Jésus est-il vraiment Dieu ? Henri Blocher répond

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Introduction

Dans ce podcast Comprendre la foi chrétienne de l'église du Tabernacle (Paris 18e), le pasteur Benjamin Short reçoit le théologien Henri Blocher autour d'une affirmation qui reste, aujourd'hui encore, l'une des plus audacieuses du christianisme : Jésus est Dieu lui-même. Henri Blocher pose les balises indispensables (un seul Dieu, deux natures distinctes en une seule personne), puis répond aux objections classiques, du silence apparent des évangiles au fameux « personne ne connaît le jour » de Matthieu 24, jusqu'à la question musulmane de la mort de Dieu. Une conversation dense, pastorale, patiemment argumentée, à laquelle tu es invité à prendre part.

Plan du message

1. Trois précisions avant de répondre : ce que veut dire « Jésus est Dieu »

  • Henri Blocher rappelle d'abord que cette affirmation n'est pas nouvelle : le concile de Nicée, dont on célébrait l'an dernier le 1700e anniversaire, a solennellement confessé que Jésus est « vrai Dieu de vrai Dieu, lumière de lumière ». C'est la foi du christianisme originel, celui des premiers siècles.
  • Précision numéro un : si Jésus est Dieu, il y a un seul Dieu. Père, Fils et Saint-Esprit ne sont pas trois dieux. Il ne faut pas se les imaginer comme trois personnes terrestres, ce serait retomber dans un trithéisme que la foi chrétienne a toujours rejeté.
  • Précision numéro deux : le mot « personne » est employé, comme le disait Augustin, « parce qu'on n'en a pas de meilleur ». Le Fils, désigné par l'apôtre Jean comme la Parole, est l'expression totale de Dieu, sa raison même, interne à la divinité.
  • Précision numéro trois : affirmer la divinité du Fils ne divinise pas l'homme Jésus. Un autre concile (celui de Chalcédoine (451)), a fixé la formule : les deux natures, divine et humaine, restent distinctes, sans confusion, parfaitement unies parce qu'elles subsistent en une seule personne. Le mystère est réel, mais la clarté doctrinale est nécessaire.

2. Jésus a-t-il dit « je suis Dieu » ? La réponse d'Henri Blocher

  • Blocher conteste la formulation même de la question. Selon lui, l'affirmation de la divinité par Jésus est « tellement massive, tellement plurielle par recoupement de divers côtés » qu'il faut être « aveugle ou sourd » pour ne pas la discerner dans les évangiles.
  • Les autorités du judaïsme officiel l'ont d'ailleurs condamné précisément pour cela, elles avaient très bien compris la portée de ses paroles. « Le Père et moi, nous sommes un » (Jean 10.30). Devant le Sanhédrin, Jésus cite Psaume 110 et Daniel 7 : le Messie siégera sur le trône même de Dieu et viendra sur les nuées du ciel, une manifestation divine dans tout le symbolisme de l'Ancien Testament.
  • Jean-Baptiste, son précurseur, réalise la prophétie d'Ésaïe 40 : « préparez le chemin du Seigneur ». C'est Dieu lui-même qui vient. Et Jésus s'applique tous les attributs du Dieu unique d'Israël, il est plus grand que Salomon, il est la lumière.
  • Pourquoi alors n'a-t-il pas dit plus directement « je suis Dieu » ? Deux raisons, selon Blocher : le Messie devait le montrer par ses œuvres, et surtout l'œuvre pour laquelle il était venu (la croix et la résurrection), devait être accomplie pour que sa divinité soit pleinement comprise.
  • Le texte qui convainc particulièrement Henri Blocher : Jean 8, « avant qu'Abraham fût, moi je suis », un « moi je suis » qui reprend le Nom même de Dieu révélé à Moïse (Exode 3.14) et qui déclenche l'ire violente de ses auditeurs, précisément parce qu'ils ont compris.

3. Matthieu 24.36 : si Jésus ignore le jour, comment peut-il être Dieu ?

  • L'objection est classique : Dieu est omniscient, or Jésus dit lui-même ignorer le moment de la fin. Réponse de Blocher : ce verset se comprend par la distinction des deux natures. En tant qu'homme, Jésus n'est pas omniscient ; en tant que Dieu, il sait tout.
  • Blocher ne prétend pas démonter le mécanisme : « il réussit à parler en tant qu'homme sans que sa conscience humaine soit envahie par sa toute-science divine ». C'est le mystère de l'union hypostatique, cette union des deux natures en la personne unique du Fils.
  • Il ajoute une note décisive : dans son ministère terrestre, Jésus « a voulu jouer le jeu » et n'a pas usé de ses prérogatives divines. C'est ce que la tradition appelle la kénose (Philippiens 2.6-8), le dépouillement volontaire. L'épître aux Hébreux parle des « jours de sa chair », la nature humaine dans sa fragilité assumée.

4. Pourquoi la divinité de Jésus est-elle centrale ? Deux raisons

  • La plénitude de la révélation. Si Jésus est Dieu venant jusqu'à nous, homme parmi les hommes, alors Dieu se fait connaître entièrement tel qu'il est, non plus par des intermédiaires inférieurs, mais en personne. Aucune autre voie ne pouvait atteindre cette plénitude.
  • Le salut. Il fallait un homme pour remporter la victoire sur le mal ; mais, comme le disait Calvin, « il fallait qu'il fût Dieu » pour triompher de la puissance des ténèbres. C'est ainsi seulement que nous avons une victoire totale, et c'est le sens même de la résurrection.

5. « Cette doctrine est-elle tardive ? » Non : c'est faux, trois fois faux

  • Certains prétendent que la divinité de Jésus n'aurait été affirmée qu'au 4e siècle, à Nicée. Blocher répond fermement : « c'est faux, c'est faux, c'est faux ».
  • Les preuves néotestamentaires sont massives. Le prologue de Jean appelle Jésus « le Dieu seul engendré » (Jean 1.18) qui nous fait connaître le Père jusqu'en son cœur. La formule baptismale « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28.19) associe le Fils et l'Esprit au Père, ce qui serait blasphématoire s'ils n'étaient pas Dieu. L'Apocalypse rapporte constamment la gloire à Dieu et à l'Agneau.
  • Pourquoi alors avoir attendu 325 pour un concile œcuménique ? Raison très simple : les chrétiens étaient persécutés. Il n'était pas légal d'être chrétien. Ce n'est qu'après la conversion de Constantin que ce grand rassemblement a pu avoir lieu. Mais dès le 2e siècle, de nombreux auteurs chrétiens affirment la divinité du Christ.
  • Le discours de Pierre à la Pentecôte (Actes 2), souvent invoqué pour prétendre que la divinité n'est pas mentionnée, implique en réalité cette divinité : le Psaume 110 y annonce que le Messie siège sur le trône même de Dieu.

6. Comment Dieu peut-il mourir ? La réponse au questionnement musulman

  • « Dieu ne peut pas mourir en effet. » C'est précisément là, dit Blocher, que réside le secret le plus solennel de l'incarnation : il fallait que Dieu le Fils prenne la nature humaine pour pouvoir mourir et régler ainsi la question du mal.
  • Le raisonnement suit l'épître aux Hébreux (Hébreux 2.14) : Jésus a triomphé, par la mort, de celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable. Sa mort n'est pas l'anéantissement de sa divinité, c'est la victoire sur le mal, dont la résurrection est le fruit visible.
  • Si la croix est au centre de la prédication chrétienne, c'est que c'est par sa mort que Jésus a triomphé. Il fallait qu'il meure, et pour mourir, il fallait qu'il devînt homme.

7. Concrètement : à qui je prie ?

  • Blocher répond avec la simplicité de l'usage : « Nous prions Dieu. » La prière se définit comme une parole adressée à Dieu.
  • Parce qu'il y a en Dieu une différenciation réelle, profonde, mystérieuse, il est permis de diriger sa prière soit vers le Père, soit vers le Fils, soit vers l'Esprit, sans jamais les séparer, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu.
  • La forme fondamentale, telle que Blocher la vit chaque jour : nous prions Dieu qui, par l'œuvre du Fils, devient notre Père. Nous prions le Père par le Fils, dans l'Esprit qui rend la prière authentique. Dieu s'est abaissé jusqu'à nous pour que nous puissions aller à lui, nous en étions incapables, il est descendu.

Points à retenir

  • Affirmer que Jésus est Dieu, c'est confesser un seul Dieu en trois personnes, jamais trois dieux.
  • Les deux natures du Christ, divine et humaine, restent distinctes sans confusion et unies en une seule personne (Chalcédoine, 451).
  • Jésus n'a pas dit littéralement « je suis Dieu », il l'a dit avec force et de mille manières, jusqu'à être condamné pour cela.
  • Le « je ne sais pas » de Matthieu 24.36 ne nie pas sa divinité : il révèle la kénose, ce dépouillement volontaire par lequel Jésus, dans « les jours de sa chair », n'a pas usé de ses prérogatives divines.
  • La divinité de Jésus n'est pas une invention tardive : elle est massive dans le Nouveau Testament ; le concile de Nicée (325) n'a pas inventé, il a formalisé après que la persécution eut cessé.
  • Il fallait que Dieu se fasse homme pour pouvoir mourir, c'est par sa mort que Jésus a triomphé du mal, et sa résurrection en est le fruit.

Application personnelle

  1. Quand tu confesses que Jésus est Dieu, est-ce une doctrine que tu récites, ou une réalité qui règle ta vie de prière et ton adoration ?
  2. Y a-t-il des passages des évangiles que tu évites parce qu'ils te déconcertent, par exemple les moments où Jésus semble « diminué » (fatigue, ignorance, larmes) ? Comment la kénose t'aide-t-elle à les recevoir ?
  3. Face à un ami musulman ou juif qui te dit « Dieu ne peut pas mourir », que réponds-tu aujourd'hui, et que te donne à réentendre cette conversation ?
  4. Comment tu pries : au Père ? au Fils ? au Saint-Esprit ? Cette semaine, essaie de nommer explicitement les trois dans un même moment de prière et note ce que cela produit.
  5. La divinité de Jésus est-elle pour toi une raison d'adoration plus grande, ou seulement une case doctrinale ? Prends dix minutes cette semaine pour contempler Jean 1.1-18 sans rien demander.

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi affirmer que Jésus est Dieu si les évangiles ne le disent pas explicitement ?

Henri Blocher conteste la prémisse : l'affirmation est présente, mais par des voies multiples et convergentes. Jésus applique à sa propre personne les attributs du Dieu unique d'Israël, cite Psaume 110 et Daniel 7 devant le Sanhédrin, déclare « Moi et le Père nous sommes un », et affirme dans Jean 8 « avant qu'Abraham fût, je suis », ce qui lui vaudra la condamnation à mort. Ses adversaires, eux, avaient parfaitement compris la portée de ses paroles.

Comment concilier la divinité de Jésus et son ignorance du jour de la fin (Matthieu 24.36) ?

Par la distinction des deux natures, telle que Chalcédoine l'a formulée : en tant qu'homme, Jésus n'est pas omniscient ; en tant que Dieu, il sait tout. Blocher ajoute que Jésus, durant son ministère terrestre, a volontairement « joué le jeu » de l'humanité sans user de ses prérogatives divines. C'est la doctrine de la kénose : le dépouillement libre du Fils décrit en Philippiens 2 et dans « les jours de sa chair » évoqués par l'épître aux Hébreux.

La divinité de Jésus n'a-t-elle pas été inventée au concile de Nicée en 325 ?

Non, Henri Blocher répond « c'est faux, c'est faux, c'est faux ». Le Nouveau Testament l'affirme massivement dès le 1er siècle (Jean 1.18, la formule baptismale trinitaire, l'Apocalypse). Les auteurs chrétiens du 2e siècle en témoignent également. Si un concile œcuménique a attendu 325, c'est simplement parce que le christianisme était illégal et persécuté ; seule la conversion de l'empereur Constantin a permis un tel rassemblement. Nicée n'a rien inventé, il a formalisé une foi déjà universellement partagée.

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