Proverbes 11 : la gratitude, une pratique qui s'apprend

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Introduction

Un matin, en retard comme souvent, Joe Sinclair se range sur le côté dans une rue étroite pour laisser passer une voiture. Le conducteur passe. Pas un geste de la main. « Comment vous sentiriez-vous dans cette situation ? » demande-t-elle à l'assemblée. Fallait-il klaxonner deux petits coups, ou baisser la vitre et faire un salut royal pour culpabiliser l'autre ? « Juste un petit geste de remerciement : est-ce trop demander ? »

C'est avec cette scène du quotidien, le petit salut de courtoisie que les automobilistes tasmaniens connaissent bien, que Joe Sinclair ouvre une nouvelle série de Hobart Baptist Church, en Tasmanie (Australie) : « L'effet gratitude ». Pendant plusieurs semaines, différents membres de l'Église, dont des professionnels du travail social et de la psychologie, apporteront leur regard sur la reconnaissance.

Joe Sinclair travaille dans le travail social, en milieu hospitalier. Elle prévient d'emblée : « Je ne suis pas une experte », et commence par dire combien elle est reconnaissante d'être écoutée. Le texte lu ce matin-là est Proverbes 11:24-25 : celui qui donne libéralement devient plus riche, et celui qui arrose sera lui-même arrosé.

Plan du message

1. Un petit geste de merci, est-ce trop demander ?

  • Dans une rue rétrécie par les voitures garées, une voiture doit souvent s'arrêter pour laisser passer l'autre. Celui qui passe lève brièvement la main du volant : c'est le salut de courtoisie.
  • Ce matin-là, Joe Sinclair choisit de s'arrêter malgré l'urgence. Aucune main ne se lève. Fallait-il guetter un salut tardif derrière une vitre teintée ? « C'était probablement l'un des voisins, alors il vaut la peine de penser aux relations futures. »
  • La question posée à toute la série est là : quelle importance a la gratitude, et pourquoi y réfléchir ensemble comme communauté d'Église ?
  • La gratitude est aujourd'hui une notion à la mode, reprise par la psychologie populaire dans la quête du bonheur : prendre soin de soi, changer d'état d'esprit, cultiver les émotions positives. Joe Sinclair sourit : c'était simplement l'introduction du cahier de coloriage sur la gratitude de sa fille.

2. Un journal de gratitude pour regarder sa journée autrement

  • Revenue à l'université pour étudier le travail social, elle a été encouragée à prendre soin d'elle-même en vue des exigences de ce métier d'aide. Pendant son premier stage, elle commence un journal de gratitude : chaque soir, au moins trois choses pour lesquelles elle est reconnaissante.
  • Certains jours, il était difficile de trouver quelque chose. Mais plus elle pratiquait, plus elle attendait ce moment, et plus elle en voyait l'effet. « Il est vraiment difficile de ne pas sourire quand on pense à quelque chose dont on est reconnaissant, aussi petit soit-il. »
  • Ses exemples sont modestes : le goût des pois mange-tout frais du jardin, une histoire drôle racontée par quelqu'un de la communauté, une pâquerette qui pousse dans une fissure du trottoir, une rencontre inattendue avec un voisin, le chant joyeux des grenouilles au moment de s'endormir.
  • Cette pratique lui a donné une approche plus réfléchie de ses journées et de son travail. Regarder le passé avec gratitude, même seulement la journée écoulée, y fait apparaître des occasions de grandir et d'apprendre, et « prépare bien l'avenir ».
  • Une personne de l'Église qui travaille dans une école chrétienne a été formée à commencer la journée scolaire par un temps de gratitude : les jeunes sont ensuite plus engagés et prêts à apprendre.

3. Paul et une jeune Église qui attend le retour du Christ

  • L'apôtre Paul a lui aussi compris le rôle de la gratitude pour soutenir une jeune communauté de foi qui se prépare à l'avenir et attend le retour du Christ.
  • Aux Thessaloniciens, il demande d'être bons les uns envers les autres, vigilants et sobres. Puis il écrit : « Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, car c'est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ » (1 Thessaloniciens 5:16-18).
  • Rendre grâce n'est donc pas une option pour les jours faciles : c'est la volonté de Dieu, et cela s'exerce dans la prière comme dans la joie.

4. La gratitude s'apprend et se développe

  • « La gratitude peut avoir un visage différent selon le milieu où nous avons grandi. Mais je crois que c'est quelque chose qui s'apprend et qui se développe. »
  • Enfant, elle a appris à dire s'il te plaît et merci, surtout aux adultes. Devant un cadeau, peu importait ce qu'elle pensait du pull tricoté main d'une grand-tante : il fallait dire merci, et le dire comme si on le pensait.
  • Dans d'autres familles, elle a découvert la prière avant les repas, qui ne se pratiquait pas chez elle. Elle a appris à l'apprécier : c'est devenu dans son foyer à la fois une habitude attendue et un court moment de réflexion.
  • La randonnée et le camping lui ont appris à être reconnaissante pour ce qu'elle tenait pour acquis : les toilettes avec chasse d'eau, l'eau chaude, des chaussettes sèches, un matelas moelleux, des aliments frais. Et à s'émerveiller devant la nature dans ses formes les plus sauvages.
  • Vivant à l'étranger, sa famille a reçu l'hospitalité des gens du pays. Après la naissance de son deuxième enfant, loin de ses proches, elle a été profondément touchée par les soins de son Église et de son groupe de mamans, en particulier les repas apportés par d'autres familles. Ces gestes l'ont poussée à faire de même : une manière de transmettre sa gratitude dans la vie des autres.
  • « Je crois que vivre une vie de gratitude est bon pour moi personnellement, et c'est quelque chose que Dieu m'appelle à pratiquer. » Elle ajoute qu'un cœur reconnaissant l'aide à prendre du recul et la sort du sentiment que tout lui est dû, ou même de l'apitoiement sur soi.

5. Rendre grâce au milieu de l'épreuve

  • La gratitude l'a aidée à donner du sens à ses expériences médicales. Comme patiente, elle a connu des soins où elle ne se sentait pas écoutée ou ne recevait pas l'information à temps, et d'autres tout à fait opposés. « Je suis vraiment reconnaissante de ces contrastes » : ils la préparent à affronter les problèmes de santé à venir.
  • C'est l'une des raisons qui l'ont conduite au travail social, un domaine où elle peut employer les valeurs et les dons que Dieu a jugé bon de lui confier. Les difficultés vécues ont fait d'elle une professionnelle plus empathique, « et pour cela, je suis vraiment reconnaissante ».
  • Être reconnaissant dans la souffrance paraît « complètement à contre-courant », dans un monde où chacun évite la douleur dès qu'il le peut. Pourtant Paul ne demande pas de chercher une issue de secours : il invite à s'y appuyer. Nous nous glorifions même des afflictions, car l'affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l'épreuve, et cette victoire l'espérance ; or l'espérance ne trompe point (Romains 5:3-5).
  • Jacques dit la même chose : regarde comme un sujet de joie complète les diverses épreuves, car l'épreuve de ta foi produit la patience (Jacques 1:2-4).
  • Joe Sinclair pose une limite claire : cette idée ne doit pas servir à justifier l'injustice ou la persécution. Mais elle parle d'un cœur qui cherche l'espoir et l'occasion au milieu du désespoir, une manière de bâtir la résilience dans les temps difficiles.

6. La gratitude est aussi une affaire sociale

  • Retour au salut de courtoisie, avec humour : faut-il saluer chaque fois qu'on change de file ? Un doigt levé du volant vaut-il une main entière ? Faut-il répondre au salut de l'autre ? « Mon mari a un avis très tranché là-dessus. »
  • Il existe des attentes sociales : la gratitude doit être authentique et au bon niveau. Dans les discours de remerciement des politiciens, des célébrités ou des sportifs, elle se sent attirée par ceux qui reconnaissent que leur réussite est le fruit du travail de nombreuses personnes et de la grâce reçue, plutôt que de leurs seuls efforts.
  • À l'inverse, as-tu déjà senti ce nœud dans le ventre ou cette indignation quand ce que tu as fait pour quelqu'un n'a pas été apprécié ? « Un simple merci aurait suffi. »
  • Les parents et les aidants, rémunérés ou non, connaissent ce travail continu, important et rarement remercié. À l'hôpital, même les soignants payés peuvent s'user s'ils ne reçoivent jamais le moindre petit mot de remerciement. Les patients n'en sont souvent pas capables, mais un petit geste d'un collègue ou d'un membre de la famille peut avoir un effet profond sur une personne et sur toute une culture de travail.

7. Une Église qui rend grâce dans le deuil et l'attente

  • La gratitude est bonne aussi pour la communauté de l'Église, au moment où elle vit avec le deuil et les épreuves : le départ de membres de la famille d'Église, la douleur et l'incertitude du changement et de l'attente d'une nouvelle direction.
  • « Plus que jamais, nous avons besoin de venir à Dieu le cœur prêt à rendre grâce » : pour ce que nous sommes, pour ce que nous avons, et pour la chose nouvelle qui est en train de naître.
  • Paul demande aux Colossiens de tout faire au nom de Jésus dans un esprit de reconnaissance : que la paix de Christ règne dans vos cœurs, vous qui avez été appelés à former un seul corps, et soyez reconnaissants. Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père (Colossiens 3:15-17).
  • Elle termine par une prière de reconnaissance très concrète : pour la pile de linge sale, signe qu'elle a plus d'un vêtement et une maison pleine de gens qu'elle aime ; pour ses cheveux argentés, signe d'années de vie rendues possibles par la médecine, l'eau potable et l'éducation, et « mon superpouvoir », car ils la rendent parfois invisible ; pour les cicatrices de son visage, de ses tibias et de son ventre ; pour la douleur de ses genoux, fruit de longues heures sur de beaux sentiers de la création, « et parfois, dans ces lieux, je tombe à genoux ».
  • Elle rend grâce aussi pour chaque visage de l'assemblée et ceux qui suivent en ligne, pour les paroles d'encouragement, les services vus et invisibles, les solutions créatives trouvées dans l'Église, « et surtout, pour la prière discrète et fidèle ».
  • « Je crois que nous avons été créés pour être en relation les uns avec les autres et avec Dieu, et la gratitude est une expression de cette relation. » Elle revient à Proverbes 11 : donner généreusement et souvent, gratitude comprise, c'est recevoir davantage en retour.

Points à retenir

  • La gratitude n'est pas d'abord un tempérament : elle s'apprend et se développe, par l'éducation, par l'exemple des autres et par une pratique régulière.
  • Rendre grâce en toutes choses est la volonté de Dieu en Jésus-Christ (1 Thessaloniciens 5:18), pas seulement une technique de bien-être.
  • Dans l'épreuve, la gratitude ne nie pas la douleur ni l'injustice : elle cherche l'espérance que Dieu fait naître par la persévérance.
  • La gratitude est sociale : un petit merci peut relever une personne usée et transformer une culture de travail ou d'Église.
  • Nous sommes créés pour la relation avec Dieu et avec les autres, et la gratitude exprime cette relation.

Application personnelle

  1. Si tu traverses une difficulté aujourd'hui, ou si tu en as traversé une, y a-t-il une lueur d'espoir ou un sujet de gratitude dans ce lieu-là ?
  2. Qu'est-ce qui t'apporte de la joie ou du réconfort ? Peux-tu nommer cette chose ou cette personne et rendre grâce pour elle ?
  3. Comment peux-tu exprimer ta reconnaissance cette semaine à la personne que tu viens d'identifier ?
  4. Quelles personnes de ton entourage tiens-tu pour acquises ? Et ta relation avec Dieu, la tiens-tu pour acquise ?
  5. Pourrais-tu, pendant une semaine, noter chaque soir trois choses pour lesquelles tu es reconnaissant, même toutes petites ?

Versets cités

Questions fréquentes

La gratitude peut-elle s'apprendre ?

Pour Joe Sinclair, oui. Elle varie selon le milieu où l'on a grandi, mais elle peut être apprise et développée. Elle l'a apprise par l'éducation, par d'autres familles qui rendaient grâce avant les repas, par la randonnée et le camping, et par un journal où elle notait chaque soir au moins trois sujets de reconnaissance.

Comment être reconnaissant au milieu de la souffrance ?

Joe Sinclair reconnaît que l'idée paraît très à contre-courant. Avec Romains 5:3-5 et Jacques 1:2-4, elle rappelle que Paul n'invite pas à fuir la souffrance mais à s'y appuyer, car elle produit la persévérance, le caractère et l'espérance. Cela ne justifie jamais l'injustice, mais cherche l'espoir au cœur de la détresse.

Pourquoi la gratitude concerne-t-elle aussi l'Église ?

La gratitude est sociale : un petit mot de remerciement peut changer une personne et toute une culture de travail. Pour une Église qui traverse le deuil et l'attente d'une nouvelle direction, Joe Sinclair invite à venir à Dieu le cœur prêt à rendre grâce, comme Paul le demande en Colossiens 3:15-17.

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