Luc 1 : le cantique de Marie, un appel à faire justice

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Introduction

Christiaan van Renselaar sert un jour par semaine dans la Vrije Evangelische Gemeente d'Elburg, aux Pays-Bas, auprès des personnes âgées de plus de 75 ans. Ce dimanche matin, il prêche à la Vrije Evangelische Gemeente de Kampen. Avant d'ouvrir la Bible, il raconte un tournant dans sa vie : après dix-sept ans et demi comme livreur pour une entreprise de meubles, on lui propose de travailler à Elburg pour une fondation qui s'occupe des personnes vulnérables, isolées, en marge de la société.

Il a longtemps hésité à quitter sa zone de sécurité. Un jour, il a demandé à Dieu de lui confirmer ce chemin. Le verset du jour qu'il a reçu ce jour-là était Jacques 1:27 : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions. » Il ne pouvait plus reculer. C'est de là qu'est né le thème de ce message : faire justice dans ce monde et prendre soin les uns des autres. Il espère que cette prédication va encourager, motiver et aiguillonner ses auditeurs, « et cela vaut aussi pour moi ».

Pour en parler, il a choisi un texte qu'on associe d'habitude à Noël : le cantique de Marie, en Luc 1. « J'espère que vous ne m'en voudrez pas », s'est-il dit, alors que certains sont déjà agacés par les guirlandes de Noël dans les jardineries. Mais le message de Noël va bien plus loin que quelques lumières allumées en décembre.

Plan du message

1. Un temps troublé, hier comme aujourd'hui

  • Marie vit dans une époque pleine de tensions : entre les Romains, la superpuissance de l'époque, et le peuple juif ; entre le roi Hérode et le peuple ; entre les groupes religieux, pharisiens, sadducéens et esséniens.
  • Marie est une jeune fille simple. Face à tout cela, le prédicateur imagine qu'elle a pu perdre courage et se demander : « Est-ce que tout cela finira un jour par bien tourner ? »
  • Notre époque lui ressemble : les guerres en Israël, en Russie, en Ukraine, et tant d'autres qui ne font même pas les informations ; le chaos en France ; dans son propre pays, des gens qui se dressent les uns contre les autres et des cultures qui se heurtent.
  • « On dirait que l'histoire se répète. » Comme Marie, nous pouvons nous demander : y a-t-il encore de l'espoir pour le monde ?
  • C'est dans ce contexte que Marie apprend qu'elle sera enceinte, qu'elle appellera l'enfant Jésus et qu'il sera appelé Fils de Dieu. Une histoire incompréhensible, qui a dû la jeter dans une grande confusion.

2. Marie et Élisabeth : se retrouver et magnifier Dieu ensemble

  • Que fait Marie ? Elle se rend chez Élisabeth, sa parente. Les deux femmes partagent leur vie et glorifient Dieu ensemble. C'est la première leçon du message.
  • Toutes deux traversent des circonstances déroutantes. Nous aussi, nous pouvons vivre des situations difficiles et compliquées.
  • Quelle valeur il y a à aller voir quelqu'un, à prendre un café ensemble, à se demander : « Qu'est-ce qui t'occupe en ce moment ? », et à finir par magnifier Dieu ensemble, à travers tout.
  • Marie commence par rendre à Dieu toute la louange : il a jeté les yeux sur elle, il a fait de grandes choses, il a déployé la force de son bras. « Elle ne fait que montrer le ciel. »

3. Un chant révolutionnaire, écho du cantique d'Anne

  • Le cœur du message se trouve dans Luc 1:52-53 : « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a rassasié de biens les affamés, et il a renvoyé les riches à vide. »
  • À l'époque, c'était impensable. Tout reposait sur le droit du plus fort, et personne ne pouvait rien opposer aux Romains. Chanter que Dieu renverse les puissants, c'était un message révolutionnaire.
  • Puis vient le souci des autres : les affamés sont rassasiés. « Quel message ! »
  • Ce chant n'était pas nouveau. Le prédicateur interroge l'assemblée : qui connaît un chant semblable dans l'Ancien Testament ? Une femme au premier rang donne la bonne réponse, saluée par des applaudissements : le cantique d'Anne, en 1 Samuel 2.
  • Anne ne pouvait pas avoir d'enfants, et elle a fini par apprendre qu'elle en aurait un : Samuel. Le prédicateur lit tout son cantique, car beaucoup ne le connaissent pas.
  • Les points communs sont nombreux : « L'Éternel appauvrit et il enrichit, il abaisse et il élève. De la poussière il retire le pauvre, du fumier il relève l'indigent, pour les faire asseoir avec les grands » (1 Samuel 2:7-8).
  • Marie a grandi avec les anciens écrits. Elle connaissait sans doute ce chant et y a puisé une part de son inspiration, avec, bien sûr, l'aide du Saint-Esprit.
  • L'Ancien et le Nouveau Testament ne sont pas deux livres séparés : ils sont étroitement tissés l'un dans l'autre.

4. Dieu prend la justice au sérieux

  • Le thème de la justice revient très souvent dans l'Ancien Testament : Dieu tient à ce que nous prenions soin les uns des autres, des pauvres et des personnes vulnérables.
  • Le prédicateur cite un passage qu'il qualifie de radical, Amos 5. Le peuple d'Israël opprime les pauvres, met de côté les plus fragiles, leur impose même des charges supplémentaires. Et pourtant, il continue de se réunir et de célébrer ses fêtes.
  • Dieu répond : « Je hais, je méprise vos fêtes, je ne puis sentir vos assemblées. […] Éloigne de moi le bruit de tes cantiques ; je n'écoute pas le son de tes luths. Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit » (Amos 5:21-24).
  • Transposé aujourd'hui : si nous chantons à la gloire de Dieu le dimanche, puis vivons entièrement pour nous-mêmes, de manière égoïste, sans nous soucier des pauvres ni des plus fragiles, « cela ne se présente pas très bien ».
  • Dieu lui-même a montré qu'il prend soin de nous : il nous a donné son Fils, le Seigneur Jésus.

5. Jésus accomplit la mission

  • L'enfant de Marie est né, il a grandi, et ce message se prolonge dans son œuvre. En Luc 4, dans la synagogue de Nazareth, Jésus lit le prophète Ésaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés » (Luc 4:18).
  • Jésus est venu d'abord pour nous ramener à lui. Par nous-mêmes, nous n'y arrivons pas : nous échouons tous, et nous avons tous une part dans l'injustice de ce monde.
  • À la croix, toute la culpabilité, toute la misère, tout le chaos et toute l'injustice du monde ont été chargés sur lui. « Il a tout porté. »
  • Si nous le savons au fond de notre cœur, une question se pose : comment vivons-nous maintenant ? La mission avec laquelle Jésus est entré dans le monde, nous pouvons la poursuivre.
  • Jésus est l'exemple ultime : il allait justement vers les plus fragiles, vers ceux que la société regardait de travers.

6. Prendre soin de ceux qui sont sur ton chemin

  • Ce n'est pas facile, et le prédicateur le constate dans sa propre rue. Il vit dans un ensemble de logements locatifs où sont arrivés des demandeurs d'asile venus de pays lointains. Il sait que c'est un sujet compliqué, mais il se dit : « Ces gens habitent dans ma rue. Je n'ai qu'une seule mission : les aimer du fond du cœur. »
  • Cette mission vaut pour toi aussi : « Qui que ce soit qui croise ta route, que tu l'apprécies ou non, nous n'avons qu'une mission, distribuer sans condition l'amour du Seigneur Jésus. »
  • Nous n'avons pas de solution à tous les problèmes du monde. Mais sur le petit bout de terrain où nous sommes placés, nous pouvons transmettre l'espérance et l'amour à ceux qui en ont tant besoin.
  • Il connaît des personnes en deuil qui se sentent évitées : au supermarché, certains changent vite de rayon, parce qu'il est difficile d'être confronté à la douleur. « Prenez soin les uns des autres. Même quand c'est difficile, même quand ça fait mal. »
  • Un exemple l'inspire : un de ses neveux, au début de la vingtaine, vivait il y a quelques années loin de Dieu, « dans les ténèbres ». Dieu l'a « attrapé par le col » et il est devenu enfant de Dieu. Il va maintenant participer à un Muskathlon aux Philippines, une action qui se mobilise pour les plus vulnérables, notamment de jeunes enfants parfois déjà livrés à la prostitution. Depuis son existence, le Muskathlon a récolté 32 millions pour des organisations qui œuvrent pour la justice, comme Portes Ouvertes, Compassion ou International Justice Mission.
  • « Ne nous laissons pas abattre par les ténèbres et par les puissances obscures qui se déchaînent dans ce monde. » Prenons exemple sur Marie : une jeune fille toute simple, utilisée pour apporter au monde le message du salut.
  • Le prédicateur vient de la Veluwe, où l'on dit vite : « Fais comme tout le monde, c'est déjà assez fou. » Nous ne sommes que des gens ordinaires. Mais avec la puissance du Saint-Esprit en nous, nous pouvons compter énormément dans ce monde.
  • Si tout cela te paraît trop grand et que tu te demandes par où commencer, regarde Jésus : il prenait le temps pour une seule personne, comme quand il dit à Zachée qu'il doit aller chez lui (Luc 19:5). Il est aussi le berger qui laisse les 99 brebis pour chercher celle qui est perdue (Luc 15:4).

7. « Pour toujours » : l'espérance qui envoie

  • Le cantique se termine ainsi : Dieu a secouru Israël, son serviteur, et s'est souvenu de sa miséricorde, « envers Abraham et sa postérité pour toujours » (Luc 1:54-55). Une conclusion fréquente dans les Psaumes.
  • Ce « pour toujours » donne une perspective : ce monde, avec sa misère et sa douleur, est passager. Nous attendons le jour où Jésus reviendra pour mettre fin, une fois pour toutes, à toute injustice.
  • « Quel soulagement ce sera », être pour toujours auprès de Dieu, dans la paix, là où les gens ne se feront plus de mal, où la mort ne sera plus et où il n'y aura plus de chagrin.
  • C'est à partir de cette espérance que nous accomplissons aujourd'hui notre mission. Elle commence dès la sortie de l'église : dans ta famille, auprès de tes voisins, en montrant l'amour et la lumière.
  • Le message se termine par un chant choisi en réponse, « Hij kwam bij ons heel gewoon » (Il est venu chez nous tout simplement), qui rappelle que Jésus a payé le prix et que son exemple nous appelle à servir chaque jour.

Points à retenir

  • Dans les temps troublés, il est précieux de se retrouver, comme Marie et Élisabeth, pour partager sa vie et magnifier Dieu ensemble.
  • Le cantique de Marie, comme celui d'Anne, annonce un Dieu qui renverse les puissants, élève les humbles et rassasie les affamés.
  • Dieu prend la justice au sérieux : une louange qui ne se traduit pas par le souci des pauvres et des plus fragiles ne lui plaît pas (Amos 5).
  • Jésus a porté toute l'injustice du monde à la croix. Nous pouvons poursuivre sa mission en aimant sans condition ceux qui croisent notre route.
  • Nous ne sommes que des gens ordinaires, mais avec la puissance du Saint-Esprit, et dans l'espérance du retour de Jésus, nous pouvons compter dans ce monde.

Application personnelle

  1. Qui pourrais-tu aller voir cette semaine, autour d'un café, pour lui demander ce qui l'occupe et magnifier Dieu avec lui ?
  2. Y a-t-il un écart entre ce que tu chantes le dimanche et la façon dont tu vis le reste de la semaine ?
  3. Qui, dans ta rue ou ton entourage, a besoin que tu l'aimes sans condition, même si tu ne l'apprécies pas spontanément ?
  4. Évites-tu parfois une personne en deuil ou en souffrance parce que sa douleur te met mal à l'aise ? Quel pas pourrais-tu faire vers elle ?
  5. Quand l'injustice du monde te paraît trop grande, quelle est la « seule personne » vers laquelle tu pourrais aller, comme Jésus vers Zachée ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que le cantique de Marie parle de justice ?

Dans Luc 1:52-53, Marie chante que Dieu a renversé les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, rassasié les affamés et renvoyé les riches à vide. Pour Christiaan van Renselaar, c'était un message révolutionnaire à une époque où tout reposait sur le droit du plus fort et où Rome semblait toute-puissante.

Quel est le lien entre le cantique de Marie et le cantique d'Anne ?

Le cantique d'Anne, en 1 Samuel 2, contient plusieurs points communs avec celui de Marie : Dieu abaisse et élève, il relève le pauvre de la poussière. Le prédicateur pense que Marie, qui avait grandi avec les anciens écrits, connaissait ce chant et y a puisé en partie son inspiration, avec l'aide du Saint-Esprit. Il y voit le signe que l'Ancien et le Nouveau Testament sont étroitement liés.

Comment faire justice quand les problèmes du monde paraissent trop grands ?

Christiaan van Renselaar reconnaît que nous n'avons pas de solution à tous les problèmes du monde. Mais là où Dieu nous a placés, nous pouvons transmettre l'espérance et l'amour. Il invite à suivre l'exemple de Jésus, qui prenait le temps pour une seule personne, comme Zachée, et à aimer sans condition ceux qui croisent notre route.

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