Introduction
L'Ecclésiaste est un livre complexe, mais riche et dense, un livre de sagesse. Le prédicateur de Momentum ouvre cette série avec une conviction simple : à notre époque, dans notre ville, la vie est incertaine, et il y a beaucoup de faux espoir, de préoccupation et de distraction. Un rapide coup d'œil à l'actualité en Suisse, en France et un peu partout suffit à s'en rendre compte. Nous avons besoin de la clarté du Christ. À force de préparer cette étude, une beauté s'est dégagée du texte, qui semble particulièrement nécessaire pour l'Église aujourd'hui.
Dans ce premier message, tu vas parcourir l'introduction du livre : le verset 1 (qui est l'Ecclésiaste ?), puis le poème d'ouverture (v. 2 à 11). Tu verras enfin comment tout cela trouve son sens en Jésus.
Plan du message
1. Qui est vraiment l'Ecclésiaste ?
- « Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem » (Ecclésiaste 1:1). L'auteur dit qu'il est fils de David, mais il ne donne pas son nom. Traditionnellement, on attribue le livre à Salomon.
- Le prédicateur observe pourtant que l'Ecclésiaste parle à la première personne du singulier au milieu du livre (chapitre 7) et à la fin (chapitre 12), alors que le verset 1 est une introduction. Les experts s'accordent de plus en plus à dire qu'il y a un auteur qui rassemble et met en forme un recueil des paroles de Salomon.
- Autre indice : le texte contient des mots persans en hébreu. Rien ne justifie que des Israélites à l'apogée de la puissance de Salomon aient introduit ces emprunts étrangers. Tout ce qui est dit vient bien de Salomon (cela suit parfaitement sa pensée et sa théologie), mais le livre a été rassemblé et édité pendant l'exil en Perse.
- Pourquoi c'est important ? Parce que le peuple est loin de sa terre, sans temple pour louer, obligé d'apprendre une autre langue, sous la menace constante de l'antisémitisme et des persécutions. Il faut retrouver des repères, trouver sa voix à un moment où l'on ne peut même pas manifester contre le roi de Perse, cela signifierait la mort. Il faut apprendre à se contenter du peu qu'on a.
2. Un livre de sagesse pour un peuple en souffrance
- L'auteur présente Salomon comme un prédicateur : « Ecclésiaste » vient du grec, « Qohélet » de l'hébreu. L'idée est celle de quelqu'un qui rassemble à la fois les idées et les gens pour les instruire.
- Il utilise la poésie, le langage de la sagesse et de la philosophie. Le prédicateur cite volontiers The Bible Project : les Proverbes se concentrent sur les normes et les règles ; l'Ecclésiaste se concentre sur les exceptions.
- C'est un livre écrit avec beaucoup d'art, fait pour que tu ressentes les choses et que tu réfléchisses autrement. On dirait, disent certains, un philosophe d'une cinquantaine d'années légèrement cynique, mais c'est plus complexe que cela.
- Autre particularité : le livre ne parle pas de l'alliance. Ce silence est parlant. Sans temple, en Perse, ce peuple traverse une inconsistance profonde, un manque de stabilité, alors que l'alliance était son inspiration depuis Abraham. Beaucoup de spécialistes de l'Ancien Testament comparent d'ailleurs l'Ecclésiaste avec les onze premiers chapitres de la Genèse, avant Abraham.
- Le livre peut être lu pratiquement tel quel, sans grande culture biblique préalable. Et loin d'être pessimiste, il est en réalité une apologétique : une défense de la foi, la raison pour laquelle tu peux tenir quoi qu'il arrive. C'est pourquoi le peuple juif le lit chaque année pendant Souccot, la fête des cabanes, une fête joyeuse qui commémore la traversée du désert. Ce livre est un livre de joie cachée dans toutes nos épreuves.
3. Le poème d'ouverture : tout est fumée (v. 2 à 11)
- Le prédicateur lit les versets 2 à 11 comme un poème unifié : « Comble de l'inconsistance, dit l'Ecclésiaste, comble de l'inconsistance, tout n'est que fumée. Quel avantage l'homme retire-t-il de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? Une génération s'en va, une autre arrive, la terre est toujours là. Le soleil se lève, le soleil se couche, il soupire après l'endroit où il s'est levé de nouveau. Le vent se dirige vers le sud, tourne vers le nord, puis il tourne encore et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, mais la mer n'est pas remplie. »
- Le mot que sa traduction rend par « inconsistance » ou « fumée » est le mot hébreu hével. C'est un mot difficile à définir, plus souvent traduit par « vanité » dans les traductions traditionnelles. À l'origine, il désigne un souffle, une vapeur, une fumée.
- Le prédicateur préfère « inconsistance » et « fumée » parce que « vanité » donne un sens trop lourd, trop négatif, qui n'est pas forcément dans le texte. L'auteur n'est pas nihiliste, il est un homme de foi, il suffit de lire le chapitre 12 pour en être convaincu. Mais la vie est bel et bien remplie de choses inconsistantes : tu penses tenir une chose comme un tatouage, et puis cela devient autre chose.
- La beauté du poème est là : il met en contraste la constance de la création (le soleil, le vent, les fleuves qui reprennent sans cesse leurs circuits) avec l'inconsistance de l'humanité. Ce n'est pas « rien ne vaut la peine, tout va brûler ». C'est plutôt l'accentuation, par la poésie, de cette fatigue et de ces cycles sans cesse, la vie sous le soleil.
4. Une ville qui change, une Seine qui coule : la même fumée
- Pour rendre ce constat concret, le prédicateur projette plusieurs cartes historiques de Paris. En l'an 1000, il n'y a pas grand-chose : l'île de la Cité, quelques bourgs, des marais (d'où le nom du Marais). Les Batignolles ? Une forêt.
- Quelques siècles plus tard, à la Renaissance, la ville s'est un peu remplie, des fortifications apparaissent. En 1860, Paris compte enfin ses vingt arrondissements. Les plus belles constructions du quartier des Batignolles datent de 1905-1912.
- Et aujourd'hui, tout a changé, sauf une chose : la Seine coule toujours. Les saisons s'enchaînent. Les lois de la nature se maintiennent. Depuis la sortie d'Éden, l'humanité progresse, évolue, dévolue ; elle produit des idées « nouvelles » qui reposent sur d'anciennes idées.
- Pourquoi ? Parce que l'humanité est forcée de trouver un sens à la vie sous le soleil. Et celui qui cherche son identité ou le sens de sa vie dans ce monde-là est emporté, dit le prédicateur, dans les flots de hével, l'inconsistance d'un monde qui n'est pas toujours ce que l'on croit.
5. Jésus, celui qui change la brume en clarté
- Le prédicateur insiste : trop souvent, dans l'Église protestante évangélique, on veut être joyeux à tout prix, voir toujours les choses du bon côté. Mais la réalité n'est pas ainsi. Beaucoup luttent avec leur foi parce qu'on leur a promis que si l'on fait tout bien, tout ira bien. L'Ecclésiaste te dit autre chose : il y a un bonheur, même dans un monde inconsistant, offert comme un don riche chaque jour par Dieu.
- Et il y a plus : même si sous le soleil il n'y a rien de nouveau, les hommes et les femmes de foi attendent ardemment quelque chose de nouveau, un espoir qui ne sera jamais déçu. C'est exactement ce que Paul décrit en Romains 8:19-21 : la création soumise à l'inconsistance attend la révélation des fils de Dieu.
- Comme peuple du Nouveau Testament, tu es appelé à lire l'Ecclésiaste au travers de Jésus. C'est lui qui change la brume en clarté. Le prédicateur a raison de dire que la vie est inconsistante : malgré nos inventions technologiques et sociales, la terre continue à tourner, tout va vers la mort. C'est ce que Dieu avait annoncé à l'homme : « Le jour où tu mangeras du fruit, tu mourras. » Le premier jour de hével, de la vie sous le soleil.
- Mais il y a une sortie. Jésus est venu renverser la malédiction, remédier au péché originel. Le prédicateur médite Hébreux 12:24 : Jésus est « le médiateur d'une alliance nouvelle, et son sang répandu est porteur d'un meilleur message que celui d'Abel ».
- Le nom Abel, ce fils innocent d'Adam et Ève assassiné par son frère (Genèse 4), est exactement le même mot que hével, vapeur, fumée. Son sang crie de la terre parce qu'il fut victime de cette vie sous le soleil, inconsistante et cruelle, à cause de la jalousie de son frère. Le prédicateur cite Simon Kistemaker : le sang du Christ, lui, est celui de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et établit la paix entre Dieu et l'homme.
- Lorsque tu mets ta foi en lui, tu es racheté de cette vanité, de cette inconsistance. Tu dois encore vivre sous le soleil, mais tu as un avenir qui va bien au-delà, et tu es accompagné par celui qui a donné sa propre vie pour toi.
Points à retenir
- L'Ecclésiaste n'est pas un livre pessimiste : c'est une apologétique, une défense de la foi qui te dit pourquoi tu peux tenir debout quoi qu'il arrive, les Juifs le lisent d'ailleurs pendant la fête joyeuse de Souccot.
- Le mot hébreu hével (souffle, vapeur, fumée), désigne l'inconsistance de la vie sous le soleil, plutôt qu'une « vanité » nihiliste : la vie est bien réelle, mais elle glisse entre les doigts.
- Le poème d'ouverture met en contraste la constance de la création (soleil, vent, fleuves) avec l'inconsistance de l'humanité qui court après un sens.
- Celui qui cherche son identité dans le monde sous le soleil est emporté dans les flots de hével ; celui qui la cherche en Christ trouve appartenance et espérance qui ne sera jamais déçue.
- Sous le soleil, il n'y a rien de nouveau ; en Christ, il y a toute nouveauté. Sous le soleil, il n'y a pas d'alliance ; en Christ, il y a adoption dans la famille de Dieu. Jésus, plus grand que Salomon, a vécu la même inconsistance que nous et l'a vaincue.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie ressens-tu, en ce moment, cette « fumée » de hével, une chose qui semblait solide et qui s'est révélée inconsistante ?
- Es-tu de ceux à qui l'on a promis que « si on fait tout bien, tout ira bien » ? Comment le message de l'Ecclésiaste te libère-t-il de cette attente irréaliste ?
- Où cherches-tu aujourd'hui ton identité et le sens de ta vie, sous le soleil ou en Christ ? À quoi le vois-tu concrètement dans ton emploi du temps ?
- Quelle joie « cachée dans les épreuves » Dieu t'a-t-il donnée récemment, comme un don riche à recevoir chaque jour ?
- Quel « avenir qui va bien au-delà » Jésus t'invite-t-il à recevoir cette semaine pour tenir debout dans un monde incertain ?
Versets cités
- Ecclésiaste 1:1-11 (LSG)
- Ecclésiaste 12 (LSG)
- Genèse 1 à 11 (LSG)
- Genèse 4 (LSG)
- Romains 8:19-21 (LSG)
- Hébreux 12:24 (LSG)
- Jean 1:29 (LSG)
FAQ
Qui a écrit l'Ecclésiaste ?
La tradition attribue le livre à Salomon. Le prédicateur explique que les experts s'accordent aujourd'hui pour distinguer deux couches : les paroles proviennent bien de Salomon (elles suivent parfaitement sa pensée et sa théologie), mais un auteur ultérieur les a rassemblées, organisées et éditées, probablement pendant l'exil en Perse, comme le suggère la présence de mots persans dans le texte.
Que signifie le mot « vanité » dans l'Ecclésiaste ?
Le mot hébreu est hével. À l'origine, il désigne un souffle, une vapeur, une fumée. Le prédicateur préfère le traduire par « inconsistance » ou « fumée » plutôt que par « vanité », qui donne un sens trop lourd et négatif. Il ne s'agit pas de dire que rien ne vaut la peine, mais que la vie « sous le soleil » est réelle et pourtant glisse sans cesse.
Pourquoi lire l'Ecclésiaste au travers de Jésus ?
Parce que sans Christ, l'Ecclésiaste peut donner l'impression d'un cul-de-sac. Le prédicateur insiste : Jésus est le médiateur d'une alliance nouvelle (Hébreux 12:24), l'Agneau qui enlève le péché du monde (Jean 1:29). Il a vécu la même inconsistance que nous, il l'a vaincue, il donne appartenance et adoption dans la famille de Dieu, et il reviendra pour renouveler toute chose et tout remettre au Père.
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