Introduction
Le pasteur ouvre son message par un article qui l'a marqué : dans les grandes entreprises, les CV sont désormais triés par un logiciel d'intelligence artificielle, en fonction du portrait attendu. Le conseil donné aux candidats était de faire rédiger leur CV par une intelligence artificielle pour correspondre à ce portrait. Et les personnes interrogées étaient éberluées de découvrir que le CV dont elles étaient si fières ne ressemblait pas du tout à ce que l'entreprise cherchait.
C'est le deuxième message de la série « À l'école du roi », sur le sermon sur la montagne. Dimanche dernier, l'Église a rappelé le message central de la Bible : une affaire de règne et de roi. Jésus n'enseigne pas comme un simple professeur, mais comme un roi. L'homme a été créé sous le règne de Dieu, dans une parfaite bénédiction ; il s'est rebellé, il a voulu décider lui-même du bien et du mal ; et par la mort et la résurrection de Jésus, Dieu propose à l'humanité de se remettre sous son règne. Nous avons donc « une vie à apprendre ».
Avec Matthieu 5:3-12, Jésus dresse le portrait de ses citoyens. Le pasteur prévient : entre le portrait qu'on attend et celui que Jésus trace, l'écart est immense. Il ne ressemble à rien de ce que le monde valorise. Et contrairement au CV, ce portrait-là, aucune intelligence artificielle ne pourra le fabriquer pour passer le filtre.
Plan du message
1. Un roi qui commence par le mot « heureux »
- Jésus est assis, ses disciples autour de lui, une foule derrière. Il prononce les huit béatitudes, puis une neuvième déclaration adressée directement à ses disciples : « Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera… » (Matthieu 5:11-12).
- Le mot qui revient le plus souvent est « heureux ». Dans la vieille version latine de la Bible, heureux se dit beati : c'est de là que vient le nom « béatitudes ».
- Pour celui qui écoute ce discours pour la première fois, ce début est un sacré soulagement : pas de nouvelles règles, pas de menace. Après tout, c'est un roi, il aurait pu le faire. Jésus commence par un mot que tout le monde cherche, au premier siècle comme au vingt-et-unième : on veut tous être heureux.
- Puis la lecture continue : heureux ceux qui pleurent, heureux les pauvres, heureux les persécutés, heureux les calomniés. « Moi, ça ne me rend pas vraiment heureux. » Si l'on fait la liste de ce qui nous rend heureux (nos projets qui aboutissent, la santé, les finances qui suivent, de bonnes relations avec son conjoint, ses amis, ses enfants, la paix dans la famille) et qu'on la compare avec celle de Jésus, il n'y a aucun point commun.
- Le message se construit autour de deux questions : Jésus nous présente-t-il un royaume à l'envers ? Et quel portrait dresse-t-il de ses citoyens ?
2. « Heureux » n'est pas une humeur, c'est une déclaration de Dieu
- L'erreur commise dans l'histoire a été de lire ce discours comme une recette de bonheur, « une sorte de développement personnel avant l'heure » : voici les neuf attitudes et vous vous sentirez bien. Ce n'est pas cela.
- La forme des phrases le montre. Jésus ne dit pas « soyez heureux », ni « je vous souhaite d'être heureux ». Il ne s'adresse même pas aux gens : il parle d'eux à la troisième personne. Ce n'est ni un ordre ni un souhait, c'est une déclaration.
- L'auditoire, majoritairement juif, a reconnu tout de suite la formule des Psaumes, le plus grand livre qu'ils avaient en leur possession : « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants » (Psaume 1:1). Il ne s'agit pas de sentiments ni de ressenti. Jésus dit en substance : je ne décris pas votre humeur, je décris votre situation devant Dieu.
- Pour nous, au vingt-et-unième siècle, « heureux » sonne comme une humeur qui dépend de la journée, de la façon dont on s'est levé, de la façon dont on nous a parlé. Or Jésus ne parle pas de nos sentiments : il dit ce que Dieu pense. « C'est une question de regard, et ce n'est pas le mien, c'est celui de Dieu. »
- C'est pourquoi le commentateur anglais John Stott proposait de traduire par « béni ». Bénis par Dieu ceux qui se reconnaissent spirituellement pauvres. Bénis par Dieu ceux qui pleurent. Bénis par Dieu ceux qui sont doux. Dans un cas on croit entendre un sentiment, dans l'autre on entend ce que c'est vraiment : quelqu'un les déclare, et ce quelqu'un, c'est Dieu. Attention, être déclaré béni, ce n'est pas réussir un examen.
- Deuxième indice : chaque béatitude est suivie d'un « car » et d'une bénédiction. Jamais la bénédiction ne dit « vous allez vous sentir mieux, vous allez être détendu ». Elle dit : le royaume des cieux est à vous, la terre vous sera donnée en héritage, vous serez reconnus comme des fils. Il s'agit d'un royaume qui est donné et d'un portrait qui est dessiné.
3. Un royaume à l'envers ? Non : c'est notre carte qui est fausse
- On pourrait penser que nous sommes choqués parce que nous n'avons pas les automatismes du premier siècle ni la même connaissance de l'Ancien Testament. Le pasteur pense au contraire que les auditeurs de Jésus étaient encore plus surpris que nous.
- Deux grands courants juifs l'écoutaient. Les pharisiens, élite religieuse qui connaissait la loi sur le bout des doigts, auraient écrit leurs propres béatitudes : heureux celui qui respecte les commandements, qui donne sa dîme et ses offrandes, qui jeûne deux fois par semaine, qui prie trois fois par jour, qui respecte scrupuleusement le sabbat. Une performance religieuse, « un bon CV devant Dieu ».
- Les zélotes, eux, acceptaient la loi mais refusaient l'occupation romaine. Pour eux, celui qui a la faveur de Dieu prend les armes et défend le territoire : heureux les courageux, heureux ceux qui ont de la force.
- Et devant eux, Jésus s'assoit et dit : heureux ceux qui se reconnaissent pauvres spirituellement. Le pasteur imagine les murmures : « T'entends ce que Jésus dit ? Il ne dit pas heureux les performants, il ne dit pas heureux ceux qui respectent la loi. Mais qu'est-ce qui arrive à Jésus ? » La surprise n'est pas un problème d'époque. Elle était intentionnelle : Jésus voulait interpeller, et même provoquer, parce que ce portrait entre en conflit avec tout ce que le monde valorise, du premier au vingt-et-unième siècle.
- Pour répondre à la question, le pasteur projette une carte du monde. Première réaction : « Franchement, Benjamin, tu aurais pu faire un effort. Le Groenland est ridicule, la Russie est étirée, l'Amérique du Sud est plus grande que l'Amérique du Nord, l'Afrique est prédominante. » Or c'est la vraie carte, aux vraies proportions. Celle que nous avons apprise à l'école, la projection de Mercator, fait paraître le Groenland presque aussi gros que l'Afrique, alors que l'Afrique est quatorze fois plus grande.
- Le pasteur signale que le 4 septembre, l'ONU a adopté une résolution pour favoriser progressivement l'usage de cette carte réaliste, et que cette résolution n'a pas été votée à l'unanimité. « Comprendra qui voudra. Une carte n'est jamais neutre dans ce qu'elle veut vous faire voir. »
- Nous aussi, nous avons une carte apprise depuis l'enfance : celle d'une vie réussie, de ce qui donne de la valeur à une personne. L'heureux a de l'argent ; la réussite, c'est la santé, l'influence, une vie qui fonctionne. Et pour ceux qui ont grandi à l'église ou dans d'autres mouvements religieux : faire la loi, respecter les prières, jeûner, et ainsi de suite.
- Jésus arrive et dit : heureux les pauvres en esprit, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux. On a envie de lui dire : « Ta carte, franchement, elle est bizarre. » Mais « le problème, ce n'est pas la carte de Jésus, c'est la nôtre qui est fausse. Ce n'est pas le royaume de Jésus qui est à l'envers, c'est nous qui faisons le poirier. » On regarde le monde en pensant qu'il est à l'endroit, et à la fin on a mal à la tête.
- Au commencement, tout était à l'endroit : un seul roi, Dieu lui-même, une humanité qui vivait sous son règne comme dans une bénédiction. Nous avons refusé ce règne, nous avons voulu être notre propre roi, et nous avons dessiné notre propre carte du monde. Nous vivons dans un monde retourné et nous appelons cela la normale.
- Quand Jésus décrit ses citoyens, il ne décrit pas des gens bizarres : il décrit l'humanité normale, celle pour laquelle nous avons été créés et que nous avons perdue. « Si ce que nous allons lire vous heurte, ce n'est pas parce que Jésus est étrange, c'est parce que vous êtes devenus étranges. »
- Les huit béatitudes ne sont pas huit sortes de chrétiens, ni un menu où l'on choisit ce qui nous plaît. C'est un seul portrait, une identité à habiter. Le pasteur aurait aimé consacrer une prédication à chaque béatitude ; il les prend d'un bloc, comme Jésus les a données, pour que l'on ressente ce que la foule a ressenti : « Attends, où je suis là ? C'est quoi mon monde ? C'est quoi la réalité ? »
4. La clé de tout : heureux les pauvres en esprit
- « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5:3). Si tu ne comprends pas cette béatitude, tu ne comprendras pas le reste, et tu prendras les autres comme du moralisme, du légalisme, du donnant-donnant avec Dieu.
- Dans la foule, beaucoup sont persuadés d'avoir accès au royaume par leurs œuvres. Et Jésus ouvre la bouche : heureux les pauvres. Ne faut-il pas être riche spirituellement pour entrer dans le royaume ? Le pasteur croit que certains ont eu l'estomac noué, avec un sentiment de scandale.
- Pour le faire sentir à notre époque, il propose une illustration qu'il juge lui-même « un peu risquée ». Imagine que tu économises six mois, en te restreignant sur le budget nourriture, pour emmener ta famille à Disneyland. Le jour J, oreilles de Mickey sur la tête, tu tends tes billets au gardien, qui te répond : « Non monsieur, vous ne pouvez entrer que si vous me prouvez que votre compte bancaire est dans le rouge. » Et tu vois entrer des gens qui n'ont jamais économisé de leur vie. Scandaleux. « Mauvaise nouvelle, Disney ne le fera jamais. » Mais le royaume de Dieu dit : « Tu n'as pas les moyens, entre. Tu ne te sens pas digne, c'est pour toi. Tu sais que tu es loin de Dieu, viens. »
- Attention : ce n'est pas la pauvreté qui paie notre entrée. Rien ne la paie de notre côté. Elle a été payée pour toi en Jésus-Christ. Se reconnaître pauvre, c'est cesser de penser et de prétendre qu'on peut payer son entrée dans le royaume avec ses propres bonnes œuvres.
- Lire la Bible, prier, donner aux pauvres, être une bonne personne, servir dans l'église, donner une partie de son argent : c'est très bien, mais cela ne te fera jamais entrer dans le royaume. Ce qui t'y fait entrer, c'est de reconnaître que seule l'action de Dieu, c'est-à-dire Jésus, t'y fait entrer.
- On n'entre pas dans ce royaume en ouvrant son portefeuille devant Dieu : « Eh, tu as vu quand même ? Je suis un petit peu mieux que la sœur à côté de moi. » C'est exactement ce qui te barre la route. Si tu es là en te disant « je n'ai rien de valable à présenter devant Dieu », bienvenue : le royaume de Dieu est à toi. De ce point de départ va jaillir tout le reste. Si tu n'as pas compris que c'est par grâce que nous sommes sauvés (Éphésiens 2:8), tu ne comprendras pas le reste du message de Jésus.
5. Pleurer, être doux, avoir faim de justice
- « Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Matthieu 5:4). Jésus ne parle pas ici des pleurs de ce monde, des deuils et des épreuves. Il parle avec cohérence de ce qu'il vient de dire : d'abord se reconnaître pauvre, ensuite en pleurer. Ce n'est pas la même chose. Je peux admettre que je n'ai rien à donner à Dieu et que je suis pécheur, exactement comme je constate que je dois payer des impôts chaque année. Pleurer, être bouleversé, c'est la différence entre un simple constat et quelque chose qui touche ta vie.
- « Mes frères et sœurs, quand est-ce que vous avez pleuré sur votre péché ? » Nous pleurons facilement pour ce qui nous manque : le poste qu'on n'a pas eu, l'époux ou l'épouse qu'on n'a pas, le téléphone qu'on ne peut pas s'offrir, la vie qu'on aurait voulue. Bien plus rarement pour ce qui brise le cœur de Dieu.
- Ceux qui pleurent sur le mal et sur le monde qui les entoure seront consolés : dès aujourd'hui par le pardon offert en Jésus-Christ, et totalement quand il reviendra, lui qui essuiera toute larme (Apocalypse 21:4). Prends un moment, non pour te flageller, mais pour regarder une chose que tu as appris à excuser dans ta vie, et demande à Dieu de te rendre le cœur assez tendre pour en pleurer.
- « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre » (Matthieu 5:5). Le pasteur fait une confession : la douceur, pour un homme qui a grandi en région parisienne, « ce n'est pas terrible ». Il se la représentait comme un type un peu mielleux, qui vous caresse l'épaule, et il n'arrivait pas à la comprendre parce que Jésus n'a rien d'un type mielleux. En plus, être mielleux ne passe pas dans tous les caractères, alors que les vertus du royaume doivent traverser tous les caractères.
- Un commentateur africain du sermon sur la montagne, Joe Kapolyo, l'a aidé : « La douceur, c'est la capacité de maîtriser sa force et de ne l'employer que pour le bien des autres. » Une définition simple, qui montre que c'est une vertu que tout le monde peut développer, et qui explique pourquoi Jésus était doux : avec toute sa puissance, il aurait pu nous écraser, et il ne l'a pas fait.
- Maîtriser sa force suppose d'en avoir. Le doux n'est pas celui qui se tait parce qu'il ne peut rien faire : ça, c'est une victime. C'est celui qui pourrait écraser et qui choisit de ne pas le faire.
- « Benjamin, ça devient hors de la réalité. Lundi matin, au boulot, c'est la jungle. Si je ne dis rien quand on me marche dessus, je me fais écraser. » C'est vrai, répond le pasteur, mais la question décisive est : qui défend tes intérêts ? Si tu es le seul à t'occuper de ton avenir, alors vas-y, la jungle est la meilleure stratégie, sois un killer. Mais la deuxième partie de la béatitude change tout : « car Dieu leur donnera la terre en héritage ». Le doux a compris que ce n'est pas à lui de tout arracher par sa force, parce que Dieu défendra son droit et lui donnera en temps et en heure.
- Concrètement cette semaine : la prochaine fois qu'on te coupe la parole, qu'on te double sur le périphérique, qu'on te prend ce qui te revient, tu auras le réflexe (surtout si tu as, comme le pasteur, un caractère sanguin) de rendre le coup et de montrer que tu as la force d'écraser. La question n'est pas « est-ce que je peux ? », c'est « est-ce que je crois que Dieu s'occupe de moi ? »
- « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Matthieu 5:6). Qui a déjà eu vraiment faim et soif ? On se réveille la nuit parce qu'on a soif. Tant qu'on n'a pas mangé, on ne pense qu'à ça. Il ne s'agit pas de gens qui font un peu de justice de temps en temps, mais d'un désir dévorant.
- Le lien avec la première béatitude : à partir du moment où nous avons compris que nous sommes pauvres spirituellement et que la justice nous a été donnée gratuitement par Dieu, un citoyen du royaume ne peut plus supporter le droit bafoué autour de lui. Ce n'est pas une œuvre qu'on fabrique, c'est ce qui coule du fait de contempler que Dieu nous a tout donné.
- Depuis son retour en France en 2022, le pasteur entend souvent : « Moi, ce qui m'insupporte, c'est l'injustice. » Mais quand on creuse, l'injustice qui insupporte, c'est celle qui me concerne : le retard de salaire est intolérable quand c'est le mien. La personne traitée de haut à l'accueil de la mairie, le collègue écarté pour rien, le Nord-Kivu au Congo détruit à cause des composants de nos téléphones, Haïti détruit par les intérêts des uns et des autres : on s'habitue. Or « une faim ne s'habitue pas. Un ventre affamé ne se raisonne pas. »
- Un jour la faim s'arrêtera : Jésus reviendra et le royaume qu'il instaurera sera sans aucune injustice, du plus petit au plus grand. Mais dès maintenant, nous devons avoir faim et soif de ce que nous vivrons plus tard. S'il y a autour de toi une situation à laquelle tu t'es habitué, il est peut-être temps de dire ou de faire quelque chose.
6. Bonté, cœur pur, artisans de paix
- « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5:7). Selon les versions, on parle de compassion, de miséricorde ou de bonté : une sympathie qui agit envers ceux qui sont dans le besoin.
- La promesse semble poser problème : on croit entendre du donnant-donnant, « je suis bon, donc Dieu est bon avec moi ». Il faut revenir à la clé du début. Nous sommes pauvres spirituellement, nous reconnaissons que Dieu a été bon envers nous et nous a sauvés par Jésus-Christ, et donc nous sommes bons. « Je n'ai rien apporté et je laisse couler. » La bonté que nous produisons n'est pas ce que nous fabriquons, mais ce que nous laissons couler de la grâce comprise.
- C'est un vrai test de notre portrait. Combien de fois avons-nous rencontré, ou été nous-mêmes, des chrétiens durs, cassants, incapables de pardonner, qui gardent leurs comptes à jour ? Celui-là devrait s'inquiéter, non pas parce qu'il a raté un examen, mais parce qu'on ne peut pas avoir été gracié et rester impitoyable toute sa vie avec les autres. Jésus en a parlé durement avec le serviteur à qui l'on remet une dette énorme et qui va ensuite attraper son collègue par le col pour trois sous (Matthieu 18:23-35).
- Être bon n'est pas facile. Mais ne serre pas les dents quand c'est difficile. Ce que Jésus demande, c'est de retourner à la source : plutôt que de se forcer en se répétant « il faut que je sois bon », regarder à ce que Jésus a fait pour toi, contempler son œuvre, la méditer, comme Paul y invite dans les Corinthiens, passer peut-être quelques jours dans la prière pour recharger tes batteries, afin que cela coule naturellement. Envers qui dois-tu être bon ? Le Seigneur met souvent des personnes à cœur : avec celle-là, tu dois être bon.
- « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Matthieu 5:8). Cela paraît impossible. Dans la Bible, le cœur n'est pas seulement les émotions : c'est ce que je pense, ce que je veux, ce que je décide en secret. Selon le pasteur, c'est le seul endroit du Nouveau Testament où il nous est demandé d'avoir un cœur pur, et c'est exactement le bon endroit, parce que Jésus explique en quoi son royaume sera différent.
- L'illustration vient de la prison de Los Olmos, en Argentine, dans les années 1980 : un enfer sur terre, les pires criminels mélangés parfois avec des victimes, meurtres, viols, abus. Le gouvernement a multiplié règles, règlements et dispositifs ; c'était de pire en pire, au point qu'on ne savait plus quoi faire, et la prison a été laissée à elle-même. Puis un pasteur qui avait commis un vrai délit s'y est retrouvé, s'est repenti et a commencé à partager l'Évangile. Des chefs de gang se sont convertis ; ils ont compris qu'ils étaient pauvres spirituellement, ils ont commencé à maîtriser leur force et à témoigner de la bonté. Douze ans après, sur 3 000 prisonniers, 1 400 s'étaient convertis. Le gouvernement a envoyé les vingt meilleurs chrétiens dans d'autres prisons, et il y a eu un réveil dans toutes les prisons d'Argentine. « Quand le cœur est changé, tout change. »
- En pleine campagne présidentielle, on parle de lois, de dispositifs, de règlements comme si cela allait tout changer. Il en faut, sinon on ne s'en sort pas, mais ne soyons pas dupes : « ça ne va pas changer le cœur des Français. Le cœur des Français a besoin d'être changé par Jésus-Christ. » Le père du pasteur disait souvent dans ses prédications : « Le cœur du problème, c'est le problème du cœur. La loi arrête votre main, mais l'Évangile change le cœur et guide votre main. »
- Ils verront Dieu : pleinement à son retour, mais déjà ceux qui laissent Jésus changer leur cœur en profondeur voient Dieu agir. C'est l'inverse du reproche de Jésus aux pharisiens, qui nettoyaient l'extérieur de la coupe et du plat alors que l'intérieur était crasseux (Matthieu 23:25-26). Pas seulement ce que tu montres au travail ou le dimanche matin, mais ce qu'il y a au fond. Alors arrête les prières du type « Dieu, aide-moi à mieux me tenir ». Prie plutôt : « Change mon cœur, Seigneur, donne-moi un cœur pur », exactement comme David a prié : « Ô Dieu ! crée en moi un cœur pur » (Psaume 51:12).
- « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5:9). Attention au contresens : Jésus ne dit pas heureux ceux qui restent paisibles dans leur coin, qui évitent les histoires et ne font de mal à personne. Il parle de ceux qui répandent la paix, les artisans de paix : ceux qui la fabriquent, pas ceux qui la gardent tranquillement. Le pasteur cite, de mémoire, un mot attribué à Martin Luther : « Vous êtes chrétiens, alors sortez, utilisez vos pieds, utilisez vos mains et fabriquez la paix autour de vous. »
- Ce sont ceux qui se mettent entre deux personnes qui se battent au métro Porte de Saint-Ouen et disent « calmez-vous les gars », ceux qui vont voir, qui font le premier pas. Le pasteur a parlé la veille avec une sœur placée, il en est persuadé, dans son entreprise pour être artisan de paix dans une atmosphère toxique. Elle fait des démarches, elle essaie de dire la vérité, et elle est fatiguée parce qu'elle ne voit pas le résultat. Mais le résultat n'est pas entre ses mains : Dieu l'a placée là. Là où Dieu te place comme citoyen du royaume, tu es placé pour fabriquer la paix. Comment se fait-il que tant d'églises se divisent à cause de conflits, alors que nous sommes censés fabriquer la paix ?
- Pourquoi ? « Car Dieu les reconnaîtra pour ses fils » : le fils imite le père, et le Père a fabriqué la paix avec nous. « Il a traversé la pièce. » Quand on a tort, c'est facile de s'excuser. Mais quand j'ai raison, quand c'est l'autre qui a commencé et que tout le monde le sait, il faudrait que ce soit moi qui traverse la pièce ? Oui, parce que Dieu l'a fait pour toi : tu étais son ennemi, il a traversé la pièce et il a donné son Fils. Nous rechignons, le pasteur le premier. Il y a peut-être une personne vers qui tu sais que tu dois traverser la pièce ; Dieu te pousse, et tu résistes parce que ta carte est à l'envers.
7. Persécutés pour la justice : « Heureux serez-vous », et un seul ordre
- « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5:10). Peut-être la plus dure, parce qu'on parle de souffrance. Jésus ne parle pas de toutes les souffrances : certains se sentent persécutés à cause de leur propre faute. « Vous n'êtes pas persécutés, vous êtes juste punis pour vos fautes. » Il s'agit d'être persécuté parce qu'on vit comme le roi le demande, et que cela dérange.
- La boucle se ferme avec la quatrième béatitude : celui qui a faim et soif de justice finit par en payer le prix, « parce qu'un monde à l'envers ne supporte pas qu'on vive à l'endroit ». Et la promesse reprend exactement les mots du verset 3 : le royaume des cieux leur appartient. Le portrait a commencé par le royaume des cieux et finit par le royaume des cieux.
- Puis vient le rebondissement. Jusque-là Jésus parlait à la troisième personne : « heureux ceux qui… ». D'un coup il change : « Heureux serez-vous. » Le pasteur l'imagine lever les yeux vers ses disciples et les regarder un à un : « Heureux toi, toi, toi. » On ne peut plus regarder ce portrait comme un tableau dans un musée en disant « ouais, c'est sympa ». C'est de nous qu'il parle. Il te regarde dans les yeux.
- À quoi cela ressemble-t-il pour toi ? À l'école, à la fac, au travail, tout le monde triche, s'échange les réponses, arrange un peu les chiffres, ment, arrange la vérité, « parce que c'est comme ça qu'on avance ». Et toi, tu ne le fais pas. Tu auras sûrement une moins bonne note, une promotion en moins, un chiffre d'affaires un peu moins développé, un bonus plus faible en fin d'année, tu verras passer devant toi ceux qui l'ont fait, et tu auras peut-être droit à la remarque : « Pourquoi tu te prends la tête ? »
- Ou bien c'est cette atmosphère au travail ou à l'école où l'on démolit toujours quelqu'un qui n'est pas là ; tu ne suis pas, tu dis quelque chose ou tu te tais mais tu ne ris pas, et ça se voit. Au bout d'un moment, celui qui ne participe pas aux commérages, on ne lui parle plus. Pour d'autres, c'est simplement parce que tu es chrétien : tu ne caches pas ta foi, tu ne l'imposes à personne, mais tu ne fais pas comme si elle n'existait pas. Et on te répond : « Tu es devenu bizarre. Garde ça pour toi, c'est la sphère privée. »
- Voilà de quoi Jésus parle. Ce n'est pas forcément mourir pour sa foi, même si dans certains pays on en meurt (le pasteur invite à suivre ce qui se passe au Nigéria, où la situation est de pire en pire). C'est « accepter de perdre quelque chose parce qu'on refuse de gagner de la mauvaise manière ». Combien de compromis as-tu faits dans ta vie ? Combien le pasteur en a-t-il faits dans la sienne ?
- Et Jésus finit par un ordre. Jusque-là, il n'avait donné aucun ordre, seulement des déclarations. Le premier commandement qu'il donne à ses citoyens, c'est : réjouissez-vous. Juste après avoir parlé d'oppression. De quelle joie parle-t-il ? Pas de se réjouir parce qu'on a mal : « Dieu n'est pas un masochiste. » Réjouissez-vous pour deux raisons : une magnifique récompense vous attend dans les cieux, et vous êtes traités comme les prophètes avant vous.
- Pourquoi parler des prophètes ? Le pasteur y voit une réponse à notre réflexe du « pourquoi moi ? » quand on est moqué ou mis à l'écart. Au lieu de « pourquoi moi ? », dis plutôt : « je suis dans la bonne file », la file de Daniel, d'Ézéchiel. Quand ça te tombera dessus cette semaine, la remarque, la moquerie, la mise à l'écart, dis-toi : il y a une récompense, et je suis dans la bonne file.
- La question du matin n'est pas « est-ce que le portrait du citoyen du royaume vous a plu ? », mais « est-ce vous qui avez été décrits ? Est-ce moi ? » Honnêtement, aucun de nous n'est ce portrait, le pasteur le premier : « Moi, pasteur Benjamin, qui reflète si peu de ces béatitudes, j'étais tellement triste en les relisant cette semaine. » Puis il a levé la tête : être triste, c'est plutôt une bonne nouvelle, c'est la deuxième béatitude.
- Le piège serait d'arriver devant ces béatitudes en se disant « bon, ça va, c'est plutôt mon portrait ». Alors le royaume t'est barré. Chaque citoyen du royaume, en lisant les béatitudes, constate qu'il en est bien loin. Ce n'est pas un test de ta conversion, ne repars pas avec des doutes : c'est une identité à habiter et un test de la direction de ta vie. Si tu as envie de vivre cela, tu es sur le bon chemin.
- Comment faire ? Pas en rentrant avec une liste de choses à faire. Relis la toute première phrase : heureux ceux qui n'ont rien, et laisse couler vers les autres ce que Dieu a fait pour toi. La semaine dernière, il était question d'une vie à apprendre ; voici le premier cours, et ce n'est pas apprendre à faire quelque chose. La première leçon, c'est la banqueroute : « On n'entre pas en montrant ce qu'on a. On entre en montrant qu'on n'a rien, parce que quelqu'un a payé, et cette personne, c'est Jésus-Christ. »
- Ne repars pas avec huit choses à faire, mais avec une seule : te mettre devant Dieu, seul dans ta chambre, la porte fermée, et dire : « Dieu, je n'ai rien à t'offrir. Fais couler en moi la douceur. Fais couler en moi la bonté. Permets que je sois touché par l'injustice autour de moi. Change mon cœur. » La bonne nouvelle, c'est que Jésus t'attend là, et qu'il te dira : le royaume des cieux est à toi.
Points à retenir
- « Heureux » dans les béatitudes n'est pas une humeur mais une déclaration de Dieu sur ta situation devant lui : béni par Dieu.
- Le royaume de Jésus n'est pas à l'envers ; c'est notre carte du monde, apprise depuis l'enfance, qui est fausse.
- La première béatitude est la clé : on n'entre pas dans le royaume en payant avec ses œuvres, mais en reconnaissant qu'on n'a rien et que Jésus a payé.
- Douceur, faim de justice, bonté, paix : ce ne sont pas des vertus à fabriquer, mais ce qui coule naturellement quand on contemple ce que Dieu a fait pour nous.
- Vivre à l'endroit dans un monde à l'envers coûte quelque chose ; le premier ordre que Jésus donne à ses citoyens est alors : réjouissez-vous, vous êtes dans la bonne file.
Application personnelle
- Quelle est ta carte d'une vie réussie, celle que tu as apprise sans t'en rendre compte ? En quoi contredit-elle le portrait de Matthieu 5 ?
- Quand as-tu pleuré pour la dernière fois sur ton péché, et non sur ce qui te manque ? Y a-t-il une chose que tu as appris à excuser et pour laquelle tu peux demander un cœur plus tendre ?
- Face à la prochaine injustice qui te touchera cette semaine, choisiras-tu de rendre le coup ou de croire que Dieu défend tes intérêts ?
- Vers qui dois-tu « traverser la pièce » pour fabriquer la paix, même si c'est l'autre qui a commencé ?
- Quel compromis acceptes-tu encore pour ne pas perdre quelque chose au travail, à l'école ou dans tes relations ?
Versets cités
- Matthieu 5:3-12
- Psaume 1:1
- Éphésiens 2:8
- Apocalypse 21:4
- Matthieu 18:23-35
- Matthieu 23:25-26
- Psaume 51:12
Questions fréquentes
Que signifie le mot « heureux » dans les béatitudes ?
Ce n'est pas une humeur ni un ressenti. Jésus reprend la formule des Psaumes (« Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants ») pour décrire la situation de quelqu'un devant Dieu. Le prédicateur rappelle la proposition de John Stott : traduire par « béni », c'est-à-dire déclaré béni par Dieu. Chaque béatitude est une déclaration, ni un ordre ni un souhait, suivie d'une promesse concrète : le royaume des cieux, la terre en héritage, être reconnu fils de Dieu.
Pourquoi la première béatitude est-elle la clé de toutes les autres ?
« Heureux les pauvres en esprit » signifie cesser de prétendre payer son entrée dans le royaume par ses bonnes œuvres. L'entrée a été payée en Jésus-Christ. Si l'on ne comprend pas cela, le reste des béatitudes devient du moralisme ou du donnant-donnant avec Dieu. À partir de cette pauvreté reconnue, la douceur, la faim de justice et la bonté ne sont plus fabriquées : on laisse couler ce que Dieu a fait pour nous.
Que veut dire être doux selon le sermon sur la montagne ?
La douceur n'est pas un caractère mielleux. Le prédicateur reprend la définition d'un commentateur africain : la douceur, c'est la capacité de maîtriser sa force et de ne l'employer que pour le bien des autres. Le doux n'est pas celui qui se tait parce qu'il ne peut rien faire, c'est celui qui pourrait écraser et qui choisit de ne pas le faire, parce qu'il croit que Dieu défend ses intérêts et lui donnera la terre en héritage.
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