Introduction
Stéphane Guillet ouvre ce sermon dans le contexte tourmenté que nous vivons : guerres, brutalité, violence relayée en direct dans nos foyers. Face à cela, une invitation qui sonne doucement à l'oreille : « Prenons soin les uns des autres. » En partant de Luc 10 et de la parabole du bon Samaritain, il déplie ce que la Bible met vraiment derrière ces mots, et il te propose une lecture bouleversante : le Samaritain qui s'approche du blessé, c'est aussi Jésus lui-même.
Plan du message
1. « Prendre soin » dans la Bible : bien plus qu'un mot doux
- Se souvenir. Psaume 8.5 : « Qu'est-ce que l'homme pour que tu en prennes soin ? » Le verbe hébreu, c'est se souvenir. Dieu ne t'oublie pas, c'est déjà là que commence prendre soin.
- Ne pas oublier. Jésus reprend l'image en Luc 12.6-7 : aucun moineau n'est oublié devant Dieu, et les cheveux de ta tête sont comptés.
- Regarder. Psaume 33.18 : « L'œil de l'Éternel est sur ceux qui le craignent. » Prendre soin, c'est d'abord refuser de tourner la tête, refuser l'indifférence.
- Ne pas fermer son cœur. 1 Jean 3.17 : voir son frère dans le besoin et lui fermer son cœur, c'est le contraire même de l'amour.
- Connaître. Nahum 1.7 : Dieu prend soin de ceux qui se confient en lui, littéralement, il les connaît, comme il connaissait son peuple esclave en Égypte.
- Se soucier. « Il prend soin de vous » (1 Pierre 5.7) : littéralement, il se préoccupe de toi.
- Se préoccuper des siens. 1 Timothée 5.8 : celui qui ne prend pas soin de ses proches, c'est-à-dire ne pense pas à eux, a renié la foi.
- Pourvoir concrètement. Psaume 55.23 : « Il prendra soin de toi », un verbe d'action, il pourvoira à tes besoins. Apocalypse 7 : l'Agneau les fera paître comme un berger.
2. Deux manières de lire la parabole du bon Samaritain
- Imiter le Samaritain. « Va, et toi aussi fais de même » (v. 37). C'est la lecture spontanée, et elle est juste. Prendre soin du prochain, c'est un terrain d'entente immense avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, chrétiens ou pas.
- Mais attention au raccourci. Réduite à cela seule, la foi chrétienne se ramènerait à un simple humanisme : « il me suffit de faire le bien pour hériter la vie éternelle. » Or c'est exactement la question posée au verset 25.
- Le Samaritain, c'est Jésus. Les Pères de l'Église le lisaient ainsi dès les débuts. La religion de l'ancienne alliance n'a pas pu sauver l'homme ; Jésus s'est approché de nous comme le Samaritain s'est approché du blessé.
- Un indice décisif. Le verset 33 dit que le Samaritain « fut ému », littéralement, il fut pris aux entrailles. Ce verbe apparaît plusieurs fois dans les évangiles synoptiques, et à chaque fois sans exception, c'est Jésus qui en est le sujet (ou un personnage de parabole qui représente Dieu, comme le père du fils prodigue).
3. Trois conséquences si Jésus se cache derrière le Samaritain
- Je prends soin parce que Dieu a pris soin de moi. Ma motivation n'est plus ma bonne volonté fragile, mais le souvenir que Dieu s'est approché de moi alors même que je ne le méritais pas. C'est le cœur de l'Évangile : Dieu est venu prendre soin d'une humanité qui en avait besoin, sans discrimination.
- Mon prochain, c'est celui dont je me fais proche. Jésus retourne la question. Pour le spécialiste de la loi, le prochain, c'était le compatriote. Jésus élargit la définition : c'est celui dont tu veux connaître la situation, dont tu veux te préoccuper, à qui tu veux apporter une aide concrète. C'est peut-être cet enfant à l'autre bout du monde que tu ne verras jamais.
- L'humilité de celui qui s'approche. Il ne s'agit pas de te mettre au-dessus du pauvre que tu vas aider. Jésus s'est fait homme, il a accepté d'être blessé, maltraité, pour rejoindre les blessés et les maltraités. Il se cache derrière un Samaritain que personne ne considère. Le soin au prochain, à sa suite, se fait avec cette même humilité.
Points à retenir
- Dans la Bible, « prendre soin » recouvre huit verbes : se souvenir, ne pas oublier, regarder, ne pas fermer son cœur, connaître, se soucier, se préoccuper, pourvoir.
- Le prêtre et le lévite voient, mais détournent le regard. La religion peut nous replier sur nous-mêmes au point de nous empêcher de prendre soin des autres.
- Prendre soin, ça commence dans une disposition d'esprit, mais ça ne reste pas au niveau des intentions : ça se traduit par des gestes concrets, sur la durée.
- Le verbe « être ému aux entrailles » utilisé pour le Samaritain n'a jamais dans les évangiles synoptiques d'autre sujet que Jésus ou Dieu. C'est un signal fort.
- Tu deviens le prochain de celui dont tu te fais proche. Il y a toujours deux prochains dans une rencontre.
Application personnelle
- Devant les images de brutalité et de violence qui te parviennent chaque jour, quelle est ta réaction dominante : indifférence, sidération, désir de faire ? Que veut faire naître le Seigneur en toi à travers cela ?
- De qui te souviens-tu régulièrement dans ta prière ? Y a-t-il quelqu'un que tu as laissé sortir de ta mémoire et que Dieu voudrait y ramener aujourd'hui ?
- Peux-tu nommer une personne dont tu es en train de te faire proche en ce moment, un voisin, un collègue, un membre de ta famille éloigné, un enfant parrainé ? Si non, à qui pourrais-tu commencer à devenir prochain cette semaine ?
- Ta manière d'aider les autres cherche-t-elle parfois le regard admiratif, ou porte-t-elle l'humilité de celui qui se souvient qu'il a lui-même été le blessé rejoint par Jésus ?
- Quel geste concret, pas seulement une intention, peux-tu poser cette semaine pour « prendre soin » de quelqu'un, sur la durée, pas seulement dans l'instant ?
Versets cités
- Luc 10.25-37 · La parabole du bon Samaritain
- Psaume 8.5 · Qu'est-ce que l'homme pour que tu prennes soin de lui ?
- Luc 12.6-7 · Aucun moineau n'est oublié devant Dieu
- Psaume 33.18 · L'œil de l'Éternel
- 1 Jean 3.17 · Fermer son cœur au frère dans le besoin
- Nahum 1.7 · Il connaît ceux qui se confient en lui
- 1 Pierre 5.7 · Il prend soin de vous
- 1 Timothée 5.8 · Prendre soin des siens
- Psaume 55.23 · Rejette ton fardeau sur l'Éternel
- Apocalypse 7.16-17 · L'Agneau les fera paître
Questions fréquentes
Pourquoi lire le bon Samaritain comme une image de Jésus lui-même ?
Cette lecture est ancienne : les Pères de l'Église la proposent depuis les débuts du christianisme. Elle repose sur un indice sérieux : au verset 33, le Samaritain « fut ému aux entrailles » en voyant le blessé. Ce verbe précis, dans les évangiles synoptiques, n'est jamais employé qu'avec Jésus pour sujet, ou avec un personnage de parabole qui représente Dieu, comme le père du fils prodigue. Cette lecture christologique ne remplace pas l'invitation à « faire de même » ; elle vient l'enraciner dans l'Évangile pour éviter que la foi chrétienne ne se réduise à un simple humanisme.
Est-ce que prendre soin du prochain, c'est simplement faire le bien autour de soi ?
Faire le bien, oui, c'est un terrain d'entente réel avec toutes les personnes de bonne volonté, chrétiennes ou non, et c'est une possibilité magnifique de collaboration. Mais pour un disciple de Jésus, la motivation vient d'ailleurs : il prend soin des autres parce qu'il se rappelle que Dieu a pris soin de lui, sans qu'il le mérite. Et il élargit sa notion de prochain jusqu'à celui qu'il ne verra peut-être jamais, en se faisant proche.
Qui est mon prochain, concrètement ?
Jésus retourne la question du spécialiste de la loi. Le prochain n'est pas d'abord une catégorie (compatriote, membre de la famille, croyant du même bord). C'est celui dont tu te fais proche : celui dont tu veux connaître la situation, dont tu veux te préoccuper, à qui tu veux apporter une aide concrète. Le miracle du prochain, c'est que dès que tu deviens proche de quelqu'un, il devient ton prochain et tu deviens le sien.
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