Introduction
« Qu'est-ce que cela veut dire, au fond, être chrétien ? » Thomas Friesen ouvre son message à la FEG Bern par cette question. Beaucoup répondraient : être quelqu'un de bien, se comporter correctement, soutenir les autres. Cela en fait partie. Mais autour de nous, des gens de toutes origines religieuses, et même des gens qui ne croient à rien de surnaturel, mènent des vies exemplaires : citoyens honnêtes, personnes droites, compagnons agréables.
Si une bonne vie ne suffit pas à définir la vie chrétienne, qu'est-ce qui la caractérise ? Le prédicateur croit qu'il y a une différence immense. Il reprend l'image donnée en introduction du culte : voir comment les fragments de sa vie s'assemblent en un tout grand, beau et cohérent. Cela fait partie de ce que veut dire être chrétien, et cela signifie vivre sous une autre autorité.
C'est ce que Paul décrit en Romains 12:1-2. Thomas Friesen y voit trois choses : l'essence de la vie chrétienne, la transformation dans la vie chrétienne et la force pour la vie chrétienne.
Plan du message
1. « Donc » : la vie qui découle de l'Évangile
- Le texte : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »
- Romains 12 est une conséquence. Pendant onze chapitres, Paul montre ce que Dieu a fait : il dit ce qu'est l'Évangile.
- Puis vient ce mot : « donc ». Si tu as compris et cru tout ce qui précède, alors voici à quoi ta vie va ressembler. Les cinq derniers chapitres de la lettre montrent ce que nous devons et ce que nous avons le droit d'être.
2. L'essence : un sacrifice vivant
- Paul emploie un mot étonnant. Un sacrifice, on le tue : il est mort, il disparaît. Parler d'un « sacrifice vivant », c'est presque une contradiction dans les termes, et ce paradoxe veut nous apprendre quelque chose.
- Au temps de Paul, un sacrifice était un acte unique : on tue l'animal, on le pose sur l'autel, il est brûlé et c'est réglé. Comme l'a dit un prédicateur, le sacrifice vivant a la fâcheuse habitude de toujours redescendre de l'autel. La vie chrétienne n'est pas quelque chose qu'on termine une fois pour toutes : c'est un style de vie, un processus qui continue.
- Mais comme dans un sacrifice, quelque chose doit mourir : la pensée que je m'appartiens, que je suis l'autorité suprême de ma vie, que je peux décider seul de ce qui est bon et juste pour moi.
- « Et c'est fort de dire cela en 2026, n'est-ce pas ? » Cela ne veut pas dire se renier au point de perdre sa personnalité. Cela veut dire reconnaître : je n'ai pas le dernier mot sur ma vie.
3. L'histoire d'une jeune femme qui croyait avoir tout donné
- Le prédicateur américain John Gerstner raconte l'histoire d'une jeune femme qu'il connaissait. En 1930, à 15 ou 16 ans, bouleversée par un message lors d'une conférence chrétienne, elle décide de consacrer entièrement sa vie à Dieu. Son cœur bat pour l'Asie.
- Les organisations missionnaires lui posent deux conditions : être formée, et, pour des raisons culturelles, ne pas partir seule. Il lui faut un mari. Elle prie : « Dieu, je te donne toute ma vie. Ma sécurité, une vie confortable, peu m'importe. J'irai en Asie. Il y a juste une chose dont j'ai besoin de toi : donne-moi un mari. »
- Elle obtient un premier diplôme en Bible et en théologie, puis un master en études interculturelles. Aucun fiancé, personne à l'horizon. La veille de la remise de son master, elle est assise dans sa chambre d'étudiante, en colère : « J'ai tout investi, toute ma vie. Pourquoi cette porte ne s'ouvre-t-elle pas ? »
- Cette nuit-là, elle comprend : « En fait, je me suis menti tout ce temps. » Elle n'avait jamais lâché sa vision d'une vie héroïque et honorable. Elle avait décidé à quoi sa vie devait ressembler, puis elle s'était conduite de manière à ce que Dieu soit obligé de lui donner ce qu'elle voulait.
- Elle n'était pas malheureuse parce qu'elle avait remis sa vie à Dieu, mais parce qu'elle n'avait jamais pu la lâcher. Cette nuit-là, pour la première fois, elle a vraiment reconnu une autorité au-dessus d'elle : « Dieu, tu sais où je dois aller. Tu sais à quoi ma vie doit ressembler. Pas moi : toi, tu sais ce qui est bon pour moi. »
- Elle avait investi un tiers de sa vie pour partir en mission, sacrifié toutes sortes de choses, sans jamais renoncer au contrôle. À la fin de son récit, John Gerstner demande : « As-tu déjà remis ta vie de cette manière ? » Thomas Friesen pose la même question à son assemblée.
4. Tout le monde sacrifie à quelque chose
- Ce message va contre l'une des convictions les plus profondes de notre culture. Un théologien a dit qu'aucune culture dans l'histoire ne s'était autant opposée à l'essence de la vie chrétienne, parce que l'une de ses valeurs suprêmes est l'autodétermination. Le prédicateur la résume ainsi : « Je sais mieux que quiconque ce qui est bon pour moi. Je veux être le capitaine de mon propre navire, et s'il le faut, je le mènerai moi-même dans l'abîme. »
- Le prédicateur cite un article d'une revue médicale intitulé « Que ma dernière volonté soit faite ». Il y était question d'Exit et de l'assistance au suicide : rester le maître jusqu'au dernier moment, décider quand, comment et où l'on part.
- La vie chrétienne, c'est l'inverse : je choisis de me soumettre à quelque chose de plus grand. Si je dis « je suis chrétien, mais je ne suis la Parole de Dieu que là où je suis d'accord », je n'ai pas remis l'autorité. On peut discuter de l'interprétation, mais le chrétien reconnaît que la Parole de Dieu a plus à dire sur sa vie que lui-même.
- Autre piège : « Je serai obéissant si... si je comprends enfin, si j'obtiens ce travail, si mon conjoint change enfin. » Ce qui vient après ce « si » est la chose pour laquelle tu vis réellement en sacrifice.
- Et si tu n'es pas sûr de ta position face à la foi chrétienne, tu diras peut-être : « Je préfère rester libre, sans rien au-dessus de moi. » C'est compréhensible. Mais ne nous trompons pas : tout être humain est un sacrifice vivant pour quelque chose ou quelqu'un.
- L'écrivain David Foster Wallace, qui ne croyait pas en Dieu, l'a dit dans un discours à des étudiants : « Tout le monde adore quelque chose. » Le seul choix que nous avons, c'est ce que nous adorons. Et presque tout ce que tu adores d'autre te dévorera vivant. Si tu adores ton travail, il consumera ta vie, et tu y sacrifieras peut-être ta famille.
- Même celui qui dit « je ne donne mon cœur à rien ni à personne » se sacrifie sur l'autel de sa propre indépendance, et risque de mourir seul. Paul nous appelle à être un sacrifice vivant pour le Dieu vivant, pas un sacrifice mort pour une chose morte qui aura disparu dans quelques années.
5. La transformation : le corps, la pensée et la métamorphose
- Au verset 1, Paul parle du corps ; au verset 2, du renouvellement de la pensée. Le corps et la vie intérieure doivent tous deux passer sous le règne de Dieu.
- Ce n'est pas seulement une petite partie spirituelle de toi, ton temps de méditation et ton dimanche matin. C'est toute ta vie : ta manière d'aller au travail, de passer du temps avec tes amis, d'occuper ton temps libre. « Dieu ne veut pas quelque chose de toi. Il te veut, toi. »
- Concrètement, il s'agit d'appliquer à toute ta vie ce que disent les onze premiers chapitres de Romains. Que signifie « je suis sauvé par grâce, sans aucun mérite » pour mon travail, ma famille, mes amitiés, mon avenir, mon passé, mon célibat, mon mariage ?
- Paul ne dit pas « changez-vous », comme un ordre à exécuter, comme si l'on pouvait se reconstruire en rénovant une maison à la force des bras : abattre quelques murs, poser de nouvelles fenêtres, une couche de peinture. Il dit : « Laissez-vous transformer » de l'intérieur. C'est l'œuvre de l'Esprit de Dieu en toi.
- La religion dit : « Adapte ton comportement, sois moral, garde les commandements, et Dieu te bénira. » La vie chrétienne, c'est la transformation complète de tes désirs, de ta pensée, de ce que tu es.
- Le mot grec employé par Paul a donné notre mot « métamorphose » : la chenille s'enferme dans un cocon et en ressort papillon.
- Thomas Friesen n'est pas expert en papillons, mais l'un de ses livres préférés d'enfance était La chenille qui fait des trous. Dans son cocon, la chenille ne reçoit pas de mode d'emploi, ne fait aucun exercice de vol, ne s'entraîne pas, ne force pas.
- Elle libère des enzymes, se transforme en une sorte de soupe, puis les cellules, codées pour cela, se réassemblent avec des yeux, des antennes, des ailes. La chenille abandonne ce qu'elle était et devient quelque chose de bien plus beau.
- C'est cette transformation complète que l'Esprit de Dieu veut opérer dans nos vies.
6. La force : les compassions de Dieu à la croix
- « Je ne peux pas me transformer en soupe et me réassembler moi-même. » Où trouver la force ? Paul répond dès le début du chapitre : « par les compassions de Dieu ». Regarde la miséricorde de Dieu.
- Le mot « offrir » désigne un acte volontaire, que personne ne t'impose. La transformation commence quand nous donnons librement notre vie.
- Jésus-Christ est le plus grand exemple de don volontaire de l'histoire : « Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même » (Jean 10:18). À Gethsémané, il reçoit un avant-goût de l'horreur qui l'attend à la croix, la colère de Dieu, le châtiment que nous méritions. Il est brisé, sa sueur devient comme du sang. Il aurait pu dire non. Il a dit : « Je veux suivre ce chemin. »
- Pourquoi ? Par amour pour toi. Il a accepté d'être un sacrifice mort, brisé, de descendre dans les ténèbres les plus profondes, afin que nous puissions être des sacrifices vivants. « Il lâche sa vie pour que tu reçoives la tienne. » Il tombe dans les ténèbres extrêmes pour que nous, dans notre douleur, ne tombions jamais plus bas que dans la main de Dieu. Qu'y aurait-il de plus juste que de lâcher ta vie pour lui ?
- Sans cela, tu resteras anxieux, en colère, nerveux, comme la jeune femme de l'histoire. Elle a pu lâcher prise quand elle a compris que Dieu est infiniment sage et infiniment aimant.
- Comment le savoir quand des choses si difficiles nous arrivent ? Je regarde la croix. J'y vois la justice absolue de Dieu, qui juge le péché, et son amour absolu, puisqu'il prend lui-même le juste châtiment sur lui. Quand je comprends qu'il n'y a plus de condamnation et que je suis entièrement accepté par Dieu, je peux être libéré de la colère, de la peur et du besoin de tout contrôler.
- Voilà la différence décisive entre une vie chrétienne et une vie qui ne l'est pas : la force, la joie et la liberté d'être accepté, justifié, sanctifié et aimé par le Dieu tout-puissant pour l'éternité, non pour ce que j'ai accompli, mais pour ce que lui a accompli.
7. Un culte raisonnable
- Paul appelle ce sacrifice vivant un « culte raisonnable » : en grec logikos, logique. À première vue, cela n'a rien de logique.
- Mais quand nous voyons qu'il s'est entièrement donné à nous, la réaction la plus logique est de lui dire : « Je veux me donner entièrement à toi. » Personne d'autre n'a fait pour toi ce que Jésus-Christ a fait.
- Dieu est infiniment plus sage que moi, comme un père comparé à un enfant de trois ans. Il est si aimant qu'il a donné son Fils unique pour moi alors que je le haïssais encore. Alors je commence à me remettre vraiment à lui, parce qu'il sait mieux que moi ce qui est bon pour ma vie.
- « Même quand les jours deviennent sombres, même si ce corps se dégrade, je peux savoir que je suis aimé pour l'éternité par le plus sage, par le plus grand Dieu de tous les temps. » Si Jésus-Christ t'a tout donné, n'est-il pas simplement logique de tout lui donner ?
- Le message se termine par une prière : « Jésus, tu n'as rien retenu, ni ton corps, ni tes pensées, pas un seul morceau. Aide-nous à reconnaître à la croix combien tu es infiniment sage et infiniment aimant. »
Points à retenir
- Une bonne vie ne suffit pas à définir la vie chrétienne : être chrétien, c'est vivre sous l'autorité de Dieu et non plus sous la sienne.
- Le sacrifice vivant n'est pas un acte unique mais un style de vie : chaque jour, la pensée « je m'appartiens » doit mourir.
- Tout le monde sacrifie à quelque chose. La seule question est de savoir à quoi, et presque tout le reste finit par nous dévorer.
- Dieu ne demande pas une simple retouche de comportement. Il veut une transformation complète, de l'intérieur, par son Esprit.
- La force de s'abandonner vient de la croix : celui qui a tout donné pour toi est infiniment sage et infiniment aimant.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie restes-tu encore l'autorité suprême, celui qui a le dernier mot ?
- Quel « si » mets-tu à ton obéissance : « je t'obéirai si je comprends, si j'obtiens ce poste, si mon conjoint change » ?
- Comme la jeune femme de l'histoire, as-tu une vision de ta vie que tu demandes à Dieu de bénir sans jamais la lui remettre ?
- À quoi, ou à qui, sacrifies-tu aujourd'hui ton temps, ta famille ou ta santé ?
- Que change pour toi, cette semaine, le fait de regarder la croix quand des choses difficiles t'arrivent ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que veut dire « offrir son corps comme un sacrifice vivant » en Romains 12:1 ?
Pour Thomas Friesen, l'expression est volontairement paradoxale. Comme dans un sacrifice, quelque chose doit mourir : la pensée que tu t'appartiens et que tu es l'autorité suprême de ta vie. Mais ce sacrifice est vivant : ce n'est pas un acte unique, c'est un style de vie qui continue chaque jour, avec ton corps et ta pensée.
Quelle différence entre une vie chrétienne et une vie simplement morale ?
Beaucoup de gens, croyants ou non, mènent une vie honnête et exemplaire. Selon le prédicateur, la différence est ailleurs : le chrétien vit sous une autre autorité. Il ne se contente pas d'ajuster son comportement, il se laisse transformer de l'intérieur par l'Esprit de Dieu, et il en reçoit la force en regardant les compassions de Dieu.
Pourquoi Paul parle-t-il d'un culte raisonnable ?
Le mot grec est logikos, logique. Thomas Friesen explique que, puisque Jésus-Christ s'est donné entièrement pour nous, la réaction la plus logique est de lui donner notre vie entière. Il sait mieux que nous ce qui est bon pour notre vie, comme un père comparé à un enfant de trois ans.