Luc 16 : pourquoi les miracles ne suffisent pas à convaincre

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Introduction

Si quelqu'un revenait d'entre les morts pour témoigner, tes proches incrédules finiraient-ils par croire ? Beaucoup le pensent. Le Dr John Whitcomb répond non, et il s'appuie sur Jésus lui-même.

Ce texte est la seconde partie de son article « Apologetics and the Gospel » (« L'apologétique et l'Évangile »), lu dans le podcast « Sword and Trowel » du Metropolitan Tabernacle de Londres. Ce n'est pas une prédication en chaire, mais un article lu. Il s'ouvre sur un verset : « Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge » (1 Corinthiens 2:14).

Après avoir posé les bases dans la première partie, John Whitcomb examine ici les textes bibliques que l'on avance pour justifier une évangélisation fondée sur les preuves. Il passe par l'Aréopage d'Athènes, par les miracles de Jésus dans l'Évangile de Jean, puis par l'histoire du riche et de Lazare. Sa conclusion est nette : les preuves ont leur place, mais seule la Parole de Dieu, appliquée par le Saint-Esprit, fait naître la foi.

Plan du message

1. Paul à l'Aréopage : un modèle de communication

  • Le discours de Paul aux Athéniens (Actes 17:16-34) est souvent présenté comme la preuve qu'il faut miser sur l'apologétique. Paul n'y cite pas l'Écriture et reprend même, avec approbation, deux poètes grecs, Épiménide le Crétois et Aratus (verset 28).
  • Avant ce discours, Paul avait déjà annoncé Jésus et la résurrection, jour après jour, sur la place publique d'Athènes. Le discours de l'Aréopage n'est donc pas prononcé « dans le vide » : ces penseurs voulaient en savoir plus sur cette nouvelle doctrine.
  • Loin de prouver l'existence de Dieu, Paul déclare avec autorité un Dieu créateur et Seigneur du monde, proche des hommes. Il dénonce l'ignorance de l'idolâtrie et annonce que Dieu jugera tous les hommes par celui qu'il a ressuscité, Jésus, et qu'il commande à tous, en tous lieux, de se repentir.
  • Aucune de ces affirmations ne pouvait se démontrer scientifiquement, historiquement ou logiquement, même en plusieurs années. Le seul terrain commun entre Paul et ses auditeurs, c'était l'image de Dieu qu'ils portaient tous par la création, bien plus importante pour l'évangélisation que la littérature et la philosophie grecques.
  • Paul ne cite pas l'Ancien Testament, que ses auditeurs ne connaissaient pas, mais son message est biblique de bout en bout. Ce que Dieu utilise pour attirer les hommes à lui, c'est le message de sa Parole, pas forcément les mots hébreux ou grecs exacts.
  • Les poètes cités (Épiménide est aussi cité en Tite 1:12) servent à illustrer des points d'accord avec la vérité révélée. Paul fait ce qu'il avait fait à Lystre (Actes 14) : il rejoint avec bienveillance ceux qui ne connaissent pas la loi de Dieu. C'est, dit Whitcomb, un modèle de communication chrétienne efficace, et non un modèle d'apologétique semi-rationaliste.

2. Athènes n'a pas été un échec

  • Certains auteurs opposés au rationalisme pensent au contraire que Paul s'est trompé à Athènes : il n'y aurait pas eu de grande moisson, et Paul l'aurait reconnu en écrivant aux Corinthiens qu'il n'avait voulu savoir parmi eux que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Corinthiens 2:2).
  • Whitcomb juge cette lecture insuffisante. Avec Ned B. Stonehouse (« Paul Before the Areopagus »), il rappelle que Luc donne des exemples représentatifs de la prédication apostolique. Il serait étonnant qu'il en rapporte un pour montrer comment il ne fallait pas prêcher. Luc présente plutôt Paul comme un orateur qui sait adapter son message à une situation difficile.
  • Surtout, l'Esprit a honoré ce message : « Quelques-uns néanmoins s'attachèrent à lui et crurent, Denys l'Aréopagite, une femme nommée Damaris, et d'autres avec eux » (Actes 17:34). Comme partout où l'Évangile est semé, certains se moquent, d'autres remettent à plus tard, et d'autres croient.
  • Autre texte souvent invoqué : « éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu » (1 Jean 4:1). On en tire l'idée que toutes les religions doivent passer un test de faits, de cohérence et d'éthique avant d'être adoptées. Mais ce verset s'adresse aux chrétiens, aux « bien-aimés », et l'étalon de mesure est l'Écriture.
  • Whitcomb mentionne une conséquence du semi-rationalisme : la suggestion de Clark Pinnock, dans un article du magazine Eternity en 1976, selon laquelle Dieu discernerait, parmi les païens, ceux qui cherchent sincèrement le bien et leur offrirait le salut après la mort.

3. Deux niveaux de preuves

  • Whitcomb distingue deux niveaux de preuves que Dieu a choisi d'utiliser envers l'esprit non régénéré.
  • Le niveau supérieur, ce sont les signes-miracles : Dieu confronte directement l'esprit humain avec lui-même et avec sa Parole. Ces miracles s'imposaient avec une telle force que personne ne pouvait les nier. Ils sont pourtant rares dans la Bible, abondants surtout sous Moïse, Élie, Élisée et plus encore sous le ministère du Seigneur. Whitcomb est convaincu qu'ils ne se produisent pas aujourd'hui.
  • Le niveau inférieur, en partie brouillé, ce sont les preuves circonstancielles : récits de conversion, exaucements de prière, prophéties accomplies, découvertes archéologiques, arguments philosophiques pour l'existence de Dieu, arguments sur l'origine surnaturelle de la Bible, arguments historiques pour la résurrection corporelle de Christ.
  • Ces preuves sont convaincantes dans une certaine mesure, mais elles ne sont pas des signes-miracles. Elles sont donc incomparablement moins fortes pour l'esprit non régénéré. C'est là qu'apparaît la limite de l'argumentation comme outil d'évangélisation.

4. Même les miracles n'ont pas changé les cœurs

  • Le fait le plus étonnant, selon Whitcomb, c'est que même les vrais miracles n'ont pas, par eux-mêmes, tourné les cœurs du péché vers Dieu.
  • À Jérusalem, pendant la Pâque, « plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait tous » (Jean 2:23-24). D'un côté, beaucoup se confiaient en Christ ; de l'autre, Christ ne se confiait pas en eux. Leur foi, née des miracles, restait loin de la foi qui sauve.
  • L'entretien avec Nicodème le confirme : ce qu'il fallait à ce docteur d'Israël, c'était la nouvelle naissance. Sans elle, il ne verrait pas le royaume de Dieu, avec ou sans signes.
  • Jean 6 va plus loin. Des milliers de personnes suivent Jésus, fascinées par ses miracles. La multiplication des pains dissipe les derniers doutes : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde » (Jean 6:14).
  • Le Seigneur, lui, ne les considère pas comme de vrais croyants : « vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés » (Jean 6:26). « Vous m'avez vu, et vous ne croyez point » (Jean 6:36). « Dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui » (Jean 6:66).

5. Le riche et Lazare : « Ils ont Moïse et les prophètes »

  • Le récit le plus saisissant est peut-être celui du riche dans le séjour des morts (Luc 16:19-31). Voyant sa situation sans espoir, il supplie Abraham d'envoyer Lazare chez ses cinq frères, qui n'ont pas cru la Parole de Dieu et vont vers le même sort.
  • Le plan, reconnaît Whitcomb, a de quoi impressionner. Les frères avaient sans doute vu ce mendiant misérable à la porte de leur frère riche, et ils savaient qu'il était mort. Il imagine la scène : on frappe, un frère ouvre et découvre, stupéfait, l'ancien mendiant. « Je suis Lazare. Je reviens du séjour des morts. J'ai vu ton frère défunt dans les tourments. Il veut désespérément t'avertir de te détourner du péché et de croire en Dieu avant qu'il soit éternellement trop tard. »
  • Une telle confrontation, un signe-miracle irréfutable, aurait-elle changé le cœur des cinq frères ? Beaucoup d'apologètes contemporains semblent le croire. Abraham, lui, non : « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu'ils les écoutent » (Luc 16:29).
  • La réponse du riche montre pourquoi les portes du ciel lui sont fermées pour toujours. Ce n'est pas qu'il ne se souciait pas de ses frères. C'est qu'il n'avait aucun respect pour la Parole de son Dieu : « Non, père Abraham, mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils se repentiront » (Luc 16:30).
  • Whitcomb fait parler le riche : Moïse et les prophètes ne disent rien à ses frères, la famille exige des démonstrations logiques, objectives, empiriques avant tout engagement, et les vieux documents religieux ne l'ont jamais impressionnée. Voir un homme revenu des morts, ce serait autre chose.
  • Avec ironie, il imagine ensuite la réponse qu'Abraham aurait dû faire pour être bien reçu dans les cercles semi-rationalistes : reconnaître que la famille rejette l'Écriture, juger injuste de lui demander de croire sur la base du témoignage que l'Écriture se rend à elle-même, et envoyer Lazare au plus vite pour une rencontre « empirique ».

6. Les signes attirent l'attention, la Parole sauve

  • À l'opposé des philosophies compliquées en vogue dans l'apologétique, et même des signes-miracles du temps de Jésus, le Seigneur souligne par la bouche d'Abraham la priorité absolue de la Parole de Dieu. C'est par elle que le Saint-Esprit a choisi d'accomplir son œuvre d'illumination.
  • Cette vérité explique l'incrédulité de Judas Iscariot devant des preuves accablantes. Elle explique aussi le paradoxe de Jean 12:9-19 : à cause de Lazare ressuscité, beaucoup de Juifs croient en Jésus, tandis que les principaux sacrificateurs décident de faire mourir aussi Lazare. Le même signe produit deux réactions opposées, selon la réponse donnée à la Parole qui l'accompagne.
  • Les signes-miracles n'ont donc jamais eu pour but de convertir, mais d'attirer l'attention sur le message divin, seul capable de sauver (voir Matthieu 9:6 et Actes 14:8-18). Quand ce message était cru, le salut venait.
  • Pour la plupart des chefs d'Israël et pour des millions de chercheurs de signes, avant comme après, ce qu'ils ont vu et entendu ne leur a servi de rien : « la parole qui leur fut annoncée ne leur servit de rien, parce qu'elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l'entendirent » (Hébreux 4:2).

7. La vraie valeur des preuves chrétiennes, et celle de l'amour

  • Prudence, avertit Whitcomb : utilisées comme substitut à l'Évangile ou comme préparation indispensable, les preuves peuvent devenir un obstacle satanique sur le chemin du Saint-Esprit vers le cœur. Nulle part l'Écriture n'indique que l'Esprit utilise un autre instrument que la Parole pour convaincre et convertir (Ésaïe 55:11, Romains 10:8-17, Hébreux 4:12-13).
  • Bien employées, elles ont pourtant une grande valeur pour le croyant : une certaine satisfaction intellectuelle, une admiration plus profonde pour les merveilles de l'univers de Dieu, et des éléments utiles pour étudier la Bible.
  • Pour l'incroyant, elles peuvent éveiller l'intérêt et retenir l'attention, un peu comme les signes au temps des Évangiles et des Actes, si elles accompagnent avec soin un vrai témoignage de l'Évangile. Mais elles ne peuvent ni créer ni soutenir la foi. Sinon, les plus grands archéologues de la Palestine auraient été des géants de la foi, ce qui est rarement le cas. « Ainsi la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ » (Romains 10:17).
  • Il existe d'autres moyens, accessibles au chrétien ordinaire qui n'est ni historien, ni archéologue, ni philosophe, ni scientifique. L'image de Dieu en l'homme inclut le besoin d'amitié et d'amour. Un couple chrétien qui n'a peut-être lu aucun des derniers ouvrages sur les preuves chrétiennes peut attirer fortement un voisin incroyant en lui montrant un amour sincère. N'est-ce pas aussi une forme de preuve chrétienne, peut-être plus efficace ? Whitcomb y voit l'écho de la promesse du Seigneur : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13:35).
  • Mais l'amour ne remplace jamais l'annonce du salut. Il est important de parler aux hommes avec amour ; il est infiniment plus important de leur dire la vérité dans l'amour (Éphésiens 4:15). De même, si l'incroyant ne reçoit que des preuves extérieures à la Bible, même présentées avec une grande clarté, il reste dans les ténèbres.
  • Conclusion de Whitcomb : l'argumentation apologétique n'est qu'un des moyens que Dieu nous donne pour attirer et retenir l'attention pendant que l'Évangile est annoncé. L'amour et la miséricorde attirent tout le monde, mais le message de l'Évangile qui les accompagne est l'instrument exclusif de l'Esprit pour convaincre de péché, de justice et de jugement (voir Jean 16:8).
  • Il reprend enfin la parole du Seigneur à Thomas (Jean 20:29) pour résumer la vraie apologétique de l'Église après les apôtres : heureux ceux qui n'ont vu ni signe-miracle, ni même signe providentiel, comme une preuve chrétienne ou, mieux encore, un acte d'amour et de miséricorde, et qui ont pourtant cru au message de l'Évangile, en répondant à l'œuvre de l'Esprit qui convainc et éclaire par la Parole vivante de Dieu, présentée par ses fidèles serviteurs.

Points à retenir

  • À l'Aréopage, Paul ne prouve pas Dieu par la raison : il l'annonce avec autorité, et son message reste entièrement biblique.
  • Même les miracles de Jésus n'ont pas, par eux-mêmes, changé les cœurs : beaucoup ont vu et n'ont pas cru.
  • « Ils ont Moïse et les prophètes » : celui qui rejette l'Écriture ne sera pas convaincu, même par un mort revenu à la vie.
  • Les preuves chrétiennes peuvent éveiller l'intérêt et fortifier le croyant, mais la foi vient de ce qu'on entend, par la parole de Christ.
  • L'amour attire l'attention de ton prochain, mais il ne remplace jamais l'annonce de l'Évangile, dite dans l'amour.

Application personnelle

  1. Attends-tu, pour un proche incrédule, un argument décisif ou un signe spectaculaire plutôt que l'action de la Parole de Dieu ?
  2. Quelle place donnes-tu à l'Écriture quand tu parles de ta foi : un appui parmi d'autres, ou le cœur de ton témoignage ?
  3. Comme Paul à Athènes, comment peux-tu rejoindre ceux qui ne connaissent pas la Bible sans changer le message ?
  4. Quel voisin ou collègue pourrait voir cette semaine un amour concret de ta part, et à qui pourrais-tu ensuite dire la vérité dans l'amour ?
  5. Ta propre foi repose-t-elle sur des preuves ou sur ce que Dieu dit dans sa Parole ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi Paul ne cite-t-il pas l'Écriture devant l'Aréopage ?

Son auditoire grec ne connaissait pas l'Ancien Testament. Pour John Whitcomb, Paul n'en reste pas moins entièrement biblique : il annonce le Dieu créateur, le jugement par l'homme ressuscité et l'appel à la repentance. En citant deux poètes grecs, il illustre des points d'accord avec la vérité révélée, sans chercher à la prouver par la raison humaine.

Que signifie « Ils ont Moïse et les prophètes » dans Luc 16 ?

Le riche demande qu'un mort ressuscité aille avertir ses cinq frères. Abraham refuse et renvoie à l'Écriture. Pour John Whitcomb, le Seigneur souligne ainsi la priorité absolue de la Parole de Dieu, par laquelle le Saint-Esprit a choisi d'éclairer les cœurs. Le problème du riche n'était pas un manque d'amour pour ses frères, mais un manque de respect pour la Parole de son Dieu.

À quoi servent les preuves chrétiennes si elles ne convertissent pas ?

Elles fortifient le croyant et peuvent éveiller l'intérêt de l'incroyant, à condition d'accompagner le témoignage de l'Évangile sans le remplacer. Elles ne créent ni ne soutiennent la foi : la foi vient de ce qu'on entend (Romains 10:17). Un amour sincère pour son voisin peut d'ailleurs attirer son attention, peut-être plus efficacement qu'un argument savant.

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