Introduction
« L'Église n'est l'Église que lorsqu'elle existe pour les autres. » Jérémie Meyer, pasteur à la Chapelle, ouvre son message par cette phrase de Dietrich Bonhoeffer : ne pas dominer mais aider et servir, dire aux hommes, quel que soit leur état, ce que signifie vivre pour Christ et exister pour les autres.
Le titre du message reprend le slogan de la Chapelle depuis ses débuts : une Église pour ceux qui n'y vont pas. Le pasteur tient à préciser ce que cela veut dire et ce que cela ne veut pas dire. Cela signifie que l'attention de l'Église est portée particulièrement sur ceux et celles qui n'ont pas encore eu la grâce de rencontrer Christ. Cela ne signifie pas que l'on prend moins soin de ceux qui sont déjà dans l'Église ni que l'on désire moins leur croissance spirituelle. Ce que la Chapelle refuse d'être, c'est « une gang de poissons rouges qui passent leur temps à manger et à tourner en rond dans leur aquarium hermétique et coupé du monde ».
L'énoncé de mission de l'Église est simple : que des gens loin de Dieu soient transformés en disciples de Jésus-Christ qui forment d'autres disciples. Rien d'inventé là-dedans, rappelle le pasteur : c'est Matthieu 28 appliqué à notre réalité. Et tout au long de son ministère, Jésus lui-même avait cette tendance à se tenir avec ceux qui n'y vont pas. Sa réputation en Luc 7:33-34 le dit crûment : un glouton et un ivrogne, « l'ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs notoires ». Tim Chester, dans A Meal with Jesus, résume sa mission par Luc 19:10 (chercher et sauver ceux qui étaient perdus) et sa méthode par Luc 7:34 (manger et boire avec les pécheurs).
Pour comprendre ce slogan, le pasteur propose de lire une rencontre qui en est le cœur : celle de Jésus avec Zachée, en Luc 19:1-10. Il en tire quatre éléments déterminants.
Plan du message
1. Zachée, le chef des collecteurs d'impôts
- Zachée n'est pas n'importe quel collecteur d'impôts : il est le chef des collecteurs, très riche et d'une grande influence, le genre de personne qui pouvait facilement te demander de baisser les yeux dans la rue. Le pasteur s'amuse : vu sa petite taille, c'était peut-être plutôt « monte tes yeux ».
- Le vrai problème dépasse sa taille : Zachée est un Juif au service de Rome, et il vole ses propres frères et sœurs. Rome exigeait une taxe, et les collecteurs prenaient une surtaxe pour se mettre de l'argent dans les poches. Ils exigeaient du peuple plus que ce qui leur était demandé, sous protection romaine. Le peuple subissait sans pouvoir rien dire.
- Malgré la nature de son travail, sa mauvaise réputation et ses fautes certaines, une rencontre va bouleverser son histoire. Jésus débarque en ville, et Zachée, comme tout le monde à Jéricho, veut voir cet homme dont on parle tant. Perché sur son sycomore, il attend avec une question au fond du cœur, imagine le pasteur : est-il vraiment celui qu'on dit qu'il est ?
- Et de nulle part, Jésus l'interpelle : « Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison. » Réaction de Zachée : « Hein ? Quoi ? Moi ? » Réaction de la foule : « Hein ? Quoi ? Lui ? »
2. Jésus lève la tête plutôt que de la baisser
- Jésus aurait pu garder la tête baissée : il savait très bien qui était Zachée. Il n'était pas intimidé, il voyait simplement plus loin. Aux yeux de tous les Juifs présents, Zachée était bien loin du modèle qu'il aurait dû incarner. Jésus lève pourtant les yeux vers lui et l'interpelle.
- À sa place, nous aurions probablement tout fait pour ne pas croiser son regard, « de peur presque d'en être sali ». À l'époque de Jésus, deux catégories de personnes étaient méprisées jusqu'à la moelle : les prostituées et les collecteurs d'impôts. La réaction indignée de la foule au verset 7 n'est donc pas exagérée.
- Le pasteur propose un exercice : imagine la personne que tu méprises le plus, que tu trouves la plus immorale au monde. Maintenant, imagine que c'est elle que Jésus interpelle pour partager un repas et un verre de vin. Dégoût, colère, incompréhension : voilà probablement ta réaction. C'est exactement ce que Jésus vient de faire.
- Attention au nivellement du péché. Dans son livre Jesus Is, le pasteur Judah Smith décrit quatre niveaux dans sa manière d'aborder le bien et le mal. Niveau 1 : je suis une bonne personne et je me justifie en me comparant aux mauvaises personnes. Niveau 2 : je suis une bonne personne, mais je dois avoir compassion des mauvaises personnes. Niveau 3 : je suis un pécheur qui a besoin d'aide autant que n'importe qui. Niveau 4 : je suis aimé par Jésus tel que je suis, autant que n'importe qui.
- Judah Smith ajoute qu'il a constamment besoin de se rappeler de vivre dans ce quatrième niveau, parce que sa tendance naturelle est de revenir aux autres. Ce n'est jamais acquis : on ne peut pas dire « ça y est, je suis arrivé au niveau 4 ». Il faut s'y maintenir par la grâce de Dieu.
- Question du pasteur : face à ceux qui n'y vont pas, as-tu tendance à baisser les yeux ? Et si tu les abordes, à partir de quel niveau le fais-tu ? Jésus, ce jour-là, a décidé de poser le regard sur Zachée et de ne pas le juger, alors qu'il avait toutes les raisons de le faire.
3. Jésus s'invite chez Zachée plutôt que de l'inviter à l'église
- Le pasteur confie qu'il a longtemps cru qu'inviter quelqu'un à l'église était le but ultime du croyant, la preuve d'une vraie foi. En relisant les Évangiles, il a réalisé que ce n'était pas le genre d'invitation que Jésus faisait. Il ne se souvient pas d'avoir lu Jésus dire « tu devrais aller à la synagogue ».
- Jésus s'invitait dans la vie des gens pour finalement les inviter à le suivre. « La finalité n'a jamais été l'Église, n'a jamais été la synagogue. La finalité, c'était Jésus. »
- En préparant ce message, le pasteur Loïc Richard lui a recommandé un enseignement de John Mark Comer sur l'hospitalité. Une observation l'a marqué : lorsque Jésus se tient avec des personnes de foi, élevées dans les traditions juives, il les enseigne et leur prêche. Lorsqu'il se tient avec des marginaux et des pécheurs notoires, la plupart du temps, il mange avec eux.
- Jésus n'avait pas de maison. Il s'invitait chez les gens, et souvent il ne restait pas simplement l'invité : il devenait l'hôte et amenait la discussion exactement là où il voulait la conduire. Le pasteur prévient avec humour : au Québec en 2023, n'invite pas du monde chez quelqu'un d'autre, tu vas te faire des ennemis.
- Le théologien Robert Karris a écrit que, dans l'Évangile de Luc, Jésus est soit en train d'aller vers un repas, soit à un repas, soit en train d'en sortir. Beaucoup de choses se passaient autour de la table.
- Le pasteur insiste : il ne dit pas qu'il ne faut pas inviter les gens à l'église. Le livre des Actes montre au contraire que la foi se vit et se pratique en communauté. Mais l'Église n'est pas la finalité en soi. Le sommet de la vie chrétienne n'est pas d'amener du monde à l'église, c'est d'amener des gens à suivre Jésus. Parfois, cela commence simplement en s'invitant dans leur vie pour leur témoigner que Jésus les aime.
4. Jésus agit selon sa mission plutôt que selon l'opinion des gens
- Luc 19:7 : « Voyant cela, tous murmuraient, et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur. » Faire abstraction de ce que les gens pensent de nous est difficile : on n'aime pas décevoir, on veut se sentir accepté par nos pairs, on n'aime pas les chicanes, on ne veut pas passer pour des orgueilleux.
- « Vous voulez un scoop ? Il y aura toujours du monde pour critiquer ce que vous faites et ce que vous êtes. » La vraie question devient donc : ce que je suis et ce que je fais est-il aligné au cœur de Dieu, à sa volonté, à sa Parole ? Et si oui, quelle voix vais-je écouter : celle des autres ou celle de Dieu ?
- Il ne s'agit pas de faire fi de l'opinion de ceux qui nous aiment et qui aiment Dieu : leurs conseils comptent. Mais le jour où ces personnes ne comprennent pas ce que Dieu te met à cœur, quelle voix écoutes-tu ?
- Le pasteur est émerveillé par la solidité du Christ chaque fois que les religieux de son temps remettaient ses actions en question. Jésus était en permanence connecté au Père et n'avait aucun doute sur sa mission, résumée en Luc 5:32 (« Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs ») et en Marc 2:17 (« Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades »).
- Pour avoir cette assurance, il n'y a pas de secret : se coller à Jésus, demeurer en lui, rechercher sa face, soumettre notre volonté à la sienne, s'enraciner dans sa Parole. Le Saint-Esprit donne alors le discernement pour reconnaître les bonnes opinions autour de toi, et la force de ne pas vivre selon les autres.
5. Zachée est transformé plutôt que rejeté
- Sur le papier, Jésus avait toutes les raisons de juger et de condamner Zachée. S'il y avait un homme sur terre qui en avait la légitimité, c'était lui, parce qu'il était parfait. Mais Jésus n'a pas choisi de condamner Zachée : il a choisi de lui faire grâce.
- Le pasteur avoue être intrigué, et même frustré, par ce qui se passe entre le verset 7 et le verset 8. Au verset 6, Zachée reçoit Jésus avec joie. Au verset 7, tout le monde s'indigne. Au verset 8, Zachée se lève de table : « Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j'ai fait tort de quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple. » Le pécheur le plus notoire de la ville, le gars dont on dit « si Dieu est capable de changer cet homme, il peut changer n'importe qui ». Que s'est-il dit ? Combien de temps cela a-t-il duré ? Ce n'est pas écrit.
- Et c'est peut-être une bonne chose : si la conversation avait été écrite, nous en aurions fait une méthode, « si ça a marché pour Zachée, ça marchera pour tous les autres ». Or Jésus avait une approche particulière et des paroles précises pour chaque personne qu'il rencontrait.
- Suite à la déclaration courageuse de Zachée, Jésus le reconnaît comme un vrai fils d'Abraham, un Juif qui manifeste la foi que le peuple de Dieu devrait manifester. « Méchante claque dans la face » pour tous les Juifs qui se pensaient bonnes personnes parce qu'ils suivaient la loi. « Celui que tous identifiaient comme loin de Dieu était en réalité celui qui en était le plus proche. »
- Après le nivellement du péché, le pasteur pointe une seconde erreur : le nivellement de notre proximité avec Dieu. On classe les gens : untel, avec son histoire, est « loin de Dieu plus plus plus, plus haut que le ciel », la collègue qui teste mes limites est « loin de Dieu plus plus », mon papa qui ne marche plus vraiment avec le Seigneur est « loin de Dieu plus », le jeune qui vient à l'église sans avoir donné sa vie est « plus ou moins proche », le chrétien qui ne rate aucun dimanche est « proche de Dieu plus plus », et le pasteur est « plus haut que le ciel ». Ce n'est pas comme ça que ça marche.
- Dans les paroles de Jésus, il n'y a toujours eu que deux catégories : loin de Dieu ou proche de lui, perdu ou retrouvé. Peu importe depuis combien de temps tu penses marcher loin de Dieu, tu n'as qu'une décision à prendre : te retourner. Et quand tu vas te retourner, tu vas réaliser que tout ce temps où tu le pensais loin, il est resté proche.
- Zachée aussi se croyait sûrement trop loin. Il s'est retourné, et il est tombé sur Jésus. « En un instant de foi, Zachée est passé de pécheur notoire à véritable fils d'Abraham. » Il n'y a pas d'entre-deux. Cela ne veut pas dire que la suite a été facile : tenir sa promesse a probablement été dur. Mais le pasteur veut croire que Zachée a été fidèle, comme tant d'autres hommes et femmes dont Jésus a bouleversé l'histoire.
6. Une Église qui se souvient d'où elle vient
- Si nous voulons être une Église pour ceux qui n'y vont pas, nous devons apprendre à lever la tête plutôt qu'à la baisser, à nous inviter dans la vie des gens plutôt qu'à seulement les inviter à l'église, à agir selon notre mission plutôt que selon l'opinion des gens, et à ne pas tomber dans la double erreur du nivellement du péché et du nivellement de notre proximité avec Jésus.
- La Chapelle en fait l'expérience : du monde regarde ce qu'elle fait et dit « vous faites les choses toutes croches ». L'équipe a décidé d'arrêter de se battre pour changer ces personnes. Elle se sait alignée au cœur de Dieu et à sa Parole, humble dans la démarche, consciente qu'elle fera des bêtises, mais convaincue que Dieu l'aidera. Jésus aussi a continué sa route malgré les critiques, non sans avoir le cœur brisé pour ces gens.
- Le pasteur termine par deux prières. La première pour ceux qui sont dans l'Église depuis des mois ou des années : que Dieu ranime un cœur pour ceux qui n'y vont pas, parce qu'un jour, ces personnes, c'était nous. Lui-même a grandi dans une famille chrétienne et a pourtant traversé une phase où il faisait partie de ceux qui n'allaient pas à l'église, avant que, dit-il, « Jésus est venu arracher ma vie aux ténèbres dans lesquelles j'étais ».
- La seconde prière est pour ceux qui pensent s'être trop éloignés de Dieu : ils n'ont qu'une décision à prendre, et le pasteur prie pour que le poids de la culpabilité tombe, parce que nous avons simplement à venir devant le trône de la grâce, où Dieu nous reçoit d'une manière gracieuse.
Points à retenir
- Une Église pour ceux qui n'y vont pas porte son attention sur ceux qui n'ont pas encore rencontré Christ, sans cesser de prendre soin de ceux qui sont déjà là.
- Jésus lève les yeux vers Zachée au lieu de détourner le regard. La grâce se vit au niveau 4 : je suis aimé de Jésus tel que je suis, autant que n'importe qui.
- Jésus s'invite dans la vie des gens et mange avec eux avant de les inviter à le suivre. L'Église est nécessaire, mais la finalité reste Jésus.
- Il y aura toujours quelqu'un pour critiquer. La question est de savoir si ce que tu fais est aligné au cœur de Dieu, et quelle voix tu écoutes.
- Il n'y a que deux catégories : loin de Dieu ou proche de lui. Une seule décision, se retourner, fait passer de pécheur notoire à véritable fils d'Abraham.
Application personnelle
- Face aux personnes que tu juges les plus loin de Dieu, as-tu tendance à baisser les yeux ou à lever la tête comme Jésus l'a fait pour Zachée ?
- À partir de quel niveau abordes-tu les gens : « je suis une bonne personne », « je suis un pécheur comme eux » ou « je suis aimé tel que je suis » ?
- Qui pourrais-tu rejoindre cette semaine en t'invitant dans sa vie, autour d'un repas, avant de penser à l'inviter à l'église ?
- Quelle opinion humaine t'empêche aujourd'hui de faire ce que tu es convaincu que Dieu te demande ?
- As-tu classé quelqu'un, ou toi-même, comme « trop loin de Dieu » ? Que changerait le fait de croire que Jésus est resté proche ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que veut dire « une Église pour ceux qui n'y vont pas » ?
C'est le slogan de la Chapelle. Jérémie Meyer précise que l'attention de l'Église est portée particulièrement sur ceux qui n'ont pas encore rencontré Christ, sans pour autant négliger la croissance spirituelle de ceux qui sont déjà là. L'Église refuse d'être « une gang de poissons rouges » qui tournent en rond dans un aquarium coupé du monde. Cet énoncé de mission reprend simplement Matthieu 28 : faire des disciples.
Faut-il encore inviter les gens à l'église ?
Oui, le prédicateur le répète plusieurs fois : la foi se vit en communauté et le livre des Actes montre l'importance des groupes de croyants. Mais l'Église n'est pas la finalité. Jésus s'invitait dans la vie des gens, mangeait avec eux, puis les invitait à le suivre. La finalité reste et demeure toujours Jésus.
Que s'est-il passé entre Luc 19:7 et Luc 19:8 ?
La Bible ne le dit pas. Au verset 7, la foule s'indigne ; au verset 8, Zachée se lève et promet de donner la moitié de ses biens aux pauvres et de rendre quatre fois ce qu'il a volé. Pour Jérémie Meyer, ce silence est une bonne chose : si la conversation avait été écrite, nous en aurions fait une méthode, alors que Jésus avait une approche particulière pour chaque personne.
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