Introduction
Trent Vineyard, à Nottingham, sort d'un week-end de conférence sur la liberté. Un verset y a été cité encore et encore : « Là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Corinthiens 3:17). Le dimanche matin, John Bodley, qui conduit l'Église, pose une question simple à l'assemblée : qu'est-ce que cela veut dire, exactement ?
Les réponses qui viennent spontanément ont toutes une part de vérité : la liberté dans la louange, la délivrance d'une dépendance ou d'une maladie, le déblocage d'une situation, ou l'idée qu'avec l'Esprit on n'a plus besoin de règles. Mais le pasteur veut savoir ce que ce verset signifiait dans son contexte. Il relit donc les paragraphes qui le précèdent, à partir du verset 7, avec Moïse, les tables de pierre, la gloire et le voile.
Sa conclusion tient en trois mots. La liberté que donne l'Esprit, c'est la liberté de venir, la liberté de voir et la liberté de devenir.
Plan du message
1. Une question de contexte
- Paul écrit : si le ministère de la mort, gravé avec des lettres sur des pierres, a été glorieux, au point que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les regards sur le visage de Moïse, combien le ministère de l'Esprit ne sera-t-il pas plus glorieux ? (2 Corinthiens 3:7-8). Après avoir lu le passage, John Bodley glisse : « Quelqu'un est perdu ? On a beaucoup dit "gloire", non ? »
- Le passage continue avec le voile que Moïse mettait sur son visage, le voile qui demeure quand on lit l'ancienne alliance, puis ce « mais » décisif : lorsqu'on se convertit au Seigneur, le voile est ôté. « Or, le Seigneur c'est l'Esprit ; et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » (versets 16-17).
- La question du pasteur devient alors : qu'est-ce que Moïse, les voiles, la gloire et les tables de pierre ont à voir avec la liberté ?
2. Moïse, le voile et l'ancienne alliance
- Toute cette imagerie vient du livre de l'Exode. Les Israélites sont esclaves en Égypte, et Dieu appelle Moïse dans un buisson ardent pour les conduire vers la liberté et la terre promise.
- Dieu définit sa relation avec Israël par une alliance. Le pasteur l'explique comme un accord solennel, un vœu, un contrat relationnel entre deux parties, à la manière du mariage où l'on se fait des promesses mutuelles. « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu » (Exode 6:7).
- Moïse monte sur la montagne pour recevoir les termes de l'alliance, les dix commandements. Éclairs, feu, fumée : personne d'autre ne peut même poser le pied sur la montagne, tant la présence de Dieu est intense (Exode 19:12).
- Quand Moïse redescend, la peau de son visage rayonne parce qu'il a parlé avec l'Éternel, et le peuple a peur de s'approcher de lui (Exode 34:29-30). « Ça te ferait peur, non, si le visage de quelqu'un brillait de façon surnaturelle ? » Moïse met donc un voile, et cela devient une habitude.
- Dans cette alliance, Moïse sert d'intermédiaire. Lui seul parle à Dieu face à face, et un voile est nécessaire pour protéger le peuple de la gloire de Dieu.
- Aussi glorieuse qu'elle ait été, avec son « lancement spectaculaire » sur la montagne, l'ancienne alliance avait ses limites. La relation existait, mais avec une barrière. Elle dépendait de la fidélité du peuple à la loi, et le peuple s'est détourné de Dieu encore et encore. Le résultat a été le jugement, la condamnation et la distance.
- La nouvelle alliance, établie par Jésus dans sa vie, sa mort et sa résurrection, aboutit non à la condamnation mais à la liberté, non à des barrières mais à la liberté d'accès à Dieu.
3. La liberté de venir
- John Bodley raconte l'histoire de ses deux enfants. Sa fille, toute petite, dormait dans un lit à barreaux et appelait chaque matin ses parents pour qu'ils viennent la sortir. Quand elle est passée dans un vrai lit, elle a continué à se comporter comme si les barreaux étaient encore là. « Elle ne savait pas qu'elle était libre. »
- Son fils, au même âge, a compris dès la première nuit. Quelques heures après avoir été couché, il descendait l'escalier sur les fesses, poussait la porte du salon et déclarait : « Il fait noir ici. Ils sont où, tout le monde ? » Il avait compris qu'il y avait « un nouveau contrat », que la barrière avait disparu. « Et la vie n'a plus jamais été la même. »
- Les chrétiens de Corinthe avaient besoin qu'on leur rappelle que la barrière avait disparu, qu'ils n'étaient plus dans le lit à barreaux. Le christianisme est né du judaïsme, et il y avait des siècles de « mémoire musculaire » : on ne pouvait pas entrer dans le lieu très saint du temple, où demeurait la présence de Dieu, un grand rideau en fermait l'accès, et la relation avec Dieu passait par les prêtres et les sacrifices.
- Ils lisaient des prophéties comme celle d'Ésaïe : dans la suite des temps, la montagne de la maison de l'Éternel sera fondée sur le sommet des montagnes, toutes les nations y afflueront et diront : « Venez, et montons à la montagne de l'Éternel » (Ésaïe 2:2-3). C'était leur rêve. Paul leur dit : nous n'avons plus besoin d'attendre, c'est déjà arrivé.
- En mourant sur la croix, Jésus a pris sur lui le jugement de la rébellion humaine, accompli les exigences de l'ancienne alliance et ouvert une nouvelle alliance. « Car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit » (Éphésiens 2:18). Jésus a tracé le chemin, et le Saint-Esprit nous guide sur ce chemin jusque dans la présence du Père.
- Ayant une telle espérance, nous sommes libres. « Nous n'avons pas besoin de rester au pied de la montagne sainte à regarder les nuages en nous demandant si Dieu est là-haut. » Nous pouvons nous approcher avec assurance du trône (Hébreux 4:16).
- Le pasteur s'adresse à ceux qui cherchent la foi et qui pensent que Dieu ne voudra rien avoir à faire avec eux parce qu'ils ne sont pas assez bien. « Tu n'es pas digne ? Non, tu ne l'es pas, parce qu'aucun de nous ne l'est. » Même les héros de l'Ancien Testament n'étaient pas parfaits. Personne n'est assez saint pour se tenir devant le Seigneur, sauf Jésus. Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous a rendus à la vie avec Christ, et c'est par grâce que nous sommes sauvés (Éphésiens 2:4-5).
- « Dieu n'est pas un parent désapprobateur aux attentes inatteignables. Ce n'est pas un patron intimidant qui vit au dernier étage du gratte-ciel, à qui l'on n'a même pas le droit de parler, encore moins de le connaître. Non, c'est ton Père céleste qui t'aime. Oui, il est saint. Oui, il est majestueux. S'approcher de son trône n'est pas rien. Mais l'invitation reste ouverte. Tu es libre de venir. »
4. La liberté de voir
- Paul reprend l'image du voile de Moïse pour parler d'un aveuglement spirituel : des siècles plus tard, quand l'ancienne alliance est lue, un voile demeure et empêche de reconnaître le Messie attendu. Ce voile n'est ôté qu'en Christ (2 Corinthiens 3:14-15). « C'est tragique », dit le pasteur.
- Beaucoup ont déjà vu ce voile chez quelqu'un : un ami avec qui la relation est chaleureuse, mais dont le visage change dès qu'on parle de Jésus. Il peut y avoir plusieurs raisons, parfois une blessure liée à l'Église. Mais Paul affirme que cela peut changer : quand on se tourne vers le Seigneur, l'Esprit ôte le voile, on est libre de voir Jésus, et tout change.
- Le pasteur demande à ceux qui se souviennent d'un temps où ils ne voyaient pas Jésus de lever la main. Dans la salle, beaucoup en témoignent : « Il y a eu un temps où je ne voyais pas, puis quelque chose a changé, et maintenant je vois. »
- C'est aussi l'histoire de Paul. Expert de la loi, fanatique plus que tous, il persécutait les chrétiens jusqu'à prendre part à leur exécution. Sur la route, Dieu le jette à terre, une lumière aveuglante l'entoure et il lui parle. Paul reste aveugle jusqu'à ce qu'Ananias, un peu effrayé, vienne prier pour lui : « Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m'a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint-Esprit » (Actes 9:17).
- « Là où est l'Esprit, nous pouvons voir. » Il tombe des yeux de Saul comme des écailles, il est baptisé, et il finira par écrire une bonne partie de la Bible. L'Esprit lui a ôté le voile, physiquement et spirituellement.
- L'Esprit ôte encore le voile aujourd'hui. Le pasteur encourage l'assemblée à venir au prochain culte de baptêmes pour entendre ces récits : « Voilà ce qu'était ma vie avant Jésus, puis je l'ai vu et tout a changé. Je ne suis pas encore parfait, mais je change et ma vie reprend vie. »
5. Libre de contempler sa face, partout
- Paul ajoute que nous contemplons, le visage découvert, la gloire du Seigneur (2 Corinthiens 3:18). « On lit ça et on se dit : c'est joli. » Mais à l'époque de l'Exode, un seul homme avait le droit de voir la face du Seigneur, et c'était impensable pour les autres. Maintenant, grâce à ce que Jésus a fait, c'est accessible à tous. « Nous sommes tous libres d'être comme Moïse. »
- Plus incroyable encore, il n'est plus nécessaire de gravir une montagne ou d'aller au temple. « Je vais sûrement regretter de dire ça, mais tu n'as même pas besoin d'aller dans un bâtiment d'église ou dans ton petit groupe pour rencontrer la face du Seigneur. » Il précise que le petit groupe reste important pour faire partie de l'Église. « Mais tu es libre d'avoir une rencontre face à face avec le Seigneur de la création quand tu veux et où tu veux. C'est fou, non ? »
- Au lit, dans le bus, en faisant la vaisselle, en changeant des couches, l'Esprit est là et dit : « Je suis prêt, viens passer du temps avec moi. » Tu es libre de prier pour ce qui t'occupe, de ne rien dire et de rester dans sa présence, d'ouvrir la Bible, de lire les Évangiles et de t'imaginer à côté de Jésus. Tu es libre de le regarder en face, sans crainte d'être condamné ou rejeté, parce qu'il t'aime et qu'il a donné sa vie pour toi.
- Cette liberté est bien réelle, car rien ne peut l'enlever. Le pasteur cite le témoignage d'une chrétienne publié par l'association Portes Ouvertes : emprisonnée en Iran à cause de sa foi, placée à l'isolement, elle a cru que ce pourrait être la fin de sa vie. « Est-ce que je reverrai ma famille ? Est-ce la fin de mon histoire ? » Pourtant, dit-elle, c'est dans ce lieu de faiblesse, de silence et de souffrance qu'elle a rencontré Dieu plus profondément que jamais.
- Cela rejoint la conclusion de Paul aux Romains : qui nous séparera de l'amour de Christ ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim ? Rien ne pourra nous en séparer (Romains 8:35-39).
- Le pasteur s'adresse ensuite à ceux qui suivent Jésus depuis longtemps et qui oublient le privilège qu'ils ont. Nous avons accès au Père par l'Esprit, et pourtant nous passons des heures à contempler un téléphone ou des séries, qui ne sont pas un mal en soi. « C'est comme avoir la Joconde dans ton salon et décider de mettre un écran plat devant pour regarder ça à la place. » Cette liberté a coûté cher : profitons-en.
6. La liberté de devenir
- C'est en contemplant le Seigneur que nous lui devenons semblables. « En fin de compte, nous devenons ce que nous contemplons. » Nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit (2 Corinthiens 3:18).
- Le monde raconte une autre histoire de la liberté : pour devenir libre et devenir la personne que tu es censé être, cherche en toi-même, découvre qui tu es vraiment et exprime-le. Pour le pasteur, ce récit est « presque vrai », avec une différence clé : « Nous découvrons vraiment qui nous sommes quand nous voyons d'abord à qui nous appartenons. »
- Quand le voile est levé, nous voyons celui qui nous a faits, qui nous a conçus, qui est mort pour nous, qui nous aime et qui nous relève de nos brisures. En cherchant sa face, il fait une œuvre en nous.
- Ézéchiel l'avait annoncé : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances » (Ézéchiel 36:26-27). La pierre fait écho aux tables de pierre de l'ancienne loi.
- Il n'y a plus besoin d'une loi extérieure pour vivre : Dieu transforme de l'intérieur. Le pasteur fait parler Dieu ainsi : « Ce sera comme si tu n'essayais plus de traverser la vie avec une carte. Je vais mettre en toi un GPS intégré qui va te guider. »
- Ce n'est pas de la théorie. Un homme baptisé récemment a témoigné : « Je pensais que la force, c'était d'être le plus dur dans la pièce. Maintenant je comprends que la vraie force, c'est la maîtrise de soi, le pardon, l'humilité et l'amour. » Un autre : « J'ai toujours entendu parler de Jésus. Mais depuis que je lui ai donné ma vie, je suis devenu une personne nouvelle, avec de l'empathie et de l'amour, et un cœur pour servir les autres. Il m'a libéré des ténèbres. »
- Le pasteur résume : liberté de venir à lui sans honte, liberté d'accès acquise à grand prix, liberté de le voir tel qu'il est et de devenir celui que nous contemplons. « Je crois que c'est la vraie liberté. La veux-tu ? »
Points à retenir
- En 2 Corinthiens 3, la liberté que donne l'Esprit est d'abord la liberté d'accès à Dieu, offerte par la nouvelle alliance en Jésus.
- L'ancienne alliance était glorieuse mais limitée : une relation réelle, avec un voile et une barrière. En Christ, le voile est ôté.
- Tu n'es pas digne, personne ne l'est. Mais Dieu, riche en miséricorde, t'invite à venir à lui comme un Père qui t'aime.
- Tu es libre de contempler la face du Seigneur partout et à tout moment, et rien ne peut te séparer de son amour.
- Nous devenons ce que nous contemplons : en passant du temps avec Dieu, l'Esprit nous transforme de l'intérieur.
Application personnelle
- Vis-tu encore comme si les barreaux du lit étaient là, en attendant que quelqu'un vienne te chercher pour approcher Dieu ?
- Qu'est-ce qui te fait penser que tu n'es pas assez bien pour venir au Père, et que dit l'Évangile de grâce à ce sujet ?
- Quelle personne de ton entourage semble porter un voile quand on parle de Jésus, et comment peux-tu prier pour elle ?
- À quel moment ordinaire de ta journée (dans le bus, à la vaisselle, au lit) peux-tu prendre l'habitude de contempler la face du Seigneur ?
- Quel « écran plat » as-tu posé devant la Joconde, et que changerait le fait de le déplacer cette semaine ?
Versets cités
- 2 Corinthiens 3:7-18
- Exode 6:7
- Exode 19:12
- Exode 34:29-35
- Ésaïe 2:2-3
- Éphésiens 2:18
- Hébreux 4:16
- Éphésiens 2:4-8
- Actes 9:1-18
- Romains 8:35-39
- Ézéchiel 36:26-27
Questions fréquentes
Que veut dire « là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » en 2 Corinthiens 3:17 ?
Pour John Bodley, le contexte de 2 Corinthiens 3 éclaire ce verset : Paul compare l'ancienne alliance, où le peuple ne pouvait approcher Dieu qu'à travers un voile, et la nouvelle alliance établie par Jésus. La liberté que donne l'Esprit, c'est d'abord la liberté d'accès à Dieu : la liberté de venir au Père, de voir Jésus et de devenir comme lui.
Pourquoi Paul parle-t-il du voile de Moïse ?
Dans l'Exode, le visage de Moïse rayonnait après qu'il eut parlé avec Dieu, et il se couvrait d'un voile devant le peuple. Ce voile montre la limite de l'ancienne alliance : une relation réelle, mais avec une barrière. Paul s'en sert aussi comme image de l'aveuglement spirituel. Quand on se tourne vers le Seigneur, l'Esprit ôte le voile.
Que signifie « nous devenons ce que nous contemplons » ?
Selon 2 Corinthiens 3:18, ceux qui contemplent à visage découvert la gloire du Seigneur sont transformés en la même image. John Bodley y voit la liberté de devenir : en passant du temps face à face avec Dieu, l'Esprit nous transforme de l'intérieur, comme Ézéchiel l'annonçait avec le cœur de chair qui remplace le cœur de pierre.