Rechercher la sagesse (6) : doux ou coléreux

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Introduction

Trois personnages, trois époques, un même réflexe. Caïn voit son offrande refusée et « son visage est abattu » (Genèse 4:3-5). Saül entend le peuple chanter les louanges de David et « ce propos lui déplut fort » (1 Samuel 18:7-8). Hérode se voit joué par les mages et fait « tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous » (Matthieu 2:16). Le mot manquant, dans les trois cas, c'est la colère.

La mauvaise nouvelle, c'est que ce n'est pas un problème d'une autre époque. Elle habite ta semaine passée, tes conversations, ta cellule familiale. Le pasteur biblique Robert D. Jones l'écrit sans détour : « La colère est un problème universel, présent dans toutes les cultures, éprouvé par toutes les générations. Personne ne peut s'en séparer, personne n'échappe à son venin. » Et Jerry Bridges ajoute que cette colère atteint souvent ceux que nous devrions aimer le plus : conjoint, enfants, parents, frères et sœurs dans la foi. Cette prédication, sixième volet de la série « Rechercher la sagesse dans la Bible », plonge dans les Proverbes pour t'aider à voir ce qu'est vraiment la colère, ce qu'elle produit, et comment le Seigneur veut la transformer en toi.

Plan de la prédication

1. La colère est la marque de fabrique de l'insensé

Les Proverbes lient constamment colère et folie. « L'insensé fait aussitôt connaître sa colère, mais celui qui cache un affront est un homme prudent » (Proverbes 12:16). « La pierre est pesante et le sable est lourd, mais l'humeur de l'insensé pèse plus que l'un et l'autre. La fureur est cruelle et la colère impétueuse, mais qui résistera devant la jalousie ? » (Proverbes 27:3-4). « L'insensé met en dehors toute sa passion, mais le sage la contient » (Proverbes 29:11).

Tu pourrais te dire : « Autrefois j'étais soupe au lait, mais aujourd'hui c'est réglé. » Attention. Le vocabulaire hébreu de ces versets recouvre quatre mots différents que le français traduit tous par « colère » ou « fureur » :

  • Ka'as (Proverbes 12:16 ; 27:3) : l'irritation intérieure, l'agacement qui bout en dedans, même quand rien ne sort à l'extérieur.
  • Hemah (Proverbes 27:4) : littéralement « poison ». Un ressentiment lent, qui s'infiltre, s'accumule, et finit par exploser au bout de longues semaines.
  • Aph (Proverbes 27:4b) : le mot désigne d'abord la narine. C'est la colère qui souffle par le nez, qui rougit le visage, qui perd le contrôle et sort en paroles et en gestes (celle que Saül exprime en lançant sa lance sur Jonathan, 1 Samuel 20:30).
  • Ruah (Proverbes 29:11) : le tempérament vif, la précipitation, l'esprit court.

Additionne les quatre. La colère que dénoncent les Proverbes, ce n'est pas seulement l'homme qui hurle. C'est aussi celui qui rumine en silence, celui qui claque une porte, celui qui coupe la parole, celui qui distille une remarque cinglante à table. Si tu te laisses vite déborder par l'irritation, si tu entretiens une amertume, si tu réponds à froid par un mépris silencieux, la Parole te met dans la même catégorie : celle de l'insensé. Elle ne dit pas cela pour te condamner, elle le dit pour te réveiller.

2. La colère blesse celui qui la porte et ceux qui l'entourent

Pourquoi la sagesse biblique est-elle si sévère avec la colère ? Parce qu'elle sait ce que la colère produit. Deux ravages, en particulier.

Elle blesse d'abord celui qui la porte. « Celui qui est lent à la colère a une grande intelligence, mais celui qui est prompt à s'emporter proclame sa folie. Un cœur calme est la vie du corps, mais l'envie est la carie des os » (Proverbes 14:29-30). Les « os », dans ce langage, désignent la personne tout entière, sa santé et sa vitalité. Une étude américaine récente a suivi 280 adultes en bonne santé : on leur a demandé de se remémorer un souvenir de colère, ou d'anxiété, ou de tristesse, ou simplement de compter jusqu'à 100. Seul le groupe « souvenir de colère » a vu, pendant 40 minutes après, ses vaisseaux sanguins mal se dilater. « La colère n'est pas anodine », concluait le chercheur. Tu n'as pas besoin d'étude pour le savoir : quand tu portes en toi de l'amertume, ta joie s'éteint, ta paix s'évapore, ton cœur s'alourdit.

Elle blesse ensuite tous ceux qui t'entourent. « L'homme violent excite des querelles, mais celui qui est lent à la colère apaise les disputes » (Proverbes 15:18). « Un homme irritable excite des querelles, et un furieux commet beaucoup de péchés » (Proverbes 29:22). C'est la colère qui a jeté Caïn contre Abel. C'est la colère d'Ésaü, dépouillé de la bénédiction, qui a fait dire au frère aîné : « Les jours du deuil de mon père vont approcher, et je tuerai mon frère Jacob » (Genèse 27:41). Le conseiller biblique David Powlison le résume ainsi : « Dans la vie réelle, la colère est la réaction qui incendie et fait s'écrouler les mariages. Elle alimente les ragots, blesse les camarades, divise les Églises, transforme les amitiés en rivalités, et explose sur les routes. À la racine de tout ressentiment, il y a cette colère. » Les paroles enflammées font pleurer. Les silences glacés créent la distance. Les portes qu'on claque font peur. Une colère laissée libre, c'est une arme entre tes mains, et tu la fais tourner dans ta propre maison.

3. La colère doit être maniée avec précaution : la juste colère existe

Est-ce à dire que toute colère est un péché ? Non. La Parole n'enseigne pas cela. Notre Dieu lui-même est appelé « un juge juste, un Dieu qui s'irrite en tout temps » (Psaume 7:11-13). Quand Moïse lui demande de voir sa gloire, il se révèle ainsi : « L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité » (Exode 34:6). Il est amour précisément parce qu'il ne reste pas indifférent au mal. Une divinité qui laisserait passer le péché ne serait pas Dieu.

Il existe donc une juste colère, une sainte colère. Et si tu veux imiter ton Père, il t'arrivera aussi de la ressentir. Mais elle doit être maniée avec précaution, car beaucoup s'en servent pour justifier une colère charnelle. Trois marques la distinguent, selon Robert D. Jones :

  1. Elle réagit à un vrai péché, pas à un simple désagrément. La juste colère se déclenche quand la Parole de Dieu est bafouée, pas quand ton confort personnel est bousculé. Au temple, Jésus n'a pas chassé les marchands parce qu'ils l'avaient dérangé, mais parce qu'ils profanaient la maison de son Père : « Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs » (Matthieu 21:13).
  2. Elle est centrée sur Dieu, pas sur soi. Jésus n'a pas dit « ma maison », il a dit « la maison de mon Père » (Jean 2:16). La juste colère naît quand la gloire, le nom, la Parole de Dieu sont attaqués, pas quand ton orgueil, ta réputation ou ton confort le sont.
  3. Elle s'accompagne des autres qualités de l'Esprit et s'exprime avec retenue. Elle garde la maîtrise de soi. Elle n'insulte pas, ne frappe pas, ne coupe pas relation par vengeance. Elle demeure amour, patience, douceur. « Être en colère » n'est jamais une dispense d'aimer.

C'est là que les Proverbes reviennent avec insistance sur la même expression : « lent à la colère » (Proverbes 14:29 ; 16:32 ; 19:11). Fait remarquable : cette expression, dans le reste de l'Ancien Testament, ne sert qu'à décrire Dieu lui-même. Dans les Proverbes, elle sert à décrire le sage. Autrement dit : plus tu deviens lent à la colère, plus tu ressembles à ton Dieu. « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros, et celui qui est maître de lui-même que celui qui prend des villes » (Proverbes 16:32). « L'homme qui a de la sagesse est lent à la colère, et il met sa gloire à oublier les offenses » (Proverbes 19:11).

4. L'espoir : Christ, notre modèle et notre puissance

Reste une question honnête : comment y arriver ? Nul d'entre nous ne se met en colère parce qu'il l'a décidé. La réaction naturelle de notre chair, quand on nous blesse, c'est de blesser en retour. Comment changer ? La réponse tient en un nom : Jésus.

Jésus a été trahi par l'un des siens, renié trois fois par un autre, calomnié comme un allié de Béelzébul (Marc 3:22), giflé, moqué, fouetté, crucifié, sans avoir jamais commis la moindre faute. Si quelqu'un pouvait revendiquer un droit à la colère, c'était lui. Et voici ce que l'apôtre Pierre écrit : « À cela vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n'a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s'est point trouvé de fraude ; lui qui, injurié, ne rendait point d'injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s'en remettait à celui qui juge justement ; lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris » (1 Pierre 2:21-24).

Christ a subi notre colère et la juste colère de Dieu contre nos péchés, à la croix, pour que nous, colériques, soyons pardonnés et rendus libres. Ce n'est pas ta force qui va résoudre ton problème de colère : c'est la présence de celui qui a vaincu le péché en toi. Chaque fois que la colère monte, souviens-toi de sa patience, de sa douceur, de sa maîtrise de soi sur le chemin de la croix. C'est en le contemplant qu'on lui ressemble.

Points à retenir

  1. La colère biblique n'est pas seulement l'explosion visible, l'irritation cachée et le ressentiment silencieux en font aussi partie.
  2. Les Proverbes appellent « insensé » celui qui se laisse conduire par sa colère, et « sage » celui qui la contient et la ralentit.
  3. La colère blesse d'abord celui qui la porte, avant de blesser tous ceux qui l'entourent, famille, Église, collègues.
  4. La juste colère existe, mais elle réagit à un vrai péché, elle est centrée sur Dieu et elle garde amour et maîtrise de soi.
  5. Le chemin de transformation passe par Christ, sa croix te libère, son exemple te forme, son Esprit te rend lent à la colère.

Application personnelle

  1. Quelle a été, cette semaine, la principale source de mon irritation ? Est-ce que je l'ai reconnue devant Dieu, ou l'ai-je entretenue en silence ?
  2. Sous laquelle des quatre formes hébraïques (ka'as, hemah, aph, ruah) ma propre colère se manifeste-t-elle le plus souvent ?
  3. Y a-t-il une relation (conjoint, enfant, parent, frère ou sœur, collègue), que ma colère a abîmée et où je dois demander pardon ?
  4. Quand je m'indigne, est-ce parce que mon confort a été touché, ou parce que la Parole de Dieu a été bafouée ?
  5. Quelle habitude concrète (temps de silence, prière avant de répondre, éloignement momentané, mémorisation d'un verset) puis-je adopter dès cette semaine pour devenir « lent à la colère » ?

Versets cités

FAQ

La colère est-elle toujours un péché ?

Non. La Bible distingue clairement une colère charnelle, égocentrique et destructrice, d'une juste colère qui reflète le caractère de Dieu. La juste colère réagit à un vrai péché (pas à un simple contrariété), elle se déclenche pour la gloire de Dieu (pas pour ta propre gloire) et elle s'exprime avec amour, patience et maîtrise de soi. Le problème n'est pas de ressentir de la colère, c'est de laisser une colère injuste diriger ta vie.

Comment savoir si ma colère est juste ou charnelle ?

Pose-toi trois questions honnêtes : Est-ce que ce qui m'irrite est un péché contre Dieu, ou seulement une gêne pour moi ? Est-ce que je m'indigne pour la Parole de Dieu, ou pour mon orgueil blessé ? Est-ce que ma réaction reste marquée par l'amour, la patience et la douceur, ou est-ce qu'elle explose en paroles blessantes, en silences glacés, en vengeance ? Si les réponses te renvoient à toi-même plutôt qu'à Dieu, c'est le signe qu'il faut se repentir.

J'ai déjà blessé mon entourage par ma colère : comment repartir ?

D'abord en le reconnaissant devant Dieu et devant les personnes concernées, sans excuse ni justification. Ensuite en te tournant vers la croix : Christ a porté cette colère-là aussi, il l'a expiée, il te libère du poids de la culpabilité. Et enfin en marchant, un pas à la fois, dans une nouvelle direction, priant avant de répondre, mémorisant Proverbes 19:11, choisissant le silence quand tu ne peux pas encore parler avec douceur. Tu ne changeras pas par ta propre force, mais Christ qui a vaincu vit en toi et te transforme.

pour prendre des notes et poser une question.

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