Éphésiens 4 : chaque Église peut former la relève

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Introduction

Cornhill Scotland fête ses vingt ans. Pour marquer l'occasion, un entretien en deux parties revient sur la formation au ministère d'exposition biblique. Après une première partie consacrée aux convictions de fond, ce deuxième volet passe à la pratique, avec Willie Philip, pasteur de The Tron Church, et Andy Gemmill, de Cornhill Scotland.

À quoi ressemble une bonne formation ? Comment une Église locale peut-elle former ceux qui serviront demain, quand elle n'a ni grande équipe ni gros budget ? Et que faire si tu te demandes toi-même si ce chemin est pour toi ?

Le fil rouge est simple : former la relève n'est pas réservé aux grandes Églises riches. Le Seigneur a donné à son Église des pasteurs et des docteurs pour équiper les saints (Éphésiens 4:11-12), et chaque Église peut le faire.

Plan du message

1. Cornhill : apprendre à bien lire et à bien transmettre

  • Le cours de Cornhill dure quatre jours par semaine, mais la plupart des étudiants le suivent deux jours par semaine pendant deux ans. Andy le préfère : « Ceux qui l'ont fait en quatre jours n'ont pas fière allure le jeudi après-midi. »
  • Ce rythme équilibre l'école et l'Église. Beaucoup sont stagiaires dans leur assemblée le reste de la semaine, d'autres travaillent pour financer leur formation. Ce qu'ils apprennent en cours, ils le vivent aussitôt sur le terrain.
  • Le cœur du cours est la « pratique de l'enseignement » : chaque étudiant prépare un message, le donne devant ses camarades et reçoit leurs retours et ceux des formateurs. C'est « de loin ce qu'il y a de plus effrayant à Cornhill », et pourtant, en fin de parcours, c'est ce que les étudiants jugent le meilleur du cours.
  • Autour de cela : une vue d'ensemble de la Bible, des thèmes suivis d'un bout à l'autre des Écritures, les différents genres (le Pentateuque, la loi, les récits, les Évangiles, les épîtres), et 44 livres bibliques étudiés à des degrés divers.
  • S'y ajoutent un peu de théologie systématique, beaucoup de pratique de la prédication et un module sur le ministère pastoral dans son ensemble.

2. Le cours pour pasteurs : apprendre pour toujours

  • Le Pastor's Training Course (PTC) dure trois ans, quatre avec un diplôme. Si Cornhill apprend à lire la Bible et à la communiquer, le PTC apprend à penser théologiquement.
  • Six grands blocs doctrinaux : Dieu, Christ, le Saint-Esprit, le salut, les fins dernières et l'éthique. Le but n'est pas d'accumuler des données, mais de penser et de transmettre ces vérités de façon à mieux prêcher et mieux conduire le ministère.
  • Les participants se retrouvent un jour toutes les deux semaines et exercent un ministère le reste du temps. C'est exigeant, mais cela habitue à apprendre en servant, ce qui compte pour la santé pastorale sur le long terme : certains cessent d'apprendre dans le ministère et finissent par s'ennuyer.
  • Les intervenants résument avec trois C : le Cœur (Cornhill), la Consolidation (le PTC) et la Continuité de l'apprentissage, vécue avec un groupe de frères.
  • À la sortie de Cornhill, on se dit qu'il y a bien plus dans la Bible qu'on ne pensait. À la fin du PTC, on se dit : « Maintenant, je sais un tout petit peu à quel point je ne sais pas. » Andy y voit un excellent résultat : « Si tu apprends toujours, tu auras toujours quelque chose à enseigner. »

3. Se former au sein de l'Église locale

  • À The Tron Church, Willie Philip a mis en place des apprentis du ministère, puis des « ministres en formation » pour ceux qui vont plus loin. La forme dépend toujours de l'Église où l'on se trouve.
  • Une grande Église offre des ministères spécialisés, comme l'accueil des étudiants internationaux. Une petite Église avec un seul pasteur offre une expérience plus large et plus généraliste. Chaque situation a ses forces et ses limites.
  • Au début, personne ne comprenait ce qu'était un apprenti. Mais en voyant les progrès des premiers, l'Église s'est enthousiasmée. Le PTC est né d'une question d'anciens apprentis : « Que faisons-nous ensuite ? » Andy a rejoint l'aventure en 2011.
  • Le parcours fait grandir la responsabilité peu à peu : de l'expérience, un accompagnement, de l'aide, puis davantage de responsabilités en deuxième année, et bien plus encore dans la suite de la formation, toujours sous supervision.
  • Trois profils en bénéficient : des adultes avec une expérience professionnelle qui veulent éprouver un appel, des jeunes diplômés qui veulent une formation biblique même s'ils pensent devenir enseignants ou ingénieurs, et de jeunes retraités pleins d'énergie, surnommés avec affection « les pères de la classe ».

4. La taille de l'Église n'est pas un obstacle

  • En Écosse, une idée circule : former des serviteurs serait l'affaire des grandes Églises qui ont du monde et de l'argent. Andy a entendu dire : « Nous ne pourrions pas organiser une formation, nous n'avons pas les moyens d'embaucher un formateur. » Sa réponse : « C'est tout simplement faux. »
  • « Ce dont tu as absolument besoin, c'est d'un pasteur heureux de montrer à quelqu'un d'autre ce qu'il fait, de partager sa vie avec lui et de passer un peu de temps avec lui. » Pas besoin de cadre formel ni de mille options.
  • Beaucoup de pasteurs manquent d'assurance et ne pensent pas avoir grand-chose à offrir. Mais « le Seigneur se sert magnifiquement de personnes peu sûres d'elles et incomplètes pour en former d'autres ». On apprend beaucoup auprès d'un homme attaché à l'Évangile qui fait de son mieux là où il est, et une personne intelligente apprendra au moins, avec humour, comment ne pas faire.
  • « Je ne peux t'apprendre à faire les choses que comme moi je les fais. » Prends ce qui est utile, et ce dont tu feras l'inverse. Personne n'a besoin d'avoir toutes les réponses.
  • La plupart des Églises vivantes comptent entre 50 et 120 personnes. Un jeune qui sert dans une grande Église se dit souvent : « Je ne pourrais jamais faire ça. » Cornhill encourage donc ses étudiants à passer une semaine dans une petite Église. Ils en reviennent en se disant qu'ils pourraient connaître et servir un groupe de 30, 40 ou 50 personnes.
  • À l'inverse, se former dans une équipe montre que la plupart des gens trouvent leur place la plus fructueuse en équipe, car « aucun de nous n'est compétent en tout ». Même un pasteur seul salarié a tout intérêt à savoir bâtir des équipes pour équiper tous les saints.

5. L'argent suit la conviction

  • Du côté de l'Église, deux choses sont indispensables : un pasteur prêt à partager sa vie avec quelqu'un, et une assemblée prête à ce que son pasteur y consacre du temps.
  • La seconde peut susciter des résistances au début : laisser d'autres prêcher, ce n'est pas toujours bien reçu. Mais quand l'assemblée voit les gens grandir, elle change d'avis. Dans une Église, quelques années après le lancement, le budget est devenu très serré, et la seule chose que l'assemblée refusait de supprimer, c'était l'apprentissage.
  • La vraie question n'est pas « pouvons-nous nous permettre de le faire ? », mais « pouvons-nous nous permettre de ne pas le faire ? ». « Presque toujours, l'argent suit la conviction. » La conviction ne vient pas du solde bancaire, elle vient de la certitude qu'une chose est vraie et doit se faire.
  • Le rôle du leadership est de discerner ce qui est juste, puis d'en persuader les gens. « Une fois persuadés, ils paient. »
  • Une aide de démarrage venue d'autres Églises peut aider à lancer le projet. Mais les subventions ont un revers : elles font croire que quelqu'un d'autre paiera. D'où le principe : « On vous aide à démarrer, mais ensuite, c'est à vous de prendre le relais. »
  • Former la génération suivante « n'est pas une option, c'est absolument essentiel », c'est « un impératif du ministère ». Prendre au sérieux l'enseignement de la Bible, c'est aussi susciter d'autres personnes pour l'enseigner. « Ce n'est pas le travail de quelqu'un d'autre. »

6. Un écosystème entre petites et grandes Églises

  • La responsabilité repose sur toutes les Églises, mais de façon différente. Une grande Église urbaine qui voit passer beaucoup d'étudiants et de jeunes actifs a une responsabilité particulière : si tu as les personnes, tu dois le faire.
  • D'autres Églises n'ont pas ces personnes, mais elles peuvent prier et parfois financer. La question n'est pas seulement « d'où viendra notre prochain pasteur ? », mais « d'où viendront tous les prochains pasteurs ? », pour l'Église voisine et celle de la ville d'à côté.
  • Beaucoup de jeunes grandissent dans de petites Églises, partent à l'université et s'y affermissent dans la foi, voire s'y convertissent. Souvent, la boucle ne se referme pas vers les petites Églises.
  • Un exemple : une petite Église de Cumbria a gardé le contact avec un de ses jeunes parti étudier à Newcastle. Il y a sans doute fait un apprentissage, puis il est revenu servir dans son Église d'origine. Aujourd'hui, il implante l'Église que cette assemblée portait à cœur depuis longtemps dans la localité voisine. Elle a accepté de le perdre pour peut-être le retrouver.
  • Avec de la générosité du côté des grandes Églises et un lien maintenu du côté des petites, ces allers-retours pourraient se multiplier.
  • De petites Églises envoient d'ailleurs des étudiants à Cornhill, dont une implantation d'environ cinq ans qui a envoyé deux stagiaires cette année. « C'est possible. » Il faut que le pasteur soit convaincu, puis qu'il convainque son assemblée.

7. Et si c'était toi ?

  • Première étape : t'impliquer dans le service de ton Église. Les serviteurs n'apparaissent pas de nulle part, et le meilleur lieu pour apprendre, c'est l'Église.
  • Si un responsable te demande si tu as pensé à aller plus loin, écoute-le. Une conviction personnelle est nécessaire pour tenir dans la durée, mais « l'appel de Dieu passe par l'Église de Dieu, le peuple de Dieu », qui reconnaît les dons et les capacités que tu as reçus.
  • Cornhill propose des portes d'entrée : un « livre en une journée », les samedis « His Word in My Hands » quelques fois par an, une école d'été de quelques jours. Parle à tes responsables : « Cela m'intéresse, je ne sais pas si je suis fait pour cela. Que me conseilles-tu ? »
  • Ce n'est pas tout ou rien. Beaucoup ont terminé Cornhill en comprenant que leur chemin n'était pas un ministère salarié à plein temps. Ils servent comme responsables de jeunes ou dans d'autres ministères, en travaillant ou à la retraite. « Personne ne dirait que c'est un échec. C'est une vraie réussite. »
  • L'Écosse a besoin de centaines de nouveaux pasteurs, et l'on ne pourra pas tous les salarier. Les serviteurs qui financent eux-mêmes leur ministère à temps partiel sont précieux. Andy, ancien médecin, remarque que même la médecine se pratique aujourd'hui bien plus à temps partiel : des anesthésistes venus à Cornhill constatent que beaucoup de leurs collègues travaillent déjà à 80 %.
  • Pour une Église qui ne forme pas encore, la première étape est de bâtir une conviction : ce n'est pas un « on peut », c'est un « on doit ». « Si je dois être un peu brutal : commencez à croire la Bible. »
  • Les intervenants proposent même d'utiliser moins le mot « formation », qui fait croire à une activité de spécialistes. « C'est simplement faire des disciples », aider chacun à développer les dons que le Seigneur a donnés à son Église. Ce n'est pas réservé à une élite : chaque Église peut le faire.
  • Pour conclure, Andy se réjouit de voir des étudiants arriver nerveux et dispersés, puis, deux ans plus tard, enseigner de façon « convaincante, saisissante et pastoralement sage ». Willie Philip rend grâce : que Cornhill soit toujours là, fidèle à sa mission de départ, « c'est un miracle de Dieu ». Il se réjouit d'écouter aujourd'hui des prédicateurs formés par ce parcours, et d'apprendre d'eux.

Points à retenir

  • Former la relève n'est pas réservé aux grandes Églises : il faut d'abord un pasteur prêt à partager sa vie avec quelqu'un.
  • Le Seigneur se sert de pasteurs imparfaits et peu sûrs d'eux pour former d'autres serviteurs.
  • L'argent suit la conviction : la question est de savoir si l'Église peut se permettre de ne pas former.
  • Petites et grandes Églises ont une responsabilité commune envers tous les prochains pasteurs.
  • L'appel de Dieu se discerne au sein de l'Église, en servant, et une formation qui ne mène pas au ministère salarié n'est jamais un échec.

Application personnelle

  1. Dans ton Église, qui pourrais-tu accompagner en partageant simplement ce que tu fais et un peu de ta vie ?
  2. Penses-tu que la formation de la relève est l'affaire de quelqu'un d'autre ? Qu'est-ce qui changerait si tu la voyais comme un impératif ?
  3. Si tu sers déjà, quelqu'un t'a-t-il déjà demandé si tu avais pensé à aller plus loin ? As-tu pris le temps d'en parler avec tes responsables ?
  4. Continues-tu d'apprendre, pour avoir toujours quelque chose à transmettre ?
  5. Comment ton Église pourrait-elle soutenir, par la prière ou par ses moyens, la formation de serviteurs pour d'autres Églises que la tienne ?

Versets cités

Questions fréquentes

Faut-il un programme de formation pour former des serviteurs dans son Église ?

Non. Pour Andy Gemmill et Willie Philip, ce dont une Église a absolument besoin, c'est d'un pasteur heureux de montrer à quelqu'un ce qu'il fait et de partager sa vie avec lui, et d'une assemblée qui accepte que son pasteur y consacre du temps. Cela n'a pas besoin d'être formel ni sophistiqué pour être utile.

Comment une petite Église peut-elle financer la formation de la relève ?

Presque toujours, l'argent suit la conviction. Le pasteur doit d'abord être convaincu que la formation doit avoir lieu, puis en convaincre l'assemblée. Une aide de démarrage venant d'autres Églises peut lancer le projet, à condition que l'Église locale le prenne ensuite en charge.

Comment savoir si je devrais me former pour le ministère ?

Commence par servir dans ton Église. Si un responsable te demande si tu as pensé à aller plus loin, écoute-le : l'appel de Dieu passe par l'Église de Dieu, qui reconnaît les dons que tu as reçus. Parle à tes responsables, fais ce que tu peux là où tu es, et teste les choses pas à pas.

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