Introduction
La parabole du bon Samaritain est tellement connue que l'expression est entrée dans le langage courant. On oublie pourtant le choc qu'elle a produit chez ses premiers auditeurs. Pour le rendre sensible, le prédicateur propose une transposition : imaginez un homme agressé la nuit dans une zone industrielle, laissé pour mort ; un pasteur passe et continue son chemin, un diacre d'église évangélique aussi. Et c'est un musulman qui s'arrête, le soigne, le conduit à la clinique et paie les frais. Lequel des trois a été son prochain ? C'est à ce point que Jésus, en racontant l'histoire d'un samaritain, dérange les certitudes religieuses de son auditoire. Cette prédication du culte Momentum, dans la série des paraboles de Jésus, s'arrête sur deux renversements décisifs du texte de Luc 10.
Plan du message
1. La question d'un spécialiste et la réponse déplacée de Jésus
- Un docteur de la loi se lève pour éprouver Jésus : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » (Luc 10.25). Question qui suppose déjà que la vie éternelle serait la récompense de quelque chose qu'on a fait, indice que ce spécialiste n'est pas tout à fait sur les bons rails.
- Jésus renvoie à la loi : « Qu'est-il écrit ? Comment lis-tu ? » Il n'est pas venu abolir la loi mais l'accomplir (Matthieu 5.17). Le légiste répond bien en citant les deux grands commandements, mais c'est Jésus qui, le premier dans le judaïsme, a mis ensemble « tu aimeras le Seigneur ton Dieu » (Deutéronome 6.5) et « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19.18).
- Le docteur, un peu tout bête d'être renvoyé à l'évidence, veut se justifier : « Et qui est mon prochain ? » Il y avait débat entre rabbins sur ce point. Or Lévitique 19 lui-même, quelques versets plus loin, étend le commandement à l'immigrant : « Tu l'aimeras comme toi-même » (Lévitique 19.34). Jésus va répondre par une parabole.
2. Premier renversement : le prochain, c'est le lointain
- Jésus choisit comme héros non pas un juif, mais un samaritain, le méprisé, le haï, celui avec qui les juifs n'avaient « pas de rapport » (Jean 4.9). Le prêtre passe. Le lévite passe. C'est le samaritain qui est ému, qui s'approche, qui panse les plaies avec l'huile et le vin, qui charge le blessé sur sa propre monture, qui paie l'hôtellerie et promet de revenir régler ce qu'il faudra en plus.
- Jésus renverse la restriction du prochain au seul compatriote. Il y a une solidarité entre tous les humains : nous sommes enfants d'un même père et d'une même mère (Ève est « la mère de tout vivant », Genèse 3.20). Nous sommes, au titre de la première création, frères et sœurs.
- Éphésiens 4.25 rend cette solidarité explicite : « Que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » C'est la relation au prochain (donc à tout homme, toute femme), pas seulement au frère en Christ. Tout racisme est donc exclu par la révélation biblique elle-même.
- Attention : il ne s'agit pas d'aimer une humanité abstraite. L'amour du prochain, c'est celui que Dieu met sur ta route. « Par hasard » un prêtre descendait ce chemin, dit le texte. Il n'y a pas de hasard pour Dieu : sur nos routes, il ménage des rencontres pour lesquelles il veut que nous intervenions.
- Cet amour est d'abord direct, s'approcher, soigner, prendre en charge. Mais il peut aussi prendre des formes indirectes : sécurité publique, politiques contre le chômage, éducation, réflexion des penseurs qui orientent une société. Toutes ces formes sont associées à l'amour du prochain, sans jamais remplacer la relation directe à celui que le Seigneur place devant nous.
3. Deuxième renversement : « lequel a été le prochain ? »
- Après l'histoire, Jésus ne demande pas la question logiquement attendue : « Lequel a su reconnaître son prochain dans l'homme tombé aux mains des brigands ? » Il retourne la formulation : « Lequel de ces trois a été le prochain de celui qui était tombé aux mains des brigands ? » (Luc 10.36).
- Le prochain n'est plus l'objet du verbe aimer, il en devient le sujet. Grammaticalement, ce n'est pas anodin. C'est une injonction : ne cherche pas à savoir qui est ton prochain, approche-toi, fais-toi son prochain, et tu auras ton prochain. L'obéissance concrète précède la définition théorique.
- Plus profondément encore : Jésus définit le prochain comme celui qui porte secours. Il n'est pas bon que l'homme soit seul (Genèse 2.18) : la solitude laisse l'homme à demi-mort. Le prochain nous est donné par Dieu comme celui qui nous délivre de cette solitude inhumaine.
- Le péché a défiguré cette solidarité : trop souvent l'homme est devenu un loup pour l'homme, ou prétend se faire Dieu pour l'autre. Mais par la grâce commune, il reste assez de bonté originelle pour que le prochain nous soit encore, très concrètement, un secours.
4. Le vrai bon Samaritain, c'est Jésus lui-même
- Il y en a un seul qui s'est approché parfaitement. Il y en a un qui a payé de sa personne (bien plus que deux deniers), jusqu'à la mort la plus atroce et infamante, la mort du supplice de la crucifixion.
- Ce Samaritain-là, c'est celui qui raconte l'histoire. C'est Jésus. Dans Jean 8.48, ses adversaires lui jettent l'insulte : « Tu es un samaritain, tu es un démon. » Jésus n'était pas samaritain au sens méchant de leur parole. Mais il est bien le vrai bon Samaritain.
- Cette parabole n'est plus alors une historiette imaginée : c'est un fait historique qui veut s'inscrire dans l'histoire personnelle de chacun de nous. Laissons le bon Samaritain s'approcher de nous, panser nos plaies, diriger notre vie. C'est lui, Jésus.
Points à retenir
- La question du docteur (« qui est mon prochain ? »), est un piège que Jésus refuse. Il te renvoie à faire, pas à débattre.
- Ton prochain, c'est aussi celui dont tu es le plus éloigné culturellement ou religieusement. Jésus choisit exprès le samaritain haï.
- Nous sommes tous membres les uns des autres (Éphésiens 4.25), au titre même de la première création. Le racisme est théologiquement exclu.
- L'amour vague de « l'humanité » ne coûte rien. Ce que Dieu demande, c'est l'amour concret de celui qu'il met sur ta route aujourd'hui.
- Le deuxième renversement de Jésus : approche-toi, fais-toi le prochain, et tu auras ton prochain. Le prochain se conjugue au sujet actif, pas seulement en objet passif.
- Le vrai bon Samaritain, c'est Jésus lui-même. Il s'est approché, il a payé, il te prend en charge, laisse-le entrer dans ton histoire.
Application personnelle
- Y a-t-il un « samaritain » dans ta vie, quelqu'un que tu contournes à cause de sa culture, de sa religion, de son histoire ? Que ferait Jésus à ta place ?
- Cette semaine, qui est le blessé sur ton chemin, voisin isolé, collègue en détresse, membre de la famille en souffrance ? Comment vas-tu t'approcher concrètement, pas seulement en pensée ?
- Es-tu tenté par un amour abstrait de « l'humanité » qui ne coûte rien, au détriment de l'amour direct de ton entourage réel ?
- Reconnais-tu ton prochain comme quelqu'un que Dieu te donne pour te délivrer de ta solitude, ou seulement comme une menace potentielle ?
- Laisses-tu Jésus, le vrai bon Samaritain, panser tes propres plaies aujourd'hui ? Ou fais-tu semblant de n'avoir besoin de personne ?
Versets cités
- Luc 10.25-37 · la parabole du bon Samaritain
- Deutéronome 6.5 · tu aimeras l'Éternel ton Dieu de tout ton cœur
- Lévitique 19.18 · tu aimeras ton prochain comme toi-même
- Lévitique 19.34 · tu aimeras l'immigrant comme toi-même
- Éphésiens 4.25 · nous sommes membres les uns des autres
- Jean 4.9 · les Juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains
- Jean 8.48 · « Tu es un Samaritain », lui reprochent ses adversaires
- Genèse 2.18 · il n'est pas bon que l'homme soit seul
- Matthieu 5.17 · Jésus n'est pas venu abolir la loi mais l'accomplir
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Questions fréquentes
Qui est le prochain que je dois aimer selon la parabole du bon Samaritain ?
Jésus renverse la question. Le prochain n'est pas seulement le compatriote ou le proche culturel : c'est celui que Dieu met sur ta route, y compris celui dont tu es socialement le plus éloigné. Dans la parabole, c'est le samaritain haï des Juifs qui accomplit le commandement, pas le prêtre ni le lévite. La règle vaut aujourd'hui : ton prochain peut être celui que tu contournes le plus spontanément à cause de son étrangeté religieuse ou culturelle.
Pourquoi Jésus retourne-t-il la question à la fin de la parabole ?
Au lieu de demander « lequel a reconnu son prochain ? », Jésus demande « lequel a été le prochain de l'homme blessé ? ». Le prochain devient le sujet du verbe aimer, plus seulement son objet. Sens caché : approche-toi, fais-toi le prochain de l'autre, et tu auras ton prochain. C'est une injonction à l'obéissance concrète, ne cherche pas à définir qui est ton prochain, deviens-le. Et plus profondément : ton prochain est celui qui te porte secours, celui que Dieu te donne pour te délivrer d'une solitude qui laisserait l'homme à demi-mort.
En quoi Jésus est-il lui-même le vrai bon Samaritain ?
Un seul s'est approché de nous parfaitement : Jésus. Il a payé plus que deux deniers, il a payé de sa personne jusqu'à la mort de la croix pour panser nos plaies. Ses adversaires l'ont d'ailleurs insulté en le traitant de samaritain (Jean 8.48). Il ne l'était pas au sens méprisant de leur parole, mais il est le vrai bon Samaritain, celui par qui la parabole cesse d'être une historiette imaginée pour devenir un fait historique qui veut s'inscrire dans ton histoire personnelle. Laisse-le s'approcher de toi.
pour prendre des notes et poser une question.