Introduction
« Quelqu'un ici a-t-il le travail parfait ? Si oui, levez la main. » La question tombe au début de ce cinquième message d'une série sur l'Ecclésiaste, prêché par Guy Miller, ancien de Westminster Chapel à Londres. Le sujet du jour : chercher le travail parfait. « Pas un sujet difficile du tout », plaisante-t-il.
Il a grandi avec un enseignement selon lequel Dieu réserve à chaque chrétien l'emploi parfait : bien payé, qui te met le sourire aux lèvres chaque matin, taillé pour tes dons, qui t'attire la reconnaissance de Dieu et des autres, et qui n'est « jamais, jamais, jamais » ennuyeux. L'Ecclésiaste vient bousculer ce rêve.
À partir de tout le livre, le prédicateur montre d'abord que Dieu lui-même travaille. Il décrit ensuite deux impasses, celle du paresseux et celle de l'esclave de Babylone, avant de présenter le bon travail dans le royaume de Dieu, à la lumière de Jésus.
Plan du message
1. Un livre qui pique comme un aiguillon
- Eugene Peterson parle de l'Ecclésiaste comme d'un livre à la manière de Jean-Baptiste, « un bain d'eau froide, choquant et purifiant ». Le livre lui-même compare les paroles des sages à des aiguillons (Ecclésiaste 12:11). « Si ce matin tu te sens piqué, c'est exactement l'idée. »
- Il parle aux chrétiens qui annoncent l'apocalypse et font des réserves de conserves, comme à ceux qui pensent que Dieu ne laissera jamais rien de mal leur arriver. « Il n'y a pas de solution rapide, pas de réponses faciles, pas de christianisme en papier glacé vendu comme un remède miracle. C'est la vraie foi. »
- Le prédicateur reprend l'image des bulles, utilisée plus tôt dans la série par Andy : le mot traduit par « vanité » signifie vapeur. Une bulle peut briller dans la lumière, elle finit toujours par éclater. Toutes nos vies, travail compris, finissent par heurter les surfaces dures de la mort, de la fin, de Dieu et du jugement.
- Il précise deux choses importantes. D'abord, le travail dont il parle est payé ou non payé : la mère au foyer, celui qui prend soin d'un parent âgé, le retraité engagé dans son quartier ou son Église travaillent tous.
- Ensuite, le travail d'Église n'est pas le but le plus élevé de la vie. « Nous sommes tous des ouvriers à plein temps pour Jésus-Christ. » Dieu ne s'intéresse pas davantage à la prédication de ce matin qu'à toi qui laves et nourris un parent âgé. Ce qu'il regarde, c'est ta fidélité dans ce qui t'a été confié.
2. Dieu est un Dieu qui travaille
- Le prédicateur part de la conclusion du livre : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse » (Ecclésiaste 12:1). Pour comprendre le travail, il faut se souvenir de Dieu.
- Dès Genèse 1:1, Dieu crée. Jour après jour, il travaille : « Faire le système solaire, c'est une quantité de travail assez impressionnante, non ? »
- À l'homme et à la femme créés à son image, Dieu ne dit pas : voici une chaise longue et une plage au coucher du soleil, profite. Il les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez » (Genèse 1:28). Le travail existait dans l'Éden parfait, et Dieu a dit que c'était bon.
- « Nous devons racheter le travail et voir qu'il est bon. » Même l'éternité n'est pas un nuage et une harpe : il y aura du travail dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, un travail qui plaît à Dieu.
- Dieu travaille encore aujourd'hui : Jésus soutient toutes choses par sa parole puissante, jusqu'à la pomme qui tombe et aux marées.
- Et pourtant, le septième jour, il s'est reposé. Le sabbat a été fait pour l'homme. « Si Dieu a besoin de le faire, qui sommes-nous pour dire : moi, je peux travailler sept jours sur sept ? C'est de l'arrogance. »
3. Le paresseux et sa chanson
- Le prédicateur est jardinier. Après des heures à semer, arroser et soigner, il retrouve le lendemain matin ses semis dévorés par trois limaces bien grasses. Le mot anglais pour paresseux vient de cette idée : lent, gluant, lent à agir.
- Les Proverbes en font le portrait : il se retourne sur son lit comme une porte sur ses gonds, il dit qu'il y a un lion dans la rue, il est trop paresseux pour ramener sa main du plat à sa bouche.
- On entend sa voix dans l'Ecclésiaste : « Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? » (1:3). Une occupation pénible (1:13), une vie haïe (2:17), des jours de douleur et des nuits sans repos (2:23). Le paresseux conclut : à quoi bon travailler dur ? Et si tu dois travailler, fais-le lentement.
- Le prédicateur raconte son tout premier jour de travail. On lui confie des centaines de feuilles de calculs pour des bâtiments, à vérifier sur une vieille calculatrice. Le soir, il annonce qu'il a fini. Son chef lui répond : « Fini ? C'était le travail de la semaine. Ralentis. Va parler football, traîne à la machine à café, fais des erreurs, exprès. C'est comme ça qu'on fait ici. »
- « Ce n'est pas comme ça que ça se passe dans le royaume de Dieu. » Il avoue pourtant avoir bien appris la leçon : partir à 15 heures, inventer des visites de chantier pour rentrer plus tôt. Il chante même à l'assemblée la chanson du paresseux : « Le travail, c'est très bien à sa place, mais je préfère regarder les autres le faire. »
- Le paresseux est souvent très bavard sur le travail des autres. La réponse se trouve en Ecclésiaste 9:10 : « Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le. » Le prédicateur en fait une ambition pour la vie, que tu sois employé ou non : si Dieu te donne une occasion de travailler, mets-y toute ton énergie et fais du bon travail.
4. Le travail parfait au royaume de Babylone
- Ecclésiaste 2:4-11 décrit l'autre impasse : maisons, vignes, jardins, réservoirs, serviteurs, troupeaux, argent, or, chanteurs. « Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés. » Au bout du compte : vanité et poursuite du vent.
- Ecclésiaste 4:4 est pour le prédicateur l'une des paroles les plus piquantes pour ceux qui travaillent à Babylone : tout travail et toute habileté dans le travail ne sont que jalousie de l'homme à l'égard de son prochain. Pourquoi a-t-il eu la reconnaissance, la promotion ? Pourquoi a-t-elle eu la prime ? Tu aimais ton travail, puis tu as vu ce qu'un autre a publié sur les réseaux sociaux, et l'insatisfaction s'est installée.
- Son plus jeune fils a emprunté pendant deux jours une Porsche décapotable à 180 000 livres et a été stupéfait de voir combien de jalousie la voiture provoquait autour de lui. « Nous pouvons avoir tant de paix et de joie comme chrétiens. » Mais dès que d'autres semblent mieux réussir, on monte sur le tapis roulant pour rattraper son retard.
- Ecclésiaste 4:5-6 sert d'électrochoc : « L'insensé se croise les mains, et mange sa propre chair. Mieux vaut une main pleine avec repos, que les deux mains pleines avec travail et poursuite du vent. »
- En visite chez son fils aîné en Amérique, le prédicateur monte pour la première fois sur un tapis de course. Son fils lui fait lâcher les barres, accélère, et le bouton d'arrêt devient vite hors de portée. « Il y a tant de gens qui sont sur ce tapis roulant et qui n'arrivent pas à en descendre. » Toujours plus d'heures, toujours un diplôme de plus à décrocher.
- Babylone, dans la Bible, désigne une société déchue, sous le contrôle de l'ennemi. On peut devenir fier de ses longues heures, de ses soirées tardives, des enfants qu'on ne voit plus, de ses deux jours de vacances par an, et même de ses ulcères. « Le monde que l'homme a créé n'est fait que pour des robots. » Seule la perfection satisfait nos patrons, et nos imperfections nous poussent à travailler toujours plus, jusqu'à l'épuisement.
- La solution n'est pas d'aller vivre sur une île déserte. Jésus prie : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jean 17:15-16). Le monde visé ici, c'est la vision de Babylone, hostile à Dieu, où les gens sont des marchandises. Un jour, cette Babylone tombera (Apocalypse 18).
- Y a-t-il des métiers que Dieu interdit ? Le prédicateur pense à ceux qui privent les pauvres, favorisent l'injustice ou enflamment la sensualité, et estime qu'un chrétien ne devrait pas exercer ces métiers. Il juge très difficile pour un chrétien de travailler dans l'industrie pornographique ou celle des jeux d'argent, parce qu'elles blessent les gens et détruisent des vies. Pour le reste, nous sommes tous appelés à travailler à Babylone, sans être pris par ses objectifs, avec un but plus élevé : glorifier Jésus.
5. Comment vivre à Babylone
- Le prédicateur a connu un premier patron qui le détestait parce qu'il était chrétien et qu'il travaillait trop vite. Il en tire quelques leçons, toutes puisées dans l'Ecclésiaste.
- Souviens-toi de ton créateur. Ne travaille pas pour Dieu comme pour un patron qui te surveille d'en haut. Travaille avec lui : il est avec toi et en toi par le Saint-Esprit. Demande l'aide de Jésus dans ce qui t'accable. Et repose-toi. Il reconnaît que c'est l'une des choses les plus difficiles pour lui : après une heure de lecture ou pendant un jour de congé, il se sent coupable. Dieu dit simplement : « Repose-toi. Assieds-toi avec moi. Profite de ma présence. »
- Travaille en équipe. « Deux valent mieux qu'un, parce qu'ils retirent un bon salaire de leur travail » (4:9). Dans son Église, une équipe de sept anciens conduit ensemble : c'est une grande protection contre l'orgueil. Attire d'autres personnes dans ton travail.
- Accepte que le travail ne te comblera jamais. « Ses désirs ne sont jamais satisfaits » (6:7). Être pasteur n'est pas un travail parfait non plus, c'est même souvent frustrant. Tu fais de ton mieux, sans attendre du travail qu'il te rassasie.
- Tu peux faire une différence. « La sagesse d'un homme fait briller son visage » (8:1). Tu es le sel de la terre et une ville sur une montagne : ton lieu de travail est béni parce que tu en fais partie, même si personne ne le sait. En regardant une personne de l'assemblée qui travaille à l'hôpital, il pense aux chrétiens du service de santé britannique : « Ils brillent, parce qu'ils travaillent pour un autre Seigneur. »
- Passe bien le relais. Il y a un temps pour tout (3:1-2), chaque bulle finira par éclater. Tu ne cours qu'un tour de piste : fais en sorte que celui qui court après toi puisse donner le meilleur de lui-même. « J'ai 65 ans. Je ne rebondis plus autant. » Nous vieillissons tous, c'est normal.
- Donne en avant. « Jette ton pain sur la face des eaux » (11:1). Bénis le monde où tu vis : une parole aimable, un geste, un don, un petit mot de remerciement. Dans l'économie de Dieu, il croit que cela revient avec sa bénédiction.
- Garde ton intégrité. « Une bonne réputation vaut mieux que le bon parfum » (7:1).
6. Le bon travail dans le royaume de Dieu
- Ecclésiaste 2:24-26, repris en 5:17-18, donne le ton : il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de manger, boire et jouir de son travail, et cela aussi vient de la main de Dieu.
- « Même dans un monde imparfait et déchu, profite. » Remercie Dieu pour un jour de travail de plus. Tu travailles pour lui, pas pour ton employeur : un public d'une seule personne.
- Dieu donne des plaisirs légitimes : un bon repas, un verre de vin. Le prédicateur appelle à reprendre l'habitude de rendre grâce avant les repas, et à dire merci pour le travail, pour quelque chose à faire de ses mains, pour les dons qui permettent de bénir le monde.
- « Il n'y a pas de place pour le chrétien grincheux au travail. » Que tu sois gynécologue, que tu fasses le ménage chez une dame âgée ou que tu t'occupes d'enfants qui crient, Dieu est avec toi pour ton bien et pour sa gloire.
7. Regarder à Jésus et répondre
- Travaille dur et fais du bon travail. Dieu s'est fait chair, il a travaillé dans un atelier de charpentier, il est devenu prédicateur, il s'est humilié jusqu'à la mort de la croix. « Rien n'était indigne de Jésus. » Il a pris la dernière place et a apporté la gloire de Dieu dans chaque situation.
- Sois fidèle. Jésus a été fidèle dans la maison de Dieu (Hébreux 3). « Celui qui est fidèle dans les moindres choses l'est aussi dans les grandes » (Luc 16:10). Fidèle dans ta manière de parler de ton patron, dans ta ponctualité, dans ton attitude quand les autres médisent. « Être en retard ne glorifie pas Dieu. »
- Termine bien. Sur la croix, Jésus a dit : « Tout est accompli. » Il a achevé l'œuvre que le Père lui avait donnée, et c'est pour cela que ceux qui invoquent son nom peuvent être sauvés. Ne laisse pas ton travail à moitié fait.
- Jésus a commencé son ministère par « Heureux les pauvres en esprit » : heureux ceux qui demandent l'aide de Dieu, comme un enfant n'hésite pas à appeler ses parents à l'aide.
- Le prédicateur invite trois groupes à venir recevoir la prière : ceux qui cherchent un emploi ou rêvent d'en changer, souvent avec de la honte ; ceux qui sont épuisés, esclaves de Babylone, « comme un hamster dans sa roue » ; et ceux qui aiment leur travail mais ne savent pas où il les mène. Il ne veut pas que cette parole soit enlevée par les oiseaux, mais qu'elle tombe dans la bonne terre.
Points à retenir
- Le travail parfait n'existe pas, mais le travail est bon : Dieu travaille, il a donné le travail dans l'Éden et il en donnera dans la nouvelle création.
- Aucun travail n'est plus spirituel qu'un autre. Payé ou non, à l'Église ou ailleurs, Dieu regarde ta fidélité.
- Il y a deux impasses : la paresse qui demande « à quoi bon ? » et la course de Babylone, nourrie par la jalousie, qui te laisse épuisé.
- Le repos fait partie du plan de Dieu. Si Dieu s'est reposé le septième jour, travailler sans jamais t'arrêter n'a rien d'héroïque.
- Regarde à Jésus : il a travaillé de ses mains, il a été fidèle et il a achevé l'œuvre que le Père lui avait confiée.
Application personnelle
- Dans ton travail actuel, payé ou non, ressembles-tu davantage au paresseux ou à celui qui court sur le tapis roulant de Babylone ?
- Quelle comparaison avec les autres nourrit en ce moment ton insatisfaction au travail ?
- Travailles-tu pour Dieu comme pour un patron qui te surveille, ou avec lui, en lui demandant son aide ?
- Quand t'es-tu vraiment reposé pour la dernière fois, sans culpabilité, dans la présence de Dieu ?
- Quel petit geste de fidélité peux-tu poser cette semaine : ta ponctualité, ta façon de parler de ton patron, un mot de remerciement ?
Versets cités
- Ecclésiaste 12:1
- Ecclésiaste 12:11
- Genèse 1:1
- Genèse 1:26-28
- Genèse 2:2-3
- Hébreux 1:3
- Marc 2:27
- Proverbes 26:13-15
- Ecclésiaste 1:3
- Ecclésiaste 1:13
- Ecclésiaste 2:17-23
- Ecclésiaste 9:10
- Ecclésiaste 2:4-11
- Ecclésiaste 4:4-6
- Jean 17:15-16
- Apocalypse 18
- Ecclésiaste 4:9
- Ecclésiaste 6:7
- Ecclésiaste 8:1
- Matthieu 5:13-14
- Ecclésiaste 3:1-2
- Ecclésiaste 12:5
- Ecclésiaste 11:1
- Ecclésiaste 7:1
- Ecclésiaste 2:24-26
- Ecclésiaste 5:17-18
- Philippiens 2:7-8
- Hébreux 3:2-6
- Luc 16:10
- Jean 19:30
- Matthieu 5:3
- Matthieu 13:4-8
Questions fréquentes
Existe-t-il un travail parfait pour chaque chrétien ?
Non. Le prédicateur a grandi avec l'idée que Dieu réserve à chaque chrétien un emploi bien payé, passionnant et jamais ennuyeux. L'Ecclésiaste dit autre chose : « ses désirs ne sont jamais satisfaits » (Ecclésiaste 6:7). Même le métier de pasteur n'est pas un travail parfait. Tu fais de ton mieux, avec Dieu, en sachant que rien ici-bas ne te comblera.
Que veut dire « travailler à Babylone » ?
Dans la Bible, Babylone représente une société déchue, sous le contrôle de l'ennemi, où les personnes deviennent des marchandises et où le profit est le but suprême. Nous sommes tous appelés à y travailler, sans nous retirer du monde (Jean 17:15), mais sans en adopter les objectifs : notre but plus élevé est de glorifier Jésus.
Le travail d'Église compte-t-il plus aux yeux de Dieu ?
Non. Le prédicateur insiste : le travail d'Église n'est pas le but le plus élevé de la vie. Nous sommes tous des ouvriers à plein temps pour Jésus-Christ. Dieu ne s'intéresse pas davantage à une prédication qu'à quelqu'un qui prend soin d'un parent âgé. Ce qu'il regarde, c'est la fidélité dans ce qui nous a été confié, travail payé ou non.