Introduction
Le fils d'Ollie adore les insectes. Pas simplement un peu : il passe ses récréations à en chercher avec son meilleur ami, et pour son anniversaire il a voulu des insectes : une intervenante est venue avec des insectes géants, jusqu'à l'une des plus grandes espèces de cafards au monde. Alors ses parents lui répètent : « Doucement, doucement, tu vas l'écraser. » Il est grand et l'insecte est petit. Il est fort et l'insecte est faible. Ce qui lui semble une petite pression peut être fatal pour la bête.
C'est par cette image qu'Ollie ouvre son message à St Stephen's Presbyterian, à Surrey Hills, en Australie, dans une série sur le fruit de l'Esprit. Après l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité et la fidélité, voici l'avant-dernier fruit : la douceur.
À partir de Matthieu 11:25-30 et de Galates 6:1-5, il donne quatre images complémentaires de la douceur biblique : elle est forte, elle accueille, elle restaure et elle reste humble. Puis il répond à la question qui suit forcément : comment grandir dans la douceur ?
Plan du message
1. Le fruit qu'on choisit en dernier
- Si on te demandait dans quel fruit de l'Esprit tu veux grandir le plus, tu répondrais sans doute la maîtrise de soi, l'amour ou la patience. Rarement la douceur. Elle ressemble au fruit qui reste quand on a pris tous les bons.
- C'est peut-être parce que nous l'avons mal comprise. On entend douceur et on pense mollesse, passivité, quelqu'un qui ne tient jamais bon sur rien. « Un paillasson avec de bonnes manières. »
- Le portrait biblique est bien meilleur, plus beau et plus vital que cela.
- Comme le fils du pasteur face aux insectes, nous sommes plus forts que nous le croyons. Nos paroles ont du pouvoir, notre savoir a du pouvoir, notre autorité a du pouvoir. Notre manière d'agir, de parler ou de corriger peut aider quelqu'un ou lui faire du mal.
- Et nous ne voyons pas ce que portent les autres : un deuil, de la honte, une lutte contre le péché, une vie abîmée loin de Dieu. « On ne sait pas ce que quelqu'un a traversé avant d'entrer dans la pièce. » Ce qui est une petite pression pour nous peut devenir un poids écrasant pour lui.
2. La douceur n'est pas le contraire de la force
- Nous opposons souvent les deux : la force est grande, la douceur est petite ; la force fait avancer les choses, la douceur se met en retrait. Jésus ne nous laisse pas penser ainsi.
- Matthieu 11 est l'un des passages les plus remarquables de la Bible, sans doute le seul où Jésus ouvre une fenêtre sur son propre cœur : « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11:29).
- Cela devrait nous surprendre. Quelques versets plus tôt, il affirme : « Toutes choses m'ont été données par mon Père » (Matthieu 11:27). Il est de loin la personne la plus forte qui ait jamais existé. On s'attendrait à ce qu'il domine, exige ou impose. Il est doux.
- Le roi de l'univers s'agenouille devant des pieds sales. Celui qui commande aux tempêtes prend des petits enfants sur ses genoux. Celui qui pourrait appeler des légions d'anges rétablit Pierre avec douceur après son reniement.
- Douceur et force vont ensemble : la douceur est l'usage maîtrisé de sa force pour le bien de quelqu'un d'autre. Comme le berger qui porte la brebis perdue, le parent qui rassure un enfant effrayé, celui qui aide une personne âgée à traverser la rue.
- Cette force douce se voit parfois le mieux quand il faut dire une vérité impopulaire. Ollie cite Peter Jensen, responsable chrétien connu en Australie, invité en 2012 de l'émission télévisée Q&A pendant le débat sur le mariage entre personnes de même sexe. Entouré d'autres invités hostiles à sa position, face à des attaques virulentes, il n'a ni rendu coup pour coup ni cédé : il a présenté calmement ce que la Bible dit du mariage, entre un homme et une femme. « On ne pouvait qu'être impressionné par la force tranquille » de sa réponse.
- Demain matin, tu auras l'occasion de la vivre. Quand les enfants ignorent la consigne pour la vingtième fois avant le petit-déjeuner, au lieu de les intimider, tu fais preuve de patience. Quand un collègue se trompe encore dans les chiffres, au lieu de l'humilier, tu l'encourages. Quand un frère ou une sœur t'agace, tu réponds avec calme.
3. La douceur accueille
- « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11:28).
- Plus jeune, Ollie devait tondre avec son frère une grande pelouse, devant et derrière la maison, avec une tondeuse manuelle aux lames émoussées et rouillées. Des heures de travail, les membres lourds comme du plomb, la peau brûlée par le soleil, puis l'effondrement sur le canapé.
- Jésus parle ici d'une fatigue plus profonde : la fatigue de l'âme. La pression de toujours devoir tenir, la conversation qu'on rejoue sans cesse dans sa tête, l'anxiété discrète qui nous suit partout, le fardeau de faire semblant d'aller bien.
- Comme un énorme sac à dos chargé de culpabilité pour ce qu'on voudrait défaire, de deuil pour ceux qu'on a perdus, de peur devant ce qu'on ne contrôle pas, de honte pour ce qu'on espère que personne ne découvrira jamais.
- « Venez à moi. » Avant d'offrir quoi que ce soit, Jésus s'offre lui-même. La douceur ne commence pas par réparer les gens, elle commence par les accueillir. Tu n'as pas à te nettoyer d'abord, ni à faire semblant, ni à porter ton fardeau seul.
- Si nous lui appartenons, la douceur consiste aussi à accueillir les autres. Ollie parle d'un de ses amis qui peut parler à tout le monde : au visiteur qui vient pour la première fois, au fidèle de quarante ans, à celui qui s'assoit au fond en espérant qu'on ne lui parle pas. Il ne fait rien d'extraordinaire : il écoute, il pose des questions, il se souvient, il fait de la place.
- Accueillir avec douceur, ce n'est pas seulement être gentil. C'est écouter avant de réparer, demander avant de supposer, faire de la place avant de donner des conseils. Si la douceur de Jésus donne envie aux personnes fatiguées de venir à lui, notre douceur devrait leur donner envie de venir à nous, pour que nous les conduisions à lui.
4. La douceur restaure
- « Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur » (Galates 6:1).
- Le verbe grec (katartizô) veut dire réparer, remettre en état : raccommoder un filet de pêche déchiré, démêler un collier, remettre en place un os cassé.
- Ollie s'est cassé dix os au cours de sa vie, le pire étant la jambe : les deux os de la jambe brisés entre le genou et la cheville. Le chirurgien n'a pas ignoré la fracture. Il n'a pas non plus sorti une scie pour couper la jambe, « sinon je serais un pirate ». Il a traité la fracture avec douceur.
- C'est ainsi que nous devons user de douceur : ne pas ignorer le péché, mais ne pas écraser le pécheur. Le restaurer.
- La douceur nous surprend ici. Nous pensons souvent qu'elle consiste à ne contrarier personne, à éviter les situations gênantes. Mais la douceur biblique implique parfois de dire exactement ce que l'autre ne veut pas entendre, d'aller vers la difficulté au lieu de la fuir.
- On ne restaure pas ce qui est cassé en faisant comme si de rien n'était. On s'approche, on dit la vérité, on aide la personne à revenir vers Jésus. Cela peut faire mal, comme quand le chirurgien a redressé la jambe. « La douceur ne veut pas dire éviter la douleur. Elle veut dire accepter de l'endurer en vue de la guérison. »
- Ollie raconte l'histoire d'un homme venu d'un milieu sans aucun lien avec l'Église, à la vie chaotique. Il rencontre des chrétiens, lit la Bible avec eux, met sa confiance en Jésus. Puis il retombe peu à peu : la drogue à nouveau, la rue, et de l'hostilité envers l'Église qui l'avait accueilli.
- L'Église a dû le retirer de la liste des membres. Mais elle ne s'en est pas lavé les mains. Un homme a continué à passer du temps avec lui, un couple lui a ouvert sa maison pour qu'il ne dorme pas dehors, d'autres l'ont invité encore et encore malgré ses refus. Ils n'ont pas dit que son péché était acceptable, mais ils ne l'ont pas traité comme une cause perdue.
- Avec le temps, il est revenu : la Bible, puis les rencontres avec des chrétiens, puis le culte. Un dimanche, il s'est levé, a confessé son péché et demandé pardon. L'Église l'a accueilli à bras ouverts. Tu ne fais pas comme si l'os n'était pas cassé, mais tu ne jettes pas la personne parce qu'il l'est.
5. La douceur reste humble
- « Si quelqu'un pense être quelque chose, quoiqu'il ne soit rien, il s'abuse lui-même. Que chacun examine ses propres œuvres » (Galates 6:3-4).
- Paul nous met en garde contre le fait de nous croire meilleurs que celui que nous restaurons. Jésus lui-même lie les deux : « doux et humble de cœur ».
- Quand quelqu'un trébuche, notre cœur est tenté de monter sur un piédestal : « Comment a-t-il pu faire une chose aussi stupide ? Moi, je ne ferais jamais ça. » C'est précisément le danger que Paul signale.
- Ollie se souvient d'un trajet en voiture pour rencontrer un homme qui avait fait un gâchis de sa vie. En chemin, il a senti son cœur pencher de ce côté-là et a dû prier Galates 6 : « Seigneur, garde-moi humble. » Il n'y allait pas en expert qui a tout réglé, mais comme « un mendiant qui va dire à un autre mendiant où trouver de quoi manger ».
- La douceur ne se tient pas au-dessus pour reprendre, elle s'assoit à côté pour restaurer. Sans la grâce de Dieu, j'en serais là, moi aussi.
6. Un fruit de l'Esprit, pas un effort de volonté
- Tu es peut-être convaincu d'avoir besoin de plus de douceur. Comment faire ? La douceur est un fruit de l'Esprit : c'est l'Esprit de Dieu qui la produit en nous en nous rendant semblables à Jésus.
- Le but n'est donc pas de serrer les dents pour devenir quelqu'un de plus gentil. « C'est comme vouloir monter jusqu'au soleil avec une échelle. »
- Nous prions : « Saint-Esprit, rends-moi plus semblable à Jésus. Donne-moi de la force, mais apprends-moi à l'utiliser pour le bien des autres. Donne-moi le courage de dire la vérité, et la douceur de la dire sans écraser. Donne-moi l'humilité de me souvenir de mon propre besoin de grâce. Donne-moi la patience de marcher aux côtés de l'autre vers la restauration. »
- L'Esprit tourne nos regards vers Jésus. La douceur grandit en regardant à lui, pas en nous regardant davantage. Il est difficile de te tenir fièrement au-dessus de quelqu'un quand tu as passé la matinée à te souvenir de la douceur de Jésus envers toi. Difficile d'écraser quelqu'un pour un échec quand Jésus ne t'a pas écrasé. Difficile de refuser la miséricorde quand Jésus ne te l'a pas refusée.
7. « Doucement, tu vas l'écraser »
- Ollie revient à son fils et aux insectes. Dieu nous a donné de la force à nous aussi : une personnalité affirmée, des connaissances, de l'autorité, des paroles qui pèsent, de l'assurance. Ce ne sont pas de mauvaises choses.
- Nous n'avons pas besoin de devenir plus faibles. Nous avons besoin d'apprendre à utiliser notre force pour le bien de l'autre : accueillir plutôt qu'intimider, restaurer plutôt qu'écraser, s'abaisser plutôt que regarder les autres de haut.
- Cette semaine, face à quelqu'un qui souffre, qui lutte, qui est pris dans le péché ou qui est simplement difficile, souviens-toi : « Doucement, doucement, tu vas l'écraser. » Ce n'est ni de la faiblesse, ni de la passivité, ni une fuite devant la vérité. Ce sont des mains fortes utilisées avec soin.
- Et pendant que tu y penses, prie : « Saint-Esprit, aide-moi à être doux comme Jésus. »
Points à retenir
- La douceur n'est pas le contraire de la force : c'est l'usage maîtrisé de sa force pour le bien de quelqu'un d'autre.
- Jésus, à qui toutes choses ont été données, se dit « doux et humble de cœur ». Avant d'offrir quoi que ce soit, il s'offre lui-même : « Venez à moi. »
- La douceur restaure : elle n'ignore pas le péché et n'écrase pas le pécheur, elle s'approche, dit la vérité et accompagne vers Jésus.
- La douceur reste humble : celui qui restaure n'est pas meilleur que celui qu'il restaure.
- La douceur est un fruit de l'Esprit. Elle grandit quand nous prions et quand nous regardons à la douceur de Jésus envers nous.
Application personnelle
- Dans quel domaine as-tu de la force (paroles, savoir, autorité, tempérament) qui pourrait écraser quelqu'un sans que tu t'en rendes compte ?
- Quel fardeau portes-tu en ce moment (culpabilité, deuil, peur, honte) que tu n'as pas encore apporté à Jésus ?
- Qui, autour de toi, aurait besoin que tu l'écoutes avant de lui donner des conseils ?
- Y a-t-il une personne que tu évites de reprendre par peur du malaise, ou au contraire que tu reprends sans douceur ?
- Quand quelqu'un trébuche, ton cœur monte-t-il sur un piédestal ? Comment peux-tu te souvenir cette semaine de ton propre besoin de grâce ?
Versets cités
- Matthieu 11:25-30
- Galates 6:1-5
- Galates 5:22-25
- Jean 13:1-15
- Marc 10:13-16
- Matthieu 26:53
- Jean 21:15-19
Questions fréquentes
La douceur est-elle une forme de faiblesse ?
Non. Pour Ollie, la douceur n'est pas le contraire de la force. Jésus, à qui toutes choses ont été données par le Père, dit pourtant : « je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11:29). La douceur, c'est l'usage maîtrisé de sa force pour le bien de quelqu'un d'autre.
Que veut dire « redresser avec douceur » dans Galates 6:1 ?
Le mot grec désigne l'action de réparer, de remettre en état : un filet déchiré, un collier emmêlé, un os cassé. Comme un chirurgien, on ne fait pas comme si la fracture n'existait pas, mais on ne brise pas non plus la personne. On s'approche d'elle, on lui dit la vérité et on l'aide à revenir vers Jésus.
Comment grandir dans la douceur ?
La douceur est un fruit de l'Esprit. Il ne s'agit pas de serrer les dents pour devenir quelqu'un de plus gentil. On prie le Saint-Esprit de nous rendre semblables à Jésus, et on regarde à Jésus : il est difficile d'écraser quelqu'un quand on se souvient que Jésus ne nous a pas écrasés.