Introduction
Ce dimanche 18 octobre, Antonio Di Passa, pasteur, conclut à l'Église évangélique baptiste de Florence une série de quatre messages intitulée « Satan, démons et esprits divers : faisons un peu de clarté ». Ce message en est la quatrième et dernière partie.
Sa méthode est simple : ne pas prendre les choses « comme elles sont dites », mais revenir en arrière pour comprendre d'où viennent les idées. « Ces choses que je dis, ou que d'autres affirment, sont-elles vraiment dans la Bible ? Jésus a-t-il vraiment dit cela ? L'Ancien Testament dit-il vraiment cela ? C'est là que nous trouvons les surprises. »
Son point d'arrivée est pastoral : Jésus a ôté au diable son pouvoir d'accuser. Le mal existe, mais un chrétien n'a pas à vivre dans la peur de ce qu'il ne connaît pas. Le vrai combat se mène à l'intérieur de toi.
Plan du message
1. Le mal, une question pour tout le monde
- Le mal est un problème pour toutes les religions et pour toutes les personnes. « Même les athées doivent affronter cette question. »
- La plupart des religions ont répondu par le dualisme : un dieu bon et un dieu mauvais en lutte permanente, le yin et le yang. L'Ancien Testament a refusé dès le départ l'idée d'un dieu concurrent : « Il n'y a que Dieu. »
- Restait la question : pourquoi ce malheur ? Pourquoi cet enfant est-il né ainsi ? La réponse des premiers siècles était : c'est ta faute, tu as péché. Certains rabbins pensaient même qu'on pouvait pécher dans le ventre de sa mère. D'où la question posée à Jésus : « Qui a péché, cet homme ou ses parents ? » (Jean 9:2). Et Jésus démolit cette manière de penser.
- Le pasteur compare cette logique à une forme de karma, qui dans les religions orientales est une loi mécanique, sans jugement moral. Ici, on y ajoutait un Dieu juste qui punit « pour ton bien » : « La gifle, je te la donne parce que tu la mérites. »
- Le livre de Job met cette mentalité en crise. Ses trois amis lui répètent : reconnais que tu as péché quelque part. Job répond qu'il n'a rien fait. Quand on est innocent et qu'on reçoit le mal, l'explication ne tient plus. Job ne reçoit pas de réponse de Dieu, mais il comprend, et il lui reste encore plus fidèle. Le mal demeure un mystère.
2. Comment les démons sont entrés dans le paysage
- Au sixième siècle avant Jésus-Christ, avec la destruction de Jérusalem et la déportation à Babylone, le peuple découvre les religions d'Asie, en particulier le zoroastrisme, qui est un dualisme. Le judaïsme qui suit absorbe beaucoup de ces idées.
- Le monde se remplit alors de démons, sortes de divinités inférieures. On ne connaissait pas l'origine des maladies : « Ce n'est pas une fièvre, c'est un démon qui t'a pris. » Tu es ivre ? C'est le démon de l'ivresse. On ne parlait pas de possession, mais d'une force qui l'emportait sur l'être humain.
- Ces idées se multiplient sans mesure au moment où Jésus arrive. Et Jésus balaie tout : « Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair » (Luc 10:18). Pour le prédicateur, cela signifie : la domination de l'accusateur est finie, il n'a plus de pouvoir sur celui qui croit en Dieu.
- « Dieu a vaincu, il a toujours été vainqueur. » Mais nous restons libres de choisir le mal ou de le faire.
3. Le diable, un alibi bien pratique
- Le pasteur lit une phrase du frère Alberto Maggi : « Celle du diable a été sans aucun doute une trouvaille exceptionnelle, un alibi pour les méfaits des humains. C'est le diable qui m'a tenté. »
- Dès le deuxième siècle avant Jésus-Christ, l'auteur du Siracide avertissait qu'il était inutile de décharger sur le diable ses propres responsabilités : quand l'impie maudit Satan, il se maudit lui-même (Siracide 21:27, un livre deutérocanonique présent dans les Bibles catholiques). Il cite aussi Origène, un Père de l'Église, qui disait : « Si le diable n'existait pas, aucun homme ne pécherait. »
- Une « légende puérile » a fait le succès du diable : celle de Lucifer, le plus bel ange, puni pour son orgueil et changé en diable ennemi de l'humanité. Elle vient du livre des secrets d'Hénoc, un apocryphe jamais reçu comme Parole de Dieu, qui a pourtant pris racine dans le christianisme des premiers siècles.
- « Traduire, c'est trahir. » Dans la Vulgate latine, l'astre de lumière d'Ésaïe 14:12 devient « Lucifer », et l'on a pensé à un ange déchu. Or Lucifer signifie « porteur de lumière », et dans l'Apocalypse Jésus lui-même se présente comme l'étoile brillante du matin (Apocalypse 22:16).
4. Satan, l'adversaire qui se met en travers
- En hébreu, satan signifie adversaire, ennemi. Le grec le traduit par diabolos. Le mot désigne des figures symboliques mais aussi des personnes réelles : les Philistins craignent que David ne devienne pour eux un satan et ne se range du côté d'Israël (1 Samuel 29:4).
- Dans Job, le satan est un personnage symbolique, à l'image d'un fonctionnaire du roi de Perse chargé d'accuser les fonctionnaires infidèles au roi (voir aussi Zacharie 3:1). Il sert à mettre en place le drame que Job doit traverser.
- Cette fonction d'accuser les humains devant Dieu prend fin avec Jésus, qui présente un Dieu différent de celui de la religion. « Jésus met fin à la religion. » Il n'est pas vrai que Dieu récompense les bons et punit les méchants : il offre son amour à tous, sans condition, « car il est bon pour les ingrats et pour les méchants » (Luc 6:35).
- Un Dieu qui ne châtie pas mais qui aime les pécheurs n'a plus besoin d'accusateur : « il a été précipité, l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit » (Apocalypse 12:10). Le pasteur regrette que l'Église n'ait pas su garder cette révolution et ait réintroduit lois, règles et excuses.
- Les évangiles ne cherchent pas à prouver l'existence du diable, mais à montrer qui il est : Dieu est l'amour qui se met au service des humains pour les libérer, le diable est la figure du pouvoir qui domine et soumet. C'est pourquoi Jésus dit aux chefs religieux qu'ils ont le diable pour père (Jean 8:44) : ils sacrifient les personnes à leur intérêt, caché derrière la doctrine. « Vous, ce qui vous intéresse, c'est la règle, pas le bien de la personne. »
- Jésus appelle aussi « Satan » deux de ses disciples. À Pierre, qui veut l'empêcher d'aller à la croix et rêve de chasser les Romains : « Arrière de moi, Satan » (Matthieu 16:23), c'est-à-dire « mets-toi derrière, c'est toi qui dois me suivre ». « Il ne dit pas que Pierre est une mauvaise personne, il lui dit : là, tu fais fausse route. » Et à propos de Judas : « L'un de vous est un diable » (Jean 6:70).
5. D'où vient la croyance aux démons
- Satan et diable désignent la même chose, l'un traduisant l'autre. Les démons appartiennent à un autre monde d'idées. Ils entrent quand, entre le troisième et le deuxième siècle avant Jésus-Christ, la Bible est traduite de l'hébreu en grec : les traducteurs rencontrent des restes de mythologie babylonienne et appellent démons tout ce qu'on ne savait pas expliquer, l'éclair, le tonnerre.
- Les êtres intermédiaires entre le divin et l'humain deviennent des démons. L'image du diable en bouc vient des satyres et du dieu Pan : elle est « entrée par la fenêtre » dans la mentalité chrétienne. Pour ces gens, tout ce qu'ils ne comprenaient pas était un démon, une peur, une menace.
- On a cherché l'origine des démons dans Genèse 6:4, un passage obscur sur les fils de Dieu et les filles des hommes. Les écrits apocryphes des troisième et deuxième siècles avant Jésus-Christ s'en sont servis pour expliquer la naissance des démons. « Ici, le texte ne dit pas cela. » Le pasteur cite au passage Mauro Biglino, qui tire des Nephilim des extraterrestres, alors que tout cela a une explication historique et philologique « très normale ».
- Les apocryphes ont été écartés dès le début, précisément parce qu'ils exagèrent. Il mentionne Fabrizio De André, grand connaisseur du Nouveau Testament, qui puise dans ces mythologies puis reproche aux chrétiens de ne pas y croire.
- Selon le prédicateur, la Bible hébraïque ne connaît aucun cas de personne possédée, et le Nouveau Testament ne parle jamais de possession par le diable, seulement par des démons, au sens d'un instinct, d'une poussée intérieure mauvaise.
- Le « Renonces-tu à Satan ? » du baptême est un vestige d'il y a deux mille ans. Il voulait dire : « Renonces-tu à une vie loin de Dieu ? », car une vie sans Dieu signifiait une vie sous le pouvoir du mal.
6. Quand l'obsession du diable fait plus de mal que le diable
- La figure du diable, « insignifiante dans l'Écriture » par rapport à tout le reste, a pris une place démesurée dans la vie des croyants. « Beaucoup de chrétiens semblent croire davantage à l'omniprésence du tentateur qu'à celle du Sauveur. »
- « Nous n'avons pas besoin de Satan ou du diable pour croire en Dieu. On croit beaucoup mieux ainsi. »
- Le prix de cette obsession est lourd : des dizaines de milliers de femmes torturées et brûlées vives, accusées de commerce avec le diable, et aujourd'hui encore des femmes victimes de prétendus exorcistes qui, sous prétexte de les libérer, les soumettent à des violences psychiques et physiques.
- Le pasteur aime le Val Poschiavo, en Suisse. Pourtant, au XVIIe siècle, cette vallée a été l'un des centres européens de la chasse aux sorcières. Avec ses élèves, il lisait les procès conservés dans les archives. Les élèves lui demandaient : « Pasteur, qu'est-ce qu'elle a de sorcière, celle-là ? » Souvent, c'était un prétexte pour prendre un terrain. Sous la torture, on finissait par avouer, et l'on était brûlé. « Voilà ce qui s'est passé avec ces superstitions dont Jésus nous avait libérés. »
7. Le vrai combat se mène à l'intérieur
- « Le mal, on ne peut pas le nier. La question est comment on l'appelle et comment on l'interprète. » On peut parler de « démon de l'alcool » pour cette force destructrice : tu sais que cela te fait du mal, mais tu n'y arrives pas, car le mécanisme de la récompense dans le cerveau est déréglé, et tu as besoin d'aide pour en sortir.
- Jésus dit que c'est ce qui sort de nous qui est le vrai problème (Marc 7:15). Si nous n'opposons pas aux stimuli la Parole de Dieu et l'amour qui pardonne et vainc tout, nous n'irons nulle part.
- Le mal n'a pas de pouvoir contre Dieu. Mais si tu gonfles ce « ballon dégonflé », il prend de la force, et ces forces peuvent s'unir jusqu'à produire des guerres et des destructions. Le combat contre notre soif de violence, de vengeance et de destruction doit commencer dedans.
- Le pasteur a toujours aimé François d'Assise, parce qu'il le remet en question : « Qui est fou, lui ou moi ? » François avait vaincu cette force destructrice qui sort de l'intérieur.
- Le mal prend aussi la forme de structures : celles qui maintiennent la pauvreté alors qu'il y aurait à manger pour tous. Comment les démonter ? Par l'amour, c'est-à-dire l'accueil, l'acceptation et l'ouverture, ce qu'a fait Jésus.
- Il conclut par cette lecture : « Dans la mesure où l'on identifie Satan à l'imperfection, à la méchanceté et à l'égoïsme humain, la lutte contre le mal peut être plus serrée et plus sûre. Si on l'identifie autrement, elle risque de devenir une lutte contre des moulins à vent. » Et il ajoute : ces forces n'ont aucun pouvoir contre Dieu, et le Seigneur, par notre foi, nous donne la capacité et la force de les vaincre. « Tout le reste, ce sont nos excuses. »
Points à retenir
- Dans la Bible, satan veut dire adversaire : celui qui se met en travers, même quand il s'agit d'un disciple comme Pierre.
- Avec Jésus, l'accusateur est tombé. Avec un Dieu qui ne châtie pas mais qui aime aussi les pécheurs, la fonction d'accuser les humains disparaît.
- Beaucoup d'images du diable et des démons viennent de mythologies et d'écrits apocryphes, non de l'Écriture.
- Accuser le diable est un alibi commode. Ce qui sort de ton cœur est le vrai lieu du combat.
- Le mal n'a aucun pouvoir contre Dieu. Par la foi, le Seigneur te donne la force de le vaincre avec l'amour.
Application personnelle
- Y a-t-il une peur liée au diable ou aux démons qui pèse sur ta foi plus que la confiance en ton Sauveur ?
- Dans quelle situation récente as-tu été tenté de dire « c'est le diable » plutôt que de reconnaître ta propre responsabilité ?
- Comme Pierre, y a-t-il un domaine où tu te mets devant Jésus au lieu de marcher derrière lui ?
- Quelle poussée intérieure (colère, vengeance, dépendance) as-tu besoin d'affronter avec la Parole de Dieu, et peut-être avec l'aide de quelqu'un ?
- Comment peux-tu, cette semaine, répondre au mal autour de toi par l'accueil, l'acceptation et l'ouverture ?
Versets cités
- Jean 9:2
- Job 1
- Zacharie 3:1
- Luc 10:18
- Ésaïe 14:12
- Apocalypse 22:16
- 1 Samuel 29:4
- Luc 6:35
- Apocalypse 12:10
- Jean 8:44
- Matthieu 16:23
- Jean 6:70
- Genèse 6:4
- Marc 7:15
Questions fréquentes
Que signifie le mot Satan dans la Bible ?
En hébreu, satan veut dire adversaire, celui qui se met en travers. Le grec le traduit par diabolos, d'où vient le mot diable. Antonio Di Passa rappelle que le terme désigne parfois une personne bien réelle : les Philistins craignent que David ne devienne pour eux un satan, un adversaire (1 Samuel 29:4).
Pourquoi Jésus appelle-t-il Pierre Satan ?
Pierre veut empêcher Jésus d'aller à la croix. Jésus lui dit : « Arrière de moi, Satan » (Matthieu 16:23). Pour le prédicateur, cela veut dire : remets-toi derrière, c'est toi qui dois me suivre. Jésus ne dit pas que Pierre est une mauvaise personne, il lui dit qu'il fait fausse route et qu'il se met en travers de sa mission.
Un chrétien doit-il avoir peur du diable ?
Non. Jésus a vu Satan tomber du ciel comme un éclair (Luc 10:18) et l'accusateur a été précipité (Apocalypse 12:10). Le mal existe, mais il n'a aucun pouvoir contre Dieu. Le combat se mène à l'intérieur de nous, avec l'amour de Dieu et sa Parole, et le Seigneur nous donne par la foi la force de vaincre.