Introduction
« Ça ne sonne pas très viril, n'est-ce pas ? » C'est ainsi que s'ouvre la sixième session de la série d'enseignements de Gospel Community Church, à Adélaïde, consacrée aux « les uns les autres » du Nouveau Testament. Le thème du jour : s'édifier les uns les autres dans la bonté et la compassion.
Dans la pensée occidentale, la bonté et la compassion passent souvent pour des sentiments mièvres. Pourtant, rappelle le prédicateur, la vie du Christ montre qu'elles sont de grandes forces. Ce sont des attributs virils, et ce sont des attributs divins.
La thèse du message tient en quelques phrases : le monde apprend aux hommes à conquérir par la domination, à protéger leurs blessures par le cynisme et à régler leurs comptes par la rancune. La vraie force selon l'Évangile ne cherche pas à dominer les autres. Elle veut les bâtir, prendre soin des âmes et accepter d'encaisser le tort subi pour refléter le pardon du Christ. Trois versets servent de fil conducteur : Romains 14:19, 1 Thessaloniciens 5:11 et Éphésiens 4:32.
Plan du message
1. Le serviteur qui avait oublié la grâce reçue
- Le prédicateur part d'une histoire bien connue : un roi remet à son serviteur une dette qu'il n'aurait pas pu rembourser en vingt vies. Ce serviteur sort et refuse la même bonté à son compagnon (Matthieu 18:23-35).
- Il raconte cette histoire comme un avertissement : nous oublions vite la bonté qui nous a été montrée, et nous pouvons être très durs avec les autres, à dire « il n'a qu'à se reprendre ».
- Les hommes sont faits pour bâtir et pour défendre. Mais quand le péché déforme sa force, l'homme utilise sa langue, son statut et sa présence physique pour démolir au lieu de bâtir.
- Il rabaisse les plus faibles pour élever sa réputation, il refuse de pardonner pour garder un levier sur l'autre, il se réfugie dans une froideur stoïque « qui est fausse » et qui n'a rien de pieux.
- « La vraie force biblique ne se mesure pas au nombre d'hommes que tu peux écraser dans une discussion. » Elle se mesure à ceci : les gens repartent-ils d'auprès de toi fortifiés et équipés ?
2. Deux visages de l'homme
- D'un côté, l'ego masculin du monde, marqué par l'individualisme : « je suis là pour moi ». De l'autre, la masculinité du royaume, marquée par l'interdépendance : nous avons besoin les uns des autres.
- Le démolisseur rabaisse les autres et lance des sarcasmes. L'homme du royaume édifie.
- Le rancunier tient les comptes et peut faire de sa rancune une arme. L'homme du royaume choisit de pardonner, de lâcher prise et d'aimer son frère.
- L'homme endurci voit la tendresse comme une faiblesse. L'homme au cœur tendre garde pourtant « une colonne vertébrale spirituelle » : être tendre ne veut pas dire négocier la vérité.
- Le prédicateur préfère le mot compassion au mot empathie. La compassion garde un regard objectif et agit, comme Jésus devant la foule qui le suivait depuis plusieurs jours et qu'il ne voulait pas renvoyer à jeun.
- Le querelleur aime se battre et trouve toujours un sujet de dispute. Le prédicateur évoque un ami commun que cet esprit querelleur a fini par éloigner de l'église et de la communion fraternelle. Nous sommes appelés à être des artisans de paix.
3. Rechercher ce qui contribue à la paix (Romains 14:19)
- « Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l'édification mutuelle. » La paix conduit à l'édification.
- Dans l'Ancien Testament, la grande période de construction est le règne de Salomon, un règne de paix. David avait beaucoup préparé, mais il avait du sang sur les mains, et Dieu lui a dit qu'il ne bâtirait pas le temple (1 Chroniques 22:8).
- La leçon est directe : si tu veux toujours gagner chaque discussion, Dieu ne t'utilisera pas pour bâtir son Église. On ne peut pas être pasteur et querelleur.
- « Quand il y a la guerre à la maison, rien ne se construit. » Si les enfants sont hors de contrôle, si les choses ne vont pas avec ta femme, fais la paix au plus vite, sinon ton mariage s'affaiblit et tes enfants se fragmentent.
- À Rome, l'Église était divisée sur des sujets secondaires : nourriture, jours de fête, personnalités. Paul demande aux hommes d'arrêter de se battre pour des droits mesquins.
- Le verbe « rechercher » vient du vocabulaire militaire ou de la chasse : poursuivre avec ardeur. La paix n'est pas un calme passif. Le mot « édification » renvoie à la construction d'une maison : nous sommes des pierres vivantes, membres les uns des autres.
4. Se consoler les uns les autres (1 Thessaloniciens 5:11)
- « C'est pourquoi exhortez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites. » De la consolation naît l'édification.
- Le prédicateur rapproche ce verset de 2 Corinthiens 1:3-4 : Dieu nous console dans toutes nos afflictions, afin que nous puissions consoler les autres par la consolation que nous avons reçue.
- Les Thessaloniciens subissaient une persécution sévère, des frères étaient morts, et ils étaient tentés par la peur et le désespoir. Paul leur demande de tenir ensemble.
- Le mot grec parakaleo est de la même famille que Paraclet, le Saint-Esprit, celui qui vient à côté. Consoler suppose d'être là, en personne.
- L'image est celle d'un guerrier épaule contre épaule avec un frère blessé dans la tranchée, qui lui parle avec courage pour tenir la ligne ensemble. « Ce n'est pas de la sentimentalité bon marché. C'est un encouragement de combat. »
5. Bons, compatissants et prompts à pardonner (Éphésiens 4:32)
- « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. » La bonté et la tendresse conduisent au pardon.
- Le prédicateur remarque que les personnes qui lui ont pardonné le plus librement étaient des personnes bonnes et au cœur tendre. Le pardon vient du cœur : dire « je te pardonne » tout en continuant à compter, ce n'est pas pardonner.
- Bon : une disposition qui vient de la grâce reçue. Compatissant : un mot grec qui parle littéralement d'entrailles saines. Il faut être souple et tendre envers les autres, pas dur et rigide.
- Pardonner : un mot enraciné dans la grâce. C'est remettre une dette que l'autre ne pourra jamais vraiment payer, et ne pas rendre le mal pour le mal.
- « Si tu as du mal à pardonner, je ne pense pas que tu aies encore saisi l'Évangile dans sa plénitude. » Une difficulté à pardonner est souvent une question d'Évangile.
6. Dans la pratique : entre hommes, à la maison, à l'église
- Entre hommes, « range la masse » : nos paroles peuvent frapper comme un marteau, car la langue est puissante. Proverbes 26 compare celui qui trompe son prochain puis dit « je plaisantais » à un furieux qui lance des flèches enflammées et mortelles.
- Monte la garde auprès du frère découragé. Quand un frère traverse un épuisement, perd son emploi ou tombe dans le péché, ne passe pas à côté et ne lui fais pas la leçon en expert de salon. Va à sa porte, regarde-le dans les yeux, aide-le à porter le poids.
- Recherche la réconciliation sans compromis : quand une friction apparaît, ne la laisse pas empirer, répare la fracture.
- À la maison, premier champ de bataille, surveille ta langue. Jésus a demandé à ses disciples de dire « Que la paix soit sur cette maison ! » dans toute maison où ils entraient (Luc 10:5-6) : le foyer chrétien doit être une maison de paix. Ne fais pas subir d'interrogatoire à ta femme, comme si tu étais juge, jury et bourreau. Dix critiques pour un encouragement finissent par l'user. Sois sincère, sans flatterie.
- Cultive un cœur tendre : quand ta femme t'apporte ses soucis, ne te ferme pas et ne saute pas tout de suite à la solution. Écoute-la, demande-lui ce qui la préoccupe, redis-lui ce que tu as entendu, puis prie avec elle.
- Annule les dettes tout de suite : pas de silence boudeur, pas de vieux échecs ressortis. « Dans le mariage, l'absence de pardon est un poison déguisé en légitime défense. »
- À l'église, sois un artisan de paix dès l'entrée : désamorce la bombe, invite l'autre à déjeuner pour en parler. Encourage en privé les serviteurs fatigués de l'ombre, ceux qui installent la sono ou portent les charges pastorales. Apprends à encaisser les offenses avec grâce.
- Un homme du groupe ajoute que, souvent, en prenant le temps de parler avec la personne, on découvre ce qui se cache derrière, et la compassion devient possible. Le prédicateur conclut : bien souvent, l'offense ne te visait pas autant que tu le pensais.
- Être gracieux ne veut pas dire être simplement gentil : ce sont les grâces du Christ décrites en Galates 5, l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la douceur, envers celui qui n'a pas été bon envers toi.
7. Faire le point et passer à l'action
- Quatre questions de diagnostic : le test de la démolition (mes paroles des sept derniers jours ont-elles bâti ou abattu ?), le test du registre (est-ce que je tiens un livre de comptes contre quelqu'un ?), le test de la tendresse (les épreuves m'ont-elles endurci au point de ne plus pleurer avec ceux qui pleurent ?), le test de l'artisan de paix (est-ce que je poursuis la paix ou est-ce que j'attends que l'autre s'excuse en premier ?). Attendre, dit-il, « ce n'est pas faire la paix, c'est de la lâcheté ».
- Entre hommes : choisis un frère qui traverse un combat spirituel, financier ou personnel. Écris-lui ou appelle-le, nomme deux qualités pieuses que tu vois en lui et dis-lui qu'il ne porte pas ce fardeau seul.
- Dans le couple : prends l'initiative de vingt minutes de conversation sans interruption avec ta femme. Confesse l'irritabilité, la froideur ou la rancune. Demande-lui où tes paroles l'ont abattue, écoute sans une seule excuse, pardonne ce qui reste à pardonner, puis prie pour elle et pour toi devant elle.
- Le prédicateur précise : ne confesse pas comme un péché ce qui n'en est pas un, mais ce qui est péché, confesse-le.
- À l'église : repère un responsable, un enseignant ou un serviteur oublié qui porte beaucoup avec peu de reconnaissance, et bénis-le de façon anonyme, par un mot écrit à la main, un cadeau ou un repas.
- La prière finale demande que l'Église ne soit pas seulement un peuple qui se réunit le dimanche, mais une communauté d'alliance, une famille où chacun est membre des autres.
Points à retenir
- La bonté et la compassion ne sont pas des faiblesses : dans la vie du Christ, ce sont de grandes forces.
- La paix précède la construction : quand il y a la guerre à la maison, rien ne se bâtit.
- Consoler, c'est se tenir à côté de son frère, en personne, comme un compagnon d'armes dans la tranchée.
- On pardonne comme Dieu nous a pardonné en Christ. Une difficulté à pardonner révèle souvent une compréhension incomplète de l'Évangile.
- La bonté se vit concrètement : un message à un frère qui lutte, une conversation honnête avec ta femme, une bénédiction discrète à un serviteur oublié.
Application personnelle
- Ces sept derniers jours, tes paroles ont-elles bâti ou abattu ta femme, tes enfants, tes frères et tes amis ?
- Tiens-tu en ce moment un registre de dettes contre quelqu'un qui t'a blessé ?
- Les épreuves ont-elles endurci ton cœur au point de ne plus être touché par ceux qui souffrent autour de toi ?
- Dans quelle relation attends-tu que l'autre fasse le premier pas, alors que tu pourrais poursuivre la paix dès aujourd'hui ?
- Quel frère, quel membre de ta famille ou quel serviteur de ton Église pourrais-tu encourager cette semaine ?
Versets cités
- Romains 14:19
- 1 Thessaloniciens 5:11
- Éphésiens 4:32
- Matthieu 18:23-35
- Matthieu 15:32
- 1 Chroniques 22:8
- 2 Corinthiens 1:3-5
- Proverbes 26:18-19
- Luc 10:5-6
- Galates 5:22-23
Questions fréquentes
La bonté et la compassion sont-elles des qualités viriles ?
Le prédicateur reconnaît que, dans la pensée occidentale, la bonté et la compassion passent pour des sentiments mièvres. Pourtant, dans la vie du Christ, elles apparaissent comme de grandes forces. Ce sont des attributs virils, et ce sont des attributs divins. La vraie force ne cherche pas à dominer, elle bâtit les autres et sait pardonner.
Que signifie « consoler » dans 1 Thessaloniciens 5:11 ?
Le mot grec parakaleo, de la même famille que Paraclet, le nom donné au Saint-Esprit, signifie être appelé à côté de quelqu'un. Consoler, c'est être présent. Le prédicateur parle d'un soldat qui se tient épaule contre épaule avec un frère blessé dans la tranchée : pas de la sentimentalité bon marché, mais un encouragement de combat.
Pourquoi le pardon est-il lié à l'Évangile dans Éphésiens 4:32 ?
Paul demande de pardonner comme Dieu nous a pardonné en Christ. Pour le prédicateur, celui qui a du mal à pardonner n'a sans doute pas encore saisi l'Évangile dans sa plénitude. On pardonne parce qu'on a reçu la grâce, à l'inverse du serviteur qui, après s'être vu remettre par le roi une dette impossible à rembourser, a refusé la même grâce à son compagnon.