Matthieu 7 : ôter la poutre pour voir ton frère avec grâce

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Introduction

« Qui t'a établi juge ? » C'est la question du quatrième et dernier épisode de « Foundations », la série de quatre vidéos de Christian Fellowship Church consacrée au sermon sur la montagne. L'animateur de la série et Charlotte reçoivent Donna Jennings, engagée dans l'église et la mission, localement comme à l'international, et qui prépare un doctorat sur la culture occidentale, la mission et le témoignage.

Le texte est Matthieu 7:1-6. Jésus y emploie une image presque comique : une paille dans l'œil de ton frère, une poutre dans le tien. Pour l'animateur, ce sont encore des paroles qui confrontent : elles parlent de voir clairement, « pour que nous puissions nous aimer les uns les autres avec délicatesse et douceur, jusqu'à la guérison ». Face à ces paroles, on peut les mettre en pratique et bâtir sur le roc, ou s'asseoir à la place de Dieu et prononcer sur quelqu'un un jugement qui ne correspond pas à ce que Jésus dit. La conversation montre ce qu'est juger, pourquoi nous le faisons, et comment revenir à la grâce.

Plan du message

1. Un passage plus difficile qu'il n'y paraît

  • Charlotte avoue que c'est, à ses yeux, le passage le plus complexe de la série : plus on lit ce que le Nouveau Testament dit du jugement, plus le sujet devient compliqué.
  • Elle relève l'intelligence de l'endroit où Jésus place ces mots : après des pages d'enseignement sur la manière de vivre. Car dès que l'on connaît une vérité, la première envie est souvent de s'en servir comme d'un marteau sur la tête de quelqu'un d'autre.
  • C'est un avertissement pour ceux qui connaissent les Écritures : ne pense pas qu'étant désormais instruit, ton travail est de veiller à ce que tout le monde respecte les règles.
  • Charlotte se décrit enfant comme celle qui ne se contentait pas d'obéir aux règles : elle était indignée quand un autre les enfreignait et voulait que l'enseignant le sache. Il y a en la plupart d'entre nous cette tendance à s'indigner contre celui qui ne fait pas ce qui est juste, et cela peut très vite mal tourner.

2. La paille et la poutre sont faites du même bois

  • La différence de taille est comique, mais la paille et la poutre sont faites de la même matière. Jésus dit « hypocrite » : pour être hypocrite, il faut juger chez l'autre ce que l'on fait soi-même.
  • Souvent, ce qui t'indigne chez quelqu'un a son équivalent en toi, passé inaperçu. Le conseil pratique de Charlotte : chaque fois que tu es en colère contre ce que fait un autre, sers-t'en comme d'un tremplin vers la réflexion personnelle et la prière.
  • Jésus ne dit pas qu'il n'y a rien dans l'œil de l'autre : la paille est bien là. Mais ta poutre est un obstacle plus grand à ton propre épanouissement et à ta croissance. C'est d'abord à toi d'agir : « Dieu, j'ai une responsabilité pour moi-même. Montre-moi ce que je peux confesser et dont je peux me repentir. »
  • Quand le Saint-Esprit a fait ce travail en toi, tu deviens plus doux envers ceux qui luttent avec la même chose. Tu sais combien c'est difficile, tu as trouvé en chemin des outils vers la liberté, et tu peux aider avec des mains délicates.
  • Cette croissance communautaire découle de l'amour et de l'expérience de notre propre brisement, pas d'un grand trône d'où l'on regarde tout le monde de haut. « Quand tu es tout là-haut, tu ne vois pas » ce qui se passe réellement dans la vie des autres. Le passage, remarque l'animateur, parle sans cesse de regard, d'yeux et de lumière.

3. Discerner n'est pas juger

  • Donna, que l'animateur décrit comme quelqu'un qui se bat pour la justice, compare le passage à un oignon dont il faut retirer les couches, « comme nous l'a appris ce sage maître qu'est Shrek ». Retirer ces couches, dans le texte, dans nos cœurs et dans nos communautés, demande du temps et de la sécurité.
  • Le jugement n'est pas le discernement moral. Nous sommes appelés à discerner ce qu'est une vie bonne en Christ : dans notre vie personnelle, en communauté avec l'église, les amis et la famille, et dans la société, en regardant ce qui émerge et en se demandant si cela apporte l'épanouissement. Tout dépend de la manière.
  • Pour Donna, ce fut un réveil de reconnaître le Christ comme juge. Elle pensait le jugement comme une punition, alors qu'il comporte réparation, rétablissement et restauration. Le Christ est le juge de toute la terre qui fera ce qui est juste : il mettra fin à tout ce qui est mal et rendra juste ce qui ne l'est pas.
  • « Mais ce n'est pas mon rôle. » Ce n'est pas son rôle dans ta vie, ni le rôle de qui que ce soit dans la sienne, de mettre un terme à une personne.

4. Un point final sur la vie de quelqu'un

  • Juger, pour Donna, c'est mettre quelqu'un dans une boîte : je te perçois de loin, je vois ce que tu as fait une fois, un seul fil de ta vie, et je te définis par là en te mettant à l'écart.
  • C'est poser un point final sur la vie de quelqu'un, ou pire, un point d'exclamation. Le passage parle d'ailleurs de blessure.
  • Juger me place au-dessus de toi et non à côté de toi. Cela détruit la communauté : « nous jugeons parce que nous désirons appartenir, mais notre manière de juger détruit l'appartenance ».
  • Il faudrait apprendre à lire le sermon sur la montagne au « nous » plutôt qu'au « toi, toi et toi » : c'est une manière de vivre ensemble. Jésus connaît notre penchant vers la propre justice, qui nous fait nous élever et quitter la soumission mutuelle à laquelle nous sommes tous appelés.

5. Juger pour appartenir

  • Dans les salles où l'on écoute cela, chacun a été jugé et chacun a jugé : c'est notre penchant humain. Qui n'a jamais écouté une prédication en se disant : « J'espère qu'Untel est là pour entendre ça » ?
  • Donna raconte les années où elle a vécu au Bangladesh, à implanter des églises parmi certaines des personnes les plus pauvres du monde, dans les bidonvilles et auprès d'ouvriers du textile. Ce n'était pas un moment de sainteté : elle s'est retrouvée face à des gens qui n'avaient rien et a dû revoir sa façon de consommer la mode, de dépenser et de fêter Noël. De retour dans un monde de classe moyenne, il était facile de penser : « nous, nous faisons ceci, mais vous, vous faites cela ». Le discernement peut glisser vers autre chose.
  • Elle a aussi été jugée, mise dans une boîte, mise sur une étagère, avec un point final et un point d'exclamation sur sa vie, et cela fait mal. La question n'est pas de savoir si tu as jugé ou été jugé, mais quand, par qui et comment.
  • Elle remarque qu'elle juge souvent les autres sur ce en quoi elle réussit : ce qu'elle a traversé, ce qui la valorise, ce qui est célébré depuis l'estrade.
  • Elle cite l'image du « cercle intérieur » de C. S. Lewis : dans toute communauté, une église comprise, il existe un cercle central que tout le monde connaît sans qu'on le nomme. Nous cherchons tous à y entrer pour appartenir, être en sécurité et être valorisés, et nous y entrons en repoussant l'autre : « toi et moi, nous en sommes, parce que nous ne sommes pas comme ça ». Le jugement se mêle alors au commérage.
  • L'animateur relève que c'est une appartenance artificielle et fragile, fondée sur le rejet des autres. Donna oppose à cela une communauté où l'on prend le temps de contempler les personnes, de regarder leurs couches avec amour : il y a toujours quelque chose à apprendre sur la vie, sur elles et sur soi.

6. Revenir à la grâce

  • Donna a entendu un jour que le jugement est l'antithèse de la grâce. Si elle juge quelqu'un, c'est le signe qu'elle a cessé de vivre dans la grâce de Dieu, celle qui l'a fait entrer, comme toi et comme chacun, à la table et dans la famille de Dieu, « par grâce, pas par la performance ».
  • Nous apprenons à nous conduire dans la famille de Dieu parce que nous y sommes, et non l'inverse. La première étape est de voir l'autre assis à la table, mais d'abord de se voir soi-même à sa place, une place façonnée par la grâce.
  • « Je suis plus brisée que je ne le réaliserai jamais, mais je suis tellement plus profondément aimée, acceptée et invitée que je ne le vivrai jamais. » Ces deux paradoxes vont ensemble dans la manière dont Dieu agit. Il faut habiter la grâce pour pouvoir l'habiter avec les autres.
  • Ainsi, le discernement moral ne bascule pas dans le jugement. Donna a besoin de personnes qui ont avancé dans la vie pour l'aider à traverser ce qu'elle n'a pas encore traversé. Elle n'est plus la même qu'il y a dix ans et espère ne pas être la même dans dix ans.
  • Une question utile, que l'animateur retient : quand tu remarques que tu deviens critique envers les autres, demande-toi si tu es sorti de ton propre chemin de grâce. Pour Donna, vouloir que l'autre « reçoive ce qu'il mérite » est le signe que l'on nage à contre-courant.

7. Des pratiques pour habiter la grâce

  • Le jugement n'arrive pas d'un coup : c'est une posture du cœur qui passe des pensées aux paroles et aux actions. D'où l'importance de pratiques intentionnelles.
  • Donna pratique, souvent le soir, l'examen ignatien, cinq questions pour relire sa journée. Demain est la seule journée qu'on te demande d'entrer et de terminer. Elle se demande : « Qu'est-ce qui me colle à la peau ? », comme ces graines qui s'accrochent quand on traverse un champ. Et surtout : qui ai-je offensé en pensée, en parole ou en action ? Le Christ dit d'aller vers ton frère si tu penses l'avoir offensé, alors que nous pensons souvent l'inverse.
  • Dans le culte communautaire, elle apprécie l'espace de confession et de repentance que l'on trouve dans la liturgie anglicane ou le Livre de la prière commune. Si elle a relu ses journées, elle voit apparaître des schémas qu'elle peut confesser le dimanche, sous la Parole, en soumission mutuelle au Christ. Normaliser le fait que nous sommes des êtres brisés et imparfaits, et se repentir ensemble. L'Avent et le Carême sont pour elle des temps de retour.
  • Certains ont le don de voir clairement une situation et de dénoncer ce qui doit l'être. L'enjeu est de le faire avec amour, d'une manière qui édifie.
  • « Dieu nous demande d'être une virgule dans la vie des gens. » Donna remercie les nombreuses personnes qui ont été des virgules pour elle : elles ont laissé la phrase de sa vie continuer au lieu de la clore ou d'y poser un point d'exclamation.
  • Pour conclure la série, Charlotte rappelle qu'il ne s'agit pas de bâtir chacun sa maison, mais d'être édifiés ensemble en une seule demeure sainte. Elle prie la prière de Jésus en Jean 17:20-23 : « afin que tous soient un ».

Points à retenir

  • Jésus ne nie pas la paille dans l'œil de ton frère, mais il te demande d'ôter d'abord la poutre qui est dans le tien.
  • Ce qui t'indigne chez l'autre est souvent fait du même bois que ce qui reste caché en toi : ton irritation peut devenir un tremplin vers la prière.
  • Discerner ce qu'est une vie bonne en Christ est un appel ; mettre fin à ce qui est mal et rendre juste ce qui ne l'est pas est le rôle du seul juge de toute la terre.
  • Nous jugeons souvent pour appartenir, mais le jugement détruit l'appartenance et fabrique des cercles fermés.
  • Le jugement est l'antithèse de la grâce : pour ne plus juger, il faut retourner à la table où la grâce t'a fait asseoir.

Application personnelle

  1. Qu'est-ce qui t'agace le plus chez quelqu'un en ce moment, et que révèle cette irritation sur ton propre cœur ?
  2. Dans quel domaine ton discernement a-t-il pu glisser vers le jugement, peut-être sur un point où tu te sens fort ?
  3. As-tu mis quelqu'un dans une boîte, ou posé un point final sur sa vie à partir d'un seul épisode ?
  4. Ce soir, en relisant ta journée, qui as-tu pu offenser en pensée, en parole ou en action ?
  5. Pour qui peux-tu être une virgule cette semaine ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que veut dire Jésus par « ne jugez point » dans Matthieu 7 ?

Jésus ne dit pas qu'il n'y a jamais de problème chez l'autre : il reconnaît qu'il y a bien une paille dans l'œil de ton frère. Mais il te demande de commencer par la poutre qui est dans ton œil. Juger, c'est prendre la place de Dieu, enfermer quelqu'un dans ce que tu as vu de lui et te placer au-dessus de lui plutôt qu'à côté. Et Jésus avertit : on te mesurera avec la mesure dont tu mesures.

Quelle est la différence entre juger et discerner ?

Le discernement moral est un appel du Christ : chercher ce qu'est une vie bonne en lui, dans ta vie personnelle, avec ton église et ta famille, et dans la société. Le jugement, lui, met un point final sur la vie de quelqu'un. Seul le Christ, juge de toute la terre, peut mettre fin à ce qui est mal et rendre juste ce qui ne l'est pas. Ce rôle ne t'appartient pas dans la vie des autres.

Comment ôter la poutre de son propre œil ?

Quand quelqu'un t'agace ou t'indigne, sers-toi de cette réaction comme d'un tremplin vers la prière : demande à Dieu s'il y a en toi quelque chose de semblable à confesser. Prends chaque soir un moment pour relire ta journée en te demandant qui tu as offensé en pensée, en parole ou en action. Et retourne à la grâce : tu es plus brisé que tu ne le crois, mais aussi plus aimé que tu ne le vivras jamais.

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