Introduction
1 Corinthiens 12 a suscité beaucoup d'intrigues, d'enthousiasme, de malentendus et de spéculations. Pourtant, pour Josh Johnston, qui prêche ce dimanche soir à The Tron Church de Glasgow en faisant une pause dans la série sur 2 Pierre, le message du chapitre est assez simple : « L'Esprit nous amène à confesser Jésus comme Seigneur et donne chaque membre pour le bien commun. Aucun chrétien ne peut dire ni "je n'ai pas ma place", ni "je n'ai pas besoin de toi". »
L'image dominante du chapitre est celle de l'Église comme un corps. Elle nous est familière, mais le prédicateur avertit : nous sommes façonnés par une culture profondément individualiste. Même dans la vie d'Église, nous pensons instinctivement « je » plutôt que « nous ». Or cette manière de penser ne peut pas se concilier avec le corps que Paul décrit.
Le message suit le texte en trois temps : voir l'Esprit là où Jésus est confessé (versets 1 à 3), donner tout ce que Dieu t'a donné pour le bien commun (versets 4 à 11), et ne jamais dire « je n'ai pas ma place » ni « je n'ai pas besoin de toi » (versets 12 à 26).
Plan du message
1. Une Église divisée qui ne manquait d'aucun don
- Dès le chapitre 1, Paul écrit aux Corinthiens qu'ils ne manquent d'aucun don en attendant la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ (1 Corinthiens 1:7). C'est l'Église, ensemble, qui a reçu tout ce dont elle a besoin.
- Le problème : Corinthe est une Église divisée. Certains se croient puissants, sages et impressionnants, et regardent de haut ceux qu'ils jugent faibles, insensés ou sans honneur.
- Ces « puissants » prisent la parole spectaculaire. Au chapitre 14, il devient clair que le parler en langues est devenu la marque d'un statut spirituel supérieur.
- Paul mesure tout autrement : non pas à ce qui rend un individu impressionnant, mais à ce qui sert le bien commun et édifie toute l'Église.
- Au verset 1, le mot « dons » n'est pas dans le grec. La note de bas de page de la version anglaise ESV propose « les personnes spirituelles », littéralement « les spirituels ». C'est la question des Corinthiens : qu'est-ce qui rend quelqu'un vraiment spirituel ?
- Paul y répond en parlant de dons, de grâce, de ce que Dieu a donné. Tout a été reçu. Le chapitre n'est donc pas d'abord une invitation à consulter une liste pour trouver « son » don. « Il n'y a pas, en fait, de catégorie "dons spirituels" dans la Bible. » Le chapitre montre que Dieu nous a donnés les uns aux autres.
2. Vois l'Esprit là où Jésus est confessé (versets 1 à 3)
- Tout ce qui est spirituel n'est pas bon. Au verset 2, Paul rappelle aux Corinthiens leur passé : ils étaient entraînés vers les idoles muettes. Au chapitre 10, il dit que l'idole n'est rien, mais que des démons se tiennent derrière (1 Corinthiens 10:19-20). Comme dit le proverbe, tout ce qui brille n'est pas or.
- L'œuvre de l'Esprit est d'attirer les gens à Jésus. Il ouvre les yeux aveugles et les cœurs morts pour voir, aimer et confesser que Jésus est Seigneur.
- Le prédicateur cite James Philip, qui se demande si certains Corinthiens, dans leur désir de paraître « super spirituels », ne disaient pas sans le savoir ce que mentionne le verset 3 : « Jésus est anathème ».
- Ce qui marque quelqu'un de vraiment spirituel est bien plus simple qu'un acte spectaculaire : confesser sincèrement que Jésus est Seigneur. Cela paraît plus ordinaire que de parler les langues des anges, « mais c'est bien plus miraculeux ».
- Quoi d'autre peut changer un cœur de pierre en cœur de chair (Ézéchiel 36:26), ouvrir des yeux aveugles, donner la vie aux morts ? Aucun médecin, magicien ou spirite ne peut ramener à la vie un corps froid. L'Esprit de Dieu accomplit ce miracle en chacun de ceux qui se confient en Jésus.
- Il faudra un miracle pour continuer à dire « Jésus est Seigneur » quand ta carrière est menacée, quand tes enfants ou petits-enfants se voient fermer des portes que nous avions, quand on cherche à te faire licencier, quand ta vie semble s'effondrer et que l'ombre de la mort plane sur toi ou sur un proche. Et il faudra aussi un miracle quand ta vie déborde d'abondance et que tout te dit que tu peux être et faire ce que tu veux.
3. Dieu ne donne pas des dons abstraits, il donne des personnes (versets 4 à 7)
- L'Esprit qui nous amène sous un seul Seigneur ne nous rend pas tous identiques. Il agit en chaque membre de manière différente, pour le bien de toute l'Église.
- Dieu n'a pas simplement donné à l'Église « le don de prêcher » au sens abstrait : il a donné des prédicateurs, des personnes entières. Il n'a pas seulement donné « la musique » : il a donné des musiciens qui jouent et qui se donnent eux-mêmes. Il n'a pas seulement donné « l'accueil » : il a donné des frères et sœurs qui accueillent les nouveaux et mettent tout ce qu'ils sont au service de l'Église.
- Remarque qui donne. Verset 4 : le même Esprit. Verset 5 : le même Seigneur. Verset 6 : le même Dieu. Le Père, le Fils et l'Esprit sont à l'œuvre pour bâtir l'Église. « Le Saint-Esprit ne distribue pas des dons en franc-tireur. »
- Paul répète « tous », « chacun ». Il n'y a pas d'élite douée et puis tous les autres. Nous employons souvent le mot « doué » à la manière corinthienne, pour parler de quelqu'un de remarquable. Mais l'œuvre de Dieu en chacun a un seul but, au verset 7 : « à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune ».
- Le prédicateur pose la question : servir ta famille d'Église est-il vraiment une priorité ? Dans la liste de ce qui te fait lever le matin, à quelle place se trouve l'épanouissement de ce corps ? Penses-tu « je, pas nous » ou « nous, pas je » ?
- Cela peut orienter les grandes décisions : qui tu épouses, où tu vis, quel travail tu choisis, et ce qui marquera tes années d'études.
4. Une liste à saveur corinthienne, pour le bien commun (versets 8 à 11)
- Ces versets sont parfois lus comme la liste des huit ou neuf « dons spirituels ». Josh Johnston possède un commentaire technique qui consacre 53 pages à ces trois versets. Conclusion : on ne peut pas être certain de ce que Paul désigne exactement, « mais nous n'avons pas besoin de l'être ».
- La liste a une saveur corinthienne : elle commence par la sagesse et la connaissance, mots chers aux « puissants » de Corinthe (voir le chapitre 4), et se termine par la prophétie et les langues, alors que l'Église aimait la parole impressionnante.
- Si tu lis cette liste en pensant « je ne corresponds à rien de tout cela », ce n'est pas qu'il te manque quelque chose. La liste n'est pas exhaustive.
- Le verset 11 dit que c'est le même Esprit qui distribue à chacun comme il veut. Nos capacités ne sont pas faites pour briller ni pour nous-mêmes.
- Ce serait une perversion d'utiliser un talent musical seulement pour ta propre gloire, ou ton sens de l'hospitalité seulement pour ta carrière ou ton rang social. Si tu sais diriger, ne t'en sers-tu que pour avancer professionnellement ? Si tu as une conviction claire de l'Évangile et le don d'enseigner, as-tu sérieusement envisagé un ministère d'enseignement biblique ?
- D'autres capacités n'ont pas de nom : l'art de rassembler ceux qui ne trouvent pas leur place, le sens de savoir quand passer un bras autour des épaules de quelqu'un, la fidélité d'un ami, d'une tante ou d'un grand-parent qui soutient ceux qui ont besoin d'aide. « Dieu n'a pas donné des dons isolés à des chrétiens isolés. »
5. Aux faibles : ne dis pas « je n'ai pas ma place » (versets 12 à 20)
- Nous n'essayons pas de devenir un corps en Christ : nous le sommes. La question est de savoir comment ce corps fonctionne. Un corps au dos fragile, aux genoux à remplacer, à la vue diminuée ? Ou un corps en pleine santé, prêt à courir ?
- Paul emploie l'image du corps pour encourager les faibles et reprendre les puissants. Les faibles disent : « On n'a pas besoin de moi, je n'ai pas grand-chose à donner. »
- Ce n'est pas un hasard si Paul prend l'exemple du pied (verset 15). Personne ne veut être un pied : sale, en sueur, malodorant. Mais où serait le corps sans les pieds ? Ils s'abîment justement parce qu'ils nous permettent d'avancer. Essaie de passer une journée sans t'en servir.
- L'oreille (verset 16) pourrait se plaindre : elle ne regarde même pas devant elle. On tombe amoureux à cause des yeux, pas des oreilles. Mais paraître moins utile ne te rend pas moins membre du corps. Une Église où tout le monde serait pareil serait une monstruosité, comme un corps couvert d'yeux sorti du laboratoire de Frankenstein (verset 17).
- Il est facile de rêver d'être autre chose : « Je serais plus utile si je jouais du piano, si j'enseignais bien la Bible, si j'aimais rencontrer des gens. » Mais le verset 18 dit que Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il l'a voulu. « Tu n'es pas ici pour être quelqu'un d'autre, ni pour faire ce que tu ne peux pas faire. »
- L'Église est la vitrine de la gloire de Dieu dans le cosmos. Ta présence, tes amitiés, ta prière fidèle pour une personne ou un ministère que personne ne remarque, un sourire le dimanche, un mot envoyé à quelqu'un qui lutte, un coup de téléphone, ta patience quand on te déçoit ou te blesse, ta fidélité dimanche après dimanche quand tout s'écroule : « ce n'est pas rien ».
- Le prédicateur évoque une sœur aujourd'hui auprès du Seigneur. Elle se levait à chaque réunion de prière pour présenter fidèlement des sujets et des personnes que d'autres oubliaient. Elle servait aussi les dames âgées de l'Église, souvent isolées ou veuves, qui, grâce à elle, encourageaient à leur tour les autres. Elle n'avait ni titre ni fonction, et son ministère ne figure pas aux versets 8 à 10. Elle donnait simplement ce qu'elle avait.
6. Aux puissants : ne dis pas « je n'ai pas besoin de toi » (versets 21 à 26)
- Derrière cette attitude se cache une pensée : « J'ai des dons importants, tout devrait être organisé pour que je m'épanouisse. » Mais l'œil ne peut pas dire à la main : « Je n'ai pas besoin de toi » (verset 21).
- Dans chaque Église, certains services sont plus valorisés : la prédication, l'enseignement, les rôles visibles, la direction d'équipes. Ceux qui les exercent peuvent vite mépriser le service des autres, attendre que tous pensent comme eux, ou se croire dispensés des responsabilités ordinaires de la vie chrétienne. Quel que soit ton rôle, tu restes le serviteur des autres.
- Pour ceux qui dirigent des équipes : le leadership n'est pas une occasion de se mettre en valeur ni de s'épanouir aux dépens de l'équipe.
- L'Église est remplie de gens « intéressants », dans toute leur diversité et leur bizarrerie. Il y a peut-être des personnes qui t'agacent parce qu'elles sont si différentes de toi. Dieu, dans sa sagesse infinie, les a placées là. Elles sont peut-être un cadeau pour façonner ton cœur à l'image de Jésus, qui supporte toutes sortes de gens abîmés.
- Dieu renverse nos échelles d'importance : les membres qui paraissent faibles sont nécessaires (verset 22), et ceux que nous estimons moins honorables reçoivent plus d'honneur, comme nous entourons de pudeur les parties intimes du corps (versets 23 et 24). Dieu a composé le corps pour qu'il n'y ait pas de division.
- Verset 26 : si un membre souffre, tous souffrent avec lui. Le prédicateur se souvient de réunions de prière où des frères et sœurs portaient de lourds fardeaux, et où pas un œil n'est resté sec. « C'est sain. C'est une belle image de ce que nous sommes. »
- Dire « je ne le connais pas, ce n'est pas mon affaire », c'est comme dire : « Le sang qui jaillit d'une blessure à ma jambe ne me concerne pas. » Un bras détaché du corps meurt, et le corps en sort diminué.
- Refuser de se réjouir de la bénédiction d'un autre, c'est comme un joueur qui refuse de soulever le trophée parce qu'il n'a pas marqué le but de la victoire. Quand l'ami pour qui tu pries depuis des années vient à la foi, nous nous réjouissons tous. Quand tu portes le drapeau de Jésus à l'école ou que tu perds des amis ou un emploi à cause de lui, nous souffrons avec toi.
Points à retenir
- Ce qui rend quelqu'un vraiment spirituel, c'est de confesser que Jésus est Seigneur, et seul l'Esprit peut produire et entretenir ce miracle.
- Dieu ne donne pas des dons isolés à des chrétiens isolés : il donne des personnes entières, les unes aux autres, pour le bien commun.
- La liste des versets 8 à 10 n'est pas exhaustive. Si tu ne t'y retrouves pas, ce n'est pas qu'il te manque quelque chose.
- Personne ne peut dire « je n'ai pas ma place » : Dieu t'a placé dans le corps comme il l'a voulu, et tes petits actes de grâce ne sont pas rien.
- Personne ne peut dire « je n'ai pas besoin de toi » : souffrances et joies de chacun sont celles de tout le corps.
Application personnelle
- Dans ta vie d'Église, penses-tu plutôt « je, pas nous » ou « nous, pas je » ?
- À quelle place se trouve l'épanouissement de ton Église dans ce qui oriente tes choix : ton travail, ton lieu de vie, ton emploi du temps ?
- Quelle capacité as-tu reçue que tu utilises surtout pour toi-même, et comment pourrait-elle servir ton Église ?
- Te dis-tu parfois « on n'a pas besoin de moi » ? Que change pour toi le verset 18 ?
- Y a-t-il dans ton Église une personne que tu as du mal à supporter, et que Dieu a peut-être placée là pour te rendre plus semblable à Jésus ?
Versets cités
Questions fréquentes
Y a-t-il une liste des dons spirituels dans 1 Corinthiens 12 ?
Pour Josh Johnston, la Bible ne connaît pas de catégorie « dons spirituels ». Au verset 1, le grec parle plutôt des « spirituels ». Les versets 8 à 10 ne forment pas une liste complète : ils ont une saveur corinthienne. Si tu ne t'y retrouves pas, ce n'est pas qu'il te manque quelque chose.
Qu'est-ce qui rend quelqu'un vraiment spirituel selon 1 Corinthiens 12:3 ?
Ce n'est pas un acte spectaculaire, mais le fait de confesser sincèrement que Jésus est Seigneur. Cela paraît plus simple que de parler en langues, mais c'est plus miraculeux : seul l'Esprit peut changer un cœur de pierre et faire tenir cette confession dans l'épreuve comme dans l'abondance.
Que signifie « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » ?
L'Église est un seul corps. Dire d'un frère qui souffre « ce n'est pas mon affaire » revient à ignorer le sang qui coule d'une blessure à sa propre jambe. Et refuser de se réjouir du bonheur d'un autre, c'est comme un joueur qui refuse le trophée parce qu'il n'a pas marqué le but de la victoire.