Introduction
Dans le monde du sport, on parle des « GOAT », les initiales anglaises de « greatest of all time », le plus grand de tous les temps. Martin Hull, invité à prêcher à Grove Hill Evangelical Church, note avec humour que le tableau des champions qu'il projette est américain : il n'y a aucun joueur de cricket. Mais les Britanniques aiment aussi ce sujet. En 2002, la BBC a organisé un grand sondage national pour désigner le plus grand Britannique, et Winston Churchill l'a emporté sans surprise.
Cette obsession de la grandeur ne se limite pas au sport. Elle touche aussi l'Église locale, et ce n'est pas nouveau. Les premiers disciples de Jésus, cette toute première communauté de croyants, se sont trompés dès le départ en posant une question déplacée : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? » Deux mille ans plus tard, les choses n'ont pas beaucoup changé, et nous pouvons faire la même erreur.
À partir de Matthieu 18:1-4, le prédicateur propose une formule simple : les plus grands sont ceux qui ont renoncé à l'idée de grandeur, parce qu'ils ont connu Jésus, le plus grand de tous les temps. Il la décline ensuite en trois pas vers une grandeur d'enfant dans le royaume des cieux.
Plan du message
1. Une « démangeaison insensée de grandeur »
- Le texte ne dit pas ce qui a poussé les disciples à parler de grandeur. Mais la réaction de Jésus montre qu'il n'était pas impressionné. Pour Martin Hull, cela devrait sonner comme une alarme : parler de grandeur dans l'Église n'est pas une bonne chose.
- Il cite Jean Calvin, qui voyait chez les disciples une « démangeaison insensée de grandeur ».
- Notre société nous pousse à viser haut et à être les meilleurs. Le prédicateur reconnaît qu'il est juste d'utiliser les dons et les occasions que nous avons reçus. Mais les disciples ne demandent pas qui est le plus grand sur un terrain de football, dans les affaires ou au cinéma. Ils parlent du royaume des cieux, et c'est un tout autre domaine, où d'autres règles s'appliquent.
- Il compare cela à une plongée sous l'eau à la piscine. D'un coup, il faut penser autrement. Tu ne respires plus, tu ne parles plus et tu ne te déplaces plus comme hors de l'eau. Tu es dans un autre milieu.
- « Dans le royaume des cieux, dans l'Église, nous ne sommes plus dans notre château avec nos règles. Nous sommes dans le château de Dieu, où ses règles s'appliquent. » C'est un royaume où Jésus est roi, où le Saint-Esprit gouverne, et où les choses se font autrement.
2. Un petit enfant au milieu des disciples
- Pour faire comprendre cette différence, Jésus appelle un petit enfant et le place au milieu d'eux. Martin Hull insiste : c'est un petit enfant. Un autre évangile rapporte que Jésus l'a pris dans ses bras, comme ces tout-petits que des parents tenaient dans leurs bras au premier rang ce matin-là.
- À l'époque de Jésus, les petits enfants n'étaient pas considérés comme importants. Un auteur le résume ainsi : on devait s'occuper d'eux, pas les admirer. Jésus aimait les enfants et leur donnait du temps, même quand les disciples ne le voulaient pas. Mais dans la société, ils ne comptaient pas.
- Aujourd'hui encore, alors que les enfants reçoivent beaucoup de temps et d'attention, un petit enfant n'est pas regardé comme « grand ». Il reste, comme au temps de Jésus, dépendant, faible, vulnérable et souvent très conscient de sa petitesse.
- La réponse de Jésus est donc inattendue. Les disciples auraient pu s'attendre à entendre : « Moïse », ou peut-être « David », ou « Élie ». Ou bien à une évaluation : « Pierre, tu as certaines qualités qui ressortent, mais Jean, il y a des choses chez toi que j'aime particulièrement. » Ou encore, version moderne : « Frères, vous êtes tous grands, il y a de la grandeur en chacun de vous, laissez-la sortir. » Prendre un petit enfant comme exemple de grandeur, c'est révolutionnaire.
- Jésus le sait, puisqu'il dit : « si vous ne vous convertissez ». Le mot signifie se tourner, changer de direction, changer de manière de penser, adopter une perspective complètement différente. Sans ce retournement, dit Jésus, vous n'entrerez même pas dans le royaume des cieux. Il ne s'agit donc pas seulement de la manière d'y vivre, mais aussi de la manière d'y entrer.
3. Comme un enfant, pas puéril
- Martin Hull précise que Jésus ne nous demande pas de devenir puérils. Bien des comportements d'enfants n'ont pas leur place dans le royaume des cieux : fondre en larmes, faire des colères, jeter sa nourriture par terre.
- Il s'agit d'être comme un enfant, et c'est une question de statut. Les petits enfants n'ont aucune grandeur. C'est pourquoi Jésus dit que celui qui se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand.
- Le prédicateur le formule ainsi : « Les plus grands sont ceux qui ont renoncé à l'idée de grandeur. » Ils ont vu leur vulnérabilité. Ils reconnaissent leur faiblesse. Ils sont conscients de leur petitesse. Ils savent qu'ils ne maîtrisent pas tout.
- Comment ce changement peut-il se produire ? Comme pour toute autre qualité que la Bible encourage, l'humilité vient de notre compréhension de Jésus et de ce qu'il a fait. D'où la formule complète : « Les plus grands sont ceux qui ont renoncé à l'idée de grandeur parce qu'ils ont connu Jésus, le plus grand de tous les temps. »
4. Premier pas : compter sur Jésus pour entrer dans le royaume
- Un petit enfant ne peut rien faire par lui-même. Les enfants présents dans l'église ne fournissent ni leur maison ni leurs repas. Leurs parents doivent les nourrir, les habiller, et même les laver. Ils sont sans cesse dans le besoin et dépendent des autres. C'est vrai pour nous aussi quand nous entrons dans le royaume des cieux.
- Martin Hull évoque le cantique « Rock of Ages » (Rocher des siècles), écrit par Augustus Toplady. Ce cantique décrit comment, jeune homme de seize ans, il a compris ce que Jésus avait fait pour lui sur la croix et qu'il devait compter entièrement sur lui pour entrer dans le royaume. Une strophe dit : « Rien dans mes mains je n'apporte, simplement à ta croix je m'attache. Nu, je viens à toi pour être vêtu. Impuissant, je cherche en toi la grâce. Souillé, je cours à la source. Lave-moi, Sauveur, ou je meurs. »
- Le prédicateur commente deux de ces images : nu comme un petit enfant qui vient le matin vers papa et maman pour être habillé ; lavé comme un petit enfant a besoin d'être lavé. Ce sont du début à la fin les paroles de quelqu'un qui compte sur Jésus et sur sa grandeur.
- Rien de cela ne nous vient facilement. Nous n'aimons pas dépendre des autres : cela heurte notre confiance en nous et notre grandeur. Martin Hull raconte qu'il n'a jamais aimé aller demander quelque chose à ses voisins. Dans les premières années de son mariage, il arrivait que sa femme, aujourd'hui décédée, prépare le repas du dimanche le samedi soir et s'aperçoive vers 20 h 30 qu'il manquait des œufs pour le Yorkshire pudding ou du sucre pour le riz au lait. Rien n'était ouvert près de chez eux. Il était alors envoyé frapper chez les voisins d'en face pour quémander deux œufs ou une tasse de sucre, et il détestait cela. Quel soulagement quand un supermarché a ouvert non loin de chez eux !
- Pourquoi était-ce si pénible ? « Cela me donnait l'impression d'être redevenu un enfant, dépendant, obligé de compter sur les autres. » Or c'est exactement ainsi que nous entrons dans le royaume des cieux. « Tu ne peux pas aller au supermarché et acheter le salut sur une étagère. » Nous devons aller à Jésus comme de petits enfants qui reçoivent un cadeau.
5. Deuxième pas : se réjouir en Jésus chaque jour
- Compter sur ce que Jésus a fait pour nous n'est pas un acte ponctuel, mais une réalité continue, jour après jour.
- La plupart de nos relations exigent que nous fassions nos preuves. Au travail, il y a l'entretien trimestriel, semestriel ou annuel, et il faut faire savoir à tout le monde ce que l'on fait et ce que l'on réussit. Entre amis, il faut être à jour sur les films, la musique et l'actualité sportive. À l'école, il faut les bons vêtements, les bonnes baskets, et pas celles de l'an dernier. Nous vivons dans une société de compétition où l'on veut faire aussi bien que les voisins et sauver les apparences.
- Dans le royaume des cieux, nous avons affaire à Jésus. Il sait tout de nous, et pourtant il nous aime. Nous n'avons pas à nous démener pour l'impressionner. Martin Hull reprend une formule : « Il nous aime, non parce que nous sommes aimables, mais parce qu'il est plein d'amour. » C'est une bonne nouvelle dans laquelle nous pouvons nous réjouir chaque jour.
- Mais cette joie sera sans cesse menacée. Il faudra travailler jour après jour à nous rappeler : « Je ne peux pas impressionner cet homme, Jésus. Je compte simplement sur lui, jour après jour, en me réjouissant de son pardon, de son amour et de sa grâce envers moi. »
6. La lettre de Brownlow North
- Martin Hull raconte l'histoire de Brownlow North, un Britannique qui a vécu il y a environ cent cinquante ans. Dans ses jeunes années, il avait mené une vie terrible, insensée et dissipée. Jeune homme, il est devenu croyant. Après quelques années de vie chrétienne, il a ressenti un appel au ministère et s'est présenté aux autorités de l'Église, qui l'ont invité à venir présider un culte.
- Avant son arrivée, quelqu'un a écrit à ces autorités une lettre détaillant sa conduite passée. Quand il l'a appris, il a retiré sa candidature. Mais dans les mois suivants, le Saint-Esprit a fait une œuvre profonde dans son cœur et l'a convaincu du pardon de Jésus. Il s'est de nouveau senti appelé, s'est présenté une seconde fois, et a de nouveau été invité à présider un culte.
- Une autre lettre est arrivée, cette fois adressée directement à lui, lui rappelant la vie qu'il avait menée et ce qu'il avait fait. En la lisant, il a été convaincu dans son cœur. Allait-il reculer encore ? Non. Il a pris la lettre avec lui, est monté en chaire et l'a lue au début du culte. Puis il a poursuivi : « Je suis l'homme décrit ici. C'est une description juste de moi. Mais oh, combien merveilleuse doit être la grâce qui a pu me toucher, me purifier, me relever d'une telle mort dans les offenses et le péché, et faire de moi ce que je parais devant vous ce soir : un vase de miséricorde, quelqu'un qui sait que tous ses péchés passés ont été purifiés par le sang expiatoire de Jésus, l'Agneau de Dieu. »
- Brownlow North est devenu un évangéliste remarquablement puissant et efficace au Royaume-Uni. Il aurait pu être considéré comme grand dans le royaume de Dieu. Il parlait rarement de cette lettre, mais il la gardait sur lui comme un rappel constant de qui il était et de la grande grâce de Dieu envers lui. Quelqu'un a écrit que ces rappels lui permettaient de « descendre sans cesse de son piédestal et de marcher dans l'humilité devant le Seigneur et devant les hommes ».
- Le prédicateur pose la question : avons-nous besoin de quelque chose de semblable, une lettre au sens figuré, qui nous rappelle qui nous sommes et ce que nous sommes vraiment ? Cette vérité honnête sur nous-mêmes nous garde dans la joie en Christ, jour après jour, et nous fait descendre de notre piédestal.
7. Troisième pas : refléter Jésus dans nos vies
- Enfin, nous reflétons Jésus dans nos vies. Il nous a acceptés : nous acceptons les autres. Il nous a pardonné : nous pardonnons aux autres. Il a porté son amour sur nous : nous portons notre amour sur les autres.
- Martin Hull rappelle une ligne d'un cantique que l'assemblée chante parfois, et qu'elle allait chanter juste après le message, « O Jesus, I have promised » : « Oh, fais-moi voir tes pas, et que j'y pose les miens. »
- Il résume : les plus grands dans le royaume sont ceux qui ont renoncé à l'idée de grandeur parce qu'ils ont connu Jésus, le plus grand de tous les temps. Ils comptent sur lui, ils se réjouissent en lui et ils le reflètent dans leur vie jour après jour.
- Pour conclure, il lit Philippiens 2 et montre la grandeur de Jésus dans sa manière même de renoncer à la grandeur : « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur [...]. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé. »
- Dans sa prière finale, il reconnaît combien la question de l'humilité est difficile, combien il est difficile de changer la manière dont nous nous voyons et dont nous voyons les autres. Il demande que, tandis que nous contemplons Jésus, Dieu nous rende humbles et nous amène à renoncer à l'idée de grandeur, dans l'Église, dans nos relations avec les autres croyants et avec les autres communautés, et que Dieu nous forme à la justice par l'Évangile.
Points à retenir
- Le royaume des cieux a d'autres règles que le monde : la question « qui est le plus grand ? » n'y a pas sa place.
- Jésus ne nous demande pas d'être puérils mais de prendre le statut d'un petit enfant : dépendant, sans grandeur, conscient de sa petitesse.
- On n'entre dans le royaume qu'en comptant sur Jésus. Le salut ne s'achète pas, il se reçoit comme un cadeau.
- Jésus sait tout de toi et t'aime quand même : tu n'as pas à l'impressionner, tu peux te réjouir en lui chaque jour.
- Celui qui a été accepté, pardonné et aimé accepte, pardonne et aime à son tour.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie d'Église te surprends-tu à te demander qui est le plus grand, ou à vouloir être remarqué ?
- Qu'est-ce qui te coûte le plus dans le fait de dépendre des autres ? Que t'apprend ce malaise sur la manière dont tu reçois la grâce de Dieu ?
- Auprès de qui cherches-tu encore à faire tes preuves ? Que changerait pour toi le fait de savoir que tu ne peux pas impressionner Jésus ?
- Quelle serait ta « lettre » : quelle vérité honnête sur toi-même pourrait te garder humble et reconnaissant ?
- Qui as-tu besoin d'accepter, de pardonner ou d'aimer cette semaine, comme Jésus l'a fait pour toi ?
Versets cités
Questions fréquentes
Jésus nous demande-t-il d'être puérils ?
Non. Martin Hull distingue être puéril et être comme un enfant. Les pleurs soudains, les colères ou la nourriture jetée par terre n'ont pas leur place dans le royaume des cieux. Ce que Jésus montre, c'est le statut du petit enfant : il n'a aucune grandeur, il dépend des autres et il est conscient de sa petitesse. Celui qui s'humilie comme ce petit enfant est le plus grand dans le royaume des cieux.
Comment devient-on humble selon Matthieu 18:1-4 ?
Pour Martin Hull, comme pour toute autre qualité que la Bible encourage, l'humilité vient de notre compréhension de Jésus et de ce qu'il a fait. Les plus grands sont ceux qui ont renoncé à l'idée de grandeur parce qu'ils ont connu Jésus, le plus grand de tous les temps. Cela se vit en trois pas : compter sur lui pour entrer dans le royaume, se réjouir en lui chaque jour et le refléter dans sa vie.
Pourquoi Brownlow North gardait-il une lettre qui l'accusait ?
Cette lettre rappelait à Brownlow North la vie qu'il avait menée avant sa conversion. Il l'a lue en chaire au début d'un culte, en déclarant qu'elle le décrivait justement et que la grâce l'avait pourtant purifié. Devenu un évangéliste puissant au Royaume-Uni, il l'a gardée sur lui : ce rappel l'aidait à descendre de son piédestal et à marcher humblement devant le Seigneur et devant les hommes.