Matthieu 22 : rendre à Dieu ce qui est à Dieu

10 min de lecture

Introduction

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Tout le monde connaît cette phrase par cœur, remarque Antonio Di Passa. Savoir si nous arrivons à la mettre en pratique, c'est une autre affaire. Dans ce culte dominical de l'Église baptiste de Florence, il prêche sur Matthieu 22:15-22, après la lecture du Psaume 99 et de 1 Thessaloniciens 1:1-10.

Pour entrer dans le texte, il part d'un film de 2004 en apparence banal, Sideways, c'est-à-dire « de côté », « de travers ». Deux amis y cherchent le sens de la vie par des chemins de traverse. Le prédicateur y voit une image de la manière dont Jésus avance dans ce passage : de biais, hors des schémas, sans tomber dans le piège qu'on lui tend.

Le message suit ce fil : le piège tendu à Jésus, sa réponse qui démasque l'hypocrisie, ce que l'Église a fait de cette parole au fil des siècles, et ce que veut dire aujourd'hui rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

Plan du message

1. Penser hors des schémas, comme Jésus

  • Dans Sideways, on découvre aussi le monde du vin : les bouteilles vieillissent couchées en oblique et on les tourne régulièrement pour affiner la qualité. La vallée de Santa Ynez, en Californie, est orientée en travers, du nord au sud, ce qui donne au vin ses parfums particuliers.
  • Le prédicateur évoque l'expression allemande Querdenken : penser en travers, hors des schémas. « C'est avancer par des chemins de traverse. »
  • C'est exactement ce que fait Jésus dans Matthieu 22. Il ne se range d'aucun côté, il « vire en travers » et échappe au piège.

2. Une alliance contre nature pour piéger Jésus

  • Après une série d'accusations, les chefs religieux contre-attaquent. Quand on ne peut pas démonter la vérité d'une position, on discrédite la personne. « Nous, les Italiens, nous sommes très forts à ce jeu-là », glisse le prédicateur.
  • Les pharisiens envoient leurs disciples avec les hérodiens, partisans d'Hérode Antipas, qui régnait grâce aux Romains. D'habitude, ces deux groupes se détestent : les uns cherchent la pureté et la séparation, les autres collaborent avec Rome. Mais « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ».
  • Avant de poser leur question, ils « sucrent » leur intention et font un peu de théâtre : tu es sincère, tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, tu ne regardes pas à l'apparence des personnes. « Belle confession », note le pasteur.
  • Puis vient le piège : est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Cet impôt par tête était dû à l'empereur par quiconque vivait en territoire romain occupé. Si Jésus dit de le payer, avec une monnaie à l'effigie de Tibère déclaré dieu, il va contre le premier commandement. S'il le déclare illégitime, il devient un rebelle qui pousse à la révolte contre Rome. Il doit répondre « sur le fil du rasoir ».

3. La pièce qui démasque l'hypocrisie

  • Jésus n'adoucit pas leur malice : « Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? » Dans l'Antiquité, l'hypocrite était l'acteur qui, derrière un masque, jouait ce qu'il ne ressentait pas.
  • « Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. » Là, explique le prédicateur, Jésus révèle leur contradiction sans même qu'ils s'en rendent compte. La monnaie romaine ne pouvait pas entrer dans le temple, d'où les changeurs dans la cour. Elle était impure, avec son image humaine et son inscription qui déclarait l'empereur divin. Pourtant, ils l'ont en poche et doivent la sortir.
  • Première hypocrisie, chez ceux qui séparaient le pur de l'impur. Comme disaient les Romains, l'argent n'a pas d'odeur : pecunia non olet.
  • Ils demandaient s'il était permis de « payer ». Jésus n'emploie pas le même verbe : il dit « rendez », restituez. « Si vous ne voulez pas de ses avantages, soyez cohérents. »

4. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu : l'obéissance dans le service de la personne

  • Puis vient le cœur de la réponse : « et à Dieu ce qui est à Dieu ». Jésus refuse la seigneurie de César sur l'économie du royaume et reconnaît celle de Dieu.
  • Cette pensée « de travers » met toujours en lumière l'obéissance à Dieu, sa volonté, son intention sur tout ce que nous faisons.
  • Quand survient un conflit, à qui obéir, à César ou à Dieu ? Faut-il faire prévaloir le pouvoir ou le bien de la personne ? « Ce n'est pas une question de domination de César sur la religion, ni de la religion sur le pouvoir politique, mais d'obéissance à Dieu dans le service de la personne. »
  • Ce message, dit le prédicateur, nous devons le réentendre sans cesse. C'est une parole qui nous guide chaque jour, si nous entrons dans son essence.

5. Quand l'Église a confondu César et Dieu

  • « Au fil des siècles, l'Église a donné à Dieu ce qui était à César, et à César ce qui est à Dieu. » Elle s'est emparée du pouvoir temporel et s'est laissé dicter son agenda par les Césars. Qui convoquait les conciles ? L'empereur. Car commander la religion, c'était commander les personnes.
  • Vers l'an mille, l'Église a tenté d'inverser le rapport. Ce fut une grande lutte, et elle n'y est pas toujours parvenue. Le prédicateur cite Boniface VIII, qui a voulu affirmer « nous sommes supérieurs » et qui a mal fini. Le problème restait le même : le pouvoir. « Et quand il y a le pouvoir, il y a toujours la corruption. »
  • Depuis Constantin, l'Église a escorté des centaines de Césars pour justifier des conflits violents et la « guerre juste ». Pendant environ douze siècles, elle s'est appuyée sur un faux testament de Constantin pour s'approprier le pouvoir sur les autres pouvoirs.
  • Même la Réforme a pu avancer parce que des princes ont eu le courage de s'opposer à l'empereur. Cet équilibre entre César et Dieu reste à discerner jusqu'à aujourd'hui.
  • Le prédicateur, parlant pour son propre camp protestant, déplore que des pasteurs se rangent aujourd'hui du côté du dictateur au pouvoir, le justifient et le bénissent : « ils n'ont rien compris ». Croire qu'on peut ainsi imposer aux autres ses idées religieuses et sa vision de l'Église est « très dangereux ».

6. L'affaire de César et l'affaire de l'Église

  • Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est savoir que Dieu ne dit pas que le pauvre ou l'immigré doit être écrasé ou chassé, et qu'il ne prêche pas le nationalisme. Le message de Jésus dit qu'il n'y a ni couleur de peau ni pensée supérieure à une autre : « nous sommes tous frères et sœurs », et l'accueil est important. L'Église est universelle, elle n'a pas de frontières.
  • L'affaire de César, c'est le pouvoir et le succès, et des conflits qui débouchent sur le profit, la domination, la guerre et la destruction de l'autre.
  • L'affaire de l'Église, c'est une vie de paix qui ouvre déjà le royaume des cieux sur la terre. Elle construit à partir des relations personnelles, par le bas. Chaque jour offre mille occasions de choisir la paix, la compréhension et le dialogue.
  • « Le croyant a besoin de rendre à César ce qui lui revient, mais pas de se ranger du côté de César. » L'Église doit avoir le courage de se tenir du côté des faibles. Elle plante le drapeau du royaume de Dieu ici et maintenant, et commence à le vivre par anticipation, « même si dehors tout brûle ». Elle annonce Jésus, le Prince de la paix, sans aucune justification pour qui veut tuer son prochain, quel qu'il soit.

7. Se mettre en travers avec courage : les mains et les pieds du Christ mutilé

  • Le thème constant des Écritures, c'est le Seigneur avocat des déshérités, des réfugiés, des abandonnés, des exploités, des exilés, des derniers. Le peuple de Dieu, d'Abraham à Moïse, de Jérémie à Ésaïe, a vécu rejeté et réfugié. D'où ce rappel de l'Ancien Testament : tu as été étranger, souviens-t'en et ne reproduis pas sur d'autres ce que tu as subi.
  • Jésus lui-même a été réfugié dès sa naissance, contraint de fuir en Égypte. Avec ses premiers disciples, il s'est toujours mis en travers des pouvoirs religieux et politiques.
  • Le prédicateur ne se veut pas naïf : légiférer sur l'accueil est complexe. Il cite l'exemple de la Fédération des Églises, qui faisait venir de Syrie des familles par avion en sachant déjà où elles auraient un logement et un travail. Sans cela, un homme qui n'a ni de quoi manger ni où dormir devient un désespéré, proie de la criminalité. Ayant vécu plus de trente ans à l'étranger, il a vu des Églises en Allemagne et en Suisse servir de passerelle et faire sentir aux gens qu'ils étaient chez eux.
  • « Le royaume de Dieu a les portes toujours ouvertes, parce que tous y sont les bienvenus, et il n'y faut pas de passeport. C'est dans celui de César qu'il en faut. »
  • Chaque dimanche matin, en traversant le quartier de la gare pour venir à l'église, il voit des dizaines de Péruviens qui mangent dans la rue ce que des femmes préparent et vendent. « Ça me serre le cœur. » Où est le signe d'accueil ? Où pourrions-nous être un pont vers l'amour de Dieu ? « Se mettre en travers demande de la colonne vertébrale. »
  • Le prédicateur raconte la visite du pape François auprès d'un crucifix colombien. Ce crucifix se trouvait dans une église où 300 personnes s'étaient réfugiées quand une bombe lancée par les FARC a explosé. Beaucoup sont mortes, et le crucifix est resté sans bras et sans jambes.
  • Ce Jésus mutilé est une image puissante d'un Christ brisé pour ce monde, dont le côté blessé est ouvert aux défigurés et aux méprisés. François avait commenté : « Je préfère une Église meurtrie par la douleur et sale parce qu'elle est allée dans les rues, plutôt qu'une Église malade de s'être enfermée et accrochée à sa propre sécurité. » Pour le prédicateur, c'est la réforme nécessaire à l'Église entière.
  • « Nous sommes appelés à être les bras, les jambes, les mains et les pieds de Jésus dans ce monde, pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu. »
  • La première tentation de Jésus portait justement sur le pouvoir : Satan lui offrait de quoi conquérir le monde. Jésus l'a refusé et il est parti du bas. Ses disciples vivent à ses côtés pour servir l'humanité brisée, aux côtés des affligés, des abusés et des battus. Le Christ crucifié et mutilé projette son amour sur cette humanité martyrisée qui ne sait pas vivre ensemble, de l'Ukraine au Moyen-Orient et à l'Afrique. « Nous sommes ses mains, ses jambes, là où nous vivons. »
  • « Donne à César ce qui est à César, mais donne à Dieu ce qui est à Dieu. Souvenons-nous-en dans cette semaine qui commence. »

Points à retenir

  • Jésus déjoue le piège du tribut sans prendre parti : il avance « de travers », hors des schémas, et démasque l'hypocrisie de ses interlocuteurs.
  • Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est l'obéissance à Dieu dans le service de la personne, et non la domination d'un pouvoir sur l'autre.
  • Le croyant rend à César ce qui lui revient, mais ne se range pas du côté de César. L'Église ne se laisse pas dicter son programme par le pouvoir.
  • L'affaire de l'Église est la paix, la concorde, la miséricorde et le service du prochain, avec le courage de se tenir du côté des faibles.
  • Nous sommes les mains et les pieds du Christ là où nous vivons.

Application personnelle

  • Dans un conflit concret de ta vie, qu'est-ce qui prévaut aujourd'hui : le pouvoir, ton intérêt, ou le bien de la personne ?
  • Y a-t-il un domaine où tu as rendu à César ce qui appartient à Dieu : ta loyauté, ta confiance, ton espérance ?
  • Quelles occasions de choisir la paix, la compréhension et le dialogue as-tu reçues cette semaine ?
  • Sur ton chemin habituel, qui sont ces personnes devant lesquelles tu passes sans les voir ? Comment pourrais-tu être pour elles un pont vers l'amour de Dieu ?
  • Qu'est-ce qui te demande aujourd'hui de la « colonne vertébrale » pour te mettre en travers, du côté des faibles ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi la question du tribut à César était-elle un piège ?

Si Jésus disait de payer cet impôt avec une monnaie portant l'effigie de Tibère, déclaré dieu, on l'accusait d'aller contre le premier commandement. S'il déclarait l'impôt illégitime, on l'accusait d'inciter à la révolte contre Rome. Antonio Di Passa parle d'une réponse à donner « sur le fil du rasoir ».

Que signifie « rendez à César ce qui est à César » ?

Jésus n'emploie pas le verbe « payer » mais « rendre », restituer. Il appelle ses interlocuteurs, qui ont en poche la monnaie de César, à être cohérents. Mais l'accent porte sur la suite : rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Pour le prédicateur, la question n'est pas la domination d'un pouvoir sur l'autre, mais l'obéissance à Dieu dans le service de la personne.

Quelle est la mission de l'Église face au pouvoir politique selon ce message ?

Le croyant rend à César ce qui lui revient, sans se ranger du côté de César. L'Église ne se laisse pas dicter son programme par le pouvoir. Son « affaire » est la paix, la concorde, la miséricorde et le service du prochain, avec le courage de se tenir du côté des faibles.

Rejoins le canal WhatsApp

Le boost du jour, des prières et les nouveaux enseignements, directement sur WhatsApp.

Rejoindre le canal

Gratuit, sans inscription. Ton numéro reste invisible pour les autres membres du canal.

Toutes les prédications sur « Église »

Ne rate aucune prédication de Chiesa Battista di Firenze

Un résumé clair à chaque nouveau message, directement chez toi.

pour prendre des notes et poser une question.

Ressources sur ce thème

Sur le même thème

Message publié par Chiesa Battista di Firenze. Retrouve l'intégralité de l'enseignement sur sa chaîne.

← Retour au Journal

Matthieu 22 : rendre à Dieu ce qui est à Dieu | Efficient Church