Introduction
À Christ Church Mayfair, au cœur de Londres, l'Église parcourt le livre de l'Exode. Ce dimanche soir, Phil, vicaire associé, arrive au moment central du récit : la dixième plaie et la Pâque. Il rappelle le fil du livre : Dieu se révèle et rassemble un peuple. La semaine précédente, à huit reprises, Dieu affirmait la même intention : agir ainsi pour que l'on sache qu'il est l'Éternel.
Jusqu'ici, Israël a appris que Dieu tient ses promesses, qu'il est tout-puissant sur la création, qu'il est un juge redoutable et qu'il est bon en sauvant son peuple. Mais une question reste ouverte : le Dieu de l'Exode est-il bon, tout court, ou seulement bon envers les siens ? Comme les dieux de l'époque, ressemble-t-il à un parrain de la mafia, qui frappe ceux qui touchent à ses protégés et ferme les yeux sur leurs fautes tant qu'ils lui restent fidèles ?
Le prédicateur reconnaît que des chrétiens donnent parfois cette impression : « tant que tu crois en Jésus, ce que tu fais n'a pas vraiment d'importance ». La Pâque répond autrement. Dieu aime tant la justice qu'il punit le péché de son propre peuple, et il aime tant son peuple qu'il prend lui-même la punition. Sans cela, avertit-il, on finit avec une vision faussée de Dieu, du péché et même du pardon, au point de ne jamais être sûr d'être pardonné. Le message suit trois étapes : le Seigneur juge les péchés de l'oppresseur, il juge les péchés de l'opprimé, et il sauve du jugement par un agneau.
Plan du message
1. Le Seigneur juge les péchés de l'oppresseur
- Après dix chapitres et neuf plaies, Dieu va briser le refus obstiné de Pharaon de libérer les esclaves qu'il épuise jusqu'à la mort. Chassé du palais par un Pharaon furieux, Moïse se retourne pour un dernier message : vers minuit, tous les premiers-nés d'Égypte mourront, du fils de Pharaon jusqu'au fils de la servante qui tourne la meule (Exode 11:4-5).
- La colère de Pharaon devait terrifier ses officiers, lui qui avait droit de vie et de mort. Mais quelque chose de bien plus redoutable approche : non pas une rage qui s'emporte, mais la colère calme, posée et judiciaire de Dieu.
- Le prédicateur invite à sortir de notre culture : ce qui nous semble normal et évident n'est pas forcément vrai. Dans la plupart des cultures, le fils premier-né représente la famille et porte son avenir. Frapper les premiers-nés, c'est donc juger l'Égypte tout entière.
- Ce jugement est une rétribution juste. Dieu l'avait annoncé dès Exode 4:22-23 : « Israël est mon fils, mon premier-né. » Puisque Pharaon refuse de laisser aller ce fils, Dieu fera périr le sien. Tu as tué mon fils, je tuerai le tien.
- Pour montrer que ce n'est pas une simple épidémie, Dieu fait une distinction : parmi les Israélites, « pas même un chien ne remuera sa langue, afin que vous sachiez quelle différence l'Éternel fait entre l'Égypte et Israël » (Exode 11:7). Et Dieu exercera ses jugements « contre tous les dieux de l'Égypte » (Exode 12:12).
- Même si la sentence de mort nous trouble, la plupart d'entre nous approuvent le verdict : voici un Dieu qui prend le parti de l'opprimé, qui entend le cri des esclaves et qui emploie sa puissance à briser l'injustice.
- Pourtant, rappelle le prédicateur, la Grèce et Rome classiques, que l'Occident admire tant, auraient été « du côté de Pharaon ». Pas de pyramides ni de temples sans armée d'esclaves. Aristote enseignait que certains sont esclaves par nature, et à Rome, un tiers de la population était esclave sans que personne ne s'en indigne.
- L'historien Tom Holland, dans Dominion, soutient que le christianisme est la raison principale pour laquelle notre société post-chrétienne tient pour acquis qu'il vaut mieux souffrir que faire souffrir, et que toute vie humaine a la même valeur. Si nous cessons de prendre soin des personnes handicapées, des réfugiés, des sans-abri et de ceux qui n'ont « rien à offrir », nous cessons d'agir comme le Dieu que nous prétendons adorer.
- Ce Dieu ne se contente pas de prendre soin des humbles : le moment venu, il devient l'un d'eux. En Jésus, il ne vient pas en roi ou en guerrier, mais en humble charpentier, membre d'un peuple soumis à l'Empire romain.
2. Le Seigneur juge aussi les péchés de l'opprimé
- Au chapitre 12, le message adressé aux Israélites n'est plus le même. Moïse leur dit de tremper un bouquet d'hysope dans le sang de l'agneau, d'en marquer le linteau et les deux poteaux de la porte, et de ne pas sortir de la maison jusqu'au matin. Le destructeur passera, et seule la porte marquée du sang sera épargnée (Exode 12:22-23).
- Autrement dit, Dieu ne fait plus de distinction à ce stade : le jugement vient aussi sur Israël. Un peuple réduit en esclavage par un empire génocidaire serait, dans nos catégories, au sommet de l'échelle de la vertu. Et pourtant, Dieu dit : eux aussi passent sous mon jugement.
- Le point n'est pas politique. Aucune catégorie de personnes ne peut dire : « Au jour du jugement, tout ira bien pour moi, à cause de qui je suis, d'où je viens, de ma famille, de ce que j'ai fait ou de ce que l'on m'a fait. »
- Nous jouons d'instinct au jeu de la comparaison morale. Le prédicateur imagine la file de l'humanité qui avance vers le trône du Juge. Un ange te propose de passer juste après Mère Teresa ou juste après Hitler. Instinctivement, on choisit Hitler : on aurait l'air bien meilleur. Mais Dieu ne joue pas à ce jeu. Il nous juge selon notre vie, pas selon notre rang par rapport aux autres.
- Les esclaves israélites étaient sans doute objectivement meilleurs que les Égyptiens, mais ils n'étaient pas parfaits. Le critère de Dieu n'est pas « mieux que la moyenne » ni « mieux que Hitler » : c'est la perfection.
- Et même si Dieu nous jugeait selon nos propres critères ? Imagine un appareil qui enregistrerait chaque fois que tu as exigé quelque chose des autres ou affirmé être quelqu'un de bien. « Je crois que ça s'appelle un iPhone », plaisante le prédicateur. Qui pourrait passer ce test ? Et Dieu, parfait en bonté, en vérité, en intégrité, en compassion et en amour, aurait-il des critères plus bas que les nôtres ?
- C'est une bonne nouvelle en théorie, car cela montre que Dieu est juste. C'est une moins bonne nouvelle en pratique, car aucun d'entre nous n'est assez bon pour réussir l'examen.
3. Le Seigneur sauve du jugement par un agneau
- Dieu annonce la force la plus destructrice que le monde ait connue, capable de traverser la première puissance mondiale « comme un couteau chaud dans du beurre ». Et la protection proposée est… un agneau. « Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez ; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous » (Exode 12:13).
- Le prédicateur compare cela à un bouclier antimissile dont le plan se résumerait à distribuer un parapluie à chaque foyer. Absurde, en apparence.
- L'agneau n'a pas été choisi pour sa force contre le destructeur, ni pour son habileté d'avocat à plaider la cause de la famille. Il n'a ni compétence ni puissance. Il n'a que sa vie, et c'est tout ce qu'il faut, car l'agneau sauve par substitution : il prend la place du peuple.
- Deux traits le montrent. D'abord, il est sans défaut : « un agneau sans défaut, mâle, âgé d'un an » (Exode 12:5). Le substitut qui porte le jugement ne peut avoir aucun péché à lui.
- Ensuite, il fait partie de la famille. Choisi le dixième jour, il est gardé jusqu'au quatorzième. Le prédicateur imagine les larmes des enfants quand le père explique qu'il faut sacrifier l'agneau, sinon le fils aîné mourra. L'agneau devient l'un d'eux, pour pouvoir vraiment porter la peine que la famille méritait.
- En marquant leurs portes de son sang, les familles disaient : « Ici, la punition a déjà eu lieu. » Le jugement peut passer par-dessus cette maison, parce qu'il a déjà frappé l'agneau.
- Pourquoi Dieu ne pardonne-t-il pas simplement ? Parce que le péché est réel ; il ne s'évapore pas avec quelques mots. Si un ami te trahit et révèle un secret qui ruine ta réputation, tu peux te venger ou couper la relation pour « le lui faire payer ». Tu en sors amer, dur et suffisant.
- Tu peux aussi pardonner : un chemin plus difficile, mais plus sain. Plus difficile, parce que l'offense ne disparaît pas : c'est toi qui en portes le coût, le dommage à ta réputation, le combat contre les pensées sombres. Le péché crée une dette, et quelqu'un paie toujours : soit le coupable, soit celui qui pardonne.
4. Jésus, le véritable Agneau pascal
- Un agneau, même sans défaut, ne peut pas réellement prendre la place de pécheurs. Mais il aidait Israël à comprendre comment Dieu accorderait le pardon. Bien des siècles plus tard, dans le désert de Judée, Jean-Baptiste voit venir un homme ordinaire d'une trentaine d'années et s'écrie : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29).
- Le prédicateur compare les détails du récit de la Pâque aux clins d'œil cachés dans les films, comme la camionnette Pizza Planet présente dans chaque film Pixar. On ne les remarque pas tout de suite, mais ils montrent que tout est relié. Il relève trois de ces liens dans l'Évangile de Jean.
- Premier lien : Jésus meurt pendant la fête de la Pâque, au moment où des milliers d'agneaux sont immolés à Jérusalem. Le véritable agneau pascal verse son sang.
- Deuxième lien : sur la croix, on lui tend à boire au moyen d'une branche d'hysope (Jean 19:29), la plante même qui servait à marquer les portes en Exode 12:22, et que l'on retrouve dans les rites de purification de Nombres 19 et de Lévitique 14.
- Troisième lien : les soldats brisent les jambes des crucifiés, mais pas celles de Jésus, déjà mort. Or, à propos de l'agneau pascal, Exode 12:46 précise : « vous ne briserez aucun os ».
- Au sommet de sa révélation, on s'attendait à voir Dieu dans le jugement qui balaie l'Égypte. Personne n'aurait pensé le trouver dans le corps sans vie d'un agneau égorgé, dans le sang qui coule d'un linteau. Jésus est l'Agneau sans défaut moral, devenu membre de la famille du peuple de Dieu, immolé à sa place sans qu'aucun os soit brisé, pour que le jugement passe par-dessus tous ceux qui se confient en son sang.
- Dieu est juste et punit les oppresseurs : bonne nouvelle. Il ne fait pas de faveur à son propre peuple : très bonne nouvelle, voilà un Dieu digne d'être adoré. Et il a ouvert un chemin de salut en portant lui-même le jugement : « c'est au-delà du bon, c'est la meilleure nouvelle que le monde ait jamais entendue ».
5. Prendre le péché au sérieux, se confier en l'Agneau
- Le prédicateur avoue reconnaître dans son propre cœur une tendance des chrétiens de longue date : devenir désinvolte face au péché, « puisque je suis pardonné ». Dans un train, il a entendu des jeunes de 18 ans qui envisageaient d'arrêter le vol à l'étalage, non parce que c'était mal, mais parce qu'ils risquaient désormais des poursuites.
- Les chrétiens peuvent raisonner ainsi : « Il n'y a plus de jugement pour moi, inutile de m'inquiéter. » Mais l'Exode révèle un Dieu qui prend très au sérieux le péché, même celui de son peuple. Si tu veux connaître Dieu tel qu'il se révèle dans l'Écriture, et non tel que tu l'imagines, hais le péché, fuis-le, fais-le mourir.
- Mais ne vis pas dans la peur : confie-toi en l'Agneau. Comme chaque habitant de l'Égypte cette nuit-là, chacun de nous devra faire face au jugement. Dieu a pourvu un moyen pour que quiconque soit à l'abri.
- Si tu te places sous la croix, marqué du sang de Jésus, le jugement de Dieu passera par-dessus toi, car Jésus l'a entièrement absorbé. Si tu mets ta confiance en lui pour la première fois, tu es en sécurité pour toujours. Il ne te reste que la reconnaissance et la joie.
- Le message débouche sur la sainte cène, où l'Église se souvient de Jésus, notre Agneau pascal, qui a donné son corps et versé son sang.
Points à retenir
- Le Dieu de l'Exode n'est pas un parrain qui ne protège que les siens : il aime la justice au point de juger aussi son propre peuple.
- En frappant l'Égypte, Dieu prend le parti des opprimés. Notre souci des plus fragiles vient du Dieu de la Bible.
- Personne n'échappe au jugement en se comparant aux autres : le critère de Dieu est la perfection.
- L'agneau sauve par substitution : sans défaut, intégré à la famille, il porte la peine à sa place.
- Jésus est le véritable Agneau pascal : prendre le péché au sérieux et se confier en lui, sans vivre dans la peur.
Application personnelle
- Ta façon de parler de Dieu laisse-t-elle croire que ce que tu fais n'a pas d'importance tant que tu crois ?
- Qui, autour de toi, est considéré comme « sans rien à offrir » ? Comment refléter cette semaine le soin de Dieu pour les personnes en marge ?
- Dans quel domaine te rassures-tu en te comparant aux autres plutôt qu'en regardant à la sainteté de Dieu ?
- Y a-t-il une offense que tu fais « payer » à quelqu'un ? Qu'est-ce que cela coûterait de la porter en pardonnant ?
- Vis-tu dans la peur du jugement, ou dans la paix de celui qui s'abrite sous le sang de l'Agneau ?
Versets cités
- Exode 11
- Exode 12:1-13
- Exode 12:21-32
- Exode 12:46
- Exode 4:22-23
- Jean 1:29
- Jean 19:29-36
- Nombres 19
- Lévitique 14
Questions fréquentes
Pourquoi Dieu frappe-t-il les premiers-nés d'Égypte dans Exode 11 ?
Selon le prédicateur, c'est un acte de jugement ciblé contre l'oppresseur. Dès Exode 4:22-23, Dieu avait averti Pharaon : Israël est son fils premier-né, et refuser de le laisser partir entraînerait la mort du premier-né de Pharaon. Le fait qu'aucune famille israélite ne soit touchée montre que ce n'est pas une épidémie, mais le jugement de Dieu.
Pourquoi les Israélites devaient-ils aussi s'abriter sous le sang ?
Parce que le jugement de Dieu les concernait eux aussi. Exode 12:22-23 avertit : celui qui sortait de sa maison cette nuit-là était en danger. Aucune catégorie de personnes ne peut dire qu'elle échappera au jugement grâce à son origine, à ses actes ou à ce qu'elle a subi. Le critère de Dieu n'est pas d'être meilleur que les autres, mais la perfection.
En quoi l'agneau de la Pâque annonce-t-il Jésus ?
L'agneau devait être sans défaut et faire partie de la famille pendant quelques jours, pour pouvoir prendre sa place. Jean-Baptiste désigne Jésus comme l'Agneau de Dieu. Jésus meurt pendant la fête de la Pâque, on lui tend à boire avec de l'hysope, et aucun de ses os n'est brisé, comme pour l'agneau pascal d'Exode 12:46.