1 Corinthiens 10 : manger, boire et vivre pour la gloire de Dieu

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Introduction

« Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » C'est le verset au centre de ce message du pasteur Wayne, à Gospel Community Church, sur 1 Corinthiens 10:29-33. Le titre pose la question sans détour : comment manger, boire et vivre pour la gloire de Dieu ?

Le prédicateur s'appuie sur la grande doctrine de la Réforme, Soli Deo Gloria, la gloire à Dieu seul, que rappellent les vitraux de son église. Nous ne vivons pas pour nous-mêmes et nous ne mourons pas pour nous-mêmes : nous vivons et nous mourons pour le Seigneur. Le message porte surtout sur notre conduite dans les « zones grises », ces questions que l'Écriture n'ordonne ni n'interdit expressément.

Son idée principale : pour Paul, la maturité spirituelle ne se montre pas en exerçant chacun de ses droits, mais en limitant sa liberté par amour pour les autres. Le message suit trois points : la sensibilité de notre liberté (versets 29-30), la suprématie de l'honneur de Dieu (verset 31) et l'ambition de gagner des âmes (versets 32-33).

Plan du message

1. Le contexte : une invitation chez un incroyant

  • Paul vient de décrire un chrétien invité chez un incroyant. Si quelqu'un lui signale que la viande servie a été offerte aux idoles, dans un temple d'Aphrodite ou d'Apollon, il doit s'abstenir, par égard pour la conscience de celui qui l'a averti.
  • Paul pose alors une question théologique : « Pourquoi ma liberté serait-elle jugée par une conscience étrangère ? » (verset 29). Je suis libre en Christ, justifié par la foi, et quelqu'un d'autre prétend dire à ma conscience ce que je peux faire ou non.
  • Le prédicateur rappelle un mot appris dans son Église : adiaphora. Ce sont les choses secondaires, ni expressément commandées ni directement interdites par l'Écriture.
  • Le dilemme est simple : dois-je suivre ma conscience, puisque je sais qu'une idole n'est rien et que la terre est au Seigneur, ou m'abstenir à cause du frère plus faible ?
  • Comprendre ce passage, dit-il, t'aidera à ne pas devenir l'esclave de la conscience personnelle de quelqu'un d'autre, tout en restant libre de faire ce qui est juste sans offenser ton frère.

2. La tyrannie du frère plus faible

  • Le pasteur s'inspire d'un enseignement de R.C. Sproul, « La tyrannie du frère plus faible ». Le frère plus faible n'est pas fort dans la foi : sa conscience est mal instruite ou immature sur la liberté chrétienne. Il se sent condamné sur des choses que Dieu a laissées neutres.
  • Il décrit trois étapes. D'abord le scrupule personnel : c'est sain, et on doit faire preuve de patience. Ensuite le levier social : « Tu vas m'offenser si tu fais ça, donc tu ne peux pas le faire. » Enfin la tyrannie : le frère exige que sa règle s'impose à toute l'Église, jusqu'à dire « si vous ne faites pas ça, je quitte l'Église ».
  • Selon Sproul, légiférer là où Dieu a laissé les gens libres revient à usurper l'autorité divine. La conscience est liée par la Parole de Dieu seule.
  • La Confession de foi baptiste de Londres le dit : Dieu seul est le Seigneur de la conscience, et il l'a laissée libre des doctrines et des commandements des hommes qui sont contraires à sa Parole ou qui n'y sont pas contenus. Obéir à ces commandements par conscience, c'est trahir la liberté de conscience et exiger une obéissance aveugle. Pour le prédicateur, céder ainsi revient à saper l'Évangile, car Christ t'a justifié pour que tu le serves librement.
  • Calvin tient la tension : il faut supporter le frère faible et ne pas abuser de son droit, mais la conscience reste libre parce qu'elle est exemptée de cette sujétion.
  • Deux cas tirés de la vie de Paul éclairent la question. Il fait circoncire Timothée (Actes 16) pour retirer un obstacle culturel et atteindre les Juifs : c'est la liberté exercée par amour. Mais il refuse de faire circoncire Tite (Galates 2:3-5), car de faux frères voulaient « nous asservir ». « Nous ne leur cédâmes pas un instant. »
  • « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats » (Colossiens 2:16). « Vous avez été rachetés à un grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes » (1 Corinthiens 7:23).

3. Des zones grises où l'on légifère à la place de Dieu

  • Le pasteur donne des exemples qu'il a vus mal tourner dans son ministère. L'alcool d'abord : il ne défend pas l'excès qui fait perdre le contrôle, mais exiger l'abstinence totale comme preuve de piété va plus loin que l'Écriture. Il croit que Jésus a bu du vrai vin et que l'eau changée en vin à Cana n'était pas du vin sans alcool.
  • Les choix scolaires : certains accusent de péché les parents qui ne font pas l'école à la maison. Il reconnaît les risques de l'école publique et les avantages de l'école à la maison, mais c'est aux parents de choisir.
  • Les traductions de la Bible : il prêche avec la King James et l'aime, mais traiter cette version comme infaillible et interdire toutes les autres est une erreur. Si Dieu tenait à une seule langue, pourquoi aurait-il fait écrire l'Ancien Testament en hébreu et le Nouveau en grec ?
  • Les fêtes : certains disent que célébrer Noël ou Pâques revient à adorer des démons. Baisser les lumières et allumer des bougies pendant qu'on prêche l'incarnation n'en fait pas un culte païen.
  • Les consignes sanitaires et politiques (masques, vaccins, votes) transformées en tests d'amour chrétien. « Si tu es malade, reste à la maison et soigne-toi, mais ne pointe pas le doigt sur tout le monde. »
  • Puis il retourne la question vers chacun : quelles exigences secondaires imposes-tu aux autres ? Ton insistance vient-elle du souci de la gloire de Dieu, ou du besoin que les gens se conforment à ce que tu attends ? Lui-même, comme pasteur, ne peut conseiller les gens que selon ce que dit la Parole, pas selon ses attentes personnelles.
  • Parfois, ces arguments servent de feuilles de figuier pour couvrir nos insécurités, comme Adam et Ève. On accuse les autres au lieu de faire confiance au Seigneur.

4. Rendre grâce sans faire tomber ton frère

  • Le verset 30 parle de celui qui mange « avec actions de grâces ». Le prédicateur y voit le fondement de la prière avant le repas.
  • L'autre tension apparaît ici. Si je rends grâce puis mange sciemment, devant quelqu'un qui en est scandalisé, une viande offerte aux idoles, je transforme ce moment de reconnaissance en occasion de blasphème. Le mot grec est de la famille de « blasphémer ».
  • Paul le dit aussi à l'Église de Rome : « Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie » (Romains 14:16).
  • John MacArthur conseille de rendre grâce pour la nourriture et pour notre liberté, puis d'exprimer cette liberté en choisissant de ne pas manger ce qui fait trébucher un frère.
  • La question du prédicateur résume ce point : « Comment peux-tu bénir Dieu avec ta bouche et détruire ton frère avec ta fourchette ? »

5. Tout faire pour la gloire de Dieu

  • « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu » (verset 31). Le pasteur invite à entourer le mot « tout » : en grec, il signifie tout, sans exception. Si une chose ne peut pas être faite pour la gloire de Dieu, il ne faut pas la faire.
  • C'est la première question du Petit Catéchisme de Westminster : le but principal de l'homme est de glorifier Dieu et de jouir de lui pour toujours.
  • Pour les zones grises, il propose un test en entonnoir, sous forme de feu vert. Première question : cela peut-il être fait pour la gloire de Dieu ? Si non, c'est à rejeter. Deuxième question : cela ferait-il trébucher un frère plus faible dans ce contexte ? Si oui, c'est à rejeter comme un manque d'amour. Troisième question : cela édifie-t-il ? Si non, c'est à rejeter comme inutile. Si l'action passe les trois, elle est approuvée.
  • Paul part des questions d'idoles et de temples pour arriver aux gestes les plus ordinaires : manger et boire. Jésus a dit que même un verre d'eau froide donné en son nom ne perdra pas sa récompense (Matthieu 10:42).
  • Pas seulement le dimanche : la façon dont tu te lèves le matin, ton attitude au travail, la manière dont tu traites ta femme, dont tu parles à ton patron, dont tu pries, dont tu conduis sur la route.
  • David Garland le souligne : la gloire de Dieu devient la pierre de touche pour juger si une action est bonne. Une étude de la Bible faite pour être admiré offense Dieu, alors qu'un repas simple servi à des invités, reçu avec reconnaissance, devient un acte d'adoration. « Ce n'est pas ce que tu fais, c'est comment tu le fais. »
  • Calvin écrit qu'il n'y a aucune partie de notre vie, aucune action si petite, qui ne doive être dirigée vers la gloire de Dieu. Thomas Watson parle d'un « fil d'argent » qui traverse toutes nos actions.
  • Le pasteur évoque des personnes qui ont servi l'Église puis se sont vexées : « Pasteur, j'ai fait tout ça pour vous, et voilà comment on me traite. » Sa réponse : pour qui aurais-tu dû le faire ? Pour le Seigneur.
  • Watson donne quatre manières de glorifier Dieu : l'estime (l'admirer dans ses attributs et ses promesses), l'adoration, l'affection (l'aimer lui plutôt que ses dons, sans devenir transactionnel) et la soumission à sa providence. Dans l'épreuve, peux-tu glorifier Dieu au lieu de murmurer, de t'aigrir et de t'en prendre à ton conjoint ?
  • « Afin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles » (1 Pierre 4:11).

6. Ne scandaliser personne, afin que plusieurs soient sauvés

  • « Ne soyez en scandale ni aux Grecs, ni aux Juifs, ni à l'Église de Dieu, de la même manière que moi aussi je m'efforce en toutes choses de complaire à tous, cherchant, non mon avantage, mais celui du plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés » (versets 32-33).
  • Le mot vient de « scandale ». Ce n'est pas une petite contrariété qui passe en quelques heures. C'est amener quelqu'un à pécher contre Christ et à violer sa propre conscience. Le puritain Richard Baxter appelait cela un péché de « meurtre spirituel ».
  • Trois catégories sont en vue. Les Juifs, qui verraient dans la conduite insouciante des chrétiens un Évangile sans loi et s'endurciraient contre Jésus comme Messie. Les Grecs, qui risqueraient le syncrétisme et prendraient Christ pour une divinité de plus dans leur panthéon. L'Église de Dieu, où de nouveaux convertis pourraient retomber dans leurs anciens péchés.
  • « Ne deviens pas la raison pour laquelle d'autres pèchent. » Avec le frère plus faible, on évite d'offenser ; là où l'Écriture est claire, on tient ferme.
  • Charles Hodge résume : le premier principe de la conduite chrétienne est de promouvoir la gloire de Dieu, le second d'éviter de faire pécher les autres. L'amour pour Dieu et l'amour pour les hommes doivent gouverner toute notre conduite.
  • Le scandale de la croix offense l'orgueil humain, et c'est une chose. C'en est une autre qu'un incroyant trébuche sur ton égoïsme ou ta mondanité. Ta vie aide l'Évangile ou elle lui fait obstacle.
  • Dans 2 Corinthiens 6:3-10, Paul reprend la même expression : « Nous ne donnons aucun sujet de scandale en quoi que ce soit, afin que notre ministère ne soit pas un objet de blâme. » Le prédicateur rappelle qu'un ancien doit être irréprochable, ce qui ne veut pas dire sans péché. Paul a traversé prisons, coups et jeûnes sans causer de scandale. Quoi que tu traverses, tu peux le vivre pour la gloire de Dieu : « Ton travail n'est pas de me croire, c'est de faire confiance à Dieu au milieu de l'épreuve. »
  • Le but de Paul est le salut du plus grand nombre. « Christ ne s'est point complu en lui-même » (Romains 15:3). Le pasteur dit prier chaque semaine : « Seigneur, donne-nous des âmes. »
  • Il raconte qu'une salle de sport près de chez lui affiche en grand « me time », du temps pour soi. Le monde pense « moi, moi et moi ». Paul pense sans cesse aux autres. Mieux vaut gagner des âmes que d'être tiède comme Laodicée.
  • Il appelle aussi ceux qui ne connaissent pas Christ : tu ne peux pas te sauver toi-même. Jésus a dit : « Nul ne vient au Père que par moi. » Il est mort sans péché pour les péchés de ceux qui croient en lui, il est ressuscité et il règne. Repens-toi, tourne-toi vers Christ.

7. « Que le nom de Whitefield périsse »

  • Le message se termine avec George Whitefield, prédicateur du XVIIIe siècle qui parlait sans amplification à plus de 30 000 personnes en plein champ.
  • John Piper rapporte que, selon des estimations prudentes, il a parlé environ mille fois par an pendant trente ans, dont au moins 18 000 sermons, et que certaines semaines il parlait plus qu'il ne dormait. Le prédicateur précise : ce n'était pas d'abord une question d'effort, les gens priaient et prêchaient pour le réveil, et ils l'attendaient.
  • Malgré sa célébrité, Whitefield était profondément attristé par la division entre ses partisans et ceux de John Wesley. Pour préserver l'unité et ne pas entraver l'Évangile, il s'est retiré et a laissé Wesley diriger les méthodistes.
  • Son biographe Arnold Dallimore rapporte ses mots : « Qu'est-ce que Calvin, ou qu'est-ce que Luther ? Peu m'importe qui est au premier rang. Regardons au-dessus des noms et des partis. Que Jésus soit notre tout en tous, pourvu qu'il soit prêché. Je connais ma place : être le serviteur de tous. Que le nom de Whitefield périsse, mais que Christ soit glorifié. »
  • Il ne voulait pour épitaphe que ses deux initiales, G. W. Le pasteur conclut en priant que Dieu rende l'Église irréprochable, libre en Christ, et occupée de sa gloire plutôt que d'elle-même.

Points à retenir

  • La maturité spirituelle ne consiste pas à exercer tous ses droits, mais à limiter sa liberté par amour pour les autres.
  • Dieu seul est le Seigneur de la conscience : on ménage le frère plus faible, mais on ne laisse personne légiférer là où Dieu a laissé libre.
  • « Tout » veut dire tout : manger, boire, travailler, conduire, traverser l'épreuve, tout peut être fait pour la gloire de Dieu.
  • Pour une zone grise, trois questions : est-ce pour la gloire de Dieu, est-ce que cela fait trébucher, est-ce que cela édifie ?
  • Le but ultime est que plusieurs soient sauvés : ta conduite aide l'Évangile ou lui fait obstacle.

Application personnelle

  1. Sur quelle question secondaire attends-tu des autres qu'ils pensent ou agissent comme toi ?
  2. Y a-t-il un domaine où tu laisses la conscience de quelqu'un d'autre te lier là où la Parole de Dieu te laisse libre ?
  3. Dans quel geste ordinaire de ta semaine (ton travail, ta conduite, ta façon de parler à tes proches) as-tu oublié la gloire de Dieu ?
  4. Pour qui sers-tu réellement : pour la reconnaissance des autres ou pour le Seigneur ?
  5. Qu'est-ce qui, dans ta vie, pourrait aujourd'hui faire obstacle à l'Évangile pour quelqu'un qui t'observe ?

Versets cités

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la « tyrannie du frère plus faible » ?

L'expression vient d'un enseignement de R.C. Sproul. Le frère plus faible a une conscience mal instruite sur une question que l'Écriture n'ordonne ni n'interdit. Ce scrupule mérite de la patience. La tyrannie commence quand il s'en sert comme d'un levier sur la liberté des autres, puis exige que sa règle personnelle s'impose à toute l'Église. Or Dieu seul est le Seigneur de la conscience.

Comment savoir si je peux faire une chose pour la gloire de Dieu ?

Le pasteur Wayne propose un test en trois questions, à la manière d'un feu vert. Est-ce que cela peut être fait pour la gloire de Dieu ? Si non, c'est à rejeter. Est-ce que cela ferait tomber un frère plus faible dans ce contexte ? Si oui, c'est à rejeter comme un manque d'amour. Est-ce que cela édifie ? Si l'action passe ces trois étapes, elle est approuvée.

Pourquoi Paul fait-il circoncire Timothée mais refuse-t-il de faire circoncire Tite ?

Pour Timothée (Actes 16), il s'agit de retirer un obstacle culturel afin d'atteindre les Juifs avec l'Évangile : c'est une liberté exercée par amour. Pour Tite (Galates 2:3-5), de faux frères voulaient imposer la circoncision pour ramener les croyants dans la servitude. Paul ne leur cède pas : « Nous ne leur cédâmes pas un instant », afin que la vérité de l'Évangile soit maintenue.

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