Introduction
« D'un côté, j'ai chaque jour de nouvelles idées sur les problèmes qu'on pourrait résoudre avec l'IA. De l'autre, j'arrive sans cesse à ce point où j'ai envie de jeter tous mes appareils par la fenêtre, de prendre ma famille et d'aller vivre en autarcie dans la forêt. » Patrik Eskandar, qui travaille dans l'informatique, ne cache pas cette tension. La question « l'IA va-t-elle me remplacer ? » le touche aussi, et il sait qu'elle touche beaucoup de monde.
Il prévient d'emblée : il existe des masters entiers sur l'intelligence artificielle, et il ne traitera ni la protection des données ni la question des ressources. Son message à Vineyard Bern se veut une impulsion, « un début », pour que l'Église reste en conversation sur un sujet qui va revenir sans cesse.
Après avoir montré à quelle vitesse les choses avancent et ce qu'est vraiment l'IA, il pose la question derrière la question : qu'est-ce qui définit ta valeur ? Sa réponse s'appuie sur Romains 8 : tu es un enfant du Père. Il termine par trois repères pratiques et une invitation à ramener ton cœur au repos.
Plan du message
1. Une technologie qui avance à toute vitesse
- Le 30 novembre 2022, ChatGPT devient accessible à tous. Son patron écrit : « Cela va tout changer. » Les sceptiques n'y voient qu'une page blanche avec un champ de saisie, comme Google.
- La nouveauté est ailleurs : pour la première fois, on parle à un ordinateur en langage naturel et il répond en langage naturel. Le savoir devient encore plus rapide d'accès, et adapté à ce que l'on veut entendre.
- Ensuite, tout s'enchaîne : les sources sont citées, puis on délègue des tâches entières. Le prédicateur confie un tableau Excel à l'IA pour obtenir un diagramme, un résumé et une liste d'erreurs : « C'est comme un stagiaire qui travaille pour moi. » Il faut encore corriger, mais il délègue.
- En direct, il demande à un chatbot appelé Claude de créer un jeu Flappy Bird en plein écran, avec une photo fournie comme avatar. Trente secondes plus tard, le jeu fonctionne. On appelle cela le « vibe coding ». Plus besoin d'un programmeur ni de milliers de francs : de l'idée à la réalisation, tout va très vite.
- Même progression pour la vidéo : la célèbre séquence de l'acteur Will Smith mangeant des spaghettis, visiblement artificielle en 2023, ressemble en 2026 à une scène de film. « C'est effrayant. »
- Il a fallu 27 ans au téléphone pour atteindre un million d'utilisateurs, 12 ans à l'automobile, trois ans et demi à Netflix, et 5 jours à ChatGPT.
- Chaque technologie en remplace une autre : le téléphone a remplacé les lettres, la voiture les calèches, Netflix les DVD et les cassettes. D'où la question : que va remplacer l'IA ? Va-t-elle nous remplacer ?
2. Personne ne connaît le calendrier
- « J'aimerais que quelqu'un vienne me dire : Patrik, voici le calendrier de l'IA, dans deux ans ce sera comme ça, alors investis dans tel cours. » Ce plan n'existe pas.
- Dans les médias, deux camps s'opposent : ceux qui annoncent l'éclatement de la bulle de l'IA, et ceux qui conseillent, en plaisantant, de toujours dire « s'il te plaît » et « merci » à l'IA pour qu'elle se souvienne de ta politesse le jour où elle aura pris le pouvoir.
- « Je ne peux pas vous promettre comment cela va se passer. Personne ne le peut. Je peux vous dire que ce sera différent. » Des métiers vont mourir, d'autres seront révolutionnés, de nouveaux vont naître.
- L'humanité a déjà vécu cela avec l'arrivée d'Internet. Aujourd'hui, c'est devenu normal : « J'ai ouvert Internet une cinquantaine de fois aujourd'hui et je ne m'inquiète pas. Nous allons grandir avec. »
3. Comprendre ce qu'est l'IA, et ses limites
- Le terme apparaît en 1956, pour désigner des choses aussi simples qu'un thermostat, un feu de circulation ou une calculatrice. En 1997, le champion du monde d'échecs perd contre un ordinateur.
- L'IA est déjà partout : les prévisions d'embouteillage, le filtre antispam qui apprend des messages que nous marquons, la détection des fraudes à la carte de crédit, les suggestions de Netflix, Face ID, DeepL, la recherche de photos. « Tout cela, c'est de l'intelligence artificielle. Elle est là depuis longtemps. »
- Ce qui est nouveau depuis environ cinq ans, c'est l'IA générative : texte, images, clonage de voix, création d'applications. Elle paraît menaçante parce qu'elle semble très humaine.
- Le principe, simplifié : comme le clavier du téléphone qui propose le mot suivant le plus probable, l'IA générative calcule mot après mot la suite la plus probable, nourrie de livres, de la moitié d'Internet et de forums.
- Le point important : « L'IA ne sait pas ce qu'elle ne sait pas. » Elle affirme les choses avec beaucoup de conviction et ne dira jamais « je ne sais pas ».
- Exemple : au restaurant, avec sa femme, il se demandait à quoi ressemblerait leur fille une fois adulte. Ils ont demandé à ChatGPT de créer la « version arabe » d'une photo de sa femme. Le résultat montre une femme portant un foulard, parce que le monde arabe est à environ 90 % musulman. C'est la réponse la plus probable, pas une compréhension. Devant l'image, il lance : « Voilà ma fille dans le futur. Non, au nom de Jésus ! »
- Autre exemple : « Je dois faire laver ma voiture, la station est à 100 mètres. J'y vais en voiture ou à pied ? » Réponse : à pied. L'IA, entraînée à donner des réponses écologiques, n'a pas compris qu'il s'agissait de laver la voiture. « Elle n'est pas bonne pour lire entre les lignes. »
- Retiens ceci : l'IA n'est pas aussi objective qu'elle en a l'air. Vérifie les faits.
- Il y a aussi de belles possibilités : Bibelserver propose Nikodemus AI, nourri de documents théologiques. On peut lui demander comment le monde de l'époque comprenait l'adoption dont parle Romains 8.
- Une chanson entièrement générée par l'IA, que sa fille adore, lui a donné la chair de poule. Mais l'IA ne produit que du parfait, sans aucune dissonance. Le moment spontané de la louange de ce matin, avec une voix de soprano posée par-dessus, « l'IA ne le fera jamais ». Elle restera toujours plate, toujours juste.
4. La question derrière la question : qu'est-ce qui définit ta valeur ?
- Le sujet de l'IA met au jour un problème ancien de notre société : nous définissons notre identité par la performance. C'est pour cela que la menace paraît existentielle : « Si je suis remplacé, je ne suis plus personne. »
- Le prédicateur a passé l'année à méditer ce verset, qui lui semble plus actuel que jamais : « Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Romains 8:15). Dans sa version, l'Esprit a fait de nous « des fils et des filles ».
- « Être enfant brise cette logique de la performance. Chez le Père, nous avons le droit d'être. »
- Il distingue le travail et la vocation. « L'IA n'aura jamais d'influence sur ton appel, parce que ce que Dieu dit de ta vie est vrai et le reste, quoi qu'il arrive avec l'IA. » Tu es appelé à être un enfant de Dieu, à te tenir là où Dieu t'a prévu, oint pour une mission. Le travail et l'appel peuvent aller ensemble, mais le travail ne définit jamais ta valeur.
- Il ne minimise pas la peur. Quand son chef lui a demandé comment il allait intégrer l'IA dans son équipe, il a répondu qu'il hésitait, parce que cela pourrait tous les remplacer. Son chef lui a répondu : « Si tu ne le fais pas, vous serez tous remplacés. »
- C'est notre tâche de chrétiens : nous confronter à ce sujet, avancer, pouvoir prendre part à la conversation.
5. Faire confiance à Dieu pour ton avenir
- L'invitation au cœur de tout cela, c'est le message de Job : est-ce que je fais confiance à Dieu ? Est-ce que je crois qu'il me veut du bien ? « C'est une décision à reprendre sans cesse : Dieu, je ne comprends pas, mais je te fais confiance. »
- Ce que Dieu voit sur ta vie n'a pas changé avec l'IA.
- La phrase à retenir, selon lui : « Si j'ai peur de l'avenir, c'est que j'imagine un avenir dans lequel Dieu n'est pas présent. » Or Dieu est là, et il y aura de la grâce pour chaque saison.
- Matthieu 6, proclamé pendant le culte : ne vous inquiétez pas pour votre subsistance. Regardez les lis des champs et les oiseaux du ciel, ils sont nourris et vêtus. « Ce n'est pas nouveau. » Dieu pourvoit, même avec l'arrivée de l'IA.
- Avant même ses trois repères, il recommande : prends un thé ou un café, va te promener avec Dieu, parle-lui de tout cela et répands ton cœur devant lui.
6. Trois repères pour un usage juste de l'IA
- Le savoir ou la sagesse. Un usage juste de l'IA s'en sert pour le savoir et cherche la sagesse là où elle se trouve. « Je veux être un homme sage, pas seulement quelqu'un qui sait. » Il le remarque auprès de certaines personnes, ses parents par exemple : elles ont lutté avec Dieu et avec leur histoire, et cela se sent.
- L'IA est si efficace pour atteindre le but que nous désapprenons à lutter. Elle peut écrire en deux secondes un texte théologique complexe et émouvant, « mais parce que je n'ai pas lutté pour l'obtenir, je désapprends ». Ceux qui luttent ont de la sagesse, et la sagesse commence ainsi : « La crainte de l'Éternel est le commencement de la science » (Proverbes 1:7). C'est vivre constamment devant Dieu. « Nous sommes la première génération à avoir accès à autant de savoir, mais certainement pas la génération la plus sage. »
- Qui me façonne ? Chaque interaction, avec des personnes, les réseaux sociaux, Internet ou l'IA, nous forme, que nous le voulions ou non. Instagram a su que sa femme était enceinte avant ses propres parents. L'algorithme sait exactement ce qui t'intéresse.
- Une étude portant sur des centaines de milliers de vidéos YouTube a relevé, depuis 2023, une hausse de mots que ChatGPT affectionne, comme « delve » en anglais. « Ce dont je parle beaucoup me façonne. »
- « Tout usage de l'IA dans lequel je me laisse guider par elle plutôt que par le Saint-Esprit est discutable. L'IA n'est pas un substitut au Saint-Esprit. » Il raconte qu'il sort si vite son téléphone pour interroger l'IA qu'il entend le Saint-Esprit lui demander : « Pourquoi ne m'as-tu pas demandé ? »
- La relation ne se sous-traite pas. « Tout usage de l'IA qui m'épargne la relation est discutable. » L'IA peut prendre en charge des tâches, mais la relation doit rester la relation.
- Au début, il a commencé à discuter de ses questions avec l'IA : elle donnait de bons conseils, il n'avait pas honte, il n'était pas jugé. Puis il a compris que ce n'était pas juste. « Je veux traiter ce qui me préoccupe avec des humains, pas avec l'IA. » Tout ce qui touche à l'identité doit venir du Saint-Esprit ou des personnes qui t'entourent. L'accompagnement pastoral, les processus profonds et les questions psychologiques restent entre humains.
7. Ramener son cœur au repos
- Chaque semaine apporte de nouvelles avancées. « Mon cœur ne suit pas. » Après une conférence professionnelle sur l'IA, où des intervenants racontaient son usage en Asie, il aurait volontiers jeté son ordinateur portable par la fenêtre du train.
- « Je ne suis pas là pour vous donner de faux espoirs. Une vague arrive, des choses vont changer. Mais je fais confiance à Dieu, qui a un plan pour moi. Ma tâche, c'est de ramener mon cœur au repos. »
- Sa découverte : le contrôle n'a jamais été entre ses mains, même avant ChatGPT. Penser que l'on peut maîtriser demain, y compris au travail, est une illusion. Le Covid peut arriver du jour au lendemain et tout change. Le principe reste le même : faire confiance au Dieu qui nous veut du bien.
- Il cite la prière d'Augustin, vieille de 1 600 ans : « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi. »
- « L'IA n'a pas le dernier mot. La peur n'a pas le dernier mot. C'est le Père qui l'a. »
- Il invite chacun à poser la main sur son cœur et conclut par une prière : « Je crois, viens au secours de mon incrédulité (Marc 9:24). Tu es plus grand que tout, assurément plus grand que l'IA. C'est pourquoi je choisis aujourd'hui de me laisser tomber dans tes bras. »
Points à retenir
- Personne ne connaît le calendrier de l'IA. Les métiers vont changer, comme avec Internet, et nous apprendrons à vivre avec.
- L'IA calcule la réponse la plus probable : elle ne sait pas ce qu'elle ne sait pas. Vérifie ce qu'elle affirme.
- Ta valeur ne vient pas de ta performance. Selon Romains 8:15, tu as reçu un esprit d'adoption : chez le Père, tu as le droit d'être.
- Si l'avenir te fait peur, c'est que tu l'imagines sans Dieu. Il y aura de la grâce pour chaque saison.
- Utilise l'IA pour le savoir et pour des tâches, mais cherche la sagesse auprès de Dieu, laisse-toi façonner par le Saint-Esprit et garde la relation entre humains.
Application personnelle
- Dans quelle mesure ta valeur dépend-elle aujourd'hui de ce que tu produis au travail ?
- Quand tu penses à ton avenir professionnel, Dieu fait-il partie du tableau, ou l'imagines-tu sans lui ?
- Vers qui te tournes-tu en premier quand tu as une question : ton téléphone ou le Saint-Esprit ?
- Y a-t-il des sujets intimes ou douloureux que tu confies à une machine plutôt qu'à une personne de confiance ?
- Quand prendras-tu cette semaine un moment pour marcher avec Dieu et lui dire ce qui t'inquiète ?
Versets cités
Questions fréquentes
L'intelligence artificielle va-t-elle remplacer mon travail ?
Patrik Eskandar, qui travaille lui-même dans l'informatique, ne promet rien : personne ne sait comment cela va évoluer. Il affirme seulement que les métiers vont changer, que certains disparaîtront et que de nouveaux apparaîtront, comme à l'arrivée d'Internet. Il rappelle surtout que la peur de l'avenir naît quand on imagine un avenir dans lequel Dieu n'est pas présent.
Qu'est-ce qui définit ma valeur selon Romains 8 ?
Le débat sur l'IA fait ressortir une vieille habitude : définir son identité par la performance. Romains 8:15 rappelle que nous n'avons pas reçu un esprit de servitude mais un esprit d'adoption, qui nous fait crier « Abba, Père ». Être enfant brise la logique de la performance. L'IA n'a aucune prise sur ton appel : ce que Dieu dit de ta vie reste vrai.
Comment un chrétien peut-il utiliser l'IA avec sagesse ?
Le prédicateur donne trois repères : utiliser l'IA pour le savoir mais chercher la sagesse là où elle se trouve, dans la crainte du Seigneur ; choisir consciemment qui te façonne, car l'IA n'est pas un substitut au Saint-Esprit ; ne jamais lui confier la relation. Elle peut prendre en charge des tâches, mais l'accompagnement pastoral et les questions profondes restent entre humains.