Néhémie 5 : un conflit social aux racines spirituelles

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Introduction

« Je ne sais pas si on a affaire ici aux gilets jaunes de l'époque, mais on pourrait bien le croire. » Stéphane Guillet, pasteur de l'Église protestante Paris Alésia, poursuit sa méditation du livre de Néhémie avec les treize premiers versets du chapitre 5.

Ce que raconte le texte résonne avec ce que l'on entend aujourd'hui : le pouvoir d'achat (verset 2), le surendettement (verset 3), une fiscalité trop lourde (verset 4). Au point que certains ont dû réduire leurs enfants en esclavage pour survivre. Et tout cela éclate pendant que le peuple entier est engagé dans la reconstruction de la muraille.

La question que pose le prédicateur est simple : s'agit-il seulement d'un conflit social ? C'en est un, sans aucun doute. Mais ses racines sont spirituelles, et la réponse de Néhémie a beaucoup à dire à l'Église.

Plan du message

1. Une crise sociale au milieu du chantier

  • Le peuple se plaint : « Nous avons beaucoup de fils et de filles, il nous faut du blé pour manger et vivre. » D'autres ont dû engager leurs champs, leurs vignes et leurs maisons. D'autres encore ont emprunté pour payer le tribut du roi.
  • Mettre ses enfants au travail voulait dire alors les réduire en esclavage : les placer sous la domination de quelqu'un qui prêtait de l'argent aux parents en profitant du travail des enfants.
  • Néhémie relève l'incohérence au verset 8 : on a déjà dû racheter des Juifs aux Babyloniens pour qu'ils reviennent dans la terre promise, et maintenant on se vend les uns les autres.
  • Pour beaucoup de commentateurs, la famine du verset 2 ne vient sans doute pas d'une sécheresse, mais de la désorganisation de la vie agricole : tout le monde est mobilisé sur la muraille, avec en plus des hommes armés pour protéger ceux qui travaillent.

2. La muraille, un projet aux racines spirituelles

  • Rebâtir la muraille n'est pas qu'une affaire de maçonnerie, ni d'esthétique, ni de confort pour les habitants de Jérusalem.
  • Le projet témoigne de ce que Dieu veut faire pour son peuple. En termes un peu anachroniques, le pasteur dit que le peuple d'Israël était alors comme l'Église : il doit refléter le royaume de Dieu qui vient.
  • Dieu l'avait annoncé par Jérémie : « Je rétablis les tentes de Jacob, j'ai compassion de ses demeures ; la ville sera rebâtie sur ses ruines » (Jérémie 30:18). Et encore : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, où la ville sera rebâtie à l'honneur de l'Éternel, depuis la tour de Hananeel jusqu'à la porte de l'angle » (Jérémie 31:38). Deux lieux qui figurent justement dans le tour des murailles fait par Néhémie.
  • Si la reconstruction ne se fait pas, c'est la crédibilité même des promesses divines qui est en jeu. Néhémie le sait.

3. On ne sacrifie pas les familles sur l'autel d'un grand projet spirituel

  • Au verset 1, ce sont de nombreuses femmes qui se plaignent, sans doute celles qui tenaient la maison pendant que les hommes étaient affectés à la muraille.
  • Néhémie mesure combien leur situation est inacceptable au sein d'un peuple en train de se reconstruire.
  • « On ne peut pas sacrifier les familles sur l'autel d'un grand projet spirituel. » Là encore, cela crée un problème de crédibilité pour la parole de Dieu.

4. La racine du problème : l'amour de l'argent

  • Néhémie est saisi d'une grande colère parce qu'il discerne la racine du mal, qui tient en une expression : l'amour de l'argent chez certains de ses compatriotes.
  • Ils prêtent à intérêt à ceux qui sont en difficulté et s'enrichissent en appauvrissant leurs frères. C'est ce que la loi de Dieu interdisait : « Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour vivres, ni pour rien de ce qui se prête à intérêt » (Deutéronome 23:19). On retrouve ce type de loi dans l'Exode, le Lévitique et le Deutéronome.
  • Le problème n'est donc pas seulement économique. C'est un refus de la loi de Dieu, un problème de cohérence avec sa parole.
  • Dieu avait promis par Jérémie une nouvelle alliance : « Je mettrai ma loi au dedans d'eux, je l'écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple » (Jérémie 31:33). Il promettait une restauration complète : les murailles, mais aussi les cœurs.
  • « C'est un peuple restauré par Dieu qui est appelé à restaurer la muraille de la ville. » L'un ne va pas sans l'autre.

5. Néhémie va au-delà de la loi : il prêche la grâce

  • Néhémie dénonce le péché avec vigueur, tout en reconnaissant que lui-même et les siens ne sont pas entièrement exempts : « Ce que vous faites n'est pas bien. » Et il montre l'enjeu spirituel : ne devriez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu, pour ne pas donner aux nations ennemies l'occasion de nous couvrir de honte ?
  • Il pensait peut-être au Lévitique : « Tu ne tireras de lui ni intérêt ni usure, tu craindras ton Dieu, et ton frère vivra avec toi » (Lévitique 25:36).
  • La loi n'interdisait pas de prêter, ni même de prendre un gage (Exode 22:25-27). Elle interdisait seulement l'intérêt entre membres du peuple. Mais Néhémie demande davantage : rendre le capital et les intérêts, rendre tout à ses frères et sœurs.
  • Il s'inspire peut-être de la loi du jubilé, qui invitait tous les cinquante ans à remettre totalement les dettes pour que chacun puisse repartir dans la vie, même si l'Ancien Testament n'en montre guère la mise en pratique.
  • Sa formule du verset 10, « remettons-leur cette dette », rappelle le Notre Père. En grec, « pardonne-nous nos offenses » se dit littéralement « remets-nous nos dettes » (Matthieu 6:12).
  • Pourquoi une demande qui peut paraître déraisonnable à l'échelle d'une société humaine ? Parce que ce peuple doit témoigner d'un Dieu qui lui a fait grâce. S'il est revenu d'exil, c'est que Dieu a pardonné ses péchés et remis ses dettes. La société que Néhémie rebâtit en 445 avant Jésus-Christ doit montrer quelque chose de cette grâce extraordinaire.

6. Une assemblée qui change de cap

  • Ce qui est admirable, c'est la rapidité avec laquelle les responsables du peuple prennent conscience de leur faute. « On n'est pas en France ici », glisse le pasteur avec humour : un changement radical, « nous ferons ce que tu dis ».
  • Néhémie fait prêter serment devant les sacrificateurs, puis secoue son manteau : Dieu secouera ainsi, loin de sa maison et de ses biens, quiconque ne tiendra pas cette promesse.
  • La crainte de Dieu était bien présente dans les cœurs. Mais chez certains, elle était étouffée, cachée par la cupidité, parce qu'ils voyaient là une occasion de s'enrichir facilement.

7. Trois leçons pour l'Église

  • La mission de l'Église est d'abord spirituelle. Cela n'empêche pas l'action sociale, qui s'inscrit dans cette mission. L'Église n'est pas le royaume de Dieu et n'a pas à l'établir sur la terre : « chaque fois qu'elle a essayé de le faire, cela s'est en général plutôt mal terminé ». Sa tâche est d'annoncer le royaume par ses paroles et par ses actes. Quand nous prenons la sainte cène, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne (1 Corinthiens 11:26).
  • La mission spirituelle ne se fait jamais au détriment de l'amour fraternel. Ni au détriment des familles, ni de l'amour le plus élémentaire pour nos frères et sœurs. « Quelle honte quand des pasteurs ou des responsables s'enrichissent aux dépens des fidèles. » Mais aussi quel témoignage quand des chrétiens et des responsables se repentent de leurs fautes et décident de mettre l'Évangile, avec toute sa gratuité, au cœur des relations fraternelles.
  • La crainte de Dieu. Craindre Dieu, ce n'est pas avoir peur de lui. C'est prendre en compte sa majesté et l'importance de sa parole pour guider tous nos choix. Cela ne suppose pas d'être parfait, mais de refuser de mettre de côté une parole qui nous dérange. On en fait un vrai sujet de prière, quitte à lutter avec elle : « Cette parole, je ne sais pas comment la vivre, mais je ne veux pas la mettre de côté, parce que je crains ton nom et que c'est ta parole. » C'est ainsi que la crainte de l'Éternel est le commencement de la sagesse (Proverbes 9:10).

Le texte se termine par ces mots : « Toute l'assemblée dit : Amen ! On célébra l'Éternel. » Stéphane Guillet conclut : voilà la communauté que nous voulons être, une assemblée qui dit amen à la parole de Dieu, qui ne met de côté ni cette parole ni la présence de Dieu, même quand c'est difficile, et qui continue de louer le Seigneur pour qui il est.

Points à retenir

  • Le conflit social de Néhémie 5 a des racines spirituelles : l'amour de l'argent et le refus de la loi de Dieu.
  • Dieu ne restaure pas seulement des murailles, il restaure des cœurs. Un peuple restauré est appelé à rebâtir.
  • Aucun projet spirituel ne justifie de sacrifier les familles ou l'amour fraternel.
  • Ceux qui vivent de la grâce de Dieu sont appelés à la manifester dans leurs relations, sinon ils jettent le discrédit sur Dieu et sur sa parole.
  • Craindre Dieu, c'est refuser de mettre de côté sa parole quand elle nous dérange, et en faire un sujet de prière.

Application personnelle

  1. Y a-t-il un projet, même spirituel, que tu mènes au détriment de ta famille ou de tes proches ?
  2. Dans tes relations avec tes frères et sœurs dans la foi, où la grâce que tu as reçue de Dieu se voit-elle concrètement ?
  3. Quelle « dette » pourrais-tu remettre à quelqu'un cette semaine, comme Dieu t'a remis la tienne ?
  4. Quelle parole de Dieu as-tu tendance à mettre de côté parce qu'elle te dérange ? Peux-tu en faire un sujet de prière plutôt que de l'écarter ?
  5. Comment ta communauté peut-elle annoncer le royaume de Dieu par ses actes autant que par ses paroles ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que se passe-t-il dans Néhémie 5 ?

Pendant la reconstruction de la muraille, une grande plainte s'élève : famine, dettes, impôts trop lourds, enfants réduits en esclavage pour survivre. Néhémie découvre que des Juifs prêtent à intérêt à leurs propres frères. Il convoque une assemblée, dénonce ce péché et obtient que l'on rende champs, vignes et maisons.

Pourquoi Stéphane Guillet parle-t-il d'un problème spirituel et pas seulement social ?

La racine du conflit est l'amour de l'argent. Prêter à intérêt à un frère, c'est faire ce que la loi de Dieu interdit. Or Dieu promettait de restaurer non seulement les murailles mais aussi les cœurs. Un peuple qui rebâtit la ville en écrasant ses frères met en jeu la crédibilité de la parole de Dieu.

Que veut dire la crainte de Dieu dans ce texte ?

Pour le prédicateur, craindre Dieu n'est pas avoir peur de lui. C'est prendre en compte sa majesté et l'importance de sa parole pour guider tous nos choix. Cela ne suppose pas d'être parfait, mais de refuser de mettre de côté une parole qui nous dérange, et d'en faire un sujet de prière.

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