1 Corinthiens 6 : ton corps, plus qu'une enveloppe encombrante

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Introduction

« J'espère que tu es venu avec ton corps aujourd'hui. Ou peut-être que seul ton corps est venu et que ton esprit est ailleurs. » Andy Owen ouvre ainsi ce message au Zollhaus, à Lucerne, dans une série qui parcourt la première épître aux Corinthiens. L'avantage d'une telle série, dit-il, c'est qu'on tombe sur des sujets qu'on n'aurait peut-être pas choisis : on prend ce qui est là. Ce matin-là, le texte parle du corps et de la sexualité.

Nous avons un rapport ambigu avec notre corps, parce qu'il ne correspond pas toujours à ce que nous voudrions et qu'il ne suit pas toujours. Depuis toujours, l'humanité se demande quelle place lui donner : est-ce que je suis d'abord ce corps, ou d'abord mon cœur, mon esprit ? Andy Owen prévient : « Il y a quelques sujets brûlants. » Il propose pourtant de regarder ce que Dieu, notre Créateur, veut nous dire dans 1 Corinthiens 6, en trois idées : ce que tu fais de ton corps n'est pas indifférent, ton corps n'est pas privé, et ton corps ne t'appartient pas, il a été acheté.

Plan du message

1. Un corps qui vieillit, un Dieu qui a pris un corps

  • Notre époque oscille entre deux extrêmes. D'un côté, l'idée que ce que je fais avec mon corps ne compte pas, seules mes pensées comptent. De l'autre, le culte du corps : Andy Owen cite le « looksmaxxing », une tendance surtout chez les jeunes hommes qui vont jusqu'à se faire opérer pour être le plus beau possible.
  • Il raconte une découverte « effrayante » : sa fille, qui aime le coiffer pour jouer, a pris une photo de sa tête par derrière. En la regardant, il a vu que ses cheveux s'éclaircissaient. « Je ne le savais même pas. » Nos corps vieillissent, et il faut faire avec, dans une société obsédée par la jeunesse et la beauté.
  • Nous sommes aussi des êtres sexués, et notre sexualité se vit dans notre corps. Les questions sont nombreuses, et il est bon de recevoir une orientation de celui qui nous a créés.
  • Ce Créateur est aussi le Dieu qui s'est fait homme. Incarnation vient de « carne », la chair, comme dans « chili con carne » : Dieu est venu dans la chair, dans un corps. Jésus est ressuscité dans un corps ressuscité, et nous avons la promesse d'un corps ressuscité nous aussi.

2. Commencer par l'identité, pas par la condamnation

  • Corinthe était une ville « sauvage », un peu comme Las Vegas : un hédonisme pur, où chacun fait ce qui lui plaît. Les Corinthiens avaient leurs slogans sur le corps, et Paul les reprend.
  • Point essentiel : Paul s'adresse à des chrétiens. « Si tu n'es pas chrétien, tu peux vivre comme tu veux. » Ces lignes sont des repères sains pour ceux qui appartiennent à Dieu. L'Église ne les impose pas à tout le monde, c'est un chemin à vivre dans la liberté.
  • Le passage commence fort (verset 9) : ceux qui commettent l'injustice n'hériteront pas le royaume de Dieu. Croire en Jésus et vivre autrement, cela ne va pas ensemble. Paul énumère une liste (outrages, cupidité, vol, impudicité) et dit : c'est ainsi que nous avons tous vécu.
  • Puis vient ce qu'Andy Owen appelle « une prédication en soi » (verset 11) : la saleté de vos fautes a été lavée, vous appartenez maintenant au peuple saint de Dieu, vous êtes déclarés justes au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu. Non parce que nous avons fait quelque chose de bien, mais par la grâce.
  • « L'identité, ce n'est pas que nous luttons, ce n'est pas que nous étions pécheurs. L'identité, c'est que nous sommes maintenant lavés. »
  • Le sujet est sensible dans la société, mais aussi parce que l'Église l'a souvent abordé par le côté légaliste : « tu dois faire ceci, sinon tu es condamné ». Le prédicateur demande à son auditoire de l'écouter depuis l'identité, depuis l'appel d'un Créateur qui t'aime, qui s'est donné pour toi et qui te montre un chemin de liberté.

3. Ce que tu fais de ton corps n'est pas indifférent

  • Verset 18 : « Fuyez l'impudicité. » Le mot grec (porneia, que l'on retrouve dans « pornographie ») désigne tout acte sexuel en dehors de l'alliance du mariage entre un homme et une femme. Paul y consacre du temps, non parce que ces péchés seraient les pires, mais parce que leurs conséquences touchent directement le corps, et que le corps est « très important et très saint » aux yeux de Dieu.
  • Les Corinthiens disaient : les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments. Autrement dit, le sexe serait un besoin de base comme manger, et seul compterait le cœur, pas ce que je fais avec mon corps. Paul répond : « D'accord, mais cela ne veut pas dire que nous pouvons faire ce que nous voulons de notre corps. » Andy Owen rapproche ce slogan d'une phrase bien connue aujourd'hui : « My body, my choice », mon corps, mon choix.
  • D'une certaine manière, c'est vrai : Dieu a donné à chacun le libre arbitre. Mais ici, Paul parle à des chrétiens : « Le corps n'est pas fait pour l'immoralité, mais pour le Seigneur. Et le Seigneur est pour le corps, et il a le droit d'en disposer » (verset 13). Cela heurte notre individualisme : « Je veux décider, je sais ce qui est bon pour moi. »
  • Le prédicateur, père d'adolescents, se souvient de ses propres années d'adolescent : « Pas besoin de veste de pluie, je ne vais pas tomber malade. » Et il tombait malade.
  • Verset 14 : comme Dieu a ressuscité le Seigneur, il nous ressuscitera aussi par sa puissance. Ce que tu fais de ton corps n'est pas indifférent, parce qu'il vivra éternellement. Dès maintenant, je peux vivre saintement, comme ce sera à la résurrection. « C'est une belle promesse, aussi pour ma tête qui se dégarnit », une promesse pour nos corps faibles, quand nous vieillissons et devenons plus fragiles.
  • Le corps actuel passera. Paul utilise ailleurs l'image de la semence mise en terre : ce qui en sort est le même et pourtant différent. Notre corps ressuscité sera le même et pourtant autre, et nous pouvons nous en réjouir.
  • Verset 15 : vos corps sont des membres de Christ. « Tes mains deviennent ses mains. Ta bouche devient sa bouche. » On ne peut pas s'unir sexuellement à quelqu'un d'autre quand on est uni à Christ. Andy Owen évoque un grand temple de Corinthe, qu'il appelle le temple d'Artémis, avec plus de mille prostituées sacrées, en précisant qu'on n'est pas historiquement certain de la date.
  • Si c'est ton passé, la honte et le jugement n'ont pas à dominer ta vie : reviens au verset 11, Dieu a lavé et pardonné. Et si c'est ton combat aujourd'hui : « Nous sommes des humains, nous avons des combats, nous avons des tentations. » C'est une invitation à défaire ces liens, à confesser, à recevoir le pardon et à te lier de nouveau à Christ.

4. Ton corps n'est pas privé, il est habité

  • Verset 19 : « Avez-vous donc oublié que votre corps est un temple du Saint-Esprit ? L'Esprit que Dieu vous a donné habite en vous. »
  • On pense souvent : « Ce que je fais pour moi, dans ma chambre, ne regarde personne. » Paul répond que le Dieu vivant habite dans ton corps. « Tu n'es jamais seul. Tu n'es jamais en privé. » Tout ce que tu fais, y compris avec ton corps, n'est jamais simplement une affaire privée. L'Esprit de Dieu est un cadeau.
  • Sous l'ancienne alliance, il fallait faire trois fois par an un long voyage jusqu'à Jérusalem pour s'approcher du sanctuaire, et seul le souverain sacrificateur entrait une fois par an. Paul dit que ton corps est le lieu très saint.
  • « Qu'il est bon de savoir que tu n'es jamais seul. Mais à l'inverse, c'est aussi effrayant : tu n'es jamais seul. » Rien n'est privé, pas même notre regard.
  • À l'argument « je ne fais de tort à personne », le texte répond : tu te fais du tort à toi-même, et tu fais du tort au Saint-Esprit.

5. Ton corps ne t'appartient pas, il a été acheté

  • Autre slogan corinthien (verset 12) : « Tout m'est permis. » Peut-être l'avaient-ils entendu de Paul lui-même. Andy Owen rappelle aussi la phrase attribuée à Augustin : « Aime Dieu et fais ce que tu veux. »
  • Paul répond : oui, tout est permis, mais tout n'est pas bon. « Tu peux faire avec ta liberté des choses qui te privent de ta liberté. » Je peux tout faire, mais si je braque une banque, cela a des conséquences.
  • L'éthique sexuelle de notre société a repris de bonnes choses au christianisme : ne pas nuire à autrui, le consentement. Ce n'était pas le cas chez les Grecs et les Romains de l'Antiquité. Mais elle n'a pas repris le reste : nous ne nous appartenons plus, et ce qui est permis n'est pas forcément bon pour moi et pour les autres.
  • « Je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit » : n'utilise pas ta liberté pour redevenir esclave, dépendant, addict. Le prédicateur laisse chacun l'appliquer à sa propre vie.
  • Paul change la question. Il ne demande pas « est-ce que je fais du tort à quelqu'un ? », mais « à qui est-ce que j'appartiens ? ». « La liberté, ce n'est pas n'appartenir à personne. La liberté, c'est appartenir à la bonne personne. C'est cela, la vraie liberté. »
  • Andy Owen termine avec la première question du catéchisme de Heidelberg : « Quelle est ton unique consolation dans la vie et dans la mort ? » Réponse : que, corps et âme, dans la vie et dans la mort, je n'appartiens pas à moi-même, mais à mon fidèle Sauveur Jésus-Christ. « Nous n'avons pas à nous inventer nous-mêmes, ni à nous définir par nos performances. » Tu peux lui appartenir avec ton corps, même faible, et avec tes combats intérieurs.

6. Trois pas à emporter

  • T'attacher : décide-toi pour Jésus, lie-toi à lui, à lui seul et à rien d'autre.
  • Lui ouvrir l'espace : le Saint-Esprit vit en toi, donne-lui sa place.
  • Lui rendre les droits de propriété : sur ton corps, sur tes pensées. Honore Dieu avec tout ce que tu as, y compris ton corps.
  • Dans sa prière finale, le prédicateur remercie Jésus d'avoir payé ce prix si cher : il a donné sa vie, son corps a été brisé, son sang a coulé, « pour que nous et nos corps puissions vivre et ressusciter ». Il demande à Dieu d'apporter sa consolation au travers de la honte, de conduire les cœurs à la repentance et de rendre son Église capable de l'honorer avec ses corps.

Points à retenir

  • Le point de départ n'est pas la condamnation mais l'identité : en Christ, tu es lavé, sanctifié et déclaré juste.
  • Ton corps n'est pas indifférent à Dieu : il est pour le Seigneur, il est membre de Christ et il ressuscitera.
  • Ton corps est le temple du Saint-Esprit : tu n'es jamais seul, et rien n'est purement privé.
  • La vraie question n'est pas « est-ce que je fais du tort à quelqu'un ? » mais « à qui est-ce que j'appartiens ? ».
  • La liberté, ce n'est pas n'appartenir à personne, c'est appartenir à Jésus-Christ, corps et âme.

Application personnelle

  • Comment regardes-tu ton corps aujourd'hui : comme une enveloppe encombrante, comme un objet à perfectionner, ou comme un corps que Dieu a créé et qu'il ressuscitera ?
  • Y a-t-il dans ton passé un domaine où la honte domine encore ? Que change pour toi la parole « vous avez été lavés » ?
  • Quels liens as-tu besoin de défaire pour te lier de nouveau à Christ, avec ton âme mais aussi avec ton corps ?
  • Dans quel domaine utilises-tu ta liberté d'une manière qui te rend dépendant ?
  • Concrètement, comment peux-tu cette semaine rendre à Dieu les droits sur ton corps et sur tes pensées ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi Paul parle-t-il autant de sexualité dans 1 Corinthiens 6 ?

Pour Andy Owen, ce n'est pas parce que les péchés sexuels seraient les pires de tous. Paul y passe du temps pour une raison pratique : leurs conséquences touchent directement le corps, et le corps est, aux yeux de Dieu, quelque chose de très important et de saint (1 Corinthiens 6:18).

Que veut dire « ton corps est le temple du Saint-Esprit » ?

Le Dieu vivant habite en toi. Sous l'ancienne alliance, il fallait faire le voyage jusqu'à Jérusalem pour s'approcher du sanctuaire, et seul le souverain sacrificateur entrait une fois par an dans le lieu très saint. Paul dit que ton corps est ce lieu très saint. Tu n'es donc jamais seul, et rien de ce que tu fais n'est purement privé.

« Tout m'est permis » : le chrétien est-il libre de faire ce qu'il veut de son corps ?

Paul répond que tout n'est pas utile et qu'il ne se laissera asservir par rien. Andy Owen résume : on peut utiliser sa liberté pour perdre sa liberté. Paul ne demande pas « est-ce que je fais du tort à quelqu'un ? » mais « à qui est-ce que j'appartiens ? ». La liberté, ce n'est pas n'appartenir à personne, c'est appartenir à la bonne personne.

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