Introduction
Il y a des chapitres de la Bible qu'on préférerait sauter. Josué 10 et 11 en font partie : ville après ville, roi après roi, la même formule revient sans relâche : « Il la frappa du tranchant de l'épée. » Benjamin Peterschmitt les compare au roman La peste d'Albert Camus, où le vrai drame n'est pas l'épidémie, mais le refus initial de regarder la réalité en face. La clé du courage, dans ce texte, c'est justement de ne pas détourner les yeux : regarder le jugement de Dieu, comprendre qu'il est réel, et découvrir pourquoi la grâce en Jésus est aussi coûteuse et aussi précieuse.
Plan du message
1. Un jugement local et historique
- Chapitre 10 : campagne du sud (bataille contre les cinq rois amoréens, prise de Makkéda, Libna, Lakis, Éclon, Hébron, Debir), Dieu intervient miraculeusement pour Josué.
- Chapitre 11 : campagne du nord (le roi Jabin de Hatsor rassemble une immense coalition, Josué attaque par surprise, Hatsor est brûlée, les Anakim sont exterminés).
- Une formule revient environ 15 fois en deux chapitres : Josué prend la ville, « il la frappa du tranchant de l'épée » et « voua » tout à l'Éternel. Cette répétition n'est pas accidentelle, l'auteur veut nous empêcher de banaliser.
- Ce jugement n'est pas une explosion divine soudaine : Dieu avait annoncé à Abraham en Genèse 15 que « c'est à la quatrième génération » que ses descendants reviendraient, « car jusqu'à présent l'iniquité des Amoréens n'est pas à son comble ». Quatre siècles de patience, pendant lesquels les pratiques cananéennes étaient : inceste, sacrifices d'enfants sur les autels des divinités, consultation des esprits, sortilèges.
- La patience de Dieu n'est pas une attente passive : c'est une porte ouverte. Rahab, une prostituée cananéenne, a entendu, s'est détournée et a été épargnée. La repentance était possible pour tous. Mais quand le délai arrive à son terme, Dieu dit « ça suffit ».
2. Un jugement universel et final
- Le livre de Josué n'est pas une simple parenthèse ancienne. Il s'inscrit dans l'histoire plus grande que la Bible raconte (66 livres, 40 auteurs, 1500 ans), pour dire comment Dieu sauve l'humanité.
- Josué (Yeshoua en hébreu) et Jésus (Yeshoua) portent le même nom : « L'Éternel sauve ». Josué est la maquette, Jésus est le bâtiment achevé. Josué conduit Israël dans un repos géographique ; Jésus nous conduit vers un repos éternel. Josué exerce le jugement sur les peuples cananéens ; Jésus, à qui le Père a remis tout jugement (Jean 5), exerce le jugement à l'échelle de l'humanité entière.
- Pourquoi le jugement final n'est-il pas encore tombé ? Pierre répond : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de sa promesse… il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse » (2 Pierre 3). Nous vivons aujourd'hui un délai de grâce, comparable aux 400 ans entre Abraham et Josué, mais un délai qui a une fin.
- Matthieu 25 le décrit : le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, séparera les brebis des boucs, et le jugement sera universel. Si l'exécution locale des Cananéens nous heurte, c'est une bonne chose : elle nous prépare à prendre au sérieux le jugement qui, lui, concernera tous les hommes et toutes les générations.
- Le problème des Cananéens n'était pas culturel : c'était l'idolâtrie, le refus de Dieu, la persévérance dans le péché. Notre idolâtrie contemporaine (pouvoir, image, réussite, sécurité, plaisir, contrôle) est de la même famille, elle a juste changé de visage.
3. Une réponse courageuse
- Reconnaître. Pas reconnaître le jugement lui-même (c'est un fait), mais reconnaître le mal qui est en nous et notre tendance à vouloir vivre sans Dieu. Les Cananéens ne sont pas des monstres à part : nous sommes dans la même équipe humaine, celle qui produit toujours des idoles.
- Saisir la grâce. Le jugement est réel, mais il y a un seul refuge : Jésus. Il n'est pas seulement un modèle moral, il a pris à notre place le châtiment qui devait tomber sur nous. Dire que Jésus nous sauve de nos péchés sans parler du jugement, c'est parler du délit sans parler du verdict.
- Répondre par la reconnaissance. Comment se comporte-t-on envers quelqu'un qui nous a sauvés d'un immense malheur ? On prend de ses nouvelles, on dit merci, on bâtit une vraie relation. Est-ce que ta relation avec Dieu ressemble à ça ?
- Répondre par le zèle. Si tu crois vraiment le jugement à venir, ton zèle est-il à la hauteur ? Combien de collègues, d'amis, de proches ont entendu la bonne nouvelle par toi ? Les grands prédicateurs comme Spurgeon annonçaient l'amour de Dieu et la colère à venir, pas pour manipuler, mais parce qu'ils y croyaient vraiment.
Points à retenir
- Le vrai drame de Josué 10-11, ce n'est pas la violence des chapitres, c'est notre tentation de détourner les yeux devant la réalité du jugement de Dieu.
- La patience de Dieu est immense (400 ans pour les Amoréens, 2000 ans pour l'humanité depuis la croix), mais elle a une fin. Le jugement n'est pas le contraire de la patience, il en est l'aboutissement.
- Dieu n'a pas changé entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Il a toujours été amour, il a toujours été juste. Ce qui a changé, c'est que Jésus a pris sur lui le châtiment que nous méritions.
- Josué est la maquette, Jésus est le bâtiment achevé. Ce que Josué accomplit sur un territoire, Jésus l'accomplit à l'échelle de toute l'humanité.
- « Il n'y a maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » Pour celui qui est en Christ, le jugement est déjà passé, la colère de Dieu est déjà tombée, sur la croix.
Application personnelle
- Quand tu lis des textes bibliques durs comme Josué 10-11, quelle est ta première réaction : les éviter, chercher une excuse à Dieu, ou les laisser te troubler comme l'auteur le voulait ?
- De quoi Jésus t'a-t-il sauvé, concrètement ? Si tu réponds seulement « de mes péchés » ou « de Satan », est-ce que tu comprends aussi qu'il t'a sauvé du jugement à venir ?
- Quelles sont tes idoles actuelles, pouvoir, image, réussite, sécurité, plaisir, contrôle ? Où est-ce que tu organises ta vie sans Dieu, discrètement ?
- Si tu croyais vraiment qu'il y a un jugement à venir pour ceux qui ne connaissent pas Jésus, comment cela changerait-il ta façon de parler à tes collègues, tes voisins, ta famille ?
- Ta reconnaissance envers Dieu est-elle à la hauteur du prix que Jésus a payé pour toi ? Comment est-ce que tu lui dis merci, concrètement, cette semaine ?
Versets cités
- Josué 10 (LSG), La campagne du sud
- Josué 11 (LSG), La campagne du nord
- Genèse 15.16 (LSG), « L'iniquité des Amoréens n'est pas à son comble »
- Josué 2.9-11 (LSG), Rahab entend et se repent
- Luc 24.27 (LSG), Jésus explique tout l'Ancien Testament qui le concerne
- Jean 5.22-27 (LSG), Le Père a remis tout jugement au Fils
- 2 Pierre 3.9-10 (LSG), La patience de Dieu, le jour du Seigneur
- Matthieu 25.31-46 (LSG), Le jugement des brebis et des boucs
- Romains 1.18 (LSG), La colère de Dieu se révèle
- Romains 5.9 (LSG), Sauvés par lui de la colère
- Romains 8.1 (LSG), « Aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ »
À lire aussi
Questions fréquentes
Comment le Dieu de Josué peut-il être le même que le Dieu de Jésus ?
Il n'y a pas deux Dieux dans la Bible. Le Dieu qui juge les Cananéens en Josué 10-11 est le même que celui qui envoie son Fils mourir sur la croix. Il a toujours été amour et il a toujours été juste. Ce qui change entre l'Ancien et le Nouveau Testament, ce n'est pas Dieu, c'est notre place dans l'histoire du salut : nous vivons aujourd'hui dans un délai de grâce ouvert par la croix, mais un jour, comme il l'a fait pour les Amoréens après 400 ans de patience, Dieu dira à nouveau « ça suffit ».
Pourquoi Josué extermine-t-il des populations entières ?
Le texte ne présente pas ces conquêtes comme un simple conflit ethnique, mais comme un jugement divin sur des peuples dont l'iniquité (sacrifices d'enfants, inceste, occultisme) avait atteint son comble après quatre siècles de patience. Dieu avait annoncé ce jugement à Abraham en Genèse 15, et il l'exécute à travers Josué. Rahab la Cananéenne montre que la repentance restait possible jusqu'au bout, le jugement frappe ceux qui persistent à refuser Dieu, pas ceux qui se tournent vers lui.
Est-ce que craindre le jugement est une bonne raison de venir à Jésus ?
Oui. Rahab elle-même est venue au Dieu d'Israël d'abord parce qu'elle avait entendu ce qu'il allait faire et qu'elle a craint son jugement. La crainte du jugement n'est pas une foi parfaite, mais elle mène à une foi authentique. Dire « Jésus nous sauve de nos péchés » sans comprendre le jugement dont il nous sauve, c'est parler du délit sans parler du verdict. L'amour de Dieu prend toute sa profondeur quand on comprend de quoi il nous sauve.
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