Matthieu 5 : la colère, du mépris à la réconciliation

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Introduction

La colère est une émotion que tout le monde connaît. David Pothier, pasteur de la Chapelle, à Montréal, l'aborde sans détour dans sa série sur le Sermon sur la montagne, qu'il appelle « le plus grand discours du monde ». Si tu veux savoir comment être disciple de Jésus, dit-il, il n'y a que trois chapitres à lire : Matthieu 5 à 7.

Après les Béatitudes, l'appel à être le sel de la terre et la lumière du monde, puis un message sur le cœur, la série arrive à Matthieu 5:20. Jésus y demande que la justice de ses disciples surpasse celle des scribes et des pharisiens, et il donne six situations de la vie où cela doit se voir. La première, en Matthieu 5:21-26, concerne la colère.

Le sujet du jour tient en deux mots : gestion de la colère. Jésus ne nous demande pas de ne jamais nous mettre en colère. Il nous apprend à la gérer, et il donne un remède : la réconciliation.

Plan du message

1. Une justice qui va plus loin que les cases cochées

  • Jésus commence par citer le sixième commandement : « Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d'être puni par les juges. » Jusque-là, rien de nouveau pour ses auditeurs.
  • Le problème des pharisiens était une justice superficielle, qui ne regardait que le comportement et pas le cœur. « Je ne suis pas un meurtrier, case cochée, je suis juste. Je n'ai pas commis d'adultère, case cochée, je suis juste. »
  • Puis Jésus ajoute : « Quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges » (Matthieu 5:22).
  • Le pasteur cite le psychologue Jordan Peterson : les gens les plus dangereux sont ceux qui pensent qu'ils ne peuvent pas l'être.

2. Extérioriser, intérioriser ou refouler

  • Tout le monde a des problèmes avec la colère, mais pas de la même manière.
  • Certains l'extériorisent : paroles dures, insultes, voix qui monte, porte qui claque, réunion qu'on quitte, stylo qu'on lance. Ce sont souvent les personnes qui aiment diriger, celles qui disent : « C'est toi le problème. » Dans la Bible, c'est Ésaü, en colère contre son frère Jacob au point de vouloir le tuer.
  • D'autres l'intériorisent. Ils ne se fâchent pas en surface, mais deviennent frustrés, rancuniers, critiques, et ruminent. Ce sont souvent les perfectionnistes : « Il ne devrait pas y avoir de problème, tout devrait être parfait. » Dans la Bible, c'est le fils aîné de la parabole, qui refuse d'entrer dans la maison pour se réjouir du retour de son frère.
  • D'autres encore la refoulent, la poussent du conscient vers l'inconscient. Ce sont souvent ceux qui détestent la confrontation et les conflits. Ils sont en colère sans même le savoir.
  • David Pothier se reconnaît dans les trois. Il traite beaucoup de ses émotions par la colère, et il se compare à Bruce Banner, l'Incroyable Hulk. Ceux qui en ont payé le prix, ce ne sont pas les membres de l'Église le dimanche, mais sa femme et ses enfants.
  • « Par la grâce de Dieu, je ne suis plus celui que j'étais. » Il a encore du chemin à faire, mais il donne une parole d'espérance : celui qui a commencé en toi cette bonne œuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ (Philippiens 1:6).

3. Se mettre en colère, est-ce un péché ?

  • Pas nécessairement. La colère est une émotion, un sentiment spontané qui envahit l'esprit et le corps quand notre volonté est contrariée.
  • Jésus s'est mis en colère contre les pharisiens qui ne voulaient pas qu'il guérisse un homme le jour du sabbat, contre ses disciples qui empêchaient les petits enfants de venir à lui, et contre les marchands qui avaient fait du temple une caverne de voleurs.
  • La colère de Jésus était une colère juste, et elle avait trois marques : elle est dirigée contre le péché, pas contre le pécheur ; elle est centrée sur Dieu et son royaume, pas sur moi et mon royaume ; elle est enracinée dans l'amour et exprimée avec maîtrise de soi. Jésus n'a jamais perdu le contrôle, il cherchait toujours à amener les gens à la repentance.
  • Il y a la colère de Dieu et la colère des hommes. Or Jacques le dit : la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu (Jacques 1:20).
  • Soyons honnêtes : quand nous nous fâchons, c'est rarement une colère juste. Elle vise les personnes plutôt que le péché, elle sert notre petit royaume plutôt que le sien, et elle est enracinée dans l'ego plutôt que dans l'amour.

4. La colère mal gérée mène au mépris

  • « Raca » est un mot araméen, la langue de Jésus, qui veut dire « tête vide ». Selon certains commentateurs, le mot imite le bruit qu'on fait en se raclant la gorge pour cracher par terre, en signe de mépris. « Insensé » traduit le grec moros.
  • Ce que le pasteur a compris en étudiant le texte : une colère mal gérée mène toujours au mépris. Quand la colère monte, tu as une fraction de seconde pour décider si elle va glisser vers le mépris ou rester de la colère.
  • Le mépris réduit la personne à ce qu'elle a fait. On la voit comme moins humaine, moins importante que nous, et on attaque son caractère. Le mépris justifie la colère, puis il l'augmente.
  • C'est une arme dévastatrice parce que tout être humain a un besoin vital d'appartenir à un groupe. Le pasteur cite C. S. Lewis : pour tous les hommes à certains moments de leur vie, et pour certains à tous les moments, de l'enfance à la vieillesse, le désir d'être dans le cercle et la peur d'en être exclu comptent parmi les choses les plus importantes. Mépriser quelqu'un, c'est l'exclure : « Tu ne fais plus partie de mon groupe. »
  • Nous nageons dans un océan de mépris : automobilistes et cyclistes, gauche et droite, pauvres et riches, citadins et banlieusards, immigrants et non-immigrants, universitaires et non-universitaires. Le disciple de Jésus prend la décision de ne pas tomber dans ce piège et de ne pas étiqueter une personne à cause de ce qu'elle a fait.

5. La colère peut dégénérer

  • La colère devient mépris, le mépris devient insulte, l'insulte devient ressentiment, le ressentiment devient haine, et la haine devient souvent meurtre. La racine du meurtre et de la violence est la même : une colère mal gérée. C'est pourquoi Jean écrit que quiconque hait son frère est un meurtrier (1 Jean 3:15).
  • Si tu te crois juste parce que tu n'as jamais tué personne, tu n'es pas meilleur que les pharisiens.
  • Dans l'histoire de l'Église, la colère fait partie des péchés capitaux. « Capital » vient du latin caput, la tête : c'est un péché qui mène à d'autres péchés. Voilà pourquoi Jacques nous exhorte à être lents à la colère (Jacques 1:19).
  • As-tu remarqué ce qui se passe en toi quand tu fais défiler les réseaux sociaux et que tu lis les commentaires ? Les psychologues parlent du cercle vicieux de la colère et de l'amertume, un cycle qui transforme une blessure passagère en hostilité permanente. La colère est devenue une force économique : les algorithmes la favorisent, parce que les gens en colère cliquent plus, partagent plus et restent en ligne plus longtemps.
  • Après deux années de pandémie passées le visage dans nos écrans, la gauche s'est mise à mépriser la droite et inversement. Des sociétés, des familles, des amitiés et même des mariages se sont fracturés. Le pasteur raconte avoir croisé un homme qui s'était séparé de sa femme parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur le vaccin. « Il n'est pas pire que toi ou moi. C'est la même colère. »
  • Derrière les géants de la technologie, il y a aussi quelque chose de spirituel : un ennemi qui veut nous mettre en colère pour diviser et détruire.

6. Laisser libre cours à sa colère donne accès au diable

  • Celui qui dit « insensé » mérite d'être puni par le feu de la géhenne. La géhenne était une vallée près de Jérusalem que tout le monde connaissait. Dans l'Ancien Testament, des rois y avaient sacrifié des enfants à des dieux étrangers. Au temps de Jésus, c'était un dépotoir où l'on brûlait les ordures de la ville jour et nuit. Elle était devenue l'image du jugement présent et du jugement à venir.
  • Le pasteur croit que Jésus parle des deux. Il y a une différence entre se mettre en colère et être une personne colérique : Jésus s'est mis en colère, mais il n'était pas un homme colérique. La colère peut toucher ta destinée éternelle, et elle peut aussi ouvrir les portes de l'enfer dans ta vie.
  • Paul écrit : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez pas accès au diable » (Éphésiens 4:26-27). On peut se fâcher sans pécher, mais il faut régler la chose aujourd'hui, le plus vite possible.
  • Une des façons d'ouvrir cette porte, c'est de se défouler. Pendant des années, le pasteur a cru qu'il en avait besoin, jusqu'à comprendre que la langue est un feu, enflammée par la géhenne (Jacques 3:6). La plupart du temps, se défouler le fait pécher davantage : plus de mépris, plus de colère, plus de jugement. La seule personne à qui se confier est une personne mûre, capable de dire : « Non, tu ne peux pas dire ça. »

7. Le remède de Jésus : la réconciliation

  • Jésus sait que nous allons nous fâcher et que notre colère glissera parfois vers le mépris, l'insulte ou l'amertume. Il n'attend pas que nous soyons parfaits, il a prévu un antidote : la réconciliation. Il donne deux illustrations.
  • Avec un frère, c'est-à-dire un autre disciple : « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère » (Matthieu 5:23-24). Jésus prêche en Galilée, à une centaine de kilomètres de Jérusalem. Laisser son offrande pour aller régler un conflit, c'était faire le chemin aller et retour. Par cette exagération, Jésus montre que la réconciliation est sérieuse et qu'elle doit être une priorité.
  • Jésus ne dit pas seulement « si tu as quelque chose contre quelqu'un », mais « si ton frère a quelque chose contre toi ». Ta relation avec Dieu est touchée par tes relations avec les autres. Si les choses ne vont pas bien avec le Seigneur, une des raisons possibles est que tu n'es pas en paix avec quelqu'un.
  • Et si l'autre refuse ? Cela ne t'empêche pas de revenir dans la maison de Dieu. La question est : cherches-tu la réconciliation ? Tu peux reconnaître tes torts avec sincérité, avoir à ton avis 5 % des torts contre 95 % pour l'autre, et recevoir quand même une gifle. Jésus dit pourtant que c'est ta priorité.
  • Avec un adversaire non croyant : « Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui » (Matthieu 5:25). Jésus n'emploie pas ici le mot réconciliation. Avec un frère, le but est toujours la réconciliation, parce que deux personnes qui obéissent à Jésus vont l'une vers l'autre. Avec quelqu'un qui ne partage pas nos valeurs, ce n'est pas toujours possible, mais on cherche un accord, sans laisser la situation pourrir. On se dit que le temps arrangera les choses, mais la plupart du temps, il les aggrave.
  • Le point commun des deux exemples : le disciple de Jésus prend l'initiative, et il le fait rapidement.
  • La colère a un prix, et ce sont nos proches qui le paient. Le pasteur voit chaque semaine des femmes qui font payer à leur mari ce qu'un agresseur leur a fait vingt ans plus tôt, et des hommes qui font payer à leur femme et à leurs enfants ce que leur père leur a fait. La colère détruit les relations, touche la relation avec Dieu, abîme la santé physique et émotionnelle, et mène à la désintégration de la personne.
  • Pourquoi est-il si difficile de lâcher prise ? Le pasteur lit un auteur qui décrit la colère comme le plus agréable des péchés capitaux : lécher ses plaies, savourer ses vieilles rancunes, se délecter d'avance de la confrontation à venir. Un festin de roi, sauf que ce que l'on dévore, c'est soi-même : « le squelette à ce festin, c'est toi ». La colère ment. Elle dit : « Tu es fort », alors qu'elle cache souvent la tristesse et la faiblesse. Elle procure une montée d'adrénaline et devient une dépendance.
  • Le pasteur raconte avec humour que son fils, petit, avait des colères, aggravées par des allergies. Sa mère lui avait conseillé d'aller prendre une douche quand il sentait la colère monter. Quelques jours plus tard, en jouant dehors avec ses amis, l'enfant criait : « Arrêtez, vous me mettez en colère ! Maman a dit que quand je suis en colère, je dois aller prendre une douche ! »
  • La psychologie parle de traumatismes d'enfance, de souffrances présentes, de faim ou de fatigue ; on parle aussi de combat spirituel. Tout cela peut être vrai. Mais Jésus parle d'une cause plus profonde : la colère vient du cœur, du même endroit que les meurtres et les adultères (Matthieu 15:19). Lutter seulement contre la colère, c'est traiter le symptôme au lieu de la maladie.
  • Tu ne peux pas changer ton cœur toi-même, seul Dieu change les cœurs. Ta part, c'est d'obéir à la parole de Jésus : va te réconcilier. Quand tu obéis, tu ouvres la porte au Saint-Esprit et à la puissance de Dieu pour qu'il change ton cœur. Il faut du discernement, de la sagesse, de la prière et du conseil pour choisir le moment. Mais si tu refuses, tu empêches Dieu de faire son œuvre en toi.

Points à retenir

  • Se mettre en colère n'est pas forcément un péché. Tout dépend de ce que tu en fais : la colère de Jésus vise le péché, sert le royaume de Dieu et reste enracinée dans l'amour.
  • Une colère mal gérée glisse vers le mépris, qui réduit l'autre à ce qu'il a fait et l'exclut.
  • Laissée sans contrôle, la colère dégénère jusqu'à la haine et donne accès au diable. Il faut la régler avant le coucher du soleil.
  • Le remède de Jésus est la réconciliation : prendre l'initiative, et le faire vite.
  • Seul Dieu change le cœur, mais l'obéissance ouvre la porte à l'œuvre du Saint-Esprit.

Application personnelle

  1. Plutôt extérioriser, intérioriser ou refouler : comment ta colère s'exprime-t-elle, et qui en paie le prix autour de toi ?
  2. Dans ta dernière colère, as-tu glissé vers le mépris ? As-tu réduit quelqu'un à ce qu'il avait fait ?
  3. Qu'est-ce qui alimente ta colère en ce moment : les réseaux sociaux, les commentaires, le besoin de te défouler ?
  4. Qui est la personne avec qui tu dois te réconcilier, celle qui a probablement quelque chose contre toi ?
  5. Quel premier pas concret peux-tu faire cette semaine : un message, un appel, une rencontre pour franchir la distance ?

Versets cités

Questions fréquentes

Est-ce un péché de se mettre en colère ?

Pas nécessairement. Pour David Pothier, la colère est une émotion, et Jésus lui-même s'est mis en colère. Tout dépend de ce que tu en fais. La colère de Jésus était juste : dirigée contre le péché et non contre le pécheur, tournée vers le royaume de Dieu, enracinée dans l'amour et exprimée avec maîtrise de soi. Une fois que la colère glisse vers le mépris, le péché est déjà là.

Que veut dire « raca » dans Matthieu 5:22 ?

Raca est un mot araméen, la langue que parlait Jésus, qui signifie littéralement « tête vide ». Selon certains commentateurs, il imite le bruit que l'on fait en se raclant la gorge pour cracher par terre en signe de mépris. L'autre mot, « insensé », traduit le grec moros. Dans les deux cas, Jésus vise le mépris envers une personne.

Que faire si l'autre personne refuse la réconciliation ?

Cela ne t'empêche pas de revenir dans la maison de Dieu ni de présenter ton offrande. La question est de savoir si tu cherches sincèrement la réconciliation. David Pothier reconnaît qu'on peut reconnaître ses torts avec sincérité et recevoir quand même une gifle. Avec un frère, le but reste toujours la réconciliation. Avec un adversaire non croyant, Jésus demande de s'accorder avec lui rapidement.

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