Introduction
« Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous poser cette question, de savoir si vous n'étiez pas en train de vous tromper ? » Samuel Ramos ouvre ainsi son message sur Jean 4, dans la série de l'Église Protestante Évangélique de Toulouse consacrée à l'Évangile de Jean. Il avoue que la question revient souvent chez lui : il y a dix ans, il a fait confiance à un artisan qui l'a escroqué de dizaines de milliers d'euros, et il lui est arrivé de punir un de ses enfants alors que c'était l'autre qui le méritait. « Je me trompe souvent et il me manque souvent la bonne perspective. »
Nous avons beaucoup d'a priori sur la foi et sur la religion. Jésus nous propose une correction de perspective. Au chapitre 3, il avait corrigé Nicodème sur la manière d'entrer dans le royaume. Au chapitre 4, il corrige les Juifs sur une autre question : qui va pouvoir y entrer ? La bonne nouvelle du Sauveur n'est pas que pour eux, mais pour le monde entier, « y compris ceux qui ne mettraient pas les pieds dans une église ».
Le message suit une question : qui le Père cherche-t-il ? Celui qui l'adore en esprit et en vérité, celui qui reçoit la vie quelle que soit son origine, celui qui croit à la parole de Jésus même sans voir.
Plan du message
1. Jésus traverse la Samarie et s'arrête au puits
- Au début du chapitre 4, la renommée de Jésus commence à s'étendre, ce qui ne rassure pas tout le monde. Jérusalem, au sud, est trop proche des instances dirigeantes : il risque d'être accusé de révolte. Il part donc vers le nord, vers la Galilée.
- Entre les deux se trouve la Samarie, par laquelle on devait passer. Pour les Juifs, « c'était tout sauf une partie de plaisir ». Jésus ne se contente pas de traverser la région : il s'y arrête, à Sychar (verset 5).
- Fatigué, il s'assoit au puits. À l'époque, le puits, « c'était le bar », le lieu des rencontres. Mais à midi, il fait très chaud et personne ne vient à cette heure-là.
- Jean place côte à côte deux rencontres opposées. Nicodème est juif, pharisien, responsable politique, érudit, hautement moral, il a un nom. La femme est samaritaine, sans parti religieux, sans statut, sans instruction, elle n'a pas de nom. « Nicodème cherchait Jésus, la femme était recherchée par Jésus. »
2. Jésus franchit les barrières pour offrir l'eau vive
- « Donne-moi à boire » (verset 7). La femme est scandalisée : comment un Juif peut-il demander à boire à une femme samaritaine (verset 9) ? Les Juifs et les Samaritains n'avaient aucun contact entre eux, à cause d'une histoire de peuple mélangé remontant à plusieurs siècles.
- Deuxième barrière : elle est une femme, lui un homme. À l'époque, c'était « impossible, inimaginable ». Jésus « ne s'arrêtait pas au faciès, à la couleur de peau, à la religion ni au sexe ». La personne la plus marginalisée méritait pour lui autant d'attention que le plus grand savant religieux.
- Pourquoi le fait-il ? Parce qu'il a un cadeau à offrir (verset 10) : « Si tu savais quel don Dieu veut te faire. » Et ce n'est pas le moindre des cadeaux : l'eau vive.
- Comme Nicodème, la femme ne comprend pas. Mais elle a soif, profondément. D'où viennent, demande le prédicateur, cette soif de richesses et d'applaudissements, ce besoin compulsif du nouvel objet de déco, du dernier livre, du dernier jeu Steam, du dernier iPhone ? « Parce qu'il y a un vide douloureux dans l'âme humaine. »
- Cela vaut pour le millionnaire comme pour le pauvre, pour le globe-trotteur comme pour celui qui n'a jamais quitté son village. Sur toutes les citernes que le monde nous propose, la même vérité est écrite : quiconque boira de ces eaux aura encore soif (verset 13).
3. Jésus la connaît et touche sa soif profonde
- « Va chercher ton mari et reviens. » La femme répond du tac au tac : « Je n'ai pas de mari », sans doute pour couper court à un sujet délicat. Jésus lui montre qu'il la connaît, « tellement plus précis que tous les voyants ou voyantes » qui veulent d'abord notre argent et promettent un avenir flou.
- Elle avait de nombreux besoins relationnels. Elle avait sans doute été rejetée par les autres femmes à cause de sa vie. Mais son plus grand problème était d'être en relation avec Dieu et d'avoir accès à une vie qui coule jusque dans l'éternité.
- « Que nous en soyons conscients ou pas, nos âmes ont soif de Dieu. » Un auteur a écrit : « Tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en toi. »
- Le péché, dit le prédicateur, c'est étancher sa soif à une autre source que Dieu. Cette femme cherchait à combler son besoin auprès des hommes : au lieu du bonheur, elle avait récolté la honte, le rejet et un manque total d'amour.
- « Ne cherchez plus le bonheur dans autre chose qu'en Dieu. Car à chaque fois que vous croirez l'avoir obtenu, il vous échappera. » Lui seul peut combler notre désir d'être en relation avec lui, d'être aimé et pardonné.
4. Le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité
- Reconnaissant en Jésus un prophète, la femme change de sujet, comme on le fait quand une conversation devient gênante : « C'est quoi la différence entre catholiques et protestants ? » Ici : nous, les Samaritains, nous adorons sur cette montagne, vous, à Jérusalem.
- Jésus corrige sa vision (verset 21) : l'heure vient, et elle est déjà là, où il ne sera plus question de lieu. Le salut vient bien des Juifs, mais il n'est plus nécessaire d'aller à Jérusalem, au mont Garizim, ou dans telle église catholique, protestante ou orthodoxe. Dieu est Esprit et ne se laisse pas enfermer derrière des murs (verset 24).
- La femme sait que le Messie doit venir et qu'il expliquera tout. Elle est « plus spirituelle qu'il n'y paraît ». Jésus lui révèle directement qui il est : « Je le suis, moi qui te parle. » Il ne se révélera ainsi à personne d'autre dans l'Évangile de Jean.
- Adorer en esprit et en vérité, ce n'est pas le moment de trois chants le dimanche. L'adoration ne se limite pas à un jour par semaine ni à quelques heures dans un lieu précis : « l'adoration, c'est notre vie tout entière ».
- Le Père cherche des personnes qui l'adorent au quotidien, dans les moindres détails, en famille, avec les amis, au travail, et le dimanche de manière rassemblée, partout où Dieu peut dire : « C'était pour moi. » Cette adoration est rendue possible par Jésus, qui nous a fait connaître Dieu (Jean 1:18).
5. Celui qui reçoit la vie, quelle que soit son origine
- Les disciples sont outrés (verset 27) : Jésus parle à une femme, et samaritaine de surcroît. Mais ils n'osent pas lui faire de reproche.
- La femme, elle, a compris. Elle était venue avec sa cruche et repart sans elle (verset 28) : elle abandonne ce pour quoi elle était venue. Jésus ne lui a rien exigé, pas même de « se mettre en règle ».
- Une femme ne venait pas au puits à midi, et jamais seule : on y allait tôt le matin ou tard le soir, souvent en groupe. Si elle venait seule à midi, c'est qu'elle portait le poids de la honte. Pourtant, elle brave la honte et le rejet et rend témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait » (verset 29). Elle invite les autres à venir voir, comme Philippe l'avait fait avec Nathanaël.
- Elle n'avait pas beaucoup avancé dans sa compréhension de Jésus ni rien remis en ordre dans sa vie, mais cela ne l'a pas empêchée de témoigner. « Nous ne serons jamais assez compétents pour connaître tout, mais nous ne serons jamais trop ignorants pour en parler à nos amis, à ceux que nous aimons. »
- Les disciples le pressent de manger (verset 31), mais Jésus est déjà rassasié : sa nourriture est de faire la volonté de Dieu (verset 34). Les champs sont mûrs pour la moisson : ce sont ces Samaritains qui accourent vers lui.
- Beaucoup croient à cause de la parole de la femme (verset 39), puis à cause des paroles de Jésus lui-même. Leur confession est l'une des plus importantes de l'Évangile : « Nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde » (verset 42).
- Pour les Juifs de l'époque, c'est un choc : le Messie accueille ces gens méprisés et reconnaît que le salut les a atteints. Pourtant, Dieu l'avait annoncé à Abraham : toutes les familles de la terre seront bénies en toi (Genèse 12:3). Ce n'est plus l'appartenance à un peuple qui garantit le salut, c'est la connaissance d'une personne, Jésus.
- « Le problème, c'est pas de savoir si vous êtes catholique, protestant, orthodoxe, mais avez-vous reçu, comme ces Samaritains, Jésus pour ce qu'il est ? Le Sauveur du monde. »
6. Celui qui croit à la parole de Jésus, même sans voir
- Jésus arrive enfin en Galilée, là où il a toujours vécu. Mais Jean prévient : un prophète n'est pas honoré dans sa propre patrie (verset 44). Les Galiléens l'accueillent bien, mais parce qu'ils ont vu les miracles qu'il avait faits à Jérusalem pendant la fête.
- Un officier du roi Hérode, dont le fils est malade et sur le point de mourir, vient le supplier de le guérir (versets 46-47). La parole de Jésus est troublante : « À moins de voir des signes miraculeux et des choses extraordinaires, vous ne croirez donc pas » (verset 48). Il réprimande la foule autant que l'officier, un peu comme il avait répondu à sa mère à Cana.
- Mais l'officier ne s'arrête pas à cela, comme Marie, qui avait dit : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Il supplie Jésus de venir avant que son fils meure (verset 49).
- « Va, ton fils vit. » Et sur la parole de Jésus, il croit (verset 50). En chemin, la nouvelle est confirmée : son fils vit, depuis l'heure même où Jésus lui a parlé (versets 51-53). Sa foi est confirmée et toute sa maison croit.
- C'est le deuxième signe miraculeux, qui clôt la première section de l'Évangile : l'eau changée en vin à Cana, la nouvelle naissance annoncée à Nicodème, l'eau qui désaltère jusque dans la vie éternelle, un enfant relevé alors qu'il était près de mourir.
- Tout cela n'est accessible que par la foi en Jésus et en sa capacité à donner ce qu'il promet. Cette foi demande de s'attacher à ses paroles plutôt qu'aux miracles, comme les Samaritains qui ont cru sans aucun miracle, et comme ce père qui a cru avant de voir son fils. Aujourd'hui, nous sommes invités à croire en nous appuyant sur la parole des apôtres et des Écritures.
7. Jésus a fait le déplacement pour toi
- Samuel Ramos résume : Dieu attend une adoration en esprit et en vérité, sans pèlerinage ni lieu obligé, « marcher sur les chemins de Saint-Jacques, je sais pas quoi ». Il n'y a plus d'ethnie favorisée : la bonne nouvelle du salut est ouverte à toutes les nations. Et nous sommes tous à égalité : « il n'y a pas de passe-droit » pour connaître Dieu, il faut placer sa foi en Jésus et en sa parole.
- « Je ne sais pas si vous vous étiez trompés sur Jésus avant de venir ce matin, mais il est toujours temps de revoir votre avis. »
- Jésus a fait le déplacement de la Judée à la Galilée pour rencontrer cette femme. « Il lui fallait traverser la Samarie » (verset 4) : il savait qu'il avait une femme à rencontrer pour lui parler du besoin de son cœur.
- « Peut-être que Jésus veut aussi vous rencontrer. Il veut aussi que vous changiez d'avis sur son compte. » Dans la prière finale, le prédicateur remercie Jésus d'avoir montré son amour à des gens que tout le monde rejetait : « on n'est jamais trop loin de toi pour avoir une relation avec toi ».
Points à retenir
- Jésus franchit les barrières d'origine, de religion et de sexe : la personne la plus marginalisée compte autant pour lui que le plus grand savant religieux.
- Il y a en chaque être humain une soif que rien dans le monde ne peut combler. Seul Dieu peut apaiser notre désir d'être aimé et pardonné.
- Adorer en esprit et en vérité, ce n'est pas un lieu ni trois chants le dimanche : c'est toute la vie, partout où Dieu peut dire « c'était pour moi ».
- Le salut n'est plus lié à l'appartenance à un peuple ou à une Église, mais à la rencontre avec Jésus, le Sauveur du monde.
- La foi s'attache à la parole de Jésus plus qu'aux miracles, comme l'officier qui a cru avant de voir son fils guéri.
Application personnelle
- Sur quel point as-tu peut-être besoin que Jésus corrige ta perspective, sur lui, sur la foi ou sur les autres ?
- À quelles citernes vas-tu boire pour combler ta soif : objets, reconnaissance, relations, nouveautés ?
- Ton adoration se limite-t-elle au dimanche, ou cherches-tu à vivre chaque détail de ta semaine de façon que Dieu puisse dire « c'était pour moi » ?
- Qui, autour de toi, considères-tu comme trop loin de Dieu ? Comment Jésus le regarde-t-il ?
- Comme la femme samaritaine, oses-tu parler de Jésus à tes proches même si tu ne sais pas tout ?
Versets cités
- Jean 4:1-54
- Jean 4:10-14
- Jean 4:21-26
- Jean 4:39-42
- Jean 4:46-54
- Jean 1:18
- Jean 1:45-46
- Jean 2:1-11
- Jean 3:1-8
- Genèse 12:3
Questions fréquentes
Que veut dire adorer le Père en esprit et en vérité ?
Pour Samuel Ramos, l'adoration n'est plus liée à un lieu, ni à Jérusalem, ni au mont Garizim, ni à une église en particulier. Elle ne se limite pas à trois chants le dimanche : c'est la vie tout entière, au quotidien, en famille, au travail et dans le culte, partout où Dieu peut dire : « C'était pour moi. »
Pourquoi Jésus parle-t-il à la femme samaritaine au puits ?
Jésus franchit deux barrières de son époque : la séparation entre Juifs et Samaritains, et celle entre un homme et une femme. Il le fait parce qu'il a un don à offrir, l'eau vive. Le texte dit même qu'il lui « fallait » passer par la Samarie : il savait qu'il avait une femme à rencontrer.
Que nous apprend l'officier du roi dans Jean 4 ?
L'officier croit Jésus sur parole avant d'avoir vu son fils guéri. Comme les Samaritains, qui ont cru sans aucun miracle, il montre que la foi consiste à s'attacher aux paroles de Jésus plutôt qu'aux signes. C'est le deuxième signe miraculeux accompli par Jésus en Galilée.