Introduction
« On se prend tous des coups, et des coups régulièrement. » Thiebault Geyer ouvre ce message à La Porte Ouverte Chrétienne dans un contexte lourd : des tensions dans le pays, des histoires de gens frappés sur leur trajet, un accident survenu le matin même devant l'église. Même quand tout va bien, personne n'échappe aux flèches.
Le pasteur part d'un exemple très simple. Il gare sa voiture dans la rue à côté de chez lui, et par deux fois on lui a cassé son rétroviseur. « C'est pas grand-chose », reconnaît-il, mais il se surprend à penser : « Pourquoi tu t'arrêtes pas ? Pourquoi tu mets pas un mot ? »
Petites ou grandes, les offenses nous atteignent tous. La question du message est donc posée : comment survivre dans un monde où, à tout moment, tu vas te prendre un coup ? Sa réponse est nette : « Pardonner est le seul moyen de survivre dans un monde qui va te faire souffrir. » Le message s'appuie sur des témoignages, sur une saynète jouée pendant le culte et sur des pas concrets pour entrer sur ce qu'il appelle « le chemin du pardon ».
Plan du message
1. On se prend tous des coups
- La Bible décrit ces flèches. Psaume 37:14 : « Les méchants tirent le glaive, ils bandent leur arc, pour faire tomber le malheureux et l'indigent. » Psaume 64:4-5 parle de ceux qui aiguisent leur langue comme un glaive et lancent leurs paroles amères pour tirer en cachette sur l'innocent. Psaume 11:2 évoque ceux qui ajustent leurs flèches sur la corde pour tirer dans l'ombre.
- Le mensonge fait mal, la déception aussi. Le pasteur confie avoir été déçu récemment par le choix de vie de personnes qu'il aime : « Ça a été comme une flèche. »
- Les paroles blessantes peuvent venir de partout : d'un enfant de trois ans et demi qui lance « je t'aime pas, tu es méchant », de son conjoint, de ses amis, de l'église, du pasteur, « du boulanger, du pâtissier ».
- David le dit : les plus grands outrages viennent des proches. Psaume 55:13-15 : « Ce n'est pas un ennemi qui m'outrage, je le supporterais [...] C'est toi, que j'estimais mon égal, toi, mon confident et mon ami ! »
- Parfois, ce sont nos frères et sœurs dans la foi qui nous font souffrir. Joseph a été vendu par ses propres frères. Job a été critiqué par ses meilleurs amis. Jésus lui-même a été trahi par l'un, renié par l'autre, abandonné par les autres.
2. Pardonner, la seule option
- Le pasteur raconte l'histoire de Kevin Ramsby, pasteur aux États-Unis. En août 2009, seul chez lui alors que sa famille est en vacances, il surprend un cambrioleur qui lui réclame l'argent et les clés. Il reçoit 37 coups de couteau entre le visage et l'abdomen.
- À terre, convaincu qu'il va mourir, il prie pour la protection de sa femme et de ses enfants, et pour son fils : « Seigneur, je prie qu'à cause de ce que je vis, mon fils ne se rebelle jamais contre toi, mais qu'il puisse découvrir que vivre pour Jésus est la meilleure chose qu'il puisse faire. »
- Il entend alors une voix : « Ils ont encore besoin de toi. » Des forces nouvelles entrent en lui, il marche jusqu'à la maison des voisins. Aucun organe vital n'est touché, et on ne retrouve aucune trace de sang entre les deux maisons : « Dieu l'a porté. »
- Le miracle n'efface pas la douleur. En rentrant chez lui, il se retrouve face à son amertume, à sa colère, au souvenir de chaque coup. Il décide de pardonner à son agresseur et de ne pas nourrir la haine. Il l'a rencontré plusieurs fois en prison, a déclaré publiquement son pardon et témoigne aujourd'hui à travers les États-Unis qu'il est possible de pardonner.
- « Un gilet pare-balles ne pourra pas t'empêcher de souffrir. Le pardon seul pourra te permettre de guérir. »
3. Petite offense, grande blessure
- Une saynète jouée pendant le culte met en scène des offenses du quotidien : une collègue qui a déplacé des affaires « 2 mètres plus loin » pour nettoyer le vestiaire, un voisin envahissant qui se plaint qu'on fait de l'ombre à ses pétunias, un fils qui refuse de répondre aux appels de son père parti du foyer.
- « C'est facile de dire aux autres de pardonner », remarque le pasteur. Mais petite ou grosse, l'offense n'est pas le vrai problème : « Le problème, c'est ta réaction. Le problème, c'est ce que tu vas en faire. »
- Hébreux 12:15 avertit contre la racine d'amertume qui produit du trouble et infecte plusieurs. Une petite offense mal soignée est comme une petite plaie qui s'infecte : on la néglige, elle s'accumule et finit par détruire.
- Éphésiens 4:26-27 : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez pas accès au diable. » Le pasteur avertit : si tu lui donnes accès, « il va te pourrir la vie », dans tes pensées, ton cœur, ta santé, ton couple, ton travail, ton église, ton ministère.
- Il faut donc être radical avec les offenses et prendre au sérieux celle que tu as subie. Le temps ne résout rien, ignorer la personne non plus, ni les addictions, ni de nouvelles relations, ni la fuite, ni la vengeance, ni le silence.
- Il n'y a pas d'autre solution que le verset 32, qu'on oublie souvent après le verset 31 : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ » (Éphésiens 4:32).
4. Ce que pardonner veut dire
- Dans la saynète, la mère explique à son fils qu'elle a pardonné à son ex-mari : « C'est pas pour lui que je l'ai fait, c'est pour moi. La haine et la colère me rongeaient de l'intérieur. »
- Pardonner ne veut pas dire excuser ou approuver le mal qui a été fait, ni s'écraser « vu qu'on est chrétien ». Cela permet de se libérer et de ne plus subir les conséquences des mauvaises actions des autres en entretenant la haine et la rancune. « Il faut beaucoup plus de courage pour pardonner que de garder rancune. »
- Ce qui l'a aidée, c'est de penser à Jésus qui a pardonné à ceux qui l'ont crucifié. Pardonner ne veut pas forcément dire que la relation est rétablie comme avant : ce n'est pas toujours possible.
- Quand on apprend à pardonner, l'offense n'a plus de prise sur soi. Ce n'est plus une question d'ego ou de fierté (« personne ne me parle comme ça »), mais de confiance : « Je suis pas meilleur que les autres [...] Tu es capable de m'aider à relâcher l'offense. » L'offense est souvent comme un boomerang qui revient sans cesse dans nos pensées. En pardonnant, il revient de moins en moins, jusqu'au jour où ces pensées s'envolent.
- Humainement, pardonner paraît impossible, et le pasteur le reconnaît : « Tu as raison. » C'est pour cela qu'il faut se tourner vers Jésus-Christ, mort sur la croix pour pardonner les péchés de toute l'humanité. Si tu te confies en lui, il te pardonne et te donne « cette capacité surnaturelle de pardonner même les pires offenses ».
- Beaucoup de gens sont aussi en colère contre Dieu, pensant qu'il est le coupable de leurs problèmes. Le pasteur concède que parler de « pardonner à Dieu » est peut-être mal choisi, mais il cite des amis qui ont perdu leur bébé quelques semaines après sa naissance : ils ont appris à se confier en Dieu, qui les a reconstruits et portés. « Fais la paix avec Dieu. Ne te rebelle pas contre celui qui seul peut te guérir. »
5. Les premiers pas sur le chemin du pardon
- « Le pardon, c'est un chemin, un long chemin étroit et difficile. » Mais on y entre par un premier pas.
- Premier pas : le pardon commence par moi. « Le méchant, ce n'est pas l'autre. Le méchant, c'est moi. » La plupart des gens viennent au bureau du pasteur parler des offenses subies, rarement de celles qu'ils ont commises. « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Matthieu 6:12). En préparant ce message, il s'est réjoui d'avoir oublié beaucoup d'offenses reçues, mais lui sont revenues toutes les fois où lui-même a blessé. Il ajoute : « La pire chose que vous puissiez faire à quelqu'un, c'est l'ignorer. »
- Deuxième pas : un pas de foi. On a peur que l'autre recommence, la souffrance crie : « Surtout, ne le pardonne pas. » Pardonner, c'est avancer dans l'inconnu, les émotions en pagaille : « Dieu, tu étais capable de marcher sur l'eau alors que c'est impossible. Alors tu me donnes la capacité de marcher dans le pardon. » C'est un choix, une décision. Son conseil : entraîne-toi sur les petites offenses (celui qui te grille la priorité au volant), sinon tu t'écrouleras le jour des grandes. Petit à petit, tu deviendras « expert en pardon ».
- Troisième pas : exprimer ce qui m'a fait souffrir. Reconnaître qu'il y a une victime et un coupable, mettre les choses à la lumière, « pas le raconter à la terre entière ». Il s'agit d'arracher les mauvaises herbes de l'amertume, avec une personne de confiance « avec qui vous allez prier et pas bavarder sur la situation ».
- Quatrième pas : se mettre à la place de l'autre. Parfois l'écouter, par une lettre ou autour d'un repas au restaurant, selon la situation. Dans certains cas, ce n'est pas possible, et certaines offenses relèvent d'abord de la police. Quand l'offense n'est pas trop grande, parler permet parfois de rétablir la vérité : on imagine que l'autre a voulu nous faire mal, alors qu'il était juste pressé ou a oublié de saluer. Le diable cherche à amplifier une petite blessure.
- Enfin : décider de ne plus en vouloir à l'autre. Résister à ses émotions et à ses pensées, choisir de pardonner tous les jours, répéter, persévérer, lâcher prise.
- Matthieu 18:21-22 : Pierre demande s'il doit pardonner jusqu'à sept fois. Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. » Nous devons devenir « des experts du pardon », un peuple différent d'un monde où l'on se venge et où l'on en veut à vie.
6. Le pardon libère
- Le message se termine par le témoignage vidéo d'un frère de l'église. En décembre 2008, à quelques jours de Noël, son fils est tué sur un passage piéton par un père de famille qui conduisait son enfant à l'école. Il apprend ensuite que le conducteur était gendarme, et sa colère grandit. « Ce jour-là, je réalise que j'offre un cercueil à mon fils. »
- Il sombre dans l'alcool et la drogue, oublie son épouse et son autre fils, et le couple parle de divorce. Un soir, après plusieurs verres, il est contrôlé par des gendarmes. Il ment, souffle dans l'éthylotest, et on le laisse repartir. Sur la route, il sent que Jésus lui parle, qu'il a pleuré à ses côtés et lui tend la main ce soir-là. Il la saisit, et la restauration de son couple commence.
- Restait le pardon, au prix de beaucoup de larmes. En lisant Matthieu 6:14-15 (« si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses »), il reçoit ce verset « comme un coup de massue » : « C'est le pardon qui va me libérer. » Aujourd'hui motard, il distribue des Bibles, y compris à des gendarmes. « Le pardon libère, c'est pas un mythe, c'est une réalité. »
- Dans l'appel final, le pasteur rappelle que Jésus comprend ta douleur : on l'a trahi, humilié, on a cherché à le tuer dès sa naissance, on lui a planté des clous dans les mains et les pieds. Il comprend ta colère et ta haine, mais il veut t'en libérer parce qu'elles vont te détruire.
- Il interpelle aussi ceux qui servent Dieu en nourrissant de l'amertume : « Une simple fissure sur un pare-brise peut tout détruire. Ne laisse pas cette petite fissure dans ton cœur grandir. »
Points à retenir
- Personne n'échappe aux offenses, et les plus douloureuses viennent souvent des proches. Pardonner est la seule option pour survivre.
- Le problème n'est pas la taille de l'offense mais ta réaction. Une petite amertume non traitée donne accès au diable et finit par détruire.
- Pardonner n'est ni excuser, ni approuver, ni s'écraser. C'est se libérer, et cela demande plus de courage que de garder rancune.
- Le pardon commence par moi : reconnaître mes propres offenses avant de regarder celles des autres.
- Le pardon est un chemin qui se parcourt chaque jour, « septante fois sept fois », avec l'aide de Jésus qui comprend ta douleur.
Application personnelle
- Quelle offense, petite ou grande, revient dans tes pensées comme un boomerang en ce moment ?
- Qui as-tu toi-même blessé, critiqué ou ignoré, et vers qui pourrais-tu aller demander pardon cette semaine ?
- Quelle petite offense du quotidien (au volant, au travail, à la maison) peux-tu choisir de pardonner dès aujourd'hui pour t'entraîner ?
- Y a-t-il une personne de confiance avec qui tu pourrais mettre les choses à la lumière et prier, sans bavarder sur la situation ?
- Gardes-tu de l'amertume envers Dieu pour une circonstance que tu ne comprends pas, et es-tu prêt à faire la paix avec lui ?
Versets cités
- Psaume 37:14
- Psaume 64:4-5
- Psaume 11:2
- Psaume 55:13-15
- Hébreux 12:15
- Éphésiens 4:26-27
- Éphésiens 4:31-32
- Matthieu 6:12
- Matthieu 18:21-22
- Matthieu 6:14-15
Questions fréquentes
Pardonner, est-ce excuser le mal qu'on m'a fait ?
Non. Pardonner ne veut pas dire excuser ou approuver le mal qui a été fait, ni s'écraser. Le pardon permet de se libérer et de ne plus subir les conséquences des mauvaises actions des autres en entretenant la haine et la rancune. Il faut d'ailleurs plus de courage pour pardonner que pour garder rancune.
Pourquoi faut-il pardonner même les petites offenses ?
Une petite offense mal soignée est comme une petite plaie qui s'infecte : elle s'accumule et finit par détruire. Hébreux 12:15 parle d'une racine d'amertume qui produit du trouble. Thiebault Geyer ajoute que celui qui ne s'entraîne pas à pardonner les petites offenses risque de s'écrouler le jour où viendront les grandes.
Le pardon rétablit-il toujours la relation comme avant ?
Pas forcément, ce n'est pas toujours possible. Pardonner, c'est décider de ne plus en vouloir à l'autre et de lâcher prise. Selon la situation, on peut exprimer les choses par une lettre ou une rencontre, et certaines offenses relèvent d'abord de la police avant toute démarche personnelle.