Introduction
Dans Jean 1.35-51, Jean-Baptiste voit passer Jésus et lâche cette phrase : « Voici l’Agneau de Dieu. » Deux de ses disciples l’entendent, quittent Jean-Baptiste et se mettent à suivre Jésus. Ils lui posent une seule question : « Où demeures-tu ? » Et Jésus répond : « Venez et voyez. » Dans cette prédication à CVV Paris, Joël t’emmène sur les rives du Jourdain, dans les prophéties de l’Ancien Testament, dans l’humilité de Jean-Baptiste et dans le regard de Jésus qui redéfinit une destinée. Il y a un appel qui retentit encore aujourd’hui pour toi : « Viens. Sors de ta routine. Viens voir qui est vraiment Jésus. »
Plan du message
1. « Voici l’Agneau de Dieu » : une révélation qui bouleverse les attentes
- Le passage commence par « le lendemain » : la veille, Jésus s’est fait baptiser par Jean-Baptiste. Le lendemain, Jean se tient encore là avec deux de ses disciples.
- Nous, on sait pourquoi Jésus est appelé l’Agneau. Mais eux, ils l’entendent pour la première fois. Pour saisir le poids de cette phrase, il faut se replacer dans la culture juive.
- La première mention d’un agneau sacrificiel se trouve en Genèse 22 : Abraham s’apprête à sacrifier Isaac, et Dieu pourvoit lui-même à un agneau. C’est déjà l’annonce du sacrifice de Jésus. Dieu n’a pas demandé à Abraham de payer le prix qu’il s’était lui-même imposé de payer pour le rachat de nos vies. C’est ça, la grâce de Dieu.
- Ce passage est lu chaque année dans les synagogues à Roch Hachana, le nouvel an juif. À la Pâque, on revoit l’agneau immolé de l’Exode. Dans le Lévitique, pour le pardon des péchés, il faut apporter un agneau sans tache : l’innocent qui porte la culpabilité du coupable.
- Ésaïe l’annonce : « il a été mené comme un agneau à la boucherie. » Les Juifs entendent parler d’un agneau depuis toujours. Jean-Baptiste, lui, reconnaît cet Agneau-là dans un homme précis : son propre cousin.
2. L’humilité bouleversante de Jean-Baptiste
- Jean-Baptiste a construit un ministère. Il a des disciples, il baptise des foules, sa parole compte. Et pourtant, dans un autre évangile, il déclare : « il faut qu’il croisse et que je diminue. »
- Quand il dit « Voici l’Agneau de Dieu », il ne s’adresse pas directement à ses disciples, mais il le dit devant eux. Ses deux disciples se détournent de lui pour aller vers Jésus. Il commence à perdre ses disciples, et il l’accepte.
- Dans notre chrétienté moderne, on mesure souvent la réussite au nombre de gens dans nos églises. Jean-Baptiste, lui, connaît son appel et la limite de son appel. Il sait très bien qu’il doit s’effacer.
- Quelle humilité, quelle mort à soi-même. Il montre le chemin vers le Messie, mais il accepte que les gens le quittent pour s’attacher à Jésus. Jean-Baptiste ne présente pas Jésus comme « son cousin ». Il le présente comme « l’Agneau de Dieu. » C’est un niveau de révélation, pas une relation de sang.
3. « Venez et voyez » : sors de ta routine
- Jésus se retourne, voit les deux disciples qui le suivent et leur demande : « Que cherchez-vous ? » Ils répondent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Jésus leur dit : « Venez et voyez. » Ils vinrent, ils virent où il demeurait et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure, soit quatre heures de l’après-midi. Ils sont probablement restés toute la soirée.
- Le lieu du baptême se trouve tout en bas, en face de Jéricho, à l’endroit même où le peuple d’Israël a traversé le Jourdain pour entrer en terre promise. André et Jean sont descendus depuis Capernaüm, tout en haut, sur le lac de Tibériade. Ils ont fait la route pour sortir de leur quotidien.
- Cet appel « viens et vois » retentit encore pour chacun d’entre nous. Jésus est là, présent au milieu de nous, et pourtant il dit « viens. » Viens à moi, viens passer du temps dans ma présence, mais aussi : sors. Sors de ton Betsaïda, de ton Capernaüm, de ton Nazareth.
- En région parisienne, tout t’enferme dans une routine : culte le dimanche matin, sieste l’après-midi, activités des enfants, maison de prière, groupe de louange, et on attend une seule chose, les vacances. Est-ce que tu penses que la vie chrétienne, c’est ça ? Est-ce que tu penses que Dieu nous appelle à ça ?
4. Une fresque historique : pourquoi le peuple crie après un libérateur
- Pour comprendre l’attente du Messie, Joël déroule une fresque de 2000 ans.
- Vers -2000 : Dieu appelle Abraham. « Quitte la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. Je te bénirai… et toutes les nations de la terre seront bénies en toi. » Dès Abraham, Dieu n’a pas un plan pour Israël seulement : il a un plan pour toutes les nations.
- Vers -1700 : Joseph, petit-fils d’Abraham par Jacob, est vendu par ses frères, devient le bras droit du pharaon en Égypte, et fait descendre sa famille pour la sauver de la famine. Le peuple y reste 400 ans et devient esclave.
- Dieu envoie Moïse comme libérateur. Sur le chemin de la terre promise, il fait alliance avec son peuple : « Si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs, une nation sainte. » Puis vient la loi, le tabernacle, l’entrée en terre promise, les juges.
- Vers l’an -1000 : Saül, David, Salomon. Les douze tribus sont réunies. Le temple est construit. Mais à la fin du règne de Salomon, le royaume se divise et l’idolâtrie s’installe partout : Baal, Moloc, Astarté, le poteau d’Astarté, les sacrifices d’enfants dans la vallée de la Géhenne.
- Les prophètes annoncent la déportation. Amos, puis Ésaïe (700 av. J.-C.), puis Babylone (à partir de -590), la destruction du temple, l’exil, l’épisode d’Esther, le retour sous Cyrus (515 av. J.-C.).
- Malachie (430 av. J.-C.) annonce : « Voici, je vous enverrai mon messager, il préparera le chemin devant moi. » Et il ajoute : « Je vous enverrai le prophète Élie, avant que le jour de l’Éternel arrive… il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères. » C’est pour ça que les Juifs attendent Élie : il n’est pas mort, il a été enlevé dans un char de feu.
- Alexandre le Grand conquiert la Perse (vers -330), la terre devient grecque. Une statue de Zeus est mise dans le temple en -160, ce qui déclenche la révolte des Maccabées. Puis en -63, l’empire romain conquiert la région. Le peuple est sous occupation depuis 600 ans.
- Il crie après un libérateur. Et il l’attend politique : un roi qui va chasser Rome. Mais Dieu envoie un Agneau. Jean-Baptiste a cette intelligence spirituelle de reconnaître, non pas le roi qu’on attend, mais l’Agneau qui va être sacrifié.
5. Le regard de Jésus qui définit ta destinée
- André, le frère de Simon Pierre, est l’un des deux qui ont entendu Jean-Baptiste et suivi Jésus. Le temps qu’André et Jean ont passé avec Jésus a été une révélation. Ils ont tout de suite le réflexe de courir vers leurs frères : André court vers Simon, Jean court vers Jacques, fils de Zébédée. « On a trouvé le Messie. »
- Simon arrive. Jésus le regarde et lui dit : « Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas, ce qui signifie Pierre. »
- Quand on vient à Jésus, il y a un phénomène qui se passe : Jésus nous regarde. Et ce n’est pas juste un regard sur le visage. C’est un regard qui va jusqu’au plus profond de notre être et qui nous définit, qui peut même changer notre destinée.
- Pierre, on le sait, était impétueux, impulsif, irrésolu. Il avait du mal à aller au bout des décisions qu’il prenait. Aux yeux humains, tu n’aurais probablement pas choisi cet homme-là pour bâtir l’Église. Mais Jésus voit au-delà de l’apparence, au-delà même du caractère du moment. Il voit et il proclame une destinée, même si elle n’est pas encore visible.
- C’est ce que Jésus fait pour toi. Tu te trouves minable, petit, faible, dans tes misères, avec tes galères. Va vers Jésus, écoute sa voix, laisse-le te percer de son regard, pour qu’il vienne définir qui tu es et quelle est ta destinée sur cette terre.
- Ta destinée, ce n’est pas juste de faire des enfants et de leur préparer un patrimoine. Ça, c’est ce que font ceux qui vivent sans Dieu. Dieu t’a appelé pour un destin. Comme Mardochée le dit à Esther : « qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ? »
6. Nathanaël sous le figuier : sors de ton incrédulité
- Le lendemain, Jésus veut se rendre en Galilée. Il rencontre Philippe, qui était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre. Philippe court chercher Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, et dont les prophètes ont parlé : Jésus de Nazareth. »
- Nathanaël est dans le doute : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » À cette époque-là, visiblement, on ne pense pas grand bien de Nazareth. Philippe ne discute pas, il lui répond simplement : « Viens et vois. »
- Toi, ton incrédulité peut te disqualifier tout de suite. Il y a plein de choses qui peuvent t’empêcher de venir. Et dans notre époque, c’est probablement l’un des obstacles les plus grands : la rationalité, la raison, le « ce sont des contes de grand-mère. » Mais viens, viens, viens et vois. Viens goûter. Sors de ton incrédulité, sors de la situation dans laquelle tu es. Comme dit Malachie, « mets-moi à l’épreuve. » Prends Dieu au mot.
- Nathanaël arrive vers Jésus, et Jésus le voit venir en disant : « Voici vraiment un Israélite dans lequel il n’y a point de fraude. » Nathanaël demande : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »
- Probablement, Nathanaël était en train de prier désespérément sous ce figuier : « Dieu, est-ce que tu me vois ? » Il est possible que ce matin, dans ton lieu secret, tu fasses cette prière : « Où es-tu ? Est-ce que tu me vois ? » Jésus, par une parole de connaissance, montre à Nathanaël qu’il l’a vu. La réaction de Nathanaël est immédiate : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. »
7. Le ciel ouvert au-dessus de Jésus : là où tu es, il y a autorité
- Jésus conclut avec cette parole extraordinaire (Jean 1:51) : « Vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme. »
- Ce « désormais » renvoie à Genèse 28 : Jacob s’endort avec une pierre pour chevet, il rêve d’une échelle dressée sur la terre dont le sommet touche le ciel, les anges y montent et descendent, et l’Éternel est au-dessus. Dieu renouvelle sa promesse : « La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité… Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
- Note que les anges montent et descendent : ils sont là, autour de Jésus. Aujourd’hui, où est Jésus ? Il est en nous, parce que nous sommes le temple de son Esprit. Ce « désormais » n’est pas une parenthèse dans l’histoire : le ciel est toujours ouvert au-dessus de Jésus. Et Jésus habite en toi.
- Ce qui veut dire que là où tu es, il y a des anges qui montent et qui descendent. C’est un lieu d’autorité. Pas parce que tu es beau, fort ou parfait, pas parce que tu as fait quarante jours de jeûne, mais simplement parce que Jésus habite en toi.
- Que tu sois dans un lycée, dans un bureau, dans un magasin, dans la rue, aie conscience que les anges sont avec toi. Là où il y a Jésus, il ne peut pas y avoir les ténèbres. Le chemin est dégagé devant toi.
Points à retenir
- Jean-Baptiste reconnaît Jésus comme l’Agneau de Dieu : une révélation qui bouleverse l’attente d’un Messie politique et qui renvoie à Genèse 22, à la Pâque, au Lévitique et à Ésaïe.
- L’humilité de Jean-Baptiste est un modèle : il connaît son appel et sa limite. Il accepte de perdre ses disciples pour qu’ils suivent Jésus. « Il faut qu’il croisse et que je diminue. »
- L’appel « Venez et voyez » retentit encore aujourd’hui. Sors de ta routine, sors de ton Capernaüm, sors de l’ornière spirituelle pour venir passer du temps dans la présence de Jésus.
- Le regard de Jésus définit ta destinée. Comme pour Simon devenu Pierre, il voit au-delà de ton caractère et de tes échecs, et il proclame ce que tu es appelé à devenir.
- Là où tu es, le ciel est ouvert et les anges montent et descendent, parce que Jésus habite en toi. Ta présence est une présence d’autorité.
Application personnelle
- Est-ce que tu es prêt, comme Jean-Baptiste, à « diminuer » pour que Christ croisse dans une situation, un ministère ou une relation où tu tiens la place ?
- Quelle est la routine dans laquelle tu es enfermé en ce moment ? Qu’est-ce que Jésus te demande précisément de « quitter » pour venir passer du temps avec lui ?
- Quelles sont les incrédulités ou les préjugés qui t’empêchent de venir voir par toi-même qui est Jésus ? Es-tu prêt à le prendre au mot et à le mettre à l’épreuve ?
- Quel nom, quelle destinée tu penses que Jésus veut prononcer sur toi ? Prends un temps pour lui demander ce qu’il voit quand il te regarde.
- Où as-tu été appelé cette semaine : lycée, bureau, quartier, famille ? Comment vas-tu prendre conscience que ce lieu est un lieu d’autorité parce que Jésus habite en toi ?
Versets cités
- Jean 1.35-51 (texte principal)
- Genèse 22 (Abraham et l’agneau)
- Ésaïe 53 (l’agneau mené à la boucherie)
- Malachie 3.1 (le messager qui prépare le chemin)
- Malachie 4.5-6 (le prophète Élie et le cœur des pères)
- Genèse 28.10-15 (l’échelle de Jacob)
- Esther 4.14 (« qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci »)
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Questions fréquentes
Pourquoi Jean-Baptiste appelle-t-il Jésus « l’Agneau de Dieu » et pas simplement le Messie ?
Parce que Jean-Baptiste a reçu un niveau de révélation que la plupart de ses contemporains n’avaient pas. Les Juifs attendaient un Messie politique, un roi comme dans les prophéties de Jérémie, qui rétablirait Israël et chasserait Rome. Jean-Baptiste, lui, reconnaît la prophétie d’Ésaïe : l’Agneau qui sera mené à la boucherie pour porter le péché du monde. Il fait le lien avec Genèse 22, avec la Pâque, avec les sacrifices du Lévitique. C’est cet Agneau-là qu’il voit en Jésus, et non pas seulement le roi qu’on espère.
Que veut dire « Venez et voyez » pour un chrétien aujourd’hui ?
C’est un appel à sortir. Sortir de ta routine, de ton quotidien, de tes cycles infernaux, de ton incrédulité, de tes ornières spirituelles. Les deux disciples ont fait la route depuis Capernaüm jusqu’au Jourdain pour aller à la rencontre de Jean-Baptiste, puis de Jésus. Aujourd’hui, Jésus t’invite à faire cette même démarche : venir passer du temps dans sa présence, l’écouter parler, et te laisser transformer. Ce n’est pas juste de l’information sur Jésus qu’il te faut : c’est une rencontre.
Comment le regard de Jésus peut-il changer ma destinée ?
Le regard de Jésus n’est pas un regard qui s’arrête au visage. C’est un regard qui va jusqu’au plus profond de ton être et qui peut te définir autrement. C’est ce qui est arrivé à Simon devenu Pierre, à Nathanaël vu sous le figuier, et c’est ce qui peut t’arriver à toi. Tu te trouves peut-être minable, faible, marqué par tes échecs. Mais Jésus voit au-delà. Il voit ce que tu es appelé à devenir, et il le proclame, même quand ce n’est pas encore visible. Ta destinée n’est pas juste de faire tourner ta vie : Dieu t’a appelé pour un destin.
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