Introduction
« Comment est-elle assise solitaire, cette ville si peuplée ! Elle est semblable à une veuve ! » Peter Masters, au Metropolitan Tabernacle de Londres, part de Lamentations 1:1 pour parcourir en une seule étude tout le livre des Lamentations. Son but : encourager à le lire et en saisir le propos d'ensemble devant Dieu.
La plupart des Bibles d'étude résument ce livre comme un mémorial de la chute de Jérusalem en 586 avant Jésus-Christ, un chant funèbre. Le prédicateur ne s'en contente pas. Ce livre est l'œuvre du prophète Jérémie : ce n'est pas seulement un mémorial, c'est une prophétie. Il avertit, il enseigne et il éclaire ce qui se répétera dans l'histoire, y compris dans l'Église du Nouveau Testament.
Chapitre après chapitre, il montre un peuple jugé pour son infidélité, un prophète éprouvé qui retrouve l'espérance, puis un peuple qui finit par se repentir.
Plan du message
1. Un livre écrit avec une grande précision
- Le nom « Lamentations » vient de la Vulgate latine et signifie « grands cris ». Les Hébreux l'appelaient d'un mot que l'on peut traduire par « Comment ! », qui ouvre les chapitres 1, 2 et 4.
- Ce « comment » n'est pas une question mais une exclamation : comme la destruction de Jérusalem est grande, terrible et dévastatrice !
- Le livre est construit en acrostiche. Les chapitres 1, 2 et 4 ont 22 versets, autant que les lettres de l'alphabet hébreu, et chaque verset commence par la lettre suivante. Le chapitre 3 compte 66 versets, une lettre pour chaque groupe de trois. Le chapitre 5 a aussi 22 versets, mais sans acrostiche.
- On dit souvent que ce procédé aidait à la mémorisation. Pour Peter Masters, il montre surtout le soin et la précision avec lesquels le livre a été écrit. Personne ne peut dire : ce n'est que de la poésie, le poète s'est laissé emporter.
2. Plus qu'un mémorial : une prophétie pour notre temps
- « Qui forge ces formules ? » se demande le prédicateur à propos du résumé des Bibles d'étude. On oublie que l'auteur est le prophète Jérémie.
- L'apôtre Paul le dit : ces choses ont été écrites pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des siècles (1 Corinthiens 10:11).
- Le but du livre n'est donc pas seulement de rappeler la chute de Jérusalem et de Juda. Il est d'avertir, d'enseigner et d'éclairer ce qui arrivera à l'Église au temps du Nouveau Testament.
3. Chapitre 1 : Jérusalem abandonnée
- La ville autrefois pleine de monde est presque vide, habitée par quelques pauvres qui survivent dans les ruines. Elle est comme une veuve, sans soutien, abandonnée de Dieu.
- Au verset 3, Juda est en exil. Le livre de Jérémie attribue la chute de Jérusalem à Babylone ; les Lamentations vont plus loin et l'attribuent à Dieu, celui qui l'a permise et orchestrée.
- Plus de fêtes, plus de sacrifices, plus de culte. Il y avait encore à Jérusalem des croyants, minoritaires dans une ville désobéissante, et quelques enseignants sincères. Même cela a été enlevé.
- Verset 8 : « Jérusalem a multiplié ses péchés. » Après des siècles de patience et d'avertissements, Dieu l'a ôtée. L'Apocalypse donne le même avertissement aux Églises désobéissantes : le chandelier peut être ôté (Apocalypse 2:5).
- À partir du verset 12, Jérusalem parle elle-même : « Vous tous qui passez ici, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à ma douleur. » Charles Wesley a appliqué ces mots à Jésus dans un cantique, et George Whitefield les a pris un jour pour texte à Moorfields, devant des milliers d'auditeurs, en plein réveil.
- Wesley avait tout à fait le droit de le faire : Jérusalem souffrante n'est qu'une image de ce qui est dû à chacun de nous. Christ est venu comme substitut et porteur du péché, il a pris sur lui la part de tous les vrais croyants.
- Au verset 18, Jérusalem reconnaît : « L'Éternel est juste, car j'ai été rebelle à ses ordres. » Mais elle ne se repent pas encore, et la délivrance du reste ne viendra qu'après 70 ans.
4. Chapitre 2 : quand Dieu retire sa bénédiction
- « Le Seigneur a dédaigné son autel, il a rejeté son sanctuaire » (verset 7). Les portes glorieuses, autrefois grandes ouvertes aux adorateurs et aux pécheurs en recherche, sont enfoncées dans la terre (verset 9). Il n'y a plus de vision de la part de l'Éternel.
- Peter Masters applique ce chapitre à notre temps : au cours des derniers siècles, des Églises zélées et utilisées par Dieu, et des dénominations entières, se sont effondrées dans l'incrédulité. La Parole, la présence de l'Esprit, les âmes sauvées : tout a disparu.
- « Après de longs appels et des temps de patience, Dieu retire le chandelier », et toute une dénomination ou une assemblée entre dans le déclin.
- Au verset 11, Jérémie pleure sur la ruine de la fille de son peuple. Il leur a prêché pendant quatre décennies et ils l'ont méprisé.
- Dans une moindre mesure, nous partageons ses peines : quand on avertit de ne pas laisser le monde envahir l'Église, on est raillé, quels que soient l'esprit et la douceur avec lesquels on le fait.
- Le prédicateur a parfois le sentiment d'entrer dans l'époque des deux témoins de l'Apocalypse : l'Église réduite presque à rien, les témoins abattus, mais qui se relèveront pour un dernier témoignage avant la venue du Seigneur (Apocalypse 11).
- Verset 14 : « Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses et sans valeur ; ils n'ont pas mis à nu ton iniquité. » Le prédicateur pense à l'évangile de la prospérité : on ne prêche plus le péché, la repentance, l'expiation et le besoin du pardon, mais « payez, payez, payez ».
5. Chapitre 3 : l'espérance du serviteur éprouvé
- Jérémie parle maintenant en son nom : « Je suis l'homme qui a vu la misère sous la verge de sa fureur. » Il se souvient de ses souffrances, de la prison et de la citerne.
- Quand il dit que Dieu l'a conduit dans les ténèbres et non dans la lumière, il ne parle pas de sa vie spirituelle personnelle mais de son ministère : la nation ne s'est pas repentie. De même, la prière qui semble repoussée (verset 8) est sa prière constante pour le peuple, et non sa prière personnelle.
- Dieu faisait ces appels par Jérémie pour être juste et pour que le peuple soit sans excuse. Il y aurait du fruit, mais seulement un reste.
- Il est la risée de tout son peuple, l'objet de leurs chansons (verset 14). Au verset 18, il touche le fond : « Ma force est perdue, je n'ai plus d'espérance en l'Éternel. »
- Puis vient le tournant du verset 20 : son âme se souvient et « est abattue au-dedans de moi ». Une petite phrase, mais immense : c'est la fin des paroles négatives.
- Verset 21 : « Voici ce que je veux repasser en mon cœur, ce qui me donnera de l'espérance. » Puis les mots que le cantique de Thomas Chisholm a rendus célèbres : les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, ses compassions se renouvellent chaque matin, « Oh ! que ta fidélité est grande ! »
- Ce cantique peut être chanté à la légère par des chrétiens prospères, satisfaits et confortables. Mais ces promesses sont pour ceux qui ressemblent à Jérémie : ceux qui sont méprisés, qui sont prêts à payer le prix de leur témoignage, qui font des choses difficiles ou humbles pour plaire au Seigneur.
- « L'Éternel est mon partage » (verset 24) remonte au livre des Nombres : Aaron et les sacrificateurs n'ont pas reçu de part du pays, car l'Éternel était leur part.
- Verset 27 : « Il est bon pour l'homme de porter le joug dans sa jeunesse. » Aujourd'hui, la jeunesse est vue comme le temps de s'amuser. Le prédicateur regrette ces Églises étudiantes du centre de Londres qui se disent évangéliques, sans réunion de prière, où l'on ne confie pas tôt une classe d'école du dimanche aux jeunes capables.
- Celui ou celle qui a porté le joug tôt tiendra debout quand viendra l'épreuve. « N'est-ce pas une vraie pépite de psychologie chrétienne, au milieu des Lamentations ? »
- Verset 48 : des torrents d'eau coulent des yeux du prophète. Nous avons besoin d'apprendre sa compassion pour les pécheurs perdus et pour ceux qui s'égarent dans les Églises.
6. Chapitres 4 et 5 : du jugement à la repentance
- Au chapitre 4, les nobles fils de Sion, estimés à l'égal de l'or pur, sont regardés comme des vases de terre (verset 2). C'est ce que deviennent les Églises qui invitent le monde chez elles.
- Verset 6 : le châtiment de Jérusalem est plus grand que celui de Sodome, détruite en un instant. Jérusalem, elle, a été punie longuement, dans l'esclavage et la misère.
- Pourquoi ? Parce qu'aux yeux de Dieu, l'adultère spirituel est bien pire encore que l'adultère physique et que les péchés de Sodome. Le prédicateur le voit aujourd'hui dans la mondanité grossière admise dans le culte de nombreuses Églises évangéliques : « Rien ne pourrait être plus insensé, moins spirituel et plus désobéissant que la pollution du culte et du témoignage. »
- Au chapitre 5, la conscience du péché se lève chez les captifs : « Nos pères ont péché, ils ne sont plus » (verset 7). Ils parlent de leurs propres pères, pas des patriarches. Puis au verset 16 : « Malheur à nous, parce que nous avons péché ! » Des paroles précieuses : enfin la repentance.
- Verset 19 : « Toi, l'Éternel, tu règnes à jamais. » Ils sont à genoux, ils reconnaissent son autorité et semblent se souvenir de l'alliance et des promesses.
- Verset 21 : « Fais-nous revenir vers toi, ô Éternel, et nous reviendrons ! » Ils lui demandent d'agir dans leur cœur.
- Peter Masters est convaincu que le verset 22 est une question : « Nous aurais-tu entièrement rejetés ? » C'est la repentance, presque la foi : non, tu ne nous as pas rejetés pour toujours, il y a de l'espoir, nous pouvons être entendus.
Points à retenir
- Les Lamentations ne sont pas seulement un mémorial de la chute de Jérusalem : c'est une prophétie écrite pour notre instruction.
- Quand une Église laisse entrer le monde, Dieu peut, après une longue patience, retirer son chandelier et sa bénédiction.
- La promesse « ses compassions se renouvellent chaque matin » est d'abord pour ceux qui portent le joug et paient le prix de leur témoignage.
- Porter le joug dès la jeunesse prépare à tenir debout dans l'épreuve.
- Le livre se termine sur la repentance et l'espoir : « Fais-nous revenir vers toi, ô Éternel, et nous reviendrons ! »
Application personnelle
- Lis-tu les Lamentations comme une page d'histoire, ou comme un avertissement adressé à toi et à ton Église ?
- Qu'est-ce que le monde est en train de faire entrer dans ton culte et dans ta vie de prière ?
- Chantes-tu « Grande est ta fidélité » depuis une vie confortable, ou depuis un service qui te coûte quelque chose ?
- Quel joug portes-tu aujourd'hui pour le Seigneur, que tu sois jeune ou non ?
- As-tu des larmes pour les pécheurs perdus et pour ceux qui s'éloignent de Dieu autour de toi ?
Versets cités
- Lamentations 1
- Lamentations 2:6-15
- Lamentations 3:1-48
- Lamentations 4:2-6
- Lamentations 5:7-22
- 1 Corinthiens 10:11
- Apocalypse 2:5
- Apocalypse 11:3-12
- Nombres 18:20
Questions fréquentes
Que signifie le nom hébreu du livre des Lamentations ?
Le mot « Lamentations » vient de la Vulgate latine et signifie « grands cris ». Les Hébreux appelaient le livre d'après son premier mot, que l'on peut traduire par « Comment ! », un mot qui revient au premier verset des chapitres 1, 2 et 4. Ce n'est pas une question mais une exclamation : comme la destruction de Jérusalem est grande, terrible et dévastatrice !
Pourquoi le livre des Lamentations concerne-t-il l'Église aujourd'hui ?
Pour Peter Masters, ce livre n'est pas seulement le mémorial de la chute de Jérusalem en 586 avant Jésus-Christ. C'est l'œuvre du prophète Jérémie, donc une prophétie. Il avertit et enseigne sur ce qui se répète dans l'histoire : quand une Église ou une dénomination laisse entrer le monde, Dieu peut, après une longue patience, retirer son chandelier et sa bénédiction.
À qui s'adresse la promesse « Grande est ta fidélité » de Lamentations 3 ?
Peter Masters remarque que ces paroles peuvent être chantées à la légère par des chrétiens prospères et confortables. Dans le texte, elles sont d'abord pour Jérémie et pour ceux qui lui ressemblent : ceux qui sont méprisés, qui paient le prix de leur témoignage, qui persévèrent dans des tâches difficiles pour plaire au Seigneur et qui sentent leur péché et leur besoin de grâce.