Introduction
Paul est un homme libre. Il ne dépend financièrement de personne à Corinthe : il est soutenu par l'église de Philippes, ce qui lui permet d'annoncer l'Évangile sans peser sur qui que ce soit. Et pourtant, cet homme libre choisit de se rendre esclave de tous. Dans 1 Corinthiens 9.16-23, il te dévoile la disposition de cœur qui l'a poussé à traverser mers et frontières pour parler du Christ : se faire tout à tous. Une phrase qui a résisté aux siècles et qui pose encore aujourd'hui une question redoutable à ton église et à ta propre vie de disciple. Es-tu prêt à renoncer à tes droits légitimes pour ne pas diminuer la force du message que tu portes ?
Plan du message
1. Un homme libre qui se fait esclave (v.19)
- Paul est libre de toute dépendance humaine : il l'a rappelé au verset 18, il n'utilise pas son droit de prédicateur pour vivre aux crochets des Corinthiens.
- Cette liberté n'est pas un statut à défendre, elle est mise au service de l'Évangile : « bien que libre vis-à-vis de tous, je me suis fait esclave de tous afin de gagner le plus grand nombre ».
- Paul imite Jésus, qui a dit en Marc 10.45 : « le Fils de l'homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup ».
- La liberté chrétienne n'est pas un droit à protéger, c'est une liberté de service auprès des autres.
2. Juif avec les juifs, faible avec les faibles (v.20-22a)
- Paul se fait juif avec les juifs, comme sous la loi avec ceux qui sont sous la loi, sans la loi avec ceux qui sont sans la loi, faible avec les faibles. Il n'exclut personne, ni les plus humbles ni les plus honorables.
- Dans sa pensée, les faibles sont ceux qui habillent leur foi de règles et de contraintes qui entravent leur liberté d'enfants de Dieu. Les forts sont ceux qui ont pleinement confiance dans l'Évangile.
- Se faire faible avec les faibles, ce n'est pas les conforter dans leur légalisme : c'est se solidariser avec eux pour les conduire vers la pleine appartenance à Jésus-Christ.
- Attention : même si tout est permis, tout n'est pas utile. Les forts ne doivent pas devenir des pierres d'achoppement pour ceux qui peinent encore à lâcher leurs anciennes règles.
3. La loi de Christ, pas une observance mécanique (v.21)
- Paul précise : « je ne suis pas sans la loi de Dieu, puisque je me conforme à la loi de Christ ».
- Cette loi de Christ, c'est l'accomplissement de la prophétie de Jérémie 31 : « Je mettrai ma loi à l'intérieur d'eux, je l'écrirai dans leur cœur ».
- C'est ce que Paul appelle en Romains 8.2 la loi de l'Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ : une obéissance au Seigneur, à sa parole et à son Esprit qui éclaire le sens de sa parole.
- Cela n'implique pas une observation mécanique d'un ensemble de règles morales imposées. La souplesse doctrinale de Paul n'est pas un flottement : c'est une soumission plus profonde à Christ.
4. L'intention fait toute la différence : Paul vs Pierre à Antioche
- À première vue, l'attitude de Pierre à Antioche ressemble à celle que recommande Paul : juif avec les juifs. Mais Galates 2.12 nous en dit plus : « avant la venue de quelques personnes juives de l'entourage de Jacques, Pierre mangeait avec les non-juifs. Mais après leur arrivée, il s'est esquivé et s'est tenu à l'écart par crainte des juifs chrétiens ».
- Pierre agit par crainte du qu'en-dira-t-on. Paul agit par amour pour conduire l'autre à la liberté.
- Deux gestes qui se ressemblent, deux cœurs opposés. Quand ton prochain sent que tu le crains, il est conforté dans sa rigueur légaliste. Quand il sent que tu le respectes sans être toi-même prisonnier de ses contraintes, il est amené à réfléchir.
- Le but de Paul n'est pas de libérer les juifs ou les non-juifs de leurs pratiques respectives. C'est de les libérer de la croyance que ces pratiques participent à leur salut.
5. Se faire tout à tous : un projet d'église (v.22b-23)
- « Je me suis fait tout à tous afin d'en sauver de toute manière quelques-uns. Et je fais cela à cause de l'Évangile, afin d'avoir part à ses bénédictions. »
- En grec, « avoir part » a un sens collectif : Paul cherche ces bénédictions dans la communion avec tous les chrétiens.
- Sa façon de partager l'Évangile avec juifs et païens, faibles et forts, témoigne de l'Évangile lui-même : il est pour tous, il ne fait aucun favoritisme.
- L'église est à l'opposé d'une secte. La secte cherche à faire des prosélytes en répondant à toutes leurs questions pour qu'ils ne se posent plus rien et restent enfermés dedans. Jésus lui-même n'aimait pas les sectes (Matthieu 23.15).
- Le mot « église » vient du grec ekklesia : « appelés hors de ». L'église n'enferme pas, elle appelle à sortir des murs.
Points à retenir
- Ta liberté chrétienne n'est pas un droit à défendre, c'est une liberté à mettre au service des autres pour qu'ils rencontrent Christ.
- S'adapter à l'autre ne veut pas dire trahir l'Évangile : le contenant peut varier (verre, plastique, gobelet, carton, tasse, bouteille), mais le contenu reste pur. Le message reste : Jésus-Christ sauve.
- L'intention change tout. Deux gestes identiques peuvent naître de la crainte ou de l'amour, et l'autre le sent.
- Paul ne cède pas sur ses convictions essentielles. Il pose son mouchoir sur des convictions secondaires pour accompagner les plus faibles vers une meilleure connaissance de Christ.
- L'église que Christ veut bâtir n'enferme pas, elle envoie. Elle est ekklesia : appelée hors, ouverte, missionnaire.
Application personnelle
- Quel « droit légitime » es-tu en train de défendre alors qu'il diminue la force du message que tu voudrais partager ?
- Autour de toi, qui sont les « faibles » au sens de Paul, ceux qui habillent leur foi de règles qui les emprisonnent ? Comment peux-tu marcher à leur rythme sans les conforter dans leur légalisme ?
- Quand tu adaptes ton discours à un non-croyant ou à un frère différent, est-ce par crainte du qu'en-dira-t-on (comme Pierre) ou par amour missionnaire (comme Paul) ?
- Quelles sont, dans ta vie chrétienne, les convictions essentielles sur lesquelles tu ne peux rien lâcher, et celles où tu peux « poser ton mouchoir » pour rejoindre l'autre ?
- Ton église ressemble-t-elle davantage à une ekklesia qui envoie dehors, ou à un lieu qui enferme dedans ?
Versets cités
- 1 Corinthiens 9.16-23 (LSG)
- Marc 10.45 (LSG)
- Galates 2.11-14 (LSG)
- Jérémie 31.31-34 (LSG)
- Romains 8.2 (LSG)
Questions fréquentes
Que veut dire Paul quand il écrit « je me suis fait tout à tous » ?
Paul rejoint chaque personne dans sa culture, son langage et ses convictions, non pour se renier, mais pour lever tout ce qui pourrait faire obstacle au message de l'Évangile. Il ne change pas la doctrine, il change le contenant.
S'adapter aux autres, est-ce trahir la vérité ?
Non. Paul distingue les convictions essentielles de l'Évangile et les convictions secondaires. Il ne cède pas sur Christ ni sur le salut par la grâce. Il pose son mouchoir sur ce qui est secondaire pour rejoindre l'autre là où il est.
Quelle est la différence entre Paul se faisant juif avec les juifs et Pierre à Antioche ?
L'intention. Paul se fait juif par amour, pour conduire les juifs à la liberté en Christ. Pierre à Antioche s'écarte des non-juifs par crainte des chrétiens venus de Jérusalem. Même geste extérieur, deux cœurs opposés.
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