La grâce reçue transforme tes comportements
Tu peux passer des années dans une église et t'installer sans t'en apercevoir dans une manière de vivre où l'Évangile devient un souvenir de conversion, pas un moteur pour aujourd'hui. Bill Cameron, dans un message basé sur Tite 3, revient à la source. La grâce de Dieu n'est pas seulement ce qui t'a sauvé un jour. C'est ce qui, aujourd'hui encore, change ta manière d'être citoyen, voisin, frère.
Ce message reprend le fil laissé par Matthieu la semaine précédente sur le chapitre 2 de la lettre à Tite. Paul y donnait des recommandations concernant le comportement des chrétiens dans les différentes catégories de l'église, et il rattachait toujours ces comportements au plan de la grâce. Le chapitre 3 continue avec le même mouvement : d'abord des recommandations concrètes de vie en société, puis un rappel de ce que nous étions, puis l'immense œuvre de salut, et enfin des consignes précises pour éviter les divisions et soutenir l'œuvre de Dieu.
Cet article te propose de traverser Tite 3 point par point avec Bill Cameron, pour voir comment la grâce reçue devient une éthique vécue, et pourquoi tu es appelé à insister sur cet Évangile de la grâce, sans jamais rien lui ajouter.
Plan du message
1. La grâce de Dieu t'enseigne à bien te comporter en société (Tite 3.1-2)
Le texte s'ouvre sur des recommandations très concrètes. Tite 3.1-2 te dit de te soumettre au gouvernement et aux autorités, d'être prêt à accomplir toute œuvre bonne, de ne dénigrer personne, d'être conciliant, courtois, et de faire preuve d'une parfaite amabilité envers tous les hommes.
Tu es appelé à être un bon citoyen et un bon voisin. À l'époque de Tite, qui exerçait son ministère en Crète, cela voulait dire cultiver de bonnes relations même avec l'occupant romain. Ce n'est pas une consigne évidente à recevoir dans un contexte de tension politique. Bill Cameron rappelle la règle générale : rendre à César ce qui est à César, ce qui suppose de payer ses impôts, de respecter le bien commun, d'accepter un certain nombre de contraintes pour la vie ensemble.
Il y a une exception, celle d'Actes 5.29 : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » Quand les autorités interdisent la proclamation de l'Évangile, l'obéissance à Dieu prime. Mais en dehors de cette exception, la règle est celle de la soumission apaisée aux autorités.
Ne dénigrer personne. Ce mot d'ordre est particulièrement pertinent à ton époque, celle des réseaux sociaux, des algorithmes qui te renforcent dans tes idées et rendent le désaccord violent. On finit par ne plus discuter, on envoie des piques. Le chrétien est appelé à être une personne réfléchie. Le mot revient plusieurs fois dans le chapitre 2 pour les hommes âgés, les femmes âgées, les jeunes gens. Réfléchi, modéré, ce qui rend possible d'être conciliant, aimable, courtois, même face à quelqu'un qui ne partage pas ta vie ni tes valeurs. Et Paul va montrer dans les versets suivants que c'est justement une bonne compréhension de la grâce qui te rend capable d'avoir ces attitudes.
2. La grâce de Dieu te rappelle ce que tu étais (Tite 3.3)
Tite 3.3 est un verset qui te ramène très bas. « Car il fut un temps où nous-mêmes nous vivions en insensés, dans la révolte contre Dieu, égarés, esclaves de toutes sortes de passions et de plaisirs. Nos jours s'écoulaient dans la méchanceté et dans l'envie. Nous étions haïssables et nous nous haïssions les uns les autres. »
Ce verset dessine le contraire exact de l'aimable. Il y a des degrés dans tout cela, mais il n'y a pas d'exception. Nous étions insensés. Les Psaumes le disent plusieurs fois : « L'insensé dit dans son cœur : Il n'y a pas de Dieu. » Vivre sans référence à Dieu, c'est vivre comme si personne ne voyait, comme s'il n'y avait pas de jugement. Ce qui ne se voit pas ne compte plus. À l'inverse, quand tu crois que Dieu te voit même quand personne ne te regarde, tu réfléchis autrement. C'est la phrase d'Hagar dans Genèse 16.13 : « Toi, tu es un Dieu qui me voit. »
La personne qui vit sans référence à Dieu s'occupe de ce qui lui plaît, au détriment potentiel des autres. Ce n'est pas dire qu'elle n'aime pas sa famille ou ses amis. C'est dire qu'il y a un risque, celui de poursuivre son projet et ses passions au point que tout ce qui empêche cet accomplissement devient obstacle et objet de haine.
Bill Cameron insiste : nous n'étions pas différents. Le chrétien n'est pas quelqu'un qui est né juste, ni vertueux, ni chrétien. Il est devenu chrétien. Ce constat doit t'inspirer une grande modestie, une grande humilité dans le regard que tu poses sur ceux qui ne suivent pas encore Christ. Tu n'es jamais plus qu'un pécheur sauvé par la grâce de Dieu. De toi-même, tu n'es en rien supérieur à la personne en face. Et cette personne que tu vois vivre d'une manière qui te heurte peut être un futur apôtre Paul, transformé par la grâce. Tu ne peux enfermer personne dans une catégorie : la grâce de Dieu est pour tous les hommes.
3. La grâce de Dieu te rappelle l'amour qui t'a sauvé (Tite 3.4-7)
Le texte bascule alors dans un sommet théologique. Tite 3.4-7 : « Mais quand Dieu notre Sauveur a révélé sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés. S'il l'a fait, ce n'est pas parce que nous avons accompli des actes conformes à ce qui est juste. Non, il nous a sauvés parce qu'il a eu pitié de nous, en nous faisant passer par le bain purificateur de la nouvelle naissance, c'est-à-dire en nous renouvelant par le Saint-Esprit. Cet Esprit, il l'a répandu avec abondance sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur. Il l'a fait pour que, déclarés justes par sa grâce, nous devenions des héritiers de la vie éternelle qui constitue notre espérance. »
Le chapitre 2 avait déjà exposé la grâce de Dieu comme une source de salut pour tous les hommes (Tite 2.11). Le chapitre 3 remonte encore plus haut : cette grâce prend sa source dans l'amour de Dieu. C'est Dieu qui prend l'initiative dans le salut. Si le rappel de ce que tu étais devait t'inspirer l'humilité, le rappel de l'amour imérité de Dieu doit t'inspirer l'émerveillement.
Bill Cameron rappelle une distinction utile entre deux mots que Paul associe ici : la grâce et la miséricorde. La grâce, c'est quand Dieu te donne ce que tu ne mérites pas : le pardon, le statut de fils. La miséricorde, c'est quand Dieu ne te donne pas ce que tu mérites : le jugement, la condamnation. Les deux ensemble doivent te ramener à l'humilité et à la reconnaissance.
Dieu te purifie par la régénération de l'Esprit. Tu étais mort à la vie de Dieu et le Saint-Esprit est entré dans ton cœur pour te donner la vie. Si le Saint-Esprit n'avait pas ouvert tes yeux, tu n'aurais pas pu te repentir ni exercer la foi. Mais t'étant repenti et ayant cru, Dieu te déclare juste. Il te pardonne tes fautes. Il te purifie de la souillure des péchés passés. Et il continue à te renouveler par son Esprit, jour après jour. Dieu n'est pas chiche dans son don de l'Esprit : l'Esprit est répandu en abondance.
Et il ne s'arrête pas à te déclarer juste. Il te donne un statut d'héritier, comme le père au fils prodigue (Luc 15.22-24). Il t'accueille en fils. Il te met les plus beaux vêtements. Ton héritage va au-delà de ta vie terrestre : tu es entré dans la vie éternelle dès aujourd'hui, et tu en vis les prémices dans ta relation avec Dieu.
Éphésiens 1.6 dit que la vocation du chrétien est « de célébrer la gloire de sa grâce qui nous a été accordée en son Fils bien-aimé. » Comment regarder le monde autour de toi en tant que bénéficiaire d'un si grand salut ? Bill Cameron le dit simplement, en écho au chant : « Tu peux naître de nouveau, tu peux tout recommencer. Personne n'est au-delà de la grâce de Dieu. »
4. La grâce de Dieu insiste sur l'importance de l'Évangile et des œuvres bonnes (Tite 3.8)
Paul détache le verset 8 de la section précédente pour souligner ce qu'il attend de Tite. Tite 3.8 : « C'est là une parole certaine, et je veux que tu insistes fortement sur ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s'appliquent à accomplir des œuvres bonnes. »
Tite doit insister sur l'Évangile de la grâce. C'est cet Évangile-là qui produit les œuvres bonnes. Ce n'est pas par mérite que le chrétien accomplit ce qu'il accomplit. C'est par reconnaissance envers la grandeur de la grâce reçue dans sa vie. C'est la grâce de Dieu qui est mise en avant, et les actes qui la reflètent viennent en second.
Tes bonnes actions devant les hommes ne sont pas facultatives : elles témoignent de ton humilité, de ta modestie, de ton émerveillement devant l'œuvre de Dieu dans ta vie. Tu veux être bon et utile envers les personnes autour de toi pour ne pas faire obstacle à l'Évangile, et si possible témoigner de la grâce reçue.
C'est aussi la base de l'unité chrétienne. Ce qui fait église, c'est que les gens croient la même chose et se concentrent sur cette même chose. C'est autour de l'Évangile que l'église se construit avec tous ceux qui partagent la même annonce : un amour de Dieu qui propose un salut immérité, qui te régénère, te justifie, te purifie, te donne un statut d'héritier et l'espérance de la vie éternelle.
5. La grâce de Dieu te demande d'éviter les disputes inutiles et les divisions (Tite 3.9-11)
Tite 3.9-11 : « Mais évite les spéculations absurdes, les études de généalogies, les controverses et les polémiques au sujet de la loi, car elles sont inutiles et vides de sens. Si quelqu'un cause des divisions, avertis-le une fois, deux fois, puis écarte-le de l'église. Tu peux en être certain : un tel homme est sorti du droit chemin, il fait le mal et prononce lui-même sa propre condamnation. »
En creux, Paul décrit un enseignement non conforme à l'Évangile de la grâce : la spéculation. L'être humain est toujours friand de raisons cachées qui expliqueraient tout ce qui se passe dans le monde. Plus il y a de grands événements, plus il y a de théories du complot. Le chrétien peut aussi tomber dans cette spéculation, notamment sur les prophéties de la fin des temps, au détriment de l'essentiel.
Bill Cameron propose des questions de discernement, tirées de Paul : est-ce que cette question m'édifie dans ma foi ? Me fait-elle avancer avec Dieu ? Est-ce qu'elle a un sens ? Se conforme-t-elle à ce que les Écritures disent ? Ou bien crée-t-elle des polémiques qui divisent ? Le fruit de l'Évangile de la grâce, ce n'est pas la polémique et la division. C'est l'unité autour de la grâce.
Paul traite avec gravité le cas d'un frère ou d'une sœur qui cause des divisions. Ce qui ajoute à l'Évangile de la grâce transforme cet Évangile en autre chose. C'est l'avertissement de Galates 1.6 : « Je m'étonne de la rapidité avec laquelle vous abandonnez celui qui vous a appelés par la grâce du Christ. » Et Galates 3.3 : « Après avoir commencé par l'Esprit, allez-vous maintenant, comptant sur vos propres ressources, parvenir à la perfection ? »
Ce qui s'était passé dans les églises de Galatie était subtil. On croyait bien être sauvé par la grâce. Mais pour la sanctification, on croyait que suivre certains rites hérités du judaïsme rendait plus saint. Paul dit non. C'est l'Esprit qui produit tout, y compris les bonnes actions. Il ne faut rien ajouter à l'Évangile.
Bill Cameron évoque un exemple proche : la mission McAll à Paris, autrefois un beau réseau de petites églises évangéliques associées à une action sociale. Peu à peu, l'action sociale a pris le dessus. Faire l'action sociale a fini par être identifié à faire l'Évangile, et l'annonce de l'Évangile a beaucoup baissé. C'est un exemple parmi d'autres : quand on ajoute autre chose à l'Évangile, cette autre chose finit par prendre le dessus. Il faut évaluer les modes et les tendances, même évangéliques, à l'aune de l'Évangile de la grâce.
6. La grâce de Dieu t'encourage à pourvoir à son œuvre (Tite 3.12-14)
Tite 3.12-14 : Paul demande à Tite de pourvoir au voyage de Zénas le juriste et d'Apollos, afin que rien ne leur manque. Et il ajoute : « Il faut que les nôtres aussi apprennent à accomplir des œuvres bonnes pour faire face à tout besoin, afin de ne pas être improductifs. »
Tite ne va pas seulement pourvoir personnellement à ces besoins. Il doit encourager les communautés de croyants à faire des œuvres bonnes, à soutenir l'œuvre du Seigneur. Bill Cameron souligne un lien : le thème des œuvres bonnes, déjà présent avant, revient ici appliqué à un soutien concret de la mission. Soutenir l'œuvre du Seigneur, c'est aussi une œuvre bonne. Ça fait partie de ce que Dieu attend de toi et de ce à quoi le Saint-Esprit t'encourage. C'est une œuvre bonne de plus à ajouter à la panoplie du croyant.
Points à retenir
- La grâce n'est pas seulement à l'origine, elle est le moteur permanent. Bien te comporter en société, ne dénigrer personne, être conciliant, tout cela naît d'une bonne compréhension de la grâce reçue.
- Le rappel de ce que tu étais t'inspire l'humilité. Insensé, esclave des passions, haïssable : tu ne dois jamais oublier d'où tu viens. Cela change ton regard sur ceux qui ne suivent pas encore Christ.
- Le rappel de l'amour de Dieu t'inspire l'émerveillement. Ce n'est pas ta justice qui t'a sauvé. C'est la bonté de Dieu, sa miséricorde, la régénération par l'Esprit répandu en abondance.
- L'Évangile de la grâce est la base de l'unité de l'église. C'est autour de lui que l'église se construit, avec tous ceux qui partagent cette même annonce.
- N'ajoute rien à l'Évangile de la grâce. Les spéculations, les polémiques et les rites ajoutés finissent toujours par prendre la place de l'Évangile.
- Soutenir l'œuvre du Seigneur est aussi une œuvre bonne. C'est une manière concrète de faire fructifier la grâce reçue.
Application personnelle
- Ta manière de parler des autorités, de tes voisins, de ceux qui ne partagent pas ta foi : est-elle marquée par la conciliation et l'amabilité, ou par le dénigrement ?
- Quand tu regardes la personne en face de toi, te souviens-tu que tu étais aussi comme elle avant d'être rejoint par la grâce ? Est-ce que tu peux dire : « J'étais comme ça avant, et cette personne n'est pas au-delà de la grâce de Dieu » ?
- Sur quoi mets-tu ton insistance dans ta vie chrétienne ? Sur l'Évangile de la grâce, ou sur des choses ajoutées qui prennent peu à peu le dessus ?
- Es-tu entré dans des polémiques inutiles récemment ? Est-ce que ces discussions t'édifient dans ta foi ou est-ce qu'elles t'éloignent de l'essentiel ?
- Comment participes-tu concrètement au soutien de l'œuvre du Seigneur autour de toi ? Est-ce que tu apprends à faire des œuvres bonnes pour faire face aux besoins ?
Versets cités
- Tite 3 (chapitre entier)
- Tite 2.11
- Tite 1.1-2
- Actes 5.29
- Genèse 16.13
- Luc 15.22-24
- Éphésiens 1.6
- Galates 1.6
- Galates 3.3
FAQ
Quelle est la différence entre la grâce et la miséricorde ?
Bill Cameron propose une définition simple et utile. La grâce, c'est quand Dieu te donne ce que tu ne mérites pas : le pardon, le statut de fils, la vie éternelle. La miséricorde, c'est quand Dieu ne te donne pas ce que tu mérites : le jugement et la condamnation. Les deux se rencontrent dans le salut décrit par Tite 3.4-7 : Dieu a eu pitié de nous (miséricorde) et il nous a déclarés justes par sa grâce.
Pourquoi l'apôtre Paul demande-t-il d'éviter certaines discussions ?
Parce que le fruit de l'Évangile de la grâce est l'unité, pas la polémique. Les spéculations sur les généalogies, les controverses sur la loi et, aujourd'hui, les débats stériles qui divisent, éloignent l'église de l'essentiel. Bill Cameron rappelle les critères tirés de Paul : est-ce que cette discussion t'édifie dans la foi ? Se conforme-t-elle aux Écritures ? Ou crée-t-elle des divisions ? Si elle divise sans édifier, elle est à éviter.
Que veut dire « ne rien ajouter à l'Évangile de la grâce » ?
Cela veut dire que le salut est reçu par grâce et que la sanctification, la vie chrétienne quotidienne, se vit aussi par l'Esprit, pas par des rites ou des efforts ajoutés qui prétendraient rendre plus saint. Paul avertit les Galates qui, ayant commencé par l'Esprit, prétendaient parvenir à la perfection par leurs propres ressources. Ajouter quelque chose à l'Évangile transforme peu à peu cet Évangile en autre chose, comme l'a montré l'histoire de plusieurs missions passées.
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