« Je suis le bon berger » : il donne sa vie pour toi

10 min de lecture

Introduction

« Je suis le bon berger. Le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. » Dans Jean 10, Jésus reprend une image que tout le monde connaît à son époque (le berger, ses brebis, l'enclos, le loup), et il la retourne en révélation. Stéphane Guillet t'invite à entrer dans cette scène pour trois raisons : reconnaître sa voix au milieu du vacarme, comprendre ce qui différencie le vrai berger du mercenaire, et garder au cœur de ta foi ce qui la fait tenir, Jésus a donné sa vie pour toi.

Plan du message

1. Le bon berger, une image qui traverse toute la Bible

  • Nous sommes dans la série des « Je suis » de Jésus dans l'Évangile de Jean. Au chapitre 10, Jésus se déclare deux fois : « Je suis la porte » et « Je suis le bon berger ». L'image du berger est répartie sur tout le chapitre (versets 1 à 5, 11 à 18, 25 à 30).
  • Attention à ne pas se laisser piéger par les traductions qui remplacent « brebis » par « mouton » : le côté péjoratif du mot en français est aux antipodes de ce que Jésus veut dire. Le mot revient 14 fois dans ce passage, il est central.
  • Beaucoup pensent qu'Ézéchiel 34 sert d'arrière-plan à ce texte : le prophète y oppose les mauvais bergers d'Israël, qui exploitent le troupeau, au bon berger que Dieu suscitera lui-même. Jésus vient dire : ce bon berger, c'est moi.
  • Le fil rouge des trois sections est un verbe : « connaître ». Les brebis connaissent la voix du berger, le berger connaît ses brebis, et cette connaissance devient mutuelle, un rapport qui ne ressemble à aucun autre.

2. Reconnaître sa voix parmi toutes les voix

  • Dans le village de l'époque, plusieurs troupeaux étaient rassemblés le soir dans un même enclos gardé par un portier. Quand le berger revenait le matin, il appelait ses propres brebis (parfois par leur nom), et celles-ci le rejoignaient en passant au milieu des autres. Elles ne suivaient pas un étranger, parce qu'elles ne reconnaissaient pas sa voix.
  • Entendre la voix du Seigneur, c'est plus que connaître ses enseignements. Un enseignement se lit dans un livre. Une voix se reconnaît par la fréquentation, la relation, le temps passé ensemble. « Clément, mon petit-fils de quatre mois et demi, connaît parfaitement bien la voix de sa maman et de son papa. » Ce n'est pas un savoir, c'est un lien.
  • Calvin parle ici de « l'esprit de discernement » : l'Esprit éduque ton oreille pour la rendre sensible à la parole du Seigneur. C'est le « témoignage intérieur du Saint-Esprit », « l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8.16).
  • Ésaïe 50.4 le dit très bien : « Chaque matin, le Seigneur éveille mon oreille pour que j'écoute à la manière des disciples. » La pratique régulière de la lectio divina (le silence, le texte, la prière, l'écoute), éduque ton oreille et te met dans la posture de la brebis qui reconnaît son berger.
  • Enjeu double : reconnaître sa voix pour pouvoir le suivre au milieu de toutes les voix du monde, et connaître sa voix pour pouvoir la faire entendre à celles et ceux qui ne la connaissent pas encore. Jésus parle lui-même « d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos », peut-être veut-il passer par ta bouche pour les appeler.

3. Le bon berger contre le mercenaire : appartenance ou possession ?

  • Le mercenaire n'est pas vraiment un berger. Quand vient le loup, il fuit, parce que les brebis ne lui appartiennent pas et qu'il ne veut pas risquer sa vie pour elles. Le bon berger, lui, « se dessaisit de sa vie pour ses brebis ».
  • Souviens-toi de Monsieur Seguin et de sa chèvre Blanquette, dans les Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet. Quand Blanquette est seule dans la montagne face au loup, Monsieur Seguin est en bas et il sonne de la trompe, il n'est pas monté la chercher. Le bon berger, lui, monte, affronte, donne sa vie.
  • Il faut bien distinguer appartenance et possession. La possession a toujours quelque chose de démoniaque (ce n'est pas pour rien qu'on parle de « possession démoniaque »). C'est le rapport des mauvais bergers d'Ézéchiel 34 qui exploitent le troupeau, c'est l'emprise du mari violent sur sa femme.
  • L'appartenance dont Jésus parle est de l'ordre du don de soi. Le berger appartient aux brebis parce qu'il donne sa vie pour elles. Et les brebis sont à lui parce qu'en retour elles suivent sa voix et ne veulent en suivre aucune autre. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jean 15.13). C'est aussi le mouvement du Cantique des Cantiques : « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi. »

4. Une connaissance mutuelle à l'image du Père et du Fils

  • « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. » Jésus te connaît individuellement. Il t'appelle par ton nom. Il sait quand tu vas bien, quand tu as besoin de soin, quand tu es rassasié ou quand tu as faim.
  • La seconde partie est plus vertigineuse : nous connaissons le Fils comme le Fils connaît le Père. Comment est-ce possible ? Parce que ce que Jésus connaît parfaitement du Père, c'est son amour, l'amour de ce Père qui le donne au monde pour le salut de quiconque croit. Et c'est exactement ce que nous avons à connaître de Jésus : l'amour du berger qui donne sa vie pour ses brebis.
  • Voilà le cœur : connaître Jésus, ce n'est pas d'abord accumuler des informations sur lui. C'est reconnaître l'amour qui l'a fait mourir pour toi.

5. Le sacrifice du bon berger, à garder au cœur de ta foi

  • Jésus ne se contente pas d'être prêt à donner sa vie pour ses brebis. Il la donne effectivement. « Il se dessaisit de sa vie pour ses brebis. » Il s'est offert en sacrifice pour te sauver.
  • Ce message n'est pas seulement le message du début de la vie chrétienne, celui du baptême, que tu pourrais ensuite mettre de côté pour aller « plus loin ». C'est le message à garder constamment au cœur de ta relation avec le Seigneur.
  • Anselme de Cantorbéry le dit avec une force rare : « Rends grâce tant qu'il te reste un souffle. Dans cette seule mort, place toute ta confiance. N'aie confiance en nulle autre chose. À cette mort, remets-toi totalement. Par elle seule, protège-toi. De cette mort, enveloppe-toi totalement. »
  • Pourquoi est-il si important de garder ce sacrifice au centre ? Parce que c'est la seule réalité capable de faire naître en toi la reconnaissance, l'adoration, le désir d'entendre sa voix, et la force de le suivre sur les chemins où il veut te conduire.

6. La vie éternelle : dans la main du berger, dans la main du Père

  • La mort de Jésus n'est pas au centre pour entretenir des pensées morbides, au contraire. Par son sacrifice, il donne à ses brebis la vie éternelle. « Elles ne périront jamais. »
  • La vie éternelle, littéralement en grec, c'est « la vie de l'âge à venir » : la vie de résurrection, la vie de Dieu, la vie du Ressuscité. C'est le fait d'être rendu participant à la vie de Dieu par ton union au Christ.
  • L'image se termine sur les brebis dans la main du berger. Personne ne peut les en arracher, parce que cette main est aussi la main du Père, et le Père est plus grand que tout. « Moi et le Père, nous sommes un. »
  • Être dans la main du Fils, c'est être dans la main du Père. Et de cette main, rien ni personne ne peut te sortir.

Points à retenir

  • Jésus est le bon berger. Il t'appelle par ton nom, il te connaît individuellement, pas comme un dossier, comme une personne aimée.
  • Reconnaître sa voix demande une fréquentation régulière. La lectio divina, le silence, l'écoute quotidienne éduquent ton oreille à distinguer sa voix parmi toutes les autres.
  • L'appartenance au bon berger n'est pas une possession, c'est un don réciproque. Il se donne pour toi ; en retour, tu le suis.
  • Le sacrifice de Jésus n'est pas une étape à dépasser : c'est le cœur permanent de la vie chrétienne. Reviens-y chaque jour.
  • Dans la main du berger, tu es aussi dans la main du Père. Nul ne peut t'en arracher. La vie éternelle a déjà commencé.

Application personnelle

  1. Quelles voix occupent aujourd'hui le plus d'espace dans ta tête et dans ta semaine ? Quelle place reste-t-il pour entendre celle du berger ?
  2. À quoi ressemblerait, cette semaine, un vrai temps de lectio divina (silence, texte biblique, prière, écoute), pour éduquer ton oreille à sa voix ?
  3. Où confonds-tu peut-être appartenance et possession, dans ta relation à Dieu, à ton conjoint, à tes enfants, à un ministère ? Où as-tu besoin de passer de « saisir » à « se donner » ?
  4. As-tu tendance à considérer le sacrifice de Jésus comme un message « du début », que tu as dépassé ? Comment le remettre au cœur de ta prière et de ton adoration cette semaine ?
  5. Sur quelle peur, quelle circonstance, quelle menace as-tu besoin d'entendre : « personne ne pourra les arracher de ma main » ?

Versets cités

Questions fréquentes

Comment reconnaître concrètement la voix du berger au milieu de toutes les autres voix ?

Pas par un savoir accumulé, mais par une fréquentation. Une voix se reconnaît parce qu'on l'entend souvent, parce qu'on est en relation avec celui qui parle. C'est pour cela que la pratique régulière de l'écoute (méditer la Bible en silence, prier à partir du texte, laisser l'Esprit éduquer ton oreille), est décisive. Calvin parle de « l'esprit de discernement » : c'est le Saint-Esprit lui-même qui rend ton oreille sensible à la parole du Seigneur. Ésaïe 50.4 en donne le rythme : « Chaque matin, le Seigneur éveille mon oreille pour que j'écoute à la manière des disciples. » Sans cette habitude, la voix du berger se dilue dans le bruit ambiant. Avec elle, tu apprends peu à peu à la distinguer, comme un nourrisson reconnaît la voix de sa maman parmi toutes les autres.

Quelle est la différence entre appartenir au berger et être possédé par lui ?

La différence est immense, et vitale pour comprendre ta relation à Dieu. La possession est de l'ordre de la prédation : elle prend, elle exploite, elle enferme. C'est le rapport des mauvais bergers d'Ézéchiel 34 qui profitent du troupeau, c'est l'emprise du mari violent sur sa femme, c'est ce que l'Évangile appelle « démoniaque ». L'appartenance dont parle Jésus est exactement l'inverse : elle est un don réciproque. Le berger appartient aux brebis parce qu'il donne sa vie pour elles ; les brebis appartiennent au berger parce qu'en retour elles suivent sa voix et ne veulent en suivre aucune autre. Appartenir à Jésus, ce n'est pas être capturé, c'est être aimé au point qu'on choisit librement de le suivre.

Pourquoi Jésus insiste-t-il autant sur son sacrifice, si nous vivons déjà la résurrection ?

Parce que c'est le sacrifice qui rend la résurrection réelle pour toi. Le message « le bon berger donne sa vie pour ses brebis » n'est pas une étape que tu quitterais après ton baptême pour « aller plus loin ». C'est le cœur permanent de la vie chrétienne. Anselme de Cantorbéry l'exprime magnifiquement : « Dans cette seule mort, place toute ta confiance… De cette mort, enveloppe-toi totalement. » Pourquoi ? Parce que c'est ce sacrifice qui fait naître en toi la reconnaissance, qui te donne le désir d'entendre sa voix, et qui te donne la force de le suivre. Sans lui au centre, la vie chrétienne devient vite un effort moral. Avec lui au centre, elle reste ce qu'elle est : une réponse d'amour à un amour qui t'a déjà tout donné.

Toutes les prédications sur « Famille »

Ne rate aucune prédication de Église Évangélique Libre

Un résumé clair à chaque nouveau message, directement chez toi.

pour prendre des notes et poser une question.

Sur le même thème

Message publié par Église Évangélique Libre. Retrouve l'intégralité de l'enseignement sur sa chaîne.

← Retour au Journal

« Je suis le bon berger » : il donne sa vie pour toi | Efficient Church