Tous les trois ans, elle est entièrement redirigée vers les pauvres. Le principe est double : soutenir l'endroit où l'on est nourri spirituellement, et soutenir ceux qui n'ont pas. Beaucoup de chrétiens donnent d'abord régulièrement à leur église locale, puis complètent avec des dons ciblés vers des missionnaires ou des associations d'entraide.

Pourquoi la Bible insiste-t-elle autant sur la veuve, l'orphelin et l'immigré ?

Dans la société de l'Ancien Testament, sans terre héritée, tu n'as rien. L'immigré n'a pas d'héritage foncier, l'orphelin n'a plus de père pour le défendre, la veuve n'a plus de mari pour la protéger. Ce sont les personnes les plus fragiles de la société. Dieu inscrit leur soin dans la Loi elle-même, et l'Église primitive d'Actes 2-6 poursuit cette même priorité en créant même un ministère spécifique. La générosité chrétienne va d'abord vers ceux qui n'ont pas.

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