Actes 2 : la société ne bâtira pas la communauté à ta place

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Introduction

« Nous ne vivons pas à une époque ni dans un lieu où la société bâtira les relations à notre place. » Dan Kim prêche à St Aldates, à Oxford, dans le cadre de la série Vision 26. Son texte : Actes 2:42-47, le portrait de la première Église.

Il part d'un constat : tout le monde aspire à la communauté, mais il y a un grand écart entre l'importance qu'on lui accorde et la manière dont on vit réellement. Les gouvernements et les groupes de réflexion ne savent pas quoi faire face à la solitude. Le prédicateur y voit au contraire une occasion et un appel profond pour l'Église.

Il relit Actes 2 et l'histoire des premiers chrétiens dans l'Empire romain, puis propose trois pratiques simples, presque banales, pour recoudre le tissu social là où tu vis.

Plan du message

1. Une société qui pousse vers l'isolement

  • En 2018, le gouvernement britannique a créé un poste de ministre de la Solitude. Selon le prédicateur, 9 millions de personnes en souffrent de façon chronique au Royaume-Uni, une personne sur six dans le monde, et 800 000 personnes sont mortes entre 2014 et 2019 de problèmes de santé liés à ce mal. « Les personnes seules représentent aujourd'hui une urgence nationale. »
  • La vie est chargée, et les plus grandes entreprises du monde cherchent à capter chaque seconde de ton temps pour les revenus publicitaires. Interrogé sur son plus grand concurrent, Reed Hastings, cofondateur de Netflix, a répondu : « Mon plus grand concurrent, c'est le sommeil humain. »
  • Avec le coût de la vie, manger et boire ensemble dans les lieux publics est devenu un luxe. Les repas partagés sont passés d'espaces publics spontanés à des espaces privés planifiés.
  • Depuis un siècle, les « couches intermédiaires » entre l'individu, la famille et l'État se sont vidées : clubs, salles communales, scouts. Il devient difficile même d'imaginer une vie communautaire pleine.
  • Il existe des milliers de livres sur la productivité, le développement personnel, le sport, la santé mentale, les finances ou l'éducation des enfants, mais très peu sur la vie ensemble. Quand la vie se resserre, la tentation est de se replier : « Je dois me protéger, moi et ma famille. » Dan Kim avoue ressentir cela certains matins au réveil.
  • La force de gravité de la société pousse vers l'isolement, l'individualisme et la fragmentation. Ce n'est pas la vie à laquelle nous aspirons, ni celle que Dieu désire pour nous.

2. Actes 2 : la première réponse à l'amour de Jésus

  • La première chose qu'ont faite les trois mille premiers chrétiens, après avoir fait l'expérience de l'amour vivant de Jésus-Christ, a été de persévérer dans l'enseignement des apôtres et dans la communion fraternelle (Actes 2:42).
  • La réponse immédiate à la transformation intérieure opérée par le Saint-Esprit a été de se tourner vers les personnes à leur droite et à leur gauche, « comme si l'amour débordait de l'intérieur pour se répandre » dans leur entourage.
  • La communauté n'est pas un simple soutien social pour un parcours individuel. Elle est essentielle à ce que veut dire être chrétien : nous sommes sauvés pour faire partie d'une famille, frères et sœurs en Christ. Dieu est venu guérir la relation verticale avec lui et les relations horizontales entre nous.
  • Parmi les dernières paroles de Jésus à ses disciples : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13:34-35).
  • Dans Actes 2, ils mettent cela en pratique : une générosité radicale, des biens vendus pour les nécessiteux, la prière ensemble, le pain rompu dans les maisons, des rencontres quotidiennes pour prier et adorer, avec joie et simplicité de cœur.

3. « Voyez comme ils s'aiment » : l'Église dans l'Empire romain

  • Vers l'an 112, environ quatre-vingts ans après Actes 2, Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie et du Pont (la côte nord de l'actuelle Turquie), écrit à l'empereur pour demander conseil au sujet de ce groupe religieux nouveau et étrange qui se réunit pour adorer un homme crucifié.
  • Les Romains étaient terrifiés. Dans leur société, la hiérarchie était tout : hommes et femmes, maîtres et esclaves, savants et soldats, citoyens et sujets. La stabilité dépendait de la faveur des dieux, Jupiter ou Mars.
  • Or voici des chrétiens riches et pauvres, puissants et faibles, propriétaires et esclaves, Romains, Juifs, Syriens et Perses, qui chantent ensemble dans les maisons et s'appellent frères et sœurs. Comment appeler un esclave « frère » ?
  • Avec le temps, ces communautés ont gagné le cœur de leurs voisins, y compris de leurs adversaires, qui disaient : « Voyez comme ils s'aiment les uns les autres. »
  • Au IIIe siècle, lors d'une grande épidémie, les chrétiens se sont fait connaître en allant dans les villes soigner les malades, de leur communauté et du dehors. Des empereurs romains, plus tard, ont pressé leurs gouverneurs de mieux soigner les malades, de peur que beaucoup ne se convertissent.
  • L'Église n'a pas grandi seulement par la puissance des paroles de Jésus, mais par la manière dont les chrétiens ont vécu ensemble ces enseignements. Le prédicateur cite Cyprien, un des premiers responsables chrétiens : « Nous ne nous contentons pas de dire de grandes choses, nous les vivons. » Ces premières communautés formaient une société alternative, qui donnait la priorité aux faibles et aux marginalisés, à l'amour du prochain et à l'attachement à Jésus-Christ.
  • Ils ont bousculé un ordre social injuste parce qu'ils croyaient que le sang du Christ était plus fort que celui de toute race ou de toute famille. Aujourd'hui, l'Église est appelée à être une présence stable dans un temps d'incertitude : « des gens qui prennent l'aiguille » et, à chaque amitié et chaque rencontre, recousent le tissu social.

4. Planifie tes engagements relationnels

  • Vivre ainsi va à contre-courant. Cela demande de l'intention et doit devenir une discipline. Dan Kim a recueilli quelques principes auprès de responsables de communautés d'Église à travers le monde, et en retient trois.
  • Un de ses meilleurs amis, haut fonctionnaire à Londres et extrêmement occupé, lui envoie un message chaque semaine pour prendre des nouvelles. S'ils ne se sont pas vus depuis un moment, il insiste pour fixer un café ou un appel vidéo. Il l'encourage et l'aide à rendre des comptes.
  • Un jour, le prédicateur a découvert « quelque chose de terrifiant » : cet ami tient un tableur où figurent toutes les personnes de sa vie, classées par niveaux. Niveau 1 : un message chaque semaine. Niveau 2 : chaque mois. Niveau 3 : un café s'il trouve une heure. Les cases passent au jaune ou au rouge selon le temps écoulé depuis la dernière rencontre.
  • Certains y verront du génie, d'autres la chose la plus effrayante qu'ils aient entendue. Mais cet homme prend ses relations au sérieux et connaît ses limites : sans planification, les anciennes amitiés s'effacent et le courant de la vie emporte tout.
  • Dan Kim n'a pas de tableur. Mais chaque année, sa femme et lui se posent ces questions : dans qui voulons-nous investir cette année ? Envers quels amis proches voulons-nous vraiment nous engager ? Quelles nouvelles amitiés voulons-nous faire grandir ?
  • Tableau blanc, application de notes en désordre : planifie à ta manière, mais planifie.

5. Ancre-toi dans le temps et dans un lieu

  • Dans le temps, cela veut dire des engagements réguliers envers des communautés précises : une équipe de sport, du bénévolat dans une banque alimentaire locale, un cours de poterie. Ce sont ces couches intermédiaires de la société qui manquent aujourd'hui.
  • Pour un chrétien, la communauté chrétienne compte particulièrement : c'est là que nous grandissons. Le disciple ne fait pas qu'apprendre davantage sur Dieu. Il grandit dans l'amour, la patience, la générosité et la bonté, il visite les autres à l'hôpital, il se rend présent même fatigué.
  • Le prédicateur anime et accueille un petit groupe de douze personnes chaque mercredi soir. La vie a ses saisons, et il existe d'autres formes : une réunion de prière tôt le matin, des trios de prière. « Nous avons beaucoup de programmes dans cette église, et ils sont tous formidables. Mais rien ne remplace le feu purifiant de la communauté. C'est là que nous grandissons vraiment. »
  • Dans l'espace, il parle de « monogamie du lieu » : s'engager envers un endroit, avoir une base locale, s'enraciner. Dans Actes 2:46, les chrétiens se retrouvaient chaque jour au temple. Nous sommes des êtres qui vivent dans l'espace.
  • Il y a trois ans, il s'est engagé envers un pub, le Lamb and Flag sur St Giles, et un café de la ville. Il vit « en ligne droite » : un pub, un café, sa maison et l'église. Avec le temps, les mêmes visages reviennent, ses amis savent où le trouver, et il devient lui-même un point d'ancrage.
  • C'est une ancienne pratique monastique, la stabilitas loci. Notre culture court après le nouveau café, le nouveau restaurant. Mais tout ce qui porte du fruit a besoin de racines, et les racines prennent du temps.

6. Sois généreux autant que tu le peux

  • Sois généreux de ton temps, envers ceux qui sont au-delà des frontières sociales, généreux face aux interruptions, généreux de tout ce que tu as. « La communauté est, au fond, une fonction de la générosité » : la manière dont nous nous donnons pour ceux qui nous entourent, et eux pour nous.
  • Une famille de l'église emmène un groupe d'adolescents déjeuner presque chaque dimanche. Cela bâtit une communauté pour ces jeunes et bénit des parents qui ne pourraient pas en assumer le coût.
  • Si tu as une chambre d'amis et que tu connais quelqu'un qui traverse une période difficile, pourquoi ne pas l'accueillir ? Pourquoi ne pas prévoir un budget pour recevoir, ou pour offrir un repas à quelqu'un en difficulté financière ?
  • Il est facile de recevoir des gens qui nous ressemblent et peuvent nous rendre la pareille. L'hospitalité chrétienne est plus radicale. Sa femme l'a interpellé il y a quelques années : « Ta générosité, matérielle et sociale, franchit-elle les frontières de ta classe sociale ? » Un vrai défi, car ces frontières de classe sont une réalité au Royaume-Uni, et « il est bon d'appeler les choses par leur nom ».
  • Tout cela n'arrivera que si nous en faisons une priorité. Certains se lèvent à cinq heures du matin trois ou quatre fois par semaine pour aller à la salle de sport. « Pourquoi ne pas le faire pour retrouver quelqu'un, prier avec lui ou prendre un café ? »
  • On peut aussi demander de l'aide. Dans une période de surcharge, Dan Kim a dit à ses amis : « Je veux vous voir. S'il vous plaît, venez me chercher, frappez à ma porte. J'ai besoin que vous fassiez l'effort pendant cette saison. »

7. Dieu à l'œuvre dans l'ordinaire

  • Tableurs, cafés, pubs : tout cela peut sembler détaillé, simple, peu impressionnant. Quel rapport avec Dieu, le réveil et le renouveau d'une nation ? « Presque tout. »
  • Jésus n'est pas venu seulement pour nous donner des expériences à l'intérieur de l'église. Sur la terre, il fréquentait les marchés, entrait dans les maisons, s'asseyait à table et parcourait les rues en annonçant l'Évangile du royaume.
  • Le mystère de la foi chrétienne, c'est que la puissance extraordinaire de Dieu se manifeste dans les choses ordinaires. Si tu es chrétien, tu portes la présence de Dieu par le Saint-Esprit. Être le corps du Christ, c'est être ses mains, ses pieds et son cœur, ensemble et non comme des individus isolés.
  • Prendre un café régulièrement avec quelqu'un, aller au club de poterie, venir à une fête quand tu es épuisé : ce n'est pas seulement de la politesse, c'est une œuvre du royaume, point par point, pour coudre un tissu social capable d'accueillir des personnes.
  • Les premiers chrétiens « trouvaient grâce auprès de tout le peuple » (Actes 2:47) à cause de leur manière de vivre. Dan Kim appelle ceux qui en ont la passion et l'appel à devenir des connecteurs, des rassembleurs, des hôtes, des piliers.
  • « On ne peut pas programmer la communauté. » Aucun programme, aucun cours, aucune politique, aucune application ne peut le faire. Elle naît quand assez de personnes sont remplies de l'amour de Jésus-Christ et se consacrent à lui, à sa mission, à la prière et les unes aux autres.

Points à retenir

  • La société ne bâtira pas les relations à ta place : sa pente naturelle va vers l'isolement, l'individualisme et la fragmentation.
  • Dans Actes 2, la première réponse à l'amour de Jésus a été de se consacrer les uns aux autres. La communauté fait partie de l'identité chrétienne.
  • Les premiers chrétiens ont marqué l'Empire romain non seulement par leurs paroles, mais par leur manière de s'aimer et de soigner les plus faibles.
  • Trois pratiques concrètes : planifier ses engagements relationnels, s'ancrer dans le temps et dans un lieu, être généreux au-delà des frontières sociales.
  • La puissance de Dieu se manifeste dans l'ordinaire : un café, une table partagée, une présence fidèle.

Application personnelle

  1. Dans quelles personnes veux-tu investir cette année, parmi tes amis proches et parmi de nouvelles relations ?
  2. Quel engagement régulier (petit groupe, prière, bénévolat, activité locale) pourrait t'ancrer dans le temps ?
  3. Y a-t-il un lieu où tu pourrais revenir fidèlement pour devenir un point d'ancrage pour les autres ?
  4. Ta générosité et ton hospitalité franchissent-elles les frontières de ton milieu social ?
  5. Traverses-tu une saison sans énergie où tu aurais besoin de demander à tes amis de venir vers toi ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que nous apprend Actes 2 sur la communauté chrétienne ?

Dan Kim relève que les trois mille premiers chrétiens, après avoir fait l'expérience de l'amour de Jésus, se sont attachés à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle. L'amour reçu par le Saint-Esprit s'est aussitôt tourné vers les autres. Pour lui, la communauté n'est pas un simple soutien pour un parcours individuel : elle fait partie de ce que veut dire être chrétien.

Comment bâtir la communauté quand on est très occupé ?

Le prédicateur propose trois pratiques : planifier ses engagements relationnels (se demander chaque année dans qui investir), s'ancrer dans le temps et dans un lieu (un petit groupe régulier, des lieux fréquentés fidèlement) et être généreux de son temps, de ses biens et de son hospitalité. Il ajoute qu'on peut aussi demander de l'aide à ses amis dans les saisons sans énergie.

Qu'est-ce que la stabilitas loci ?

C'est une ancienne pratique chrétienne, d'origine monastique, qui consiste à demeurer stable dans un même lieu. Dan Kim l'oppose à une culture obsédée par la nouveauté : tout ce qui porte du fruit a besoin de racines, et les racines prennent du temps. En fréquentant fidèlement les mêmes lieux, tu deviens un point d'ancrage pour les autres.

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